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Full text of "Les maladies et les ennemis des caféiers"

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THIS  BOOK  IS  DUE  ON  THE  DATE 
INDICATED  BELOW  AND  IS  SUB- 
JECT  TO  AN  OVERDUE  FINE  AS 
POSTED  AT  THE  CIRCULATION 
DESK. 


LES    MALADIES 


RT  I.ES  ENNEMIS 


DES   CAFÉIERS 


BIBLIOTHÈQUE   D'AGRICULTDRE   COLONIALE 

LES     MALADIES 

F/r    LES    ENNEMIS 

DES    CAFÉIERS 

PAR 

le   D     G.    DELACROIX 

MAiiHi;    iJi;    coM  i';ui;.NCi:s    a    li.nstitut    .naiid.nal    agroxo.mioli; 

CIII.F    Di;S    TltAVALX    DF   LA  STATION   DK    PATIIOl.fXWl:    VKGlVlALF. 

SECONDE     ÉDITION 

CoiisidiM'abkMiieiit  augineutée  el  aoconipajj-iiée 
lie   M)  liyni'es  dans  le  lexl<>. 


PAHIS 
Augustin  GHALLAMEL,  Éditeur 

RuK   Jacob,    17 
Eibrairie   Maritime  et   Coloniale 

1900 


AVERTISSEMENT 

POUR    LA    SECONDE    ÉDITION 


La  première  édition  de  cet  ouvrage  a  paru,  sous  le 
titre  Les  Maladies  du  Caféier^  dans  la  Revue  des  Cul- 
tures coloniales .  Elle  y  forme  une  série  d'articles,  dont 
le  premier  en  date  a  été  inséré  dans  le  numéro  du 
5  juin  1898;  le  dernier  est  récent  (25  décem- 
bre 1899). 

Depuis  la  publication  des  premiers  articles  qui 
furent  assez  espacés,  un  certain  nombre  de  documents- 
me  sont  parvenus,  que  je  ne  possédais  pas  dès  le 
début  ;  en  même  temps,  plusieurs  correspondants 
m'ayant  envoyé  des  échantillons  qui  me  manquaient, 
j'ai  pu  élucider  quelques  points  obscurs.  Pais,  des 
observations  inédites  ont  été  publiées,  des  travaux 
nouveaux  ont  vu  le  jour,  et  j'ai  dû  relater  le  tout 
pour  que  mon  étude  fût  au  courant  et  aussi  complète 
que  possible.  De  telle  sorte  qu'ayant  été  amené  à 
modifier  aussi  l'ordre  des  matières  et  à  illustrer  cette 
monographie  d'un  bon  nombre  de  figures,  il  m'a  paru 
que  tous  ces  changements  justifiaient  une  «  seconde 
édition  ». 

D''  G.   Delacroix. 


LES  MALADIES 


ET 


LES  ENNEMIS  DES  CAFÉIERS 


INTRODUCTION 

En  dehors  des  troubles  plus  ou  moins  profonds 
que  peuvent  déterminer  des  conditions  défavorables 
de  végétation,  le  Caféier,  comme  les  plantes  de  culture 
en  général,  se  trouve  exposé  à  de  nombreuses  mala- 
dies, dues  à  Tinvasion  de  parasites.  Ceux-ci,  animaux 
ou  végétaux,  sont  nombreux  et  variés,  qui  s'attaquent 
à  cette  plante  ;  et  ces  parasites,  dans  une  région  déter- 
minée, peuvent  prendre  une  telle  extension  que  la 
majorité  des  sujets  se  trouvent  atteints  à  des  degrés 
divers. 

La  maladie  est  dès  lors  constituée  à  l'état  épidé- 
mique  et,  dans  de  telles  conditions,  l'agglomération 
des  individus  a  un  rôle  prépondérant  pour  amener  ce 
nouvel  état  de  choses.  Cette  loi  biologique  s'applique 
d'ailleurs  à  tous  les  êtres  vivants. 

Chez  les  plantes  en  particulier,  les  conditions  nor- 
males de  répartition  et  de  densité  des  espèces  vivant 
à  l'état  sauvage  sont  le  plus  souvent  très  différentes 
de  celles  que  l'homme  établit  artificiellement  et  qu'il 
réalise  par  la  culture.  Elles  résultent,  pour  l'état  na- 
turel de  la  plante,  d'une  sélection  déjà  lointaine,  à 
laquelle  plusieurs  facteurs  ont  coopéré,  dont  le  résultat 


final  est  l'adaptation  de  la  plante  au  milieu  où  nous  la 
rencontrons.  En  rompant  cet  équilibre,  en  augmentant 
souvent  dans  de  grandes  proportions  la  densité  des 
agglomérations,  l'homme  favorise  le  développement 
et  l'extension  des  parasites.  D'un  autre  côté,  au  point 
de  vue  biologique,  la  culture  extensive  d'un  végétal 
favorise  souvent  ces  parasites  ;  car,  en  dehors  de 
l'augmentation  numérique  des  plantes  hospitalières, 
elle  transforme  en  général  celles-ci,  de  manière  à 
offrir  à  leurs  parasites  une  alimentation  meilleure. 

Dès  lors,  pour  combattre  efficacement  une  maladie, 
non  seulement  on  devra  procéder,  dans  la  limite  du 
possible,  à  la  destruction  du  parasite,  par  des  procé- 
dés qui  d'ailleurs  varieront  avec  chacun  des  cas,  mais 
encore  il  faudra  placer  les  plantes  cultivées  dans  de 
telles  conditions  qu'elles  puissent,  par  leur  vigueur, 
lutter  contre  les  pertes  que  leur  fait  subir  le  parasite; 
et  l'action  de  ce  dernier  est  d'autant  plus  déprimante 
pour  l'hôte  que  celui-ci  est  plus  affaibli.  On  y  par- 
viendra en  réalisant,  autant  qu'on  le  pourra,  les  con- 
ditions normales  de  végétation  de  la  plante  quant  au 
sol ,  à  l'exposition  ,  à  l'altitude ,  à  la  température 
moyenne,  au  degré  hygrométrique  de  l'atmosphère,  etc. 
C'est  alors  seulement  que  la  lutte  contre  les  parasites 
sera  possible  et  pourra  se  réaliser  avec  chances  de 
succès.  Ce  qui  revient  à  dire  que  la  première  indication 
pour  le  traitement  des  plantes  ainsi  attaquées  est  de 
les  soumettre  à  une  culture  rationnelle,  en  pre- 
nant ce  terme  dans  son  sens  le  plus  large.  Ces  obser- 
vations paraîtront  sans  doute  banales,  mais  elles  sont, 
en  pathologie  végétale,  d'une  importance  trop  consi- 
dérable pour  qu'il  ne  soit  pas  inutile  de  les  rappeler. 
Ce  sont  des  considérations  de  ce  genre  qui  ont  suggéré 
au  D^'  Ernst  (1)  ce  début  de  phrase  :  Un  enemigo  ciel 

(i)  A.  Ernst.  Estudios  sobre  las  deformaciones,  enfermedadcs  y  enemi- 
gos  del  arhol  de  café  en  Venezuela.  Caracas,  1878. 


arhol  de  café^  y  en  nuestra  Immilde  opinion  el  mas 
temible,  el  hombre...  «  Un  ennemi  du  café  et,  à  notre 
humble  avis,  le  plus  redoutable,  Thomme...  « 

Les  maladies  des  Caféiers  comprennent  naturelle- 
ment, nous  venons  de  le  voir,  deux  groupes  bien  dis- 
tincts : 

I.  —  Maladies  d'origine  non  parasitaire  ; 

II.  —  Maladies  produites  par  des  parasites  végétaux 
ou  animaux. 


MALADIES  NON  PARASITAIRES 


Les  maladies  non  parasitaires  résultent  d'une  altération 
de  l'état  physiologique  normal  due  à  un  agent  non  animé  : 
l'action  vulnérante  simple  d'un  corps  extérieur  produisant 
une  blessure,  ou  bien  l'action  des  causes  météorologiques, 
chaleur,  lumière,  humidité,  ainsi  que  l'action  ph3^sique  ou 
chimique  du  sol ,  s'exerçant  dans  des  conditions  défavo- 
rablesou  contraires  à  l'élat  ordinaire  de  la  plante,  étatdepuis 
longtemps  acquis  par  la  sélection  naturelle. 

Monstruosités.  —  11  n'est  pas  logique  de  comprendre, 
dans  les  maladies  non  parasitaires,  les  déviations  d'ordre 
tératologique  qu'on  appelle  vulgairement  monstruosités. 
Elles  intéressent  avant  tout  la  forme  extérieure,  et,  si  la 
fonction  est  modifiée  et  parfois  abolie,  elle  ne  l'est  néan- 
moins que  secondairement.  La  plus  connue  de  ces  déforma- 
tions et  aussi  la  plus  fréquente  est  l'avortement  d'une 
des  graines  de  la  baie  ;  celle  qui  reste  n'étant  pas  comprimée 
sur  sa  face  interne  prend  une  forme  ovoïde  et  constitue  le 
café  moka.  En  tout  cas,  ces  modifications  dans  la  forme 
n'ont  guère  d'importance  pratique,  et  comme  leur  étude 
sort  du  cadre  que  nous  nous  sommes  imposé,  nous  n'y  in- 
sisterons pas. 


Parmi  les  troubles  pathologiques,  de  nature  non  parasi- 
taire, les  seuls  ayant  quelque  intérêt  résultent  d'vme  cha- 
leur et  par  suite  d'une  sécheresse  trop  intense  ou  encore 
d'une  excessive  humidité. 

Chaleur  trop  intense.  —  LeCaféier,le  Coffea  arabica  du 
moins,  de  par  son  lieu  d'origine  (le  plateau  abyssin  Kafï'a), 
ne  trouve  pas  en  général,  sous  l'équateur,  des  conditions 
convenables  de  végétation;  et,  à  moins  qu'il  ne  soit  planté 
à  une  altitude  convenable  pour  en  tempérer  l'efFet,  l'ardeur 
des  rayons  solaires  nuit  considérablement,  aux  racines  su- 
perficielles. La  végétation  faiblit  au  bout  de  peu  de  temps 
et  les  Caféiers  languissants  ne  tardent  pas  à  périr  sous  les 
attaques  réitérées  de  leurs  parasites. 

Le  remède  naturel  à  opposer  à  cet  état  de  choses  est 
connu  et  employé  depuis  longtemps  par  les  planteurs;  il 
consiste  dans  l'emploi  des  arbres  porte-ombre.  Ce  n'est 
pas  ici  le  lieu  de  discuter  sur  les  qualités  qui  doivent  guider 
le  planteur  dans  son  choix  à  cet  égard,  qualités  variables 
d'ailleurs  avec  les  sols  et  les  régions  où  on  doit  les  utiliser. 
Au  point  de  vue  qui  nous  occupe,  nous  conseillerons  d'é- 
viter avant  tout  que  le  porte-ombre  soit  de  nature  à  abriter 
des  parasites  animaux  ou  végétaux,  capables  de  nuire  au 
Caféier. 

Excès  d'humidité.  —  «  Le  Caféier,  dit  Raoul  (i),  réclame 
«  un  sol  profond.  Si  la  racine  pivotante  est  arrêtée  par  les 
«  roches,  le  tuf  ou  un  sol  compact,  la  plante  meurt.  »  Pour 
n'avoir  pas  tenu  compte  de  cette  donnée,  bien  des  planteurs 
ont  éprouvé  des  mécomptes.  Et  si  le  Caféier  préfère  une  terre 
meuble,  sablonneuse  ou  entremêlée  de  petites  pierres  et  riche 
en  humus,  un  peu  d'argile  n'est  pas  nuisible,  pourvu  que  le 
drainage  soit  bon,  le  sol  étant  en  pente,  par  exemple.  Un 
terrain  imperméable  où  l'eau  persiste  dans  le  sous-sol,  une 

(i)  Manuel  pratique  des  cultures  coloniales,  par  E.  Raoul  et  P.  Sagot. 
Tome  II,  P"  partie  .  Culture  du  Caféier,  par  E.  Raoul,  Paris,  1894. 


terre  marécageuse,  en  un  mot,  est  funeste  au  Caféier  d'A- 
rabie, qui  supporte  toujours  mieux  la  sécheresse  que  l'excès 
d'humidité,  la  plante  y  périt  presque  infailliblement,  même 
si  le  ])iv()t  trouve  assez  de  profondeur  pour  s'enfoncer  en 
toute  liberté.  Dans  ce  cas,  la  mort  de  l'arbre  est  le  résultat 
de  l'asphyxie  simple  des  racines,  par  manque  d'oxygène,  et 
le  phénomène  se  produit  sans  Tintervention  d'aucun  para- 
site. L'asphyxie  aboutit  à  la  pourriture  humide  des  racines, 
dans  laquelle  interviennent  de  nombreux  organismes  sa- 
prophytes, bactéries,  champignons,  anguillules,  qui  pullu- 
lent fort  abondamment  dans  les  sols  humides,  surtout  dans 
les  contrées  chaudes. 

On  jiourrait  drainer  le  sol  pour  éviter  ces  inconvénients; 
mais  il  sera  de  beaucoup  préférable  de  choisir,  pour  le  Ca- 
féier, un  emplacement  plus  convenable,  ou,  en  cas  d'impos- 
sibilité, de  faire  une  autre  culture.  D'ailleurs  ce  fait  est 
bien  connu,  et  il  est  rare  de  voir  établir  des  plantations  de 
Caféier  d'Arabie  dans  de  telles  conditions. 

Le  Caféier  de  Libéria  n'est  pas  aussi  exigeant  à  ce  point 
de  vue;  sa  végétation  est  sulhsante  et  peut  même  être 
bonne,  là  où  le  Caféier  d'Arabie  ne  saurait  se  maintenir. 
C'est  grâce  à  ces  propriétés  précieuses,  malgré  la  qualité 
secondaire  de  ses  graines,  que  la  culture  du  Libéria  s'est 
peu  à  peu  étendue  dans  les  plaines  dans  bien  des  régions 
chaudes. 

Coulure  vraie  du  Caféier.  —  La  coulure  vraie  du  Caféier 
consiste  en  ce  phénomène  qu'après  une  floraison  normale 
le  développement  du  fruit  ne  se  fait  pas  ou  simplement  s'é- 
bauche à  peine  pour  s'arrêter  bientôt.  Dans  ce  dernier  cas, 
la  baie  noircit  très  vite,  la  graine  reste  petite,  avortée,  inu- 
tilisable. 

De  mauvaises  conditions  atmosphériques,  telles  que  des 
pluies  excessives  pendant  une  période  de  floraison,  ont  une 
influence  marquée  sur  la  production  de  cet  accident  de  vé- 
gétation; mais  c'est  surtout  lorsqu'il  y  a  une  surabondance 


—  io- 
de (leurs  sur  un  pied  que  la  coulure  s'y  observe  (i).  Il  est 
probable  aussi  que  d'autres  influences  doivent  intervenir, 
la  nature   du   sol,  par  exemple;  mais  je  ne  possède  pas  de 
renseignements  à  ce  sujet, 

La  seule  indication  à  remj)lir,  si  l'on  a  quelque  raison  de 
craindre  la  coulure,  c'est  la  suppression  d'un  nombre  sulli- 
sant  de  fleurs. 


i)  De  BouTiLLY,  ino  Revue  des  Cultures  coloniales  »,  5  août  1898,  p.  35. 


II 


MALADIES  PARASITAIRES 


A.  —  Maladies  dues  à  des  végétaux. 

B.  —  Maladies  produites  par  des  animaux. 


A. 


PARASITES  VEGETAUX  DES  CAFEIERS 


Les  parasites  végétaux  des  Caféiers  sont,  pour  la 
majeure  partie  des  Champignons  :  Urédinées,  Asco- 
mycètes,  sans  doute  aussi  Basidiomycètes.  On  trouve 
encore,  parmi  ces  parasites,  au  moins  une  Algue  et 
quelques  végétaux  supérieurs,  des  Phanérogames. 


13 


MALADIES  PRODUITES  PAR  LES  CHAMPIGNONS 

Pour  la  commodité  de  l'exposition,  nous  diviserons  ces 
maladies  en  deux  groupes  : 

A.  —  Maladies  des  feuilles  ; 

B.  —  Maladies  des  racines,  du  tronc  et  des  branches. 

A.   —    Maladies    des    Feuilles 

HÉMILÉIA 

Les  Urédinées,  famille  de  champignons,  à  laquelle  appar- 
tient V Heniileia  vastatrix^  produisent,  en  fructifiant  sur  les 
organes  vivants  des  plantes  qu'ils  attaquent,  des  amas  de 
poussière  rouge  orangé  ou  couleur  de  rouille.  Cette  colora- 
tion a  fait  donner  aux  maladies  produites  par  les  Urédinées 
le  nom  de  Rouilles  ;  et  ce  terme  conviendrait  fort  bien  pour 
désigner  la  maladie  produite  sur  les  Caféiers  par  V Ileniileia 
vastatrijc-,  si,  depuis  longtemps  déjà,  le  même  mot  de 
«  rouille  «  ne  servait  à  caractériser  les  désordres  dus  à  la 
larve  de  Ceniiostonia  coffeella.  Pour  éviter  toute  confusion, 
nous  appellerons,  comme  on  le  fait  généralement,  la 
«  rouille  vraie  »  des  Caféiers  la  maladie  de  l'héniiléia  ou 
simplement  V  «  hémiléia  ». 

En  anglais,  on  la  désigne  communément  sous  le  nom  de 
«  coffee-leaf  disease  »  (maladie  de  la  feuille  de  Caféier)  et 
quelquefois  de  «  red  spot  »  (tache  rouge). 

L'hémiléia  fut  découvert  en  i868,  par  le  D'"  Thwaites(3),  à 
Ceylan,  dans  le  district  de  jNIadulsima,  dans  la  partie  monta- 
gneuse du  sud-est  de  l'île.  L'année  suivante,  la  maladie 
apparaissait  sur  le  continent,  au  Maïssour,  et,  depuis  lors, 
son  aire  d'extension  s'est  considérablement  accrue,  comme 
nous  le  verrons  plus  loin. 

Des  feuilles  de  Caféiers  malades,  envoyées  en  Angleterre 


—  14  — 

par  le  D'  Thwaites,  ont  permis  à  Berkeley  et  Broome  de 
décrire  sommairement  le  champignon  parasite  qui  la  cause  ; 
ces  mycologues  le  nommèrent  Heniileia  vastatrir,  genre  et 
espèce  nouveaux  (1). 

Depuis  cette  époque,  Fétude  de  la  maladie  et  du  champi- 
gnon ont  donné  lieu  à  la  publication  d'un  nondjre  considé- 
rable de  notes  et  de  travaux  dont  je  cite  les  plus  impor- 
tants (i).  Néanmoins  il  subsiste  encore  certains  points  de  la 

(i)  —  (Ij  Berkeley  et  Broome,  in  «  Gardener's  Chronicle  »,  6  iiov.  1869, 
p.  ii5^.  —  (2)  Berkeley,  Enemies  of  the  Coffee-Tree,  in  «  The  Ceylon 
Observer  »,  23  mai  1870.  —  (3)  D' Thwaites,  Beport  for  1871,  in  J.  Nietner, 
The  Coffee-Tree  and  its  Enemies  in  Ceylon,   1'  éd.,  Colombo,  1880,  p.  •l'I. 

—  (4)    Russel,   Administration  Report   on   the    Central  Province  for    1871. 

—  (5)  Berkeley,  in  «  Linnean  Soc.  Journ.,  Bolany  »,  XIV,  p.  93,  pi.  3. 
(ig.  10;  et  «  Quarterly  Journal  of  microscopical  Science  »,  1873,  p.  79.  — 
(6)  D''Thwaites,  The  Ceylon  Coffee  Fungus,  in  «  Quarterly  Journ.  ofmicr.  Se.  », 
1874,  p.  298-300  (extrait  du  D'  Thwaites' Annual  Report  of  the  Peradeniya 
hotanical  Garden).  —  (7)  Hooker,  in  «  Gard.  (]hron.  »,  1874,  p.  253.  — 
(8)  Farlow,  in  «  Quarterly  Journ.  of  micr.  Se.  »,  juillet  1874.  —  (9)  Cooke, 
in<(  Indian  Muséum  Report  »,  1876,  p.  5.  —  (10)  Hooker,  Report  on  the  pro- 
gress  and  condition  of  the  Royal  Gardens  at  Kew  diiring  the  year  1876.  — 
(11)  Cooke,  Orange  mould  on  forest  trees,  in  «  Grevillea  »,  5,  1877, 
p.  145.  —  (12)  Cooke,  Leaf-disease  on  Coffee  and  other  trees,  in  «  Gard. 
Chron.  »,  1877,  VII,  p.  441  —  (13)  Berkeley,  Coffee-leaf  disease,  in  «  Gard. 
Chron.  »,  VII,  p.  377.  —  (14)  D'  Talmy,  médecin  de  la  marine.  Notes  sur 
les  maladies  qui  attaquent  les  Caféiers  en  divers  pays.  Tirage  à  part, 
Paris,  1878  (reproduit  dans  les  Publications  de  la  Société  des  études 
indo-chinoises.  —  Essais  agricoles  et  industriels  faits  en  Cochinchine 
depuis  la  fondation  de  cette  colonie  jusqu'en  1897.  Tome  I,  Imp.  Rey, 
1897).  —  (15)  R.  Abbay,  Observations  on  Hemileia  vastatrix,  the  so-called 
Coffee-leaf  disease,  in  «  Linn.  Soc.  Journal,  Botany  »,  vol.  XVII,  1878, 
p.  173,  pi.  i3  et  14.  —  (16)  R.  Abbay,  Proceedings  of  the  Planters  Asso- 
ciation  of  Ceylon   for    the  year    ending  february  17,    1879,   Colombo.  — 

(17)  The  compaign  of  1879  against  Coffee-leaf  disease,  Colombo,  1879.  — 

(18)  U.  Morris,  E.rperiments  on  the  Coffee-leaf  disease  (analysé  in«  Gard. 
Chron.  »,  1879,  I,  p.  564;  H.  P-  240).  —  (19)  D.  Morris,  Coffee-leaf 
disease  of  Ceylon  and  Southern-India,  d'après  «  Nature  »,  3  sep- 
tembre 1879,  et  «  Gard.  Chron.  »,  1879,  p.  53i,  fig.  87.  —  (20)  D.  Morris, 
Note  on  the  structure  and  habit  of  Hemileia  vastatrix,  tlie  Coffee-leaf 
disease  of  Ceylon  and  Southern-India,  in  «  Linn.  Soc.  Journ.,  Botany  », 
XVII,  London,  1880,  p.  5i2-5i7,  i  pi.  —  (21)  M.  C.  Cooke,  Tvo  Coffee 
diseuses,  in  «  Popular  Science  Review  »  n°  LIX,  p.  CXXXV.  —  (22)  W.  T. 
Thyselton  Dyer,  The  Coffee-leaf  disease  of  Ceylon  and  Southern-India. 
in  «  Quarterly  Journ.  of  micr.  Science  »,  1880,  p.  119-129,  6  pi.  — 
(23)  Bruinstma,  Jets  over  de  Ceylon'sche  Coffiebladziekte  opJava,  in  «  Isis, 
Maandschrift  voor  Naturvetenschap  »,  1880.  —  (24)  D»"  William  Bidie, 
Remarks  on  the  Coffee-leaf  disease,  in  «  Linn.  Soc.  Journ.,  Bolany»,  XVII, 


—  15  — 

biologie  du  parasite  qui  demanderaient  à  être  élucidés  ou 
vérifiés  ;  il  serait  utile  surtout  que  les  indications  bien 
nettes  du  traitement  fussent  établies  par  des  expériences 
précises  dans  les  stations  agronomiques  des  régions  tro- 
picales. 

Je  n'ai  vu  nulle  part  la  maladie  signalée  sur  les  fruits,  et 
il  semble  que  ce  ne  soit  que  très  exceptionnellement  qu'on 

1881,  p.  458.  —  (25)  «  Gardcncr's  Chronicle  ))  :  {a)  1877,  p.  107;  (h)  1881,  I, 
p.  2o3;  (c)  1881,  II,  p.  568;  (d)  1893,  p.  862.  —  (26)  H.  Marshall  Ward, 
The  Coffee-leaf  diseuse,  a  preliininary  report  hy  the  governinent-cryptoga- 
mist,  Peradeniya,  i5  juin  1880.  —  (27)  H.  Marshall  Ward,  Coffee-leaf 
disease,  second  and  third  Reports,  in  «  Sessional  Papcrs  »,  Colombo 
(Ccylon),  1880  et  1881  (reproduits  in  «  The  weekly  Ceylon  Observer  <>. 
1880  et  188 1).  —  (28)  H.  Marshall  Ward,  On  the  Morphology  of  Hcmileia 
vastatrix  Berk.  and  Br.,  the  Fungiis  of  the  Coffee  disease  of  Ceylon,  in 
«  Quarlerly  Journ.  ofmicrosc.  Se.  »,  nouvelle  série,  1882,  p.  i-ii,  pi.  I-III. 

—  (29)  H.  Marshall  Ward,  Researches  on  the  life-history  of  the  Coffee- 
leaf  disease,  in  «  Linn.  Soc.  Journ.,  Botany  »,  vol.  XIX,  p.  299-335, 
juin  1882.  —  (30)  H.  Marshall  Ward,  in  «  Trimcns' Journal  of  Botany 
british  and  foreign  »,  nouvelle  série,  vol.  XI,  London,  1882,  p.  255.  — 
(31)  J.  P.  Stork,  JAe  Coffee-leaf  disease,  in«  Gard.  Chrou.  »,  1882, 1,  p.  219, 
220.  —  (32)  J.  Delalande,  Observations  sur  les  maladies  des  Caféiers  à  la 
Réunion,  Rennes,  i883.  —  (33)  H.  Semler,  Die  tropische  Agrikultur,  4  vol. 
Wisraar,  1886-1892.  —  (34)  W.  Burck,  Over  de  Koffiehladziekte  on  haar 
te  hestrijden,  Amsterdam,  1889.  —  (35)  «  Tropical  Agriculturist  », 
Colombo  (Ceylon)  :  années  1889-1890,  («)  p.  189,  469;  1890-1891,  [h]  p.  io4, 
439;  1891-1892,  {c)  p.  107,  746;  1893-1894,  [d]  p.  63i;  1895-1896, 
(e)  p.  829.  —  (36)  De  Bérard,  Rapport  sur  une  maladie  des  Caféiers  aux 
îles  Philippines,  in  «  Bulletin  du  Ministère  de  l'agriculture  »,  1898,  n»  8, 
p.  1008-1024,  Paris.  —  (37)  W.  T.  Thiselton  Dycr,  Préventive  measures  for 
the  Coffee-leaf  disease,  in  «  Royal  Gardens  Kcw  Bulletin  of  miscellaueous 
Informations  »  1893,  p.  362.  —  (38)  Id.,  «  Bull.  Kew  »,  1894,  p.  456.  — 
(39)  E.  Raoul  et  P.  Sagot,  Manuel  pratique  des  cultures  coloniales  et  des 
plantations  des  pays  chauds.  Tome  II,  P*  partie  :  Culture  du  Caféier,  par 
E.  Raoul,  Paris,  1894.  —  (40)  «  Vossischc  Zeitung  »,  n"  428,  i3  sept.  1894. 

—  (41)  Prof.  D""  Sadebeck,  Einige  Beohachtuiigen  und  Bemerkungen  iiber 
die  durch  Hemileia  vastatrix  verursachte  Blattfleckenkrankheit  der  Kaffee- 
bxume,  in  «  Forstlich-naturwisscnschaflliche  Zeitschrift  »,  IV,  1895, 
p.  340.  —  (42)  Bonâme,  Rapports  annuels  de  la  Station  agronomique 
de  l'île  Maurice  (Colony  of  Mauritius],  années  1896  {a),  1897  (b).  — 
(43)  P.  Hennings,  Eine  neue  Blattfleckenkrankheit  (Hemileia  Woodi),  auf 
den  Ibo-Kaffee,  in  Beutsch-Ostafrika, in  Zeitschrift  fur  tropische  Landwirth- 
schaft,  Der  Tropenpflanzer,  n°^  5  et  8,  1897.  —  (44)  Fritz  Noack,  Moles- 
tias  de  plantas  culturaes  propagadas  pela  importacao  de  sementcs  e 
mudas,  in  «  Bolelim  do  Instituto  Agrononiico  do  Estado  de  Saô-Paulo  eui 
Campiuas  »,  IX,  mars  1898.  —  (45)  Raedt  van  Oldenbarnevelt,  De  Koffiecul- 


—  16  — 
puisse  voir  les  fructifications  du  champignon  sur  les  parties 
extrêmes  de  très  jeunes  rameaux. 

jNI.  Marshall  Ward  (27,  Second  Rej)ort)  pense,  d'ailleurs, 
que  cette  action  sur  les  rameaux  est,  en  général,  produite 
par  des  champignons  étrangers  à  Thémiléia. 

Apparence  de  la  maladie.  —  Dans  le  premier  stade  de  la 
maladie,  les  feuilles  atteintes  portent  déjà  les  filaments  du 
champignon,  dans  leurs  tissus,  que  rien  ne  vient  encore  en 
déceler  extérieurement  la  présence.  Et  précisément,  c'est 
là  un  fait  où  M.  Sadebeck(41)  croit  trouver  une  cause  active 
de  dispersion  de  la  maladie,  lorsqu'on  a  importé,  dans  des 
régions  encore  indemnes,  de  jeunes  pieds  de  Caféiers  très 
récemment  envahis  et  ne  montrant  encore  au  dehors 
aucune  trace  de  mal. 

Le  premier  symptôme  d'infection  de  la  feuille  est  fourni 
par  l'apparition  d'une  petite  tache  jaunâtre,  de  dimension 
fort  réduite,  i  à  2  millimètres  au  plus  au  début.  Cette  déco- 
loration très  localisée  ne  se  montre  bien  à  cette  période  qu'à 
la  face  inférieure  ;  elle  paraît  plus  évidente,  translucide  en 
quelque  sorte,  et  comme  une  petite  tache  d'huile,  si  l'on 
prend  soin  de  regarder  la  feuille  par  transparence,  en 
l'interposant  entre  l'œil  et  la  lumière. 

Cette  première  apparence  est  due,  nous  le  verrons,  à  la 
modification  que  le  mycélium  du  parasite  imprime  au  con- 
tenu cellulaire,  encore  vivant  à  cette  période,  à  la  chloro- 
phylle en  particulier.  Quant  à  la  face  supérieure  de  la 
feuille,  elle   n'est   pas   encore   sensiblement  modifiée  dans 

tuur  op  Java,  Gravenhagc  (La  Haye),  1898.  —  (46)  M.  Cornu,  in  «  Revue 
Coloniale  »,  n°  44,  3  novembre  i8()8.  —  (47)  Georges  Massce,  A  Text-hook 
of  plant-diseases    caused    hj   cryptogamic  parasites,    London,    1899.   — 

(48)  Edmond  Bordage,  Notice  sur  les  parasites  du  Caféier  à  l'île  de  la 
Réunion,  in  «   Revue  des  Cultures  coloniales,  n»  28,  5  mai  1899,   Paris.  — 

(49)  Schelfer,  Vcrslag  om  tret  don  Staat  \'aii'  s  Lands  Plantentuin  te  Bui- 
tenzorg,  1877.  —  (50)  P.  Hennings,  Die  wichtigsten  Pilzkrankheiten  der 
Kulturpflanzen  unserer  Kulunien,  in  «  Deutsche  Kolonialzeitung  », 
i^""  juin  1895,  p.  117. 


17 


sa  couleur.  La  décoloration  s'accentue  sur  la  face  infé- 
rieure, en  même  temps  que  la  tache  y  grandit  progressi- 
vement; puis,  lorsque  cette  tache  a  atteint  environ  trois 
millimètres,  elle  se  couvre 
d'un  enduit  pulvérulent,  d'un 
jaune  assez  clair  d'abord,  qui 
passe  à  l'orangé  vif  et  s'at- 
tache aux  doigts  quand  on 
touche  à  la  partie  envahie  de 
la  feuille.  A  ce  moment,  le  pa- 
rasite a  produit  au  dehors  ses 
premières  spores  qui  impri- 
ment leur  couleur  à  la  tache. 
La  dimension  de  cette  der- 
nière augmente  encore,  et, 
couverte  de  sa  poussière  oran- 
gée, on  peut  la  voir  arriver  à 
un  diamètre  d'un  centimètre  et 
demi. 

La  face  supérieure  reste  dépourvue  de  la  matière  rouge, 
car  les  spores  ne  s'y  produisent  pas;  elle  devient  peu  à  peu, 
à  partir  du  centre,  d'une  couleur  livide  ou  brunâtre  plus  ou 
moins  marquée.  La  face  inférieure  de  la  tache,  elle  aussi, 
se  modifie  ;  le  milieu  se  décolore  d'abord,  en  prenant  un 
ton  grisâtre  indécis,  et  dans  les  taches  déjà  un  peu  âgées, 
c'est  la  périphérie  seule  qui  forme  une  couronne  jaune 
orangé.  La  forme  des  taches  est,  en  général,  arrondie  (fig.i); 
parfois  une  nervure,  moins  facilement  pénétrable  aux  fda- 
ments  du  champignon,  la  limite  sur  un  coté,  où  elle  acquiert 
un  contour  plus  ou  moins  polygonal.  Il  peut  arriver  aussi 
que  deux  ou  plusieurs  taches  voisines  deviennent  con- 
fluentes,  et  alors  la  tache  générale  qui  en  résulte  prend  de 
plus  grandes  dimensions,  et  son  contour  est  plus  compliqué 
de  forme. 

La     poussière     rouge     orangé     renferme     quelquefois 


Fig-.  I .  —  Face  inférieure  d'une  feuille 
de  Caféier  attaquée  par  Vllemileia 
vastatrix.  (Réduction  aux  3/4  de 
la  grandeur  naturelle.) 


—  18  — 

de  petites  larves  qu'on  voit  déjà  nettement  à  la  loupe, 
longues  d'un  millimètre  à  un  millimètre  et  demi,  colorées 
en  rouge,   comme  la   surface    qui    les  porte    et    assez  peu 

mobiles  (fig.  ■>.).  Plusieurs  au- 
teurs les  signalent  :  le  D"" 
Thwaites  (6i,  le  D""  Bidie  (24), 
dans  rinde;  M.  Delalande  i32i, 
M.  Bordage  (48) ,  à  La  Réu- 
,..  T  I        ri  nion.    Pour  M.  Bordasse,  c'est 

r  ip.    vi.   —   Larve    d  mit'    Lecidoiuvo,  &     ' 

habitant  les  taches  d  héiniiéia.  A      ane  larve  de  Cécidomye  (Dip- 

i^auche,  la  larve  entière,  grossisse-  <        n       t-,  »  i  ii 

ment  environ  ■?.o  diam.  A  droite,      tere).   Peut-etre  u  est-clle  pas 

la  partie    antérieure   de    la    larve,         différente    du    CecidonU/û     IWe- 
grossissement    environ    (xi     diani.  ^ 

dinicola,  qui  n'est  pas  rare  sur 
beaucoup  d'Urédinées,  surtout  des  formes  Urédo,  en 
Europe.  En  tous  cas,  bien  que  cette  larve  se  nourrisse  des 
spores  du  champignon  parasite,  le  développement  de  ce 
dernier  n'en  semble  guère  affecté. 

Dans  l'intervalle  des  taches,  le  plus  souvent  la  couleur 
verte  se  maintient  sur  les  feuilles  ;  mais,  si  ces  taches  sont 
nombreuses  et  confluentes,  la  feuille  brunit  et  ne  tarde  pas 
à  se  dessécher.  Assez  souvent  aussi,  sur  les  feuilles  mou- 
rantes, la  portion  de  limbe  qui  entoure  la  tache  d'hémiléia 
conserve,  pendant  assez  longtemps,  une  coloration  vert 
pâle  bien  visible;  mais  cette  marge  elle-même  jaunit  à  la 
fin,  et  la  feuille  meurt  définitivement. 

Conditions  de  développement.  —  L'humidité  intense  est 
très  favorable  au  développement  de  la  maladie  et  à  son 
extension  rapide.  En  même  temps,  le  vent  est  un  facteur  de 
dispersion  fort  important  :  il  transporte  sur  les  feuilles 
encore  saines  les  germes  du  champignon,  dont  l'humidité 
détermine  le  développement  rapide.  Aussi  est-ce  pendant 
la  saison  pluvieuse,  dont  le  moment  d'apparition  et  la  durée 
sont  très  variables  suivant  les  régions,  que  la  maladie 
sévit  et  se  répand  activement  sur  les  feuilles.  Les  observa- 
tions recueillies  à  Ceylan  par  M.  Marshall  \^'ard  (29)  sont 


—  19  — 

particulièrement    instructives   à   ce    point  de   vue;  je  les 
résumerai  brièvement. 

A  Ceylan,  et  dans  la  région  méridionale  de  la  péninsule 
indoue  en  général,  la  mousson,  vent  du  sud-ouest  à  la  fois 
chaud  et  très  humide,  qui  vient  de  la  mer  des  Indes,  souffle 
de  juillet  à  fin  septembre.  Elle  s'accompagne,  le  plus  sou- 
vent, d'un  temps  couvert,  avec  augmentation  notable  de 
Tétat  hygrométrique  de  l'air.  Les  conditions  les  plus  avan- 
tageuses pour  le  développement  de  VHemileia  vastatrix,  et, 
en  général  de  tous  les  champignons  parasites,  se  trouvent 
alors  réalisées. 

A  ce  moment,  une  grande  partie  des  fruits  du  Caféier 
ont  mûri  et  sont  récoltés,  mais  la  végétation  de  la  plante 
n'en  continue  pas  moins  et  avec  vigueur.  Il  en  est  de  même 
du  parasite,  malheureusement,  et  la  maladie,  évoluant  dans 
un  milieu  aussi  favorable,  acquiert  alors  son  maximum 
d'intensité.  C'est  en  septembre  surtout  qu'on  trouve  le  plus 
de  feuilles  atteintes,  à  des  degrés  divers.  Les  jeunes  feuilles 
peuvent  être  envahies  dès  leur  épanouissement;  pourtant, 
lorsque  les  taches  jaune  orange  s'y  montrent,  on  voit  géné- 
ralement au-dessus  d'elles  deux  ou  trois  paires  de  feuilles 
plus  jeunes,  développées  depuis  l'infection.  La  vio- 
lence du  vent  éparpille  les  spores  et  les  dépose  à  d'assez 
grandes  distances  sur  des  Caféiers  ou  d'autres  arbres  : 
M.  Ward,  ayant  déposé  des  toiles  dans  des  plantations  et 
dans  les  environs,  put,  à  l'aide  du  microscope,  y  constater 
des  quantités  innombrables  de  ces  germes. 

Ces  mêmes  spores,  trouvées  sur  des  arbres  voisins  des 
Caféiers,  firent  croire  à  plusieurs  personnes  que  la  maladie 
de  l'hémiléia  attaquait  aussi  ces  arbres,  plantés  soit  à  titre 
d'abri  pour  le  Caféier,  soit  par  le  fait  du  hasard.  Le  D' Tliwaites 
(3  et  4)  et  Cooke  (11,  12)  ont  les  premiers  fait  justice  de  cette 
opinion  en  démontrant  que  les  lésions  qui  pouvaient  for- 
tuitement exister  sur  les  feuilles,  à  côté  de  spores  à'Hemi- 
leia  vastatrlv,  étaient,  en  réalité,  dues  à  des  parasites  tout 


~  20  - 
à  fait  différents  de  ce  dernier  et,  par  suite,  sans  relation 
aucune  avec  lui. 

Vers  la  fin,  et  après  la  période  de  la  mousson,  en  octobre 
surtout,  une  grande  quantité  de  feuilles  malades  tombent, 
et  l'arbre  est  à  moitié  dénudé.  Aux  Philippines,  dans  le  dis- 
trict de  Lepanto  (île  de  Lucon),  après  une  première  atteinte 
en  1891  (36),  les  branches  de  Caféier  ne  conservaient  que 
deux  ou  trois  paires  de  feuilles,  au  lieu  de  six  à  huit  qu'elles 
ont  habituellement. 

Ensuite,  d'octobre  à  fin  décembre,  le  mal  s'atténue,  mais 
ne  disparaît  pas  entièrement  ;  parfois  môme  la  fin  de  cette 
période  est  marquée  par  une  recrudescence  courte,  mais 
souvent  intense  de  la  maladie. 

La  saison  sèche,  qui  à  Geylan  s'étend  de  janvier  à  fin 
mars,  est,  en  somme,  le  seul  moment  où  Fcn  ne  voit  que 
peu  ou  pas  de  feuilles  malades.  Les  vents  alizés  du  nord- 
est,  qui  sont  secs,  au  moins  pour  la  partie  méridionale  de 
l'île,  protégée  par  d'assez  hautes  montagnes,  font  alors  sentir 
leur  action  sur  les  Caféiers.  La  végétation  ne  tarde  pas  à  se 
ralentir,  et,  pendant  cette  période  de  repos  relatif,  la  plante 
achève  dans  ses  tissus  l'accumulation  des  réserves  nutri- 
tives, qui  serviront  plus  tard  à  l'édification  de  nouvelles 
feuilles  et  à  la  production  des  fruits.  Pendant  ces  trois 
premiers  mois  de  l'année,  les  taches  d'hémiléia,  si  elles  ne 
sont  pas  tout  à  fait  absentes,  cessent,  en  tout  cas,  de 
s'étendre.  En  effet,  la  sécheresse  de  l'air  arrête  le  dévelop- 
pement du  parasite  et  ce  n'est  que  dans  les  bas-fonds,  dans 
les  vallées  étroites  et  humides,  que  la  maladie  se  maintient 
avec  une  assez  faible  intensité. 

En  avril-mai,  l'atmosphère  redevient  humide,  mais  par- 
fois le  ciel  reste  serein;  et  comme  l'air  se  maintient  calme, 
la  précipitation  de  rosée  pendant  la  nuit  peut  être  abon- 
dante. De  ce  moment,  grâce  à  l'humidité,  avec  la  reprise 
de  la  végétation  du  Caféier,  le  développement  des  nouveaux 
bourgeons,  puis  l'épanouissement  et  la  fécondation  des 
fleurs,  recommence  une  nouvelle  période  active  dans  l'évo- 


—  di- 
lution de  riiémiléia.  x\lors,  sur  les  feuilles  oii  le  cham- 
pignon végétait  à  l'état  dormant,  les  spores  reparaissent 
et  la  maladie  se  répand  à  nouveau,  pour  acquérir,  comme 
nous  Tavons  dit,  son  développement  le  plus  intense  pen- 
dant la  mousson  de  septembre. 

Des  observations  à  peu  près  analogues  ont  été  faites,  aux 
Indes  néerlandaises,  par  M.  Biirck  en  particulier  i34).  Et, 
à  part  quelques  différences  qui  tiennent  à  des  causes  exclu- 
sivement locales,  la  maladie  de  Thémiléia  se  comporte  par- 
tout à  peu  près  de  même. 

En  résumé,  comme  beaucoup  de  maladies  cryptoga- 
miques,  l'hémiléia  procède  par  poussées,  par  invasions 
successives,  d'autant  plus  intenses  et  durables  que  les  con- 
ditions de  chaleur  et  d'humidité  se  trouvent  convenable- 
ment et  pendant  plus  longtemps  réalisées.  Ce  sont  elles, 
on  le  conçoit,  qui  règlent  la  végétation  du  parasite. 

Les  feuilles  sont,  en  général,  envahies  dès  leur  jeunesse; 
mais  il  n'est  pas  rare,  dans  des  conditions  favorables  de 
développement,  de  voir  le  nombre  des  taches  augmenter 
sur  des  feuilles  déjà  adultes. 

L'âge  des  Caféiers  n'a  aucune  influence.  Le  D"  Bidie  a 
observé  la  maladie  (24)  sur  des  Caféiers  n'ayant  encore  que 
leurs  deux  cotylédons. 

Le  préjudice  causé  à  l'arbre  n'est  pas  fatalement  très 
grave  aux  premières  atteintes.  La  végétation  faiblit,  il  est 
vrai,  plus  ou  moins.  En  effet,  dans  les  parties  qui  corres- 
pondent aux  taches  sur  les  feuilles,  la  fonction  chlorophyl- 
lienne et  l'assimilation  sont  bien  vite  supprimées.  Cette 
perturbation  que  la  présence  du  parasite  détermine  dans 
la  nutrition  de  la  plante  est  en  connexion  étroite  avec  le 
nombre  et  l'étendue  des  taches.  La  diminution  de  la  récolte 
en  baies  en  est  la  conséquence;  mais  son  importance  est 
assez  variable.  Sur  les  arbres  très  atteints  les  graines  sont 
mal  venues,  restent  petites  et  souvent  mûrissent  mal.  Aux 
Philippines  (36),  à  la  suite  de  la  première  atteinte  en  1891, 
la  récolte  se  réduisit  à  35  %  de  ce  qu'on  espérait. 


En  même  temps,  la  plante,  dans  laquelle  raceiimulation 
des  réserves,  hydrocarbonées  surtout,  a  été  réduite  du 
fait  de  la  maladie,  émet  rapidement  de  nouvelles  feuilles 
pour  remplacer  celles  qui  sont  tombées;  de  ce  fait,  la 
plante  s'épuise  encore,  et  la  déchéance  devient  bientôt  très 
apparente.  Si,  dès  lors,  les  attaques  graves  se  reproduisent 
souvent  et  que  chaque  fois  une  partie  du  feuillage  tombe 
prématurément,  si  les  conditions  extérieures,  humidité, 
nature  et  qualité  du  sol,  sont  un  peu  défectueuses,  l'état  de 
décrépitude  s'aggrave  de  plus  en  plus.  Et  quand  le  Caféier, 
pour  reconstituer  plusieurs  fois  une  partie  de  son  feuillage, 
a  utilisé  peu  à  peu  toutes  ses  réserves  nutritives,  réserves 
que  l'état  misérable  de  sa  végétation  ne  lui  permet  pas  de 
renouveler,  il  périclite  brusquement  et  meurt  au  moment 
de  la  saison  sèche. 

L'influence  des  engrais  sur  la  marche  et  l'intensité  de  la 
maladie  n'a  fait,  à  ma  connaissance,  l'objet  d'aucune  étude 
spéciale;  c'est  une  lacune  qu'il  serait  urgent  de  com- 
bler. D'après  M.  Lecomte  (i),  les  cendres  de  bois  répan- 
dues aux  pieds  des  Caféiers  seraient  fort  utiles  et  aideraient 
la  plante  à  résister  à  l'action  déprimante  du  parasite.  Cette 
matière  renferme  beaucoup  de  potasse  sous  la  forme  de 
carbonate  :  on  sait  que  c'est  un  élément  indispensable  à  la 
végétation  du  Caféier. 

Au  point  de  vue  de  la  gravité  de  la  maladie,  l'étendue  de 
la  plantation  ne  manque  pas  d'importance.  L'hémiléia  est 
toujours  plus  répandu  dans  les  grandes  agglomérations  de 
Caféiers  que  dans  les  plantations  moyennes,  intercalées  au 
milieu  d'autres  cultures  (35,  a).  C'est  là,  d'ailleurs,  nous 
l'avons  dit  dès  le  début  de  notre  étude,  un  caractère  com- 
mun à  toutes  les  maladies  parasitaires,  végétales  aussi 
bien  qu'animales.  L'encombrement  est  la  cause  efficiente 
de  leur  généralisation.  Une  trop  grande  densité  dans  la 
plantation  agit  dans  le  même  sens. 

De  même,  un  excès  d'ombrage,  en  diminuant  l'aération  et 

(i)  Revue  des  Cultures  coloniales,  n°  22,  5  février  1899,  p.  80. 


—  23  — 
en  augmentant  rhumiclité  de  l'air,  favorise  le  développe- 
ment du  parasite.  Néanmoins,  il  est  indéniable  que  des 
rideaux  de  grands  arbres  convenablement  orientés  agissent 
très  heureusement  contre  l'extension  de  Fliéniiléia.  En 
effet,  pour  une  localité  donnée,  on  le  conçoit  facilement, 
c'est  suivant  la  direction  du  vent  dominant  que  le  parasite 
se  propage  peu  à  peu  à  l'aide  des  spores  charriées  par  le 
courant  aérien.  Des  abris  suffisamment  hauts  arrêtent  au 
passage  un  nombre  considérable  de  ces  spores  et  beaucoup 
d'entre  elles  se  dessèchent  et  périssent  sur  place",  avant 
d'avoir  atteint  les  Caféiers. 

Il  est  à  observer  que  lorsque  le  Caféier  végète  pour  ainsi 
dire  à  l'état  de  nature,  dans  un  climat,  sur  un  sol  et  à  une 
altitude  convenables,  qu'il  ne  subit  aucune  taille  ou  seule- 
ment une  taille  modérée,  il  résiste  bien  en  général  à  l'hémi- 
léia,  car  il  répare  facilement  ses  pertes.  C'est,  de  même, 
par  la  qualité  avantageuse  du  sol  qu'il  faut  expliquer  les 
dégâts  moins  intenses  dans  les  terres  siliceuses  et  ferrugi- 
neuses (39,  p.  4),  si  elles  sont  assez  profondes  et  bien  drai- 
nées. L'absence  d'argile,  ou  une  faible  quantité  seulement 
de  cette  substance,  est  une  circonstance  favorable  pour  la 
végétation  du  caféier,  du  moins  le  Caféier  d'Arabie. 

On  comprend  jjien  maintenant  l'influence  néfaste  des 
conditions  culturales  défectueuses,  aggravée  encore  quand 
les  arbres  ont  été  plantés  sur  des  sols  que  leur  nature  phy- 
sique, chimique  ou  géologique  rend  ))eu  propres  à  cette 
culture.  La  nocivité  de  la  maladie  dans  de  send)lables  con- 
ditions vient  toujours  compliquer  et  augmenter  l'état  de 
végétation  précaire  où  subsiste  la  plante.  M.  Sadebeck  (41) 
a  insisté  particulièrement  sur  ce  sujet.  C'est  à  ce  groupe  de 
causes  qu'il  faut  attribuer  sans  doute  l'abandon  progressif 
de  la  culture  du  Caféier  au  Natal,  abandon  qui  s'étendra  cer- 
tainement à  d'autres  régions,  en  Afrique  surtout,  où  le 
Caféier  a  été  souvent  planté  d'une  façon  un  peu  inconsi- 
dérée, sans  s'inquiéter  suffisamment  des  conditions  néces- 
saires à  sa  réussite. 


Ces  causes  d'ailleurs  ne  sont  pas  étrangères  aux  désastres 
produits  par  Thémiléia  à  Ceylan,  bien  que  d'autres  raisons 
qu'on  pourrait  qualifier  d'extra-pathologiques  aient  amené 
beaucoup  de  planteurs  de  l'ile  à  arracher  systématiquement 
leurs  Caféiers,  même  encore  en  état  de  bon  rapport. 

Dégâts.  —  On  peut  juger  de  l'importance  pécuniaire  des 
dégâts  amenés  par  l'hémiléiasi  l'on  examine  les  statistiques 
publiées  sur  Ceylan.  En  1878,  année  particulièrement  défa- 
vorable pour  le  Caféier,  la  maladie  aurait  produit  une  perte 
évaluée  à  5o  millions  de  francs.  Et,  pendant  les  dix  années 
qui  ont  suivi  l'apparition  de  Vllemileia  vastatriXy  le  préju- 
dice éprouvé  par  les  planteurs  de  Ceylan  ne  serait  pas  infé- 
rieur à  35o  millions  (15).  D'ailleurs,  l'exportation  du  café,  qui 
y  avait  atteint  le  chiffre  de  41-885.097  kilos  en  1879,  est 
tombée  à  9.067.292  kilos  en  1884  et  à  2.8i5.488  en  1893. 
Depuis  quelques  années,  la  production  se  relève  un  peu, 
mais  l'introduction  du  Libéria,  qui  permet  d'étendre  à  la 
plaine  la  culture  du  Caféier,  n'y  est  certainement  pas  étran- 
gère. Il  faut  dire  qu'à  Ceylan  le  Caféier  fut  planté  un  peu 
partout,  que  bien  des  terres  à  Caféier  étaient,  sinon  de  mau- 
vaise qualité,  du  moins  peu  appropriées  à  cette  culture, 
qu'enfin  on  a  soumis  la  plante  à  un  régime  épuisant  pour  lui 
faire  rendre  le  maximum  de  récolte  par  tous  les  artifices 
possibles,  taille,  apport  excessif  d'engrais,  etc.  Puis,  lorsque 
l'hémiléia  eut  considérablement  diminué  les  rendements, 
sans  qu'on  connût  encore  de  moyens  bien  pratiques  de 
réduire  ses  ravages;  lorsque,  en  un  mot,  la  culture  devint 
sensiblement  moins  rémunératrice,  un  revirement  s'opéra, 
la  «  fièvre  du  thé  »  s'empara  des  esprits.  Presque  partout  le 
thé  fut  substitué  au  Caféier;  en  1879,  déjà,  un  dixième  des 
surfaces  de  culture  occupées  par  le  Caféier  donnait  asile  à 
d'autres  plantes,  et  surtout  l'arbre  à  thé.  Depuis  cette 
époque,  la  culture  de  cette  dernière  plante  s'est  répandue 
de  plus  en  plus,  et,  à  l'heure  actuelle,  elle  constitue  la  source 
la  plus  importante  des  revenus  de  l'ile. 


—  25  — 
Histoire  du  champignon.  —  Le  champignon  qui  produit 
cette  redoutable  maladie  de  la  feuille,  VHemileia  vastatrix, 
appartient,  avons-nous  dit,  à  la  famille  des  Urédinées. 
M.  Bùrck  (34)  a,  il  est  vrai,  professé  une  opinion  différente; 
mais  les  savantes  et  minutieuses  recherches  de  ]\I.  Marshall 
A^'ard  ne  laissent  subsister  aucun  doute  sur  la  place 
qu'occupe  le  champignon  dont  nous  parlons,  dans  la  classi- 
fication mycologique.  C'est  dans  le  même  groupe  que  se 
rangent  les  Piiccinia,  les  Uromyces^  etc.,  et,  en  général,  les 
champignons  qui  produisent  les  «  rouilles  »  des  plantes 
sauvages  ou  cultivées. 

Étudions  maintenant  l'histoire  biologique  de  ce  parasite. 
Elle  a  été  établie  par  les  observations  et  les  expériences  de 
nombreux  botanistes  et  mycologues,  surtout  Berkeley,  le 
D'  Thwaites,  Cooke,  R.  Abbay,  le  D'  Morris,  Thyselton  Dyer, 
Marshall  Ward,  Biirck,  Sadebeck,  dont  j'ai  énuméré  plus 
haut  les  travaux  les  plus  importants. 

Les  premières  spores,  les  plus  nombreuses  sur  la  plante 
vivante  et  les  plus  anciennement  connues  forment  les  amas 
orangés  que  nous  avons  signalés  à  la  face  inférieure  des 
feuilles  malades.  Ces  amas  constituent  Vuréclo  et  ces  spores 
de  l'urédo  sont  nommées  par  les  mycologues  urédospores. 
L'emploi  du  microscope  est  nécessaire  pour  les  observer,  de 
même  que  toutes  les  particularités  de  la  structure  intime  du 
champignon. 

Ce  n'est  que  lorsque  le  mycélium,  c'est-à-dire  l'organe 
filamenteux  formant  l'appareil  végétatif  du  champignon, 
s'est  déjà  bien  avancé  dans  l'intérieur  du  tissu  de  la  feuille 
et  l'a  intimement  pénétré,  qu'on  voit  apparaître  les  urédo- 
spores. Elles  sortent  en  petits  bouquets  un  peu  élargis  du 
parenchyme  de  la  feuille  par  l'ouverture  des  stomates. 

Ces  urédospores,  d'abord  hyalines,  à  peu  près  lisses,  sont 
produites  à  l'extrémité  de  filaments  du  mycélium  situés 
dans  le  voisinages  des  stomates  et  qui,  agglomérés  en  une 


26 


Fig.  j.  —  Bouquet  d  ui'édospo 
res  jeunes  sortant  par  l'ori- 
fice d'un  stomate  :  Vr,  uré- 
dospores  ;  Pa.  paraphyses 
My,  mycélium. 


masse  dense,  sortent  par  Fouverture  de  ces  organes  (fig.  .)). 
Ces  filaments  portent  d'abord  un  léger  renflement  hyalin,  à 
leur  sommet;  celui-ci  augmente  bientôt  de  volume;  et,  tout 
en  conservant  sa  transparence,  il 
se  sépare  par  une  cloison  trans- 
versale du  reste  du  filament. 

L'urédospore  esl  alors  difleren- 
ciée  du  mycélium,  et  elle  persiste 
jusqu'à  la  fin  de  son  évolution 
constituée  par  une  cellule  unique. 
Bientôt,  elle  augmente  de  volume  ; 
à  peu  près  arrondie  au  début,  elle 
acquiert  une  forme  ovale,  plus  ou 
moins  régulière,  s'atténuant  sou- 
vent un  peu  vers  la  base,  son  poinl 
d'insertion  sur  le  filament.  Puis  la  surface  et  le  contenu 
de  la  cellule  d'urédospore  se  modifient  complètement. 

Au    début,   les    urédospores   sortent    de   l'ouverture  du 
stomate    en    une    masse    arrondie,  étranglée   à    sa    base, 
formée  des  filaments    fertiles.   A  mesure  que  leur  volume 
augmente,    elles   se    compri- 
ment réciproquement  ;  celles 
du  centre  s'allongent  un  peu, 
les  périphériques  prennent  la 
forme   d'une  pyramide   tron- 
quée, à  base  supérieure  arron- 
die, ainsi  que  la  face  externe, 
tandis  que  les  deux  faces  in- 
ternes s'aplatissent.  Parfois, 
les  filaments  qui  touchent  les 
bords  de  l'ouverture  du  sto- 
mate et  sont  comprimés  par 
elle    ne    semblent   pas    évo- 
luer,   par    leur    extrémité.     Ils  se  modifient  peu,    s'arron 
dissant  et   s'élargissant  un  peu    seulement  par   leur  som 
met   sans     prendre    nettement     le     caractère    des    urédo' 


Fig.  4.  —  Groupes  d'urédospores  :  à 
gauche,  vues  de  profil  ;  à  droite,  de 
face.  A  droite  et  en  bas,  vues  par 
dessous  avec  les  paraphyses  au  cen- 
time ;  à  droite  et  en  haut,  vues  par 
dessus. 


—  27  — 
spores.  Ce  sont  là,  autant  que  j'ai  pu  m'en  rendre 
compte  par  l'examen  d'échantillons  malheurevisement  déjà 
un  peu  secs,  les  organes  décrits  par  R.  Abbay(15)  sous  le 
nom  de  cystides.  Ces  sortes  de  paraphyses  ne  sont  pas 
rares  chez  les  Urédinées.  On  les  voit,  en  particulier,  bien 
développées,  dans  les  Melampsora ^  voisins  du  genre  Hc- 
inileia.  Là,  comme  partout  où  on  les  rencontre  dans  cette 
famille  de  champignons,  leur  origine  n'est  pas  différente 
de  celle  que  je  crois  devoir  leur  attribuer  chez  VHemileia 
vastatrix  :  ce  ne  sont  que  des  urédospores  avortées,  arrê- 
tées dans  leur  développement,  comme  Ta  déjà  déclaré 
M.  Massée  (47). 

Enfin,  les  urédospores  acquièrent  leur  forme  et  leurs 
dimensions  définitives,  en  même  temps  que  la  membrane 
se  différencie  en  deux  couches,  toutes  deux  hyalines  : 
l'externe  épaisse,  l'interne  très  mince  et  en  contact  immé- 
diat avec  le  contenu  cellulaire.  La  face  externe  de  l'uré- 
dospore  se  bombe,  devient  plus  convexe, 
en  se  couvrant  d'un  grand  nombre  de 
petites  verrucosités  obtuses,  de  3  ou  4  [J- 
de  haut  (i).  La  surface  interne,  qui  au 
début  est  sensiblement  formée  de  deux 
plans,  se  creuse  un  peu,  mais  elle  reste  à 
peu  près  complètement  lisse  (d'où  Téty- 
mologie  du  terme  Hemileia  :  Jieiui^  à  demi 
et  leios,  lisse). 

A  l'état  adulte,  la  spore  dont  la  surface 
externe  est  nettement  convexe,  et  Tin- 
terne  concave,  a  souvent  ainsi  une  ap- 
parence réniforme.  Pendant  que  ces 
modifications  se  sont  opérées  dans  la 
forme,  le  contenu  de  l'urédospore  s'est 
transformé  aussi.  On  y  voit  apparaître 
dès  le  début  des  corpuscules  incolores  arrondis  :  ce  sont 


^.  :").  —  Urédosiio- 
res  à' Hemileia  vas- 
tatrix. Eu  haut  la 
mise  au  point  du 
microscope  a  été  fai- 
te sur  le  contenu  de 
l'urédospore;  en  bas, 
sur  la  surface. 


(i)  Le  |x  est  l'unité    do   mesure    pour  les    objets    vuf 
?quivaul  à  un  millième  de  millimètre. 


:roscopc 


il 


—  28  — 
des  vacuoles  remplies  de  liquide  cellulaire,  ce  que  M.  Van 
Tieghem  a  appelé  des  hydroleucites,  noyées  dans  un  proto- 
plasma granuleux.  Dans  celui-ci  se  montrent  bientôt  des 
granulations  de  couleur  jaune  d'or  ou  orangé,  ainsi  que 
quelques  sphérules  plus  volumineuses,  remplies  d'un  liquide 
oléagineux  et  colorées  en  jaune  vif.  Ce  sont  les  corpuscules 
et  les  sphérules  colorés  qui  impriment  à  l'urédospore  et  par 
suite  à  la  tache  d'hémiléia  sur  la  feuille  une  couleur 
orangée  (fig.  4  et  5). 

L'urédospore  étant  tout  à  fait  mûre,  l'extrémité  du  fila- 
ment sur  lequel  elle  a  pris  naissance  se  gélifie  et  l'urédo- 
spore se  détache.  Elle  reste  sur  la  tache  ou  dans  son  voisi- 
nage, ou  bien  elle  tombe  sur 
la  face  supérieure  d'une  feuille 
placée  au-dessous  ;  souvent 
aussi  le  vent  l'entraîne  au  loin. 
A  ce  moment,  en  tous  cas,  elle 
est  apte  à  germer  et  elle  peut 
atteindre  35  tj.  dans  sa  plus 
grande  dimension;  mais,  en 
moyenne,  les  urédospores  ne 
dépassent  guère  3o  ;;.. 

Les  urédospores  ancienne- 
ment formées,  qui  tombent  sur 
la  tache  et  y  persistent,  se  dé- 
colorent peu  à  peu  en  vieillis- 
sant et  deviennent  à  peu  près 
hyalines,  tout  en  conservant 
les  aspérités  de  leur  surface. 
Lorsque  l'urédospore  mûre 
de  V  Hemileia  vastatrix  se 
trouve  dans  des  conditions 
convenables  de  température  et 
d'humidité,  elle  germe  rapidement.  La  germination  s'établit 
en  général  par  deux  points  opposés  (fig.  6)  où  l'exospore 
s'amincit  et  d'où  sort   un  filament  limité  par  l'endospore 


Fig.  6.  —  Germination  des  urédo- 
spores d'He/nilcia  i>astatrix  .  A 
gauche,  stade  du  début  ;  l'g.  fila- 
ments germinatifs  ;  au  milieu,  à 
une  période  plus  avancée  ;  à  droite, 
extrémité  d'un  filament  gcrminatif 
déjà  développé.  (D'après  M.  Mar- 
shall Ward.^ 


—  29  — 

très  ténue.  On  peut  voir  parfois  plusieurs  spores  germina- 
tifs,  et  M.  Marshall  Ward  en  a  compté  jusqu'à  cinq.  Le 
contenu  de  l'urédospore  s'éclaircit,  et  lorsque  le  filament 
germinatif  a  acquis  une  certaine  di- 
mension, les  granulations  colorées  de 
Furédospore  ont  quitté  la  cavité  de  celle- 
ci  pour  se  rendre  dans  le  filament.  Le 
filament  germinatif  peut  se  ramifier, 
mais  il  ne  se  cloisonne  pas  toujours. 
Souvent  son  extrémité  est  un  peu  ren- 
flée, simulant  une  spore  secondaire 
(fig.  7).  Puis,  lorsque  la  germination  a 
acquis  une  certaine  longueur,  si  elle 
s'est  effectuée  sur  la  face  inférieure 
d'une  feuille  de  Caféier,  le  filament  s'in- 
sinue par  son  extrémité  dans  l'ostiole 
d'un  stomate  (fig.  8).  Bientôt,  tout  en  se 
ramifiant,  il  progresse  peu  à  peu  entre 
les  cellules  superficielles,  détruisant  de  proche  en  proche 
la  substance  qui  les  unit.  L'in- 
fection est  alors  opérée. 

M.  Marshall  Ward  a  pu  se 
persuader,  par  une  observation 
attentive  des  infections  qu'il 
opérait  en  déposant  des  uré- 
dospores  sur  la  face  inférieure 
de  feuilles  de  Caféier,  que  la 
germination  de  cette  urédo- 
spore  peut  commencer  même 
avant  24  heures.  Le  jour  sui- 
vant, le  filament  germinatif 
atteint  les  stomates,  et,  au  troisième  jour,  le  mycélium  a 
déjà  pénétré  entre  les  cellules  de  la  feuille.  C'est  à  la  tem- 
pérature de  24°  centigrades  environ  que  cette  germination 
de  l'urédospore  s'accomplit  aussi  rapidement,  dans  un 
milieu  riche  en  humidité.  Ce  sont  là  les  conditions  optima 


Fig.  7.  —  Extrémités 
de  filaments  germina- 
tifs  d'urédospores 
d'/fe?ni/eia  castatrix. 
Germinations  artifi- 
cielles comme  pour  la 
fig.  6.  (D'après  M. 
Marshall  Ward.) 


.-Ur 


Fig.  8.  —  Pénétration  d'ui 
ment  germinatif  d'uiédo 
A'Hemileia  vastatii.v  ]); 
stomate.  (D'après  M.  M; 
Ward.) 


.hall 


—  so- 
dé développement  du   parasite;  elles  se  trouvent  souvent 
réalisées  dans  les  régions  chaudes  au  moment  de  la  saison 
pluvieuse,  et  on  comprend  alors  que  cette  période  soit  aussi 
celle  de  l'extension  rapide  de  la  maladie. 

Les  filaments  germinatifs  d'urédospore  ne  semblent  pas 
capables  de  perforer  directement  la  cuticule  saine  de  la 
feuille  et,  en  somme,  de  pénétrer  celle-ci  autrement  que 
par  les  ouvertures  naturelles  des  stomates.  M.  Ward  n'a 
pu  opérer  l'infection  par  la  face  supérieure  de  la  feuille,  à 
peu  près  dépourvue  de  stomates,  qu'en  enlevant  au  préa- 
lable par  une  coupe  tangentielle  la  cuticule  de  la  feuille  et 
en  mettant  à  nu  le  parenchyme  sous-jacent. 

M.  Bûrck,  qui  a  contribué  aussi  pour  une  bonne  partie  à 
étendre  nos  connaissances  au  sujet  de  V Hemileia  vasta- 
Irix  (34),  a  précisé  le  temps  strictement  nécessaire  pour  que 
les  urédospores  puissent  germer  en  présence  de  l'eau  ;  il 
l'estime  à  une  durée  de  contact  de  2  heures  20  minutes  en 
moyenne.  Il  a  montré,  de  plus,  que  pour  les  feuilles  étalées 
et  ayant  par  suite  dépassé  l'état  tout  à  fait  jeune,  c'est  plus 
souvent  vers  la  pointe  que  se  produisent  les  nouvelles 
taches.  On  doit,  en  effet,  considérer  que  les  urédospores 
tombent  en  général  sur  la  face  supérieure  de  la  feuille  et 
qu'entraînées  par  les  eaux  pluviales,  c'est  dans  la  partie  la 
plus  déclive,  à  la  pointe  seulement,  que  les  gouttes  d'eau 
qui  les  contiennent  séjournent  assez  longtemps  pour  que  la 
pénétration  s'opère. 

D'autres  observations  de  M.  Biirck  nous  ont  également 
fourni  une  des  raisons  pour  lesquelles  les  feuilles  jeunes 
et  encore  enroulées  sont  bien  plus  vulnérables  ^vis-à-vis 
de  l'hémiléia.  Leur  position  permet,  en  effet,  à  l'eau  d'y 
persister  plus  longtemps  et  aussi  de  mouiller  plus  faci- 
lement la  face  inférieure  garnie  de  stomates,  déjà  suffi- 
samment différenciés,  par  lesquels  se  fait  l'infection. 
C'est  pourquoi  Ton  voit  tant  de  jeunes  feuilles  atteintes 
toutes  les  fois  que  l'hémiléia  sévit  avec  quelque  intensité. 

Les  premières  observations  faites  au  sujet  de  la  germi- 


-  31  — 
nation  des  iirédospores  par  le  D"'  Thvvaites  et  M.  Abl)ay  (15) 
diffèrent  sensiblement  de  celles  de  M.  Ward.  Ce  que 
M.  Ward  regarde  comme  une  urédospore,  et  c'est  mainte- 
nant l'opinion  généralement  admise,  était  considéré  par 
M.  Abbav  comme  un  sporange,  d'où  il  voyait  sortir  des 
spores.  Ces  observations,  contestées  d'abord  par  M.  Morris 
(20),  n'ont  pas  été  vérifiées  depuis  ;  on  doit  les  considérer 
comme  des  erreurs  d'observation,  et  les  prétendues  spores 
de  M.  Abbay  ne  sont  peut-être  pas  autre  chose  que  les 
sphérules  du  contenu  de  l'urédospore,  expulsées  de  celle-ci 
par  la  déchirure  de  la  mendjrane,  à  la  suite  d'une  pres- 
sion de  l'objectif  du  microscope  sur  la  lamelle  couvre- 
objet.  De  plus,  M.  Abbay  aurait  vu  ces  mêmes  spores, 
issues  du  prétendu  sporange,  germer  par  la  production 
d'un  fdament,  dont  le  sommet  portait  des  chapelets  de 
petites  spores  secondaires  disposées  comme  les  conidies 
d'un  Pénicillium.  Cette  notion  a  d'ailleurs  fait  douter  à  un 
esprit  éclairé  comme  l'était  Berkeley  que  Yllciitilcia  vasla- 
trix  fût  une  Urédinée,  un  tel  mode  de  germination  ne  pa- 
raissant guère  admissible  pour  une  urédospore.  Mais 
comme  M.  Abbay  n'a  jamais  pu  obtenir  d'infection  sur  les 
feuilles  vivantes  de  Caféier  avec  cette  forme  Pénicillium,  je 
considère  avec  M.  Ward  que  c'est  là  un  organisme  étranger 
à  VHemileia  vastatrix.  Je  pense  que  ce  n'a  pu  être  qu'une 
impureté  qui  s'est  glissée  dans  les  cultures,  sans  doute 
même  le  Pénicillium,  glaucum,  cette  moisissure  verdâtre 
qu'on  observe  partout  à  la  surface  du  globe  sur  les  matières 
organiques  exposées  à  l'humidité  et  qui  constitue  vrai- 
semblablement l'espèce  la  plus  répandue  dans  la  classe  des 
champignons. 

Si  les  urédospores  ont  été  desséchées  pendant  quelque 
temps,  il  faut  attendre  un  temps  variable  avant  l'apparition 
de  tout  indice  de  germination,  et  celle-ci  s'établit  dans  ce 
cas  avec  une  lenteur  proportionnée  à  l'état  de  sécheresse 
de  l'air  ambiant.  Les  urédospores  formées  au  début  de  la 
saison  sèche  se  trouvent  précisément  dans  ce  cas,  et  cela 


—  32  — 
nous  explique  Tatténuation  qu'on    observe  dans  le  déve- 
loppement de  la  maladie  dès   le  commencement  de  cette 
période. 

Dans  Tair  sec,  les  urédospores  peuvent  rester  vivantes 
plusieurs  semaines  sans  entrer  en  germination.  C'est  ainsi 
que  des  échantillons  de  feuilles  de  Caféier  atteintes  d'hé- 
miléia  ont  pu,  en  1882,  être  envoyés  de  la  Réunion  en 
Angleterre,  à  Kew,  et  de  là  expédiés  à  Strasbourg,  sans 
que  les  urédospores  qu'elles  portaient  eussent  perdu  leur 
faculté  germinative,  puisqu'elles  développèrent  des  fila- 
ments lorsqu'on  les  plaça  dans  les  conditions  requises  de 
chaleur  et  d'humidité. 

Des  températures  extrêmes,  trop  basses  ou  artificielle- 
ment trop  élevées,  sont  défavorables  aux  urédospores. 
Elles  arrêtent  leur  germination  et  les  tuent  en  peu  de 
temps. 

De  môme,  un  certain  nombre  de  substances  sont  suscep- 
tibles d'empêcher  la  germination  des  urédospores  ou  de 
tuer  les  jeunes  mycéliums  qui  en  sortent.  M.  Ward  cite,  à 
ce  propos,  les  solutions  faibles  d'acides  et  d'alcalis  en 
général,  l'acide  sulfureux,  l'acide  phénique,  déjà  recom- 
mandés à  l'état  de  vapeurs,  par  plusieurs  auteurs  pour  le 
traitement  de  l'hémiléia,  comme  nous  le  verrons  plus  loin. 
Mais  on  doit  retenir  en  première  ligne  le  jus  de  tabac, 
expérimenté  par  M.  Biirck  (34),  et  surtout  les  préparations 
cupriques.  jNI.  Sadebeck  (41)  a  étudié  comparativement,  dès 
1889,  l'action  du  jus  de  tabac  et  de  la  bouillie  bordelaise 
sur  les  urédospores  de  V Hemileia  vastatrix.  Il  a  constaté 
que  la  bouillie  bordelaise  tue  les  urédospores  en  quelques 
minutes  ;  l'action  du  jus  de  tabac  est  identique,  mais  elle 
est  plus  lente.  Ces  observations  ont  été  le  point  de  départ 
du  traitement  le  plus  actif  que  l'on  puisse  conseiller  actuel- 
lement contre  l'extension  de  l'hémiléia. 

Lorsque  l'infection  est  réalisée,  c'est-à-dire  lorsque  le 
filament  germinatif  de    l'urédospore  a  pénétré    le    paren- 


—  33  — 
chyme  de  la  feuille  de  Caféier,  il  se  passe  un  certain  temps, 
nous  l'avons  déjà  dit,  avant  qu'une  modification  extérieure 
quelconque  vienne  indiquer  la  présence  du  parasite,  bien 
que  l'analyse  microsco])ique  permette  déjà  de  la  déceler 
sûrement.  M.  Ward  considère  qu'en  général  c'est  vers  le 
1 4' jour  que  la  tache  se  montre  avec  évidence  ;  peu  distincte 
au  début  pour  un  œil  non  exercé,  elle  prend  bientôt  la 
teinte  jaunâtre  et  produit  les  urédospores  caractéristiques. 
Pourtant,  le  môme  auteur  l'a  vue  apparaître  dès  le  9' jour, 
dans  des  cas  particulièrement  favorables  pour  le  parasite 
et  sur  des  feuilles  très  jeunes  et  succulentes;  d'autres  expé- 
riences lut  ont  prouvé  que  la  sécheresse  allonge  notable- 
ment la  durée  de  cette  période  (29).  Il  résulte  aussi  de  ses 
observations  que  la  variété  de  Caféier  n'est  pas  sans  impor- 
tance, non  plus  que  l'âge  de  la  feuille,  puisque  sur  les 
feuilles  adultes  la  tache  n'est  guère  visible  avant  le  17' jour. 
Ces  différences  dans  l'évolution  de  l'hémiléia  s'expliquent 
d'ailleurs  sans  dilliculté,  par  cette  raison  que,  chez  les 
feuilles  jeunes,  la  minceur  et  le  défaut  d'incrustation  des 
membranes  facilitent  singulièrement  l'extension  du  mycé- 
lium; et,  de  ce  fait,  la  période  d'incubation  de  la  maladie  se 
trouve  raccourcie.  D'un  autre  côté,  il  est  indiscutable  que 
ces  deux  conditions  d'épaisseur  et  d'incrustation  des  mem- 
branes varient  sensiblement  d'une  variété  à  une  autre. 

La  notion  de  la  durée  d'incubation  de  l'hémiléia  a  per- 
mis à  M.  Biirck  (34)  de  fournir  l'explication  de  ce  fait,  facile 
à  vérifier  :  que  la  maladie  paraît  en  général  plus  intense  sur 
la  troisième  paire  de  feuilles  à  partir  du  sommet  du  rameau 
que  sur  toutes  les  autres,  alors  qu'à  ce  moment  les  deux 
premières  paires  non  déroulées  semblent  souvent  encore 
indemnes.  Cela  tient  à  ce  que  les  feuilles  de  la  troisième 
paire,  qui  sont  alors  en  général  étalées,  ont  été  infectées  très 
jeunes  dans  le  bourgeon,  et  que  pendant  le  temps  où  les 
deux  paires  supérieures  se  sont  montrées,  l'hémiléia  a 
atteint  sur  la  troisième  paire  sa  période  aiguë,  période 
pendant   laquelle  la    production   d'urédospores  est    à   son 

3 


—  34  — 
maximum.  A  ce  moment,  sur  les  deux  premières  paires,  au 
contraire,   Tinfection,  quoique  souvent  réalisée,   peut  n'a- 
voir pas  dépassé  la  période  d'incubation  où  elle  n'est  pas 
encore  apparente. 

La  tache  une  l'ois  visible,  les  urédospores  sortent  par  les 
stomates  au  bout  de  très  peu  de  jours,  et  d'autant  plus 
rapidement  que  les  conditions  extérieures  sont  j)lus  avan- 
tageuses pour  la  végétation  du  parasite.  Les  urédospores  se 
détachent  à  mesure  qu'elles  mûrissent,  et  en  même  temps 
de  nouvelles  surgissent  à  leur  place.  La  production  des 
urédospores  pourrait  ainsi  durer  sur  une  tache  de  lo  à 
16  semaines  et  même  plus  '29;. 

Le  nombre  des  urédospores  produites  est  très  considé- 
rable ;  M.  Ward  aurait  pu  en  compter  sur  une  seule  tache 
jusqu'à  iSo.ooo.  Elles  sont  toujours  plus  nombreuses  sur 
les  jeunes  feuilles,  à  cause  du  foisonnement  plus  abondant 
et  plus  rapide  du  mycélium. 

Le  mycélium  d'Hcniileia  vaslatrix  est  constitué  par  le 
développement  du  filament  germinatif  de  l'urédospore  dans 
les  tissus  de  la  feuille  du  Caféier.  11  a  été  vu  dès  les  j)re- 
mières  observations,  mais  c'est  encore  à  ]\L  Marshall  AVard 
que  nous  en  devons  une  étude  approfondie  (28).  Je  me  j)er- 
mets  d'ajouter  quelques  observations  personnelles  sur  ce 
sujet. 

A  l'état  jeune,  ce  mycélium  est  grêle,  formé  de  filaments 
hyalins,  ramifiés,  sobrement  cloisonnés,  assez  souvent  rem- 
plis d'un  protoplasma  finement  granuleux.  Il  pénètre  entre 
les  cellules,  les  dissocie  en  détruisant  à  l'aide  de  ses  sécré- 
tions le  ciment  qui  les  unit  (fig.  9).  Quand  il  rencontre  sur 
sa  route  des  espaces  intercellulaires,  il  les  comble  en  pro- 
duisant souvent  de  courtes  ramifications  un  peu  irrégu- 
lières de  forme,  plus  ou  moins  renflées  au  sommet,  ce  qui 
donne  un  peu  à  cette  masse  une  apparence  coralloïde.  La 
dimension  moyenne  des  filaments  est  d'environ  6  ]}.  en  dia- 
mètre. 


Des  coupes  transversales  un  peu  fines,  faites  dans  une 
feuille  atteinte,  permettent  de  voir  la  pénétration  du  mycé- 
lium dans  rintérieur  des  cellules  de  la  feuille.  Les  filaments 


Fig.  9.  —  Mycélium  A' llemileia  vastatrix.  A  gauche,  coupe  transversale  dans  une 
l'cuille  atteinlo  :  E.s.,  épiderme  de  la  face  supérieure  de  la  feuille  ;  My,  mycé- 
lium ;  Se,  ses  suçoirs.  —  A  droite,  pénétration  des  suçoirs  dans  les  cavités 
fcllulaircs  :  mêmes  lettres.   (La  figure  de  droite  d'après  M.  Marshall  Ward.) 

y  envoient  des  rameaux,  agencés  comme  de  véritables  su- 
çoirs, en  général  étroits,  courts  et  trapus,  brusquement 
renflés  en  général,  arrondis  à  leur  sommet  et  possédant  un 
contenu  chargé  de  granulations  brillantes.  Pour  une  cellule 
donnée,  leur  nombre  est  variable.  On  n'en  rencontre  en 
général  qu'un  ou  deux;  mais  sur  des  feuilles  très  atteintes, 
on  peut  voir  des  cellules  dont  les  parois  sont  pénétrées  de 
toutes  parts. 

La  première  manifestation  du  parasitisme  sur  la  cellule 
vivante  est  le  changement  de  couleur  des  plastides  chloro- 
phylliens qui  peu  à  peu  jaunissent.  A  mesure  que  le  suçoir 
s'accroît  dans  l'intérieur  de  la  cellule  parasitée,  le  contenu 
de  celle-ci  perd  progressivement  les  caractères  qui  le  dis- 
tinguent dans  les  éléments  vivants  et  il  ne  tarde  pas  à  périr. 
Il  se  contracte  et  se  coagule  en  une  masse,  d'abord  faible- 
ment colorée,  mais  prenant  ensuite  une  teinte  brunâtre 
plus  prononcée,  à  laquelle  participe  moins  fortement  l'en- 
veloppe de  la   cellule.  Parfois,   cependant,    on  trouve  des 


—  36  — 
cellules  d'oîi  le  protoplasme  disparaît  à  peu  près  complè 
tement  et  est  remplacée  d'abord   par  un    liquide   aqueux, 
puis  par  de  l'air. 

Le  rôle  du  suçoir  cesse  alors,  car  V Hemileia  vastatrix, 
comme  les  Urédinées  en  général,  étant  un  parasite  dans 
toute  l'acception  du  mot,  ne  végète  qu'aux  dépens  de  la 
matière  vivante.  Pendant  ce  temps  le  mycélium  se  développe 
vers  la  périphérie  de  la  tache,  s'avancant  de  proche  en 
proche  dans  les  parties  vivantes  du  parenchyme  foliaire. 
Néanmoins  son  extension  n'est  pas  indéfinie,  car  nous 
savons  que  la  dimension  de  la  tache  ne  dépasse  pas  une  cer- 
taine limite. 

Les  portions  du  mycélium  qui  sont  les  plus  voisines  de 
la  lace  inférieure  de  la  feuille  s'amassent  dans  la  chambre 
postérieure  des  stomates;  ils  s'y  enchevêtrent  étroitement 
les  uns  dans  les  autres  et  forment  des  corps  arrondis, 
opaques,  dont  la  nature  a  été  expliquée  par  M.  Morris  (20). 
Ces  organes,  fréquents  chez  les  champignons,  ont  reçu  le 
nom  de  stromas;  ils  sont  le  résultat  d'une  différenciation 
plus  ou  moins  marquée  du  mycélium  qui  peut  arriver  à 
simuler  un  véritable  parenchyme.  La  portion  de  ces  stromas 
la  plus  voisine  de  l'ouverture  des  stomates  émet  des  fais- 
ceaux de  filaments  hyalins,  libres,  qui  sortent  en  gerbe  par 
l'ostiole.  Ce  sont  les  pédoncules  des  urédospores  qui  vont 
se  différencier  à  leur  sommet,  ainsi  que  je  l'ai  décrit  ci-dessiis. 

Plus  tard,  quand  la  production  des  urédospores  a  cessé 
sur  les  taches,  M.  Marshall  Ward  y  a  observé  (28)  la  forma- 
tion d'une  seconde  espèce  de  spores,  les  téleutospores 
(spores  tardives),  qui  se  rencontrent  assez  généralement 
chez  les  Urédinées.  Leur  mode  de  formation  est  le  même 
que  celui  des  urédospores,  auxquelles  on  les  trouve  d'ail- 
leurs souvent  mélangées.  Comme  celles-ci,  elles  prennent 
naissance  à  l'extrémité  de  courts  stérigmates,  qui  sont  de 
même  des  ramifications  ultimes  du  mycélium  et  sortent  par 
les  stomates  en  un  faisceau  un  peu  divergent  à  partir  de 


Tostiole  d'oîi  il  émerge.  Encore  jeunes,  et  dès  leur  appari- 
tion hyalines  et  arrondies,  elles  ressemblent  à  s'y  méprendre 
à  des  urédospores  envoie  de  formation;  mais  leur  évolution 
ultérieure  va  les  en  différencier  nettement.  A  l'état  adulte, 
et  lorsqu'elles  sont  fraîches,  leur  contenu  montre  de  nom- 
breuses granulations  de  couleur  orangé  vif,  mais  leur  forme 
est  différente  de  celle  des  urédospores;  elles  sont  irréguliè- 
rement arrondies,  ou  plus  souvent  en  forme  de  toupie  un 


■■-'■S;,d 


Fig.  10.  —  Téleutospores  d  Ilemileia  vastadi.v  ci  leur  germination.  An  milieu, 
deux  téleutospores  mûres  ;  à  gauche,  la  germination  normale  :  Pr,  promycé- 
lium ;  Spd,  sporidie  ;  Stg,  son  stérigmate.  A  droite,  promycélium  isolé  dont  la 
cellule  terminale  a  donné  deux  sporidies.  (D'après  M.  Marshall  Ward.) 

peu  surbaissée,  plus  larges  et  moins  hautes  que  les  urédo- 
spores. L'exospore  est  aussi  moins  épaisse  et  absolument 
lisse  (fig.  lo).  Ce  sont  bien,  sans  doute,  des  téleutospores 
qu'a  vues  Cooke  (9),  quand  il  déclare  qu'en  vieillissant  les 
urédospores  perdent  les  aspérités  de  leur  surface,  ce  qui 
est  contraire  à  la  réalité  des  faits. 

La  téleutospore  germe  sur  place  et  d'une  façon  toute  dif- 
férente de  l'urédospore,  comme  nous  le  verrons  tout  à 
l'heure.  Ces  téleutospores  sont  toujours  beaucoup  moins 
nombreuses  que  les  urédospores. 

La  production  des  téleutospores  est  la  dernière  manifes- 
tation de  l'activité  du  mycélium  du  champignon  parasite. 
C'est  sans  doute  pour  cette  raison  qu'on  les  voit  naître  le 
plus  souvent  dans  les  portions  centrales  de  la  tache.  Dans 
cette  région,  en  effet,  les  cellules  de  la  feuille  complètement 
mortes  sont  devenues  incapables  de  nourrir  le  mycélium 


—  38  — 

qui  les  a  peu  à  peu  épuisées,  les  amenant  à  la  déchéance 
finale.  Avant  de  périr,  comme  les  cellules  de  son  hôte  qu'il 
a  tuées,  ce  mycélium  produit  alors  ses  téleulospores. 

C'est  au  moment  où  elles  sont  formées  que  la  tache  prend, 
vers  son  milieu,  cette  teinte  grisâtre,  indécise,  qui  succède 
à  une  coloration  plus  foncée.  Ce  phénomène  s'explique  faci- 
lement :  A  cette  période,  on  rencontre  sur  la  tache  un  nombre 
assez  restreint  de  téleutospores  orangées,  mêlées  à  de  nom- 
breuses urédospores  anciennes  et  pour  la  plupart  décolo- 
rées ;  la  teinte  qui  en  résulte  se  superposant  à  la  coloration 
faiblement  brunâtre  du  tissu  détérioré  et  en  partie  rempli 
d'air,  il  en  résulte  pour  l'œil  l'impression  d'une  tache  d'un 
blanc  grisâtre  ou  plutôt  de  couleur  indéfinissable. 

Après  la  formation  des  téleutospores,  on  rencontre  sou- 
vent, sur  les  taches,  d'autres  petites  espèces  de  champi- 
gnons qui  vivent  sur  les  parties  mortes  et  parachèvent  défi- 
nitivement leur  destruction.  Ils  ne  sont  en  aucune  façon 
parasites,  ni  liés  de  quelque  manière  que  ce  soit  au  cycle 
de  développement  de  VHemileia  vaslatrix. 

Les  téleutospores  peuvent  germer  sur  place,  encore  atta- 
chées à  leur  support,  sur  la  feuille  même,  si  elles  se  trou- 
vent dans  des  conditions  convenables  de  chaleur  et  d'humi- 
dité. Elles  émettent  à  leur  sommet  un  filament  germinatif 
de  nature  spéciale,  le  promycélium,  qui  ne  prend  qu'un 
développement  limité.  Cet  organe  ne  se  ramifie  j)as  ;  son 
enveloppe  mince  et  transparente  est  le  prolongement  de  la 
membrane  interne  de  la  téleutospore  dont  il  est  issu. 
Lorsque  le  promycélium  est  devenu  six  ou  huit  fois  plus 
long  que  la  téleutospore  et  que  le  contenu  de  celle-ci  a,  en 
grande  partie,  émigré  dans  la  cavité  du  filament,  trois  cloi- 
sons transversales  apparaissent  et  divisent  ainsi  le  promy- 
célium en  quatre  cellules.  Chacune  d'elles  pousse  dans  le 
voisinage  immédiat  de  la  cloison  qui  la  limite  une  ramifi- 
cation latérale  grêle.  L'extrémité  de  ces  rameaux  se  renfle 
en  une  petite  masse  sphérique  ouovalaire,  à  contenu  orangé 
finement   granuleux  et    montrant   souvent   dans  sa   masse 


—  39  — 
une  grosse  vacuole  arrondie  et  incolore.  Ce  sont  des  sporei- 
secondaires,  les  sporidies.  Leur  menibrare  est  mince, 
hyaline  et  lisse;  leur  dimension  est  beaucoup  plus  faible 
que  celle  de  la  téleutospore.  La  cellule  terminale  du  pro- 
mycélium produit  sa  sporidieà  son  sommet,  et,  occasionnel- 
lement, elle  peut  donner  naissance  à  deux  sporidies  qui 
sont  placées  côte  à  côte  (fig.  lo). 

Détachées  de  la  feuille,  les  téleutospores  germent  facile- 
ment dans  Feau  pure,  Teau  sucrée  faible  et  d'autres  liquides 
de  composition  plus  complexe.  La  longueur  du  promycé- 
lium, variable  avec  le  milieu  de  culture,  y  est  toujours  plus 
grande  que  dans  la  germination  spontanée  de  la  téleuto* 
spore  sur  la  feuille. 

Les  sporidies,  une  fois 
mures,  germent  aussitôt 
dans  l'eau  et  divers  liqui- 
des nutritifs.  Le  phéno- 
mène s'accomplit  tout 
aussi     facilement    quand 

elles     sont     encore    fixées        Fig.   n.  —  Goniunalioii  des  sporidies  d7/c- 

au     promycélium.     Elles         ""''"'"  "f"u'"  '  "'  ''''''"'  ^'d!!'ïf 'Z 

i  J  h,  c  el  (i,   phases   successives  de  la  ger- 

émettent  un  filament  très  mination. 
délié  qui  atteint  en  lon- 
gueur environ  quatre  fois  le  diamètre  de  la  sporidie 
(fig.  II).  M.  Marshall  Ward,  à  qui  nous  devons  toutes  ces 
observations  (27,  28),  a  pu  réaliser  la  germination  des  spo- 
ridies sur  des  feuilles  de  Caféier  vivantes;  mais  il  ne  les  a 
jamais  vues  pénétrer  les  tissus  et  produire  une  infection 
quelconque,  comme  on  y  arrive  facilement  avec  des  ger- 
minations d'urédospores.  Aussi  déclare-t-il  ignorer  le  sort 
ultérieur  des  germinations  de  sporidies  et  le  rôle  de  ces 
organes,  rôle  qu'il  y  aurait  grand  intérêt  à  établir,  nous 
allons  voir  de  suite  pourquoi  : 

En  dehors  des  urédospores  et  des  téleutospores,  on  sait 
qu'un  bon  nombre  d'Urédinées  montrent  encore  deux 
autres   formes   de    spores   naissant   dans    des    réceptacles 


—  -40  — 
spéciaux,  lesquels,  dans  Tordre  ordinaire  de  leur  apparition, 
sont  la  spermogonie  ou  aecidiole  et  l'secidium.  Les  quatre 
formes  se  suivent  régulièrement  :  la  production  de  sper- 
mogonies  et  d'sccidiums  étant  liée  à  la  pénétration  des  ger- 
minations de  sporidies  nées  de  la  téleutospore,  Turédo 
prenant  naissance  lors  de  sa  première  apparition  après  la 
pénétration  du  filament  germinatif  d'une  spore  d'tpcidium. 
On  n'a  pas  constaté  sur  le  Caféier  la  présence  de  spermo- 
gonies  ni  d'œcidiums,  mais  cela  ne  prouve  nullement  que 
VHemileia  vastatrix  soit  dépourvu  de  ces  deux  formes.  Il 
faut  considérer,  en  effet,  que,  chez  un  certain  nombre  d'Uré- 
dinées,  les  formes  spermogonie  et  œcidium  d'un  côté,  urédo 
et  celle  à  téleutospores  de  l'autre,  ne  peuvent  prendre  nais- 
sance que  sur  deux  plantes  différentes  et  qu'en  pareil  cas 
les  spores  d'œcidium,  pas  plus  que  les  téleutospores,  ne 
sauraient  infecter  la  plante  sur  laquelle  ils  végètent.  Or, 
d'après  M.  Marshall  Ward,  c'est  le  cas  des  téleutospores 
de  V Hemileia  vastatrix.  On  voit  donc  que  l'hypothèse  émise 
plus  haut  n'est  nullement  dépourvue  de  vraisemblance.  Je 
ne  vois  pas  pourquoi,  en  tout  cas,  on  devra  de  préférence 
rechercher  ces  formes  spermogonie  et  fccidium  sur  des 
Rubiacées,  comme  le  conseille  M.  Marshall  Ward  (29), 
plutôt  que  sur  des  plantes  d'une  autre  famille.  En  effet, 
dans  les  Urédinées  qui  établissent  la  série  de  leurs  fruc- 
tifications sur  deux  hôtes  différents,  ceux-ci  sont  sou- 
vent botaniquement  fort  éloignés  l'un  de  l'autre.  Tel  est, 
par  exemple,  le  cas  du  Puccinia  graminis,  qui  cause  la 
rouille  la  plus  commune  des  céréales  :  il  donne  sa  spermo- 
gonie et  son  oecidium  sur  l'épine-vinette,  son  urédo  et  ses 
téleutospores  sur  le  blé,  l'avoine  et  un  certain  nombre 
d'autres  graminées.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  y  a  là,  on  le  com- 
prend, une  lacune  dans  nos  connaissances  au  sujet  de 
VHemileia  vastatrix;  et  ce  n'est  que  lorsqu'elle  sera  com- 
blée que  nous  serons  exactement  renseignés  sur  les  dif- 
férents modes  d'infection  du  Caféier  par  la  maladie  de 
l'hémiléia. 


—  41   — 

L'hémiléia  attaque  toutes  les  variétés  du  Caféier  d'Arabie, 
mais  il  en  est  parmi  elles  qui  sont  plus  sensibles  à  son 
action  :  telle  est  la  variété  Maragogipe  (38).  D'origine  bré- 
silienne, c'est-à-dire  d'une  région  jusqu'ici  indemne  de  la 
maladie,  il  semblait  que  sa  croissance  rapide,  la  dimen- 
sion notable  de  ses  feuilles,  dussent  lui  permettre  de  ré- 
sister sufïisamment  à  la  maladie  (39,  p.  89).  En  réalité,  il 
n'en  est  rien,  et,  transportée  hors  de  sa  patrie,  elle  a  mon- 
tré le  grave  défaut  de  souffrir  beaucoup  de  l'hémiléia. 

On  sait  depuis  longtemps  (25  a)  que  le  Caféier  de  Libéria 
est  aussi  fréquemment  atteint  que  le  Caféier  d'Arabie, 
Comme  on  le  plante  assez  souvent  dans  des  terrains  bas  et 
un  peu  humides,  cet  habitat  y  facilite  l'extension  du  cham- 
pignon; mais  la  puissance  de  végétation  de  la  plante  lui 
permet  d'en  souffrir  beaucoup  moins.  La  chute  des  feuilles 
est  moins  fréquente  que  chez  l'Arabica,  et  c'est  à  cette  cii  • 
constance  surtout  que  le  Libéria  doit  le  développement 
pris  par  sa  culture  depuis  quelques  années. 

Il  est  remarquable  que  les  hybrides  d'Arabica  et  de 
Libéria  jouissent  d'une  immunité  bien  plus  grande  que  celle 
des  parents.  Aussi  a-t-on  cherché  à  répandre  à  Ceylan 
depuis  quelques  années  les  hybrides  du  Libéria  et  de  la 
variété  Maragogipe  de  l'Arabica.  Il  en  est  de  même  à  Java, 
pour  l'hybride  de  Libéria,  et  de  la  variété  Java  qui  se 
greffe  bien  sur  le  Libéria  et  y  pousse  vigoureusement.  Mais 
le  grand  défaut  de  ces  hybrides  de  Libéria  et  d'Arabica, 
défaut  que  la  culture  n'a  pas  encore  corrigé,  c'est  de  four- 
nir des  graines  bien  moins  appréciées  au  point  de  vue 
commercial  que  celles  des  variétés  de  l'Arabica.  D'un  autre 
côté,  le  café  Leroy,  de  Maurice  et  de  la  Réunion,  considéré 
par  beaucoup  de  botanistes  comme  une  espèce  spéciale 
[Coffea  laiiriiia)  et  que  M.  Raoul  croit  être  un  hybride  du 
Café  marron  [Coffea  mauritiana)  avec  l'Arabica  est  atteint, 
lui  aussi,  par  l'hémiléia,  mais  peu  gravement  (32,  42  b).  Le 
D^  Thwaites(3)  et  M.  M.  Ward  (28)  ont  également  trouvé  le 
champignon  à  Ceylan  sur  le  Coffea  travancorensis^  qui  vit 


—  42  — 
à  Tétat  sauvage  dans  les  jungles,  et,  actuellement,  riiémi- 
léia  est  très  répandu  sur  cette  espèce  {35  e^ 

Enfin,  il  est  démontré  que  l'hémiléia  peut  aussi  se  mon- 
trer sur  des  Rubiacées  autres  que  celles  du  genre  Coffea. 
Le  D'  O.  Warburg  (41,  43j  Fa  vu,  dans  le  jardin  de  Bui- 
tenzorg  (Java),  attaquer  diftérentes  espèces  du  genre  Gardé- 
nia dans  le  voisinage  de  Caféiers  malades.  A  Ceylan,  on  a 
signalé  aussi  l'hémiléia,  mais  avec  doute,  sur  une  autre 
Rubiacée,  Diplospora  spliœrocarpus  (35  c). 

Répartition  de  la  maladie.  —  L'hémiléia,  observé  à  Ceylan 
en  i8(i8,  s'y  est  vite  généralisé.  L'année  suivante,  il  attei- 
gnait la  péninsule  indoue  (21),  dont  les  plantations  furent 
envahies  en  peu  de  temps.  Il  était  à  Sumatra  en  1876(49); 
bientôt  après,  en  1879,  Java  était  contaminé  (17,  p.  89 
et  i.)o),  puis  les  îles  Fidji  (22),  Maurice  (1880),  la  Réu- 
nion (1880,).  Natal  a  été  atteint  sans  doute  vers  1878.  Pour 
Madagascar,  oîi  la  maladie  est  déjà  assez  ancienne,  je  n'ai 
pas  trouvé  de  documents  pour  en  préciser  la  date.  En  lout 
cas,  des  feuilles  apportées  par  le  D''  Keller  en  i88(S,  de 
Madagascar  à  Zurich,  présentèrent  à  l'examen  du  D""  Cra- 
mer les  fructifications  du  champignon  iD'"  Gœldi,  Relato- 
rio  sobre  a  molestia  do  caffeeiro  na  provincia  do  Rio  de 
Janeiro,  1887,  p.  100).  Au  Tonkin,  il  a  été  signalé  en  1888 
par  Balansa  [Revue  niijcoîogique,  1888,  p.  78).  Les  récentes 
plantations  de  l'Afrique  orientale  allemande,  dans  l'Ou- 
sambara,  présentaient  des  traces  évidentes  de  l'hémiléia 
en  1894  (40),  et  on  vient  de  le  signaler  à  Zanzibar  [Revue  des 
Cultures  coloniales,  n"du  j  janvier  1900).  Raoul  déclare  con- 
taminés ou  fortement  suspects  Bornéo  et  la  JNIalaisie  (39). 
Les  Philippines  sont  envahies  depuis  1890  ou  1891  (36). 
Aux  îles  Samoa,  on  l'a  récolté  en  1894  (llarkness,  in 
North  American  Fungi,  n°  8198,  de  Ellis  et  Everhart).  Enfin, 
M.  Sadebeck  (41)  et  M.  Hennings  (43)  croient  Vlleniileia 
vastatrix  indigène  dans  le  centre  africain,  et  j'avoue  qu'il 
me  paraît  difficile  d'admettre  qu'il  en  soit  autrement.    En 


—  43  — 
effet,  dans  la  région  du  lac  Vicloiia-Nyanza,  où  le  Caféier 
d'Arabie  a  été  trouvé  depuis  longtemps  (1861),  par  l'explo- 
rateur Grant,  à  Tétat  sauvage,  on  y  a  depuis  lors  observé 
à  deux  reprises  TUrédinée  du  Caféier.  Le  D'"  Fischer  Ta 
vue  le  premier,  puis  |)lus  lard  le  l)"^  Stuhlmann  (1897).  Le 
second  l'a  récoltée  sur  la  rive  occidentale  du  lac  à  Bukoba, 
dans  la  partie  la  plus  éloignée  de  l'Afrique  orientale  alle- 
mande. La  plante  hospitalière  serait  une  variété  nouvelle 
du  Caféier  d'Arabie,  Coffca  arctbicd  var.  ShihlnKiiiiii,  d'a- 
près le  D''  Warburg. 

En  somme,  à  Tlieure  actuelle,  on  ne  considère  comme 
indemnes  que  la  côte  occidentale  d'Afrique,  la  Nouvelle- 
Calédonie  et  toute  l'Amérique  avec  les  Antilles  (44,  46  . 
M.  P.  Hennings  (50,  p.  171)  indique  le  Guatemala  comme 
étant  contaminé.  Peut-être  y  a-t-il  erreur.  La  maladie  qui 
y  sévit  serait  due  au  SliWuni  fUividuni^  dont  nous  parlerons 
plus  loin  [Tropical  Agriculturist,  i'"'  mars  1897,  p.  63 1). 
J'ajouterai  que  INI.  F.  V.  Morren,  dans  un  ouvrage  tout 
récent  [KoffiecuUuur  in  Giuitemcthi^  Amsterdam,  1899),  ne 
fait  aucune  allusion  à  la  présence  de  l'hémiléia  et  qu'il  cons- 
tate que,  dans  ce  pays,  on  ne  rencontre  sur  le  Caféier  aucune 
maladie  grave.  Je  ne  crois  pas  non  plus  que  l'hémiléia  se 
rencontre  aux  îles  Sandwich  et  au  Queensland  (Australie), 
où  le  Caféier  est  également  cultivé. 

En  tous  cas,  dans  toutes  les  régions  où  nous  venons  de 
constater  la  présence  de  VHemileia  vastatri.r,  il  est  bien 
certain  qu'il  y  a  été  importé,  hormis  sans  doute  Ceylan  et 
le  centre  africain  ;  et,  dans  la  plupart  des  cas,  ce  sont, 
comme  le  pense  jNL  Sadebeck,  très  probablement  de  jeunes 
plants  récemment  envahis  qui  ont  apporté  le  mal.  On  dit 
souvent  que  les  graines  décortiquées  et  sèches  sont  inof- 
fensives (46).  Mais  je  crois  qu'il  y  a  quelques  restrictions  à 
faire  à  ce  sujet. 

Origine  de  l'hémiléia.  —  Ceci  nous  amène  à  rechercher 
l'origine  de  l'hémiléia,  la  raison  pour  laquelle  il  est  apparu 


—  44  — 

brusquement  à  Ceylan  en  1868,  et  sV  est  si  rapidement 
répandu,  Tout  d'abord,  il  est  logique  de  croire  que  si  les 
Caféiers  de  Ceylan  étaient  déjà  atteints  avant  cette 
époque,  il  fallait  que  le  champignon  y  fût  rare,  car 
personne  ne  l'avait  signalé.  jNI.  M.  Ward  a  accusé  le 
Coffea  travancorensis  (44)  d'avoir  contaminé  l'Arabica.  11 
considère  que  l'extension  énorme  prise  par  la  culture  du 
Caféier  a  offert  à  un  moment  donné  un  support  nutritif  si 
avantageusement  approprié  pour  le  parasite  que  ce  dernier 
a  pu  s'y  multiplier  à  l'aise  et  s'y  développer  très  rapide- 
ment. Cependant,  si,  en  réalité,  les  choses  se  sont  ainsi 
passées,  il  est  singulier  que  le  fait  ait  tardé  si  longtemps  à 
se  produire  et  qu'on  n'y  ait  pas  plus  tôt  rencontré  le  para- 
site; car  c'est  en  somme  vers  l'année  1670  que  les  Hollan- 
dais introduisirent  à  Ceylan  la  culture  du  Caféier.  11  est  vrai 
qu'elle  n'y  a  pris  d'importance  qu'après  l'occupation  défi- 
nitive de  l'île  par  les  Anglais  (i833)  ;  en  i8d6  déjà,  l'expor- 
tation du  café  arrivait  presque  à  la  moitié  (220. 089  quintaux) 
du  maximum  qu'elle  a  atteint  en  1870. 

J'ajouterai  que  ce  fait  de  l'apparition  brusque  d'une  épi- 
démie nouvelle  et  son  extension  très  rapide  sur  une  plante 
de  grande  culture  ne  constituent  pas  un  cas  isolé  en  patho- 
logie végétale.  M.  P.  Hennings  (50)  rappelle,  à  ce  propos, 
l'histoire  de  la  Puccinie  des  jNlauves  {Piiccinia  Malvacea- 
riim),  qui  est  une  Urédinée  comme  VHeiuileia  vastatrLv. 
La  Puccinie  des  Mauves,  qui  avait  été  observée  dès  1869 
en  Espagne,  s'est  montrée  brusquement  en  1872,  dans  les 
environs  de  Bordeaux  sur  les  Mauves  et  quelques  genres 
voisins  de  Malvacées,  Roses  trémières,  etc.  (i).  Depuis, 
elle  a  envahi  l'Europe  continentale  jusqu'en  Sibérie,  l'An- 
gleterre, et  on  l'a  trouvée  même  en  Australie.  Ce  parasite, 
heureusement  pour  les  mycologues,  avait  été  décrit  bien 
des  années  avant  par   ^Montagne  sur  des  échantillons    de 

(i)  DuRiEU  DE  Maisonnei  vi;  ET  Mad.  ***,  Apparition  subite  et  invasion 
rapide  d'une  Puccinie  exotique  dans  le  département  de  la  Gironde,  in 
«  Actes  de  la  Société   linnéenne  de  Bordeaux  »,  XXXIX,  2^  livraison,  1873. 


—  45  — 
Guimauve  {Alt/hva  offici/ialis),  provenant  du  Chili.  Car,  si, 
comme  le  fait  observer  Durieu,  le  champignon  n'eût  pas  été 
déjà  connu,  «  on  se  demande  quelles  seraient  les  opinions 
«  des  botanistes,  leurs  hypothèses  plus  ou  moins  hasar- 
«  dées,  pour  explicjuer  son  arrivée  subite  partout  où  croit 
((  une  mauve  ».  L'invasion  du  PhytopJitord  de  la  maladie  de 
la  pomme  de  terre,  de  l'Oïdium,  du  Mildiou,  du  Black-Rot 
de  la  vigne  fournissent  des  exemples  analogues. 

Une  autre  opinion  sur  la  cause  de  l'apparition  de  l'hémi- 
léia  à  Ceylan  a  été  émise  par  Cruwell  (10).  Il  avait  trouvé,  au 
cours  d'un  Vovage  à  la  république  de  Libéria,  des  feuilles 
de  Coffea  liberica  quelque  peu  décolorées,  et  il  en  conclut 
qu'à  Ceylan  on  avait  dû  importer  l'hémiléia  en  même  temps 
que  ce  nouveau  Caféier.  Le  Libéria  n'a,  en  effet,  pénétré  à 
Ceylan  que  peu  de  temps  avant  l'invasion  de  l'hémiléia, 
ainsi  qu'en  témoigne  une  note  d'iVlexander  (i)  relatant  l'his- 
toire de  l'introduction  du  Libéria  à  Ceylan  depuis  les  pre- 
miers essais  infructueux  tentés  en  1866,  jusqu'à  l'établis- 
sement de  plantations  qui  furent  faites  sur  une  grande 
échelle  dix  ans  plus  tard  et  réussirent  parfaitement.  Des 
feuilles  de  Caféier  de  Libéria  récoltées  par  Cruwell  furent 
envoyées  à  Kew  ;  mais  Berkeley,  à  qui  les  échantillons 
furent  soumis,  déclara  que  la  décoloration  devait  être  attri- 
buée à  une  autre  cause  que  Thémiléia.  D'ailleurs,  jusqu'au- 
jourd'hui, la  maladie  n'est  pas  signalée  siu*  la  côte  occiden- 
tale d'Afrique,  pays  d'origine  du  Caféier  de  Libéria,  et 
l'opinion  émise  par  Cruwell  paraît  dénudée  de  fondement. 

Examinons  maintenant  la  question  sous  une  autre  face. 

On  n'a  jusqu'ici  décrit  que  trois  espèces  dans  le  genre 
Hemileia,  et  elles  ne  se  rencontrent  que  sur  des  Rubiacées. 
Ces  trois  espèces  sont  bien  voisines  les  unes  des  autres  et 
on  peut  être  tenté,  à  l'exemple  de  M.  Massée,  d'attribuer  à 

(i)  J.  Alexandkr.  Colonial  Notes.  The  introduction  and  cultivation  of 
Liberian  Coffee  in  Ceylon,  in  «  Gardener's  Clironicle  »,  XV,  p.  33i,  33^. 


—  46  — 
la  seule  influenoe  du  support  les  différences  légères  qu'on 
peut  observer  entre  elles. 

Les  deux  autres  espèces  du  genre  sont  Heiuileia  Canlliii 
et  Hemileia   Woodi. 

\i'Hemilei((  Caiithii  Berkeley  et  Broonie,  décrit  dans  les 
Fungi  of  Ceijlon,  n"  833,  par  Berkeley,  attaque  à  Ceylan  et 
aux  Indes  une  plante  sauvage,  qui  y  est  commune,  le  Can- 
thium  (Ploctronia)  campanulatum.  11  diffère  à  peine  de 
V Hemileia  vastatri.r. 

Pour  Vllewileia  Woodi,  il  a  été  trouvé  vers  i88o,à  Natal, 
par  M.  J.  ^I.  A^  ood,  sur  le  Vangueria  iiifausta  et  décrit 
par  Kalcbbrenner  et  Cooke  [Grevillea,  IX,  p.  cas).  En  1894, 
le  D'"  Volkens  le  retrouvait  dans  la  région  du  Kilima- 
N'djaro  sur  un  autre  Vangueria  à  fruits  comestibles,  le  Van- 
gueria edtilis.  Peu  de  temps  après  (1890),  M.  Perrot  ren- 
contrait la  même  espèce  sur  un  Caféier  sauvage,  le  Coffea 
Iho  Frœhner,  près  de  Lindi,  dans  l'Afrique  orientale  alle- 
mande (43).  Yi' Hemileia  Woodi  constitue,  à  la  face  supé- 
rieure des  feuilles,  des  taches  brunes,  arrondies,  devenant 
confluentes  sur  le  tard;  à  la  face  inférieure,  les  taches 
montrent  de  petites  pustules  rouge  orangé,  pulvérulentes, 
pâlissant  bientôt  et  blanchissant  en  vieillissant.  Elles  sont 
formées  d'urédospores  nombreuses,  irrégulièrement  arron- 
dies, plus  ou  moins  concaves  d'un  coté,  de  couleur  jaune 
d'or,  hérissées  de  petites  pointes  surtout  sur  la  face  con- 
vexe et  pédicellées.  Cet  Hemileia  ne  s'éloigne  guère  du 
vastatrix  que  par  ses  urédospores  pédicellées.  On  y  voit 
bien  certains  organes  spéciaux,  paraphyses  ou  cystides, 
lisses,  aplaties,  hyalines.  Mais  nous  savons  que  de  tels 
organes  se  voient  sur  les  taches,  jeunes  surtout,  de  V Hemi- 
leia vasiatrix,  où  Abbay  (15)  les  a  constatées  le  premier. 

Enfin,  dans  ces  deux  espèces,  la  dimension  des  urédo- 
spores est  à  peu  près  la  même,  de  3o  à  35  \}..  M.  Massée 
(47,  p.  28)  déclare  même  qu'à  son  avis,  il  serait  presque 
certain  qu'à  l'occasion  VHemileia  Woodi  envahirait  le 
Caféier,  et  il  ajoute  que  ce  serait  vouloir  «  aller  au-devant 


—  47  — 
«  d'un  désastre  que  de  planter  des  Caféiers  dans  le  voisi- 
«  nage  de  Vangueria  », 

Ces  quelques  considérations  ne  donnent  pas  évidemment 
à  préjuger  d'une  façon  certaine  sur  l'origine  réelle  de 
Vllcniileid  vastatriv  et  la  cause  de  son  extension  subite 
sur  les  Caféiers,  puisque  les  documents  sur  ce  sujet  sont 
insuffisants.  J'ai  cru  cependant  devoir  les  exposer  pour 
mettre  exactement  la  question  au  point. 

En  tous  cas,  il  serait  fort  intéressant  de  tenter  l'infection 
des  Caféiers  d'Arabie  et  de  Libéria  surtout,  avec  chacun 
des  deux  Hemileia,  CnntJiii  et  Woodi,  et  de  môme  l'infection 
de  Canthium  et  de  Vangueria  avec  V Hemileia  vastatrix.  Si, 
en  cas  de  réussite  et  au  bout  de  quelques  passages  sur  les 
plantes  hospitalières,  on  assistait  à  une  évolution  des  spores 
de  l'un  queh^onque  des  parasites  vers  un  autre  des  trois 
types  décrits  à' Hemileia,  on  pourrait  affirmer  l'identité  de 
deux  ou  môme  des  trois  espèces.  Et  dès  lors  la  solution  de 
ce  problème  éclairerait  d'un  grand  jour  la  question  de  l'ori- 
gine de  la  maladie  sur  les  Caféiers. 

Je  crois  nécessaire  de  rappeler  ici  Texistence  possible 
de  formes  spermogonie  et  aecidium  sur  une  ou  plusieurs 
plantes  non  encore  déterminées  ;  mais  ce  n'est  encore  qu'une 
hypothèse,  et  il  n'est  pas  mieux  démontré  que  l'infection 
par  V Hemileia  vastatrix  de  plantes  autres  que  les  Caféiers 
ait  pu,  à  notre  insu,  jouer  un  rôle  actif  dans  l'apparition  ou 
l'extension  de  la  maladie.  J'ai  voulu  signaler  ce  côté  du 
sujet,  mais  je  ne  m'y  arrête  pas  plus  longtemps. 

Traitement.  —  Dès  l'apparition  de  l'hémiléia,  on  proposa 
et  on  mit  en  usage  un  certain  nombre  de  remèdes.  Ber- 
keley (2)  conseilla  le  premier  l'emploi  du  soufre  en  insuf- 
flations ou  des  solutions  d'acide  sulfureux. 

Abbay  (16)  préconise  le  badigeonnage  des  troncs  à  l'eau 
de  chaux;  et,  pour  préserver  plus  sûrement  les  plantations, 
il  insiste  sur  la  nécessité  de  récolter  et  d'incinérer  soigneu- 
sement les  feuilles  tombées  et,  en  général,  tous  les  débris 


—  48  — 

qui  jonchent  le  sol  :  mesure  excellente  qui  donne  de  bons 
résultats,  quand  elle  peut  être  convenablement  appliquée. 

M.  Morris  (18,1)  considère  que,  pendant  la  période  de 
végétation  active  du  parasite,  toutes  les  parties  du  Caféier, 
ainsi  que  la  terre,  doivent  être  copieusement  traitées  à  la 
fleur  de  soufre  ;  et,  de  ce  traitement,  il  attendait  l'arrêt  du 
développement  et  la  mort  du  mycélium  parasite.  Un  peu 
plus  tard  (18,  II),  il  a  conseillé  d'adjoindre  à  une  partie  de 
fleur  de  soufre  deux  parties  de  chaux  en  poudre  et  d'em- 
ployer en  insufflations  sur  les  arbres  malades  le  mélange 
de  ces  deux  substances,  qui  produit  de  l'acide  sulfureux  en 
présence  de  l'air  humide. 

L'acide  sulfureux,  à  l'état  de  vapeurs,  proposé  en  fumiga- 
tions par  M.  Wall  et  d'autres  expérimentateurs,  a  été  éga- 
lement essayé  (17,  p.  8  et  p.  ii  à  22).  On  le  produisait  par  la 
combustion  d'un  mélange  de  soufre,  salpêtre  et  charbon  de 
bois,  mélange  oii  ces  produits  sont  associés  dans  des  pro- 
portions différentes  de  celles  de  l'ancienne  poudre  à  canon, 
et  qui  est  moins  fusant  que  cette  substance.  Malheureuse- 
ment, l'acide  sulfureux  montra  ce  grave  défaut  qui  était  à 
prévoir  :  il  corrodait  fortement  les  feuilles,  les  jeunes  sur- 
tout, ce  qui  aggravait  encore  le  mal. 

M.  Storck  (31)  préfère  aux  substances  précédentes  les 
vapeurs  d'acide  phénique. 

M.  Biirck  (34),  ayant  constaté  l'action  efficace  du  jus  de 
tabac,  recommande  de  traiter  les  feuilles  de  Caféier  avec  ce 
liquide  et  concurremment  avec  une  solution  d'acide  sulfu- 
rique  :  et,  pour  réduire  l'infection  au  minimum,  il  donne  une 
grande  importance  à  l'établissement  d'abris  destinés  à 
arrêter  le  vent  qui  étend  le  mal  en  apportant  les  germes 
du  parasite.  Dans  le  but  d'éviter  l'affaiblissement  des 
arbres,  dû  à  l'enlèvement  systématique  des  feuilles  malades, 
il  s'est  arrêté  à  l'emploi  d'un  instrument  de  son  invention, 
une  sorte  d'emporte-pièce,  qui  n'extrait  de  la  feuille  que  la 
partie  contaminée. 

Peu  de  temps  après,  l'action  incontestable  des  prépara- 


—  49  — 
lions  cupriques,  comme  moyen  de  préservation  dans  bon 
nombre  de  maladies  des  plantes,  vigne,  pomme  de  terre,  etc., 
suggéra  à  plusieurs  personnes  l'idée  d'utiliser  la  bouillie 
bordelaise  pour  enrayer  les  dégâts  de  Fhémiléia.  Les  expé- 
riences de  M,  Sadebeck  (41)  établirent  pleinement  le  bien- 
fondé  de  cette  pratique  en  démontrant  que  la  bouillie  bor- 
delaise tue  en  quelques  minutes  Furédosporc,  l'agent  actif 
de  dissémination  de  la  maladie.  Depuis  lors,  l'efficacité  de 
ce   traitement   a  été  démontrée   en  maintes  circonstances. 

En  somme,  la  bouillie  bordelaise  constituait,  sur  les 
autres  substances  employées  auparavant  un  progrès 
notable;  car  si,  en  réalité,  aucune  parmi  ces  dernières  ne 
s'est  montrée  complètement  inefficace,  les  résultats  obtenus 
étaient  insuffisants.  D'un  autre  côté,  l'excès  de  main-d'œuvre 
([ue  nécessitent  quelques-unes  des  opérations  proposées 
les  rend  très  onéreuses  et  a  toujours  empêché  leur  généra- 
lisation. Pourtant,  quelques  mesures  accessoires,  l'emploi 
des  abris,  la  récolte  et  la  destruction  par  le  feu  des  feuilles 
malades  tombées  méritent  d'être  conservées  et  utilisées 
selon  le  cas. 

L'application  de  la  bouillie  bordelaise  n'exige  pas  une 
main-d'œuvre  très  considérable,  quand  la  maladie  se  pré- 
sente avec  une  intensité  moyenne  ;  mais,  dans  les  cas 
d'attaque  grave,  où  il  devient  nécessaire  de  renouveler  plus 
souvent  les  traitements,  il  n'est  pas  toujours  possible  de  lé 
faire  dans  les  plantations  très  étendues  surtout,  et  le  ré- 
sultat obtenu  est  insuffisant. 

Il  faut,  en  effet,  considérer  qu'au  moment  où  la  bouillie 
bordelaise  est  surtout  utile,  c'est-à-dire  pendant  la  période 
d'extension  rapide  de  la  maladie  qui  est  la  saison  des  pluies, 
les  violentes  averses  ne  sont  pas  rares.  Elles  lavent  les 
feuilles  et  entraînent  rapidement  le  dépôt  cuprique  qui  pro- 
tège celles-ci  contre  l'infection.  C'est  la  raison  pour  laquelle 
des  savants  comme  M.  Treub  et  M.  Sadebeck  (41),  des  pra- 
ticiens comme  M.  Semler(33),  sans  rejeter  complètement  le 

4 


—  50  — 
traitement  à  la  bouillie  bordelaise,  ne  lui  accordent  cepen- 
dant qu'une  importance  secondaire. 

On  connaît  heureusement,  à  l'heure  actuelle,  des  formules 
de  bouillies  cupriques  sensiblement  plus  adhérentes  que  la 
bouillie  bordelaise  ancienne,  dont  la  composition  et  le  mode 
de  préparation  n'étaient  pas,  en  général,  bien  précisés. 

La  bouillie  sucrée  de  Michel  Perret  réalisait  déjà  un 
progrès  sensible,  qu'Aimé  Girard  mit  en  évidence  par  des 
expériences  très  précises;  il  montra  que  l'adhérence  de  la 
bouillie  sucrée  était  nettement  supérieure  à  celle  de  la 
bouillie  bordelaise  simple.  Puis  survinrent  les  dégâts 
graves  produits  parle  Black-Rotdans  beaucoup  de  vignobles 
en  France,  surtout  ceux  du  Sud-Ouest.  Comme  pour  l'hémi- 
léia  du  Caféier,  la  bouillie  bordelaise  était  souvent  inca- 
pable de  préserver  les  vignes  pendant  les  étés  très  humides, 
où  des  pluies  incessantes  lavaient  les  feuilles  au  fur  et  à 
mesure  des  traitements.  Les  viticulteurs  ainsi  éprouvés 
sentirent  le  besoin  de  posséder  un  agent  plus  actif  que  la 
bouillie  bordelaise  ou  les  autres  similaires;  il  était,  en  tous 
cas,  indispensable  de  préciser  les  diverses  conditions  de 
leur  emploi,  et  les  formules  les  mieux  appropriées  pour 
obtenir  le  maximum  d'effet  utile.  Il  se  créa,  à  cet  effet,  un 
courant  de  recherches  qui  a  amené  quelques  résultats  pra- 
tiques. 

En  premier  lieu,  M.  G.  Lavergne  indiqua  une  formule  de 
bouillie  au  savon,  sans  addition  de  chaux  qui  se  montra 
bien  adhérente. 

Puis  MM.  Guillon  et  Gouirand  étudièrent  l'adhérence  d'un 
certain  nombre  de  bouillies  cupriques.  Ils  pulvérisaient  ces 
bouillies  sur  des  plaques  de  verre  poli,  parfaitement  net- 
toyées au  préalable  à  l'alcool.  Les  plaques  étaient  exposées 
après  séchage  à  une  pluie  artificielle  régulière  et  identique 
pour  toutes  et  d'égale  durée,  et  ensuite  le  cuivre  restant 
fournissait  par  son  dosage  le  pouvoir  adhérent  de  la  bouillie. 
Ces  expériences  établirent  plusieurs  faits  qui  sont  à  retenir: 

i"  Les  bouillies,    quelles  qu'elles    soient,    sont  d'autant 


—  51  — 
moins  adhérentes  qu'elles  sont  plus  anciennement  préparées. 

2"  La  bouillie  bordelaise  neutre  est  plus  adhérente  que 
les  bouillies  bordelaises  acide  ou  basique. 

y  La  bouillie  bordelaise  simple,  la  bouillie  bordelaise 
additionnée  de  gélatine  ou  de  mélasse  sont  celles  qui  con- 
servent le  plus  longtemps  leur  adhérence  après  leur  prépa- 
ration. 

4*^  La  gélatine  (à  la  dose  de  3  Y^q  dans  une  bouillie  borde- 
laise neutre  à  2  %  de  sulfate  de  cuivre);  le  savon  (bouillie  à 
2  %  de  sulfate  de  cuivre  et  3  %  de  savon,  sans  chaux);  la 
mélasse  (à  la  dose  de  i  %  dans  une  bouillie  bordelaise  neutre 
à  2  %  de  sulfate  de  cuivre),  sont,  dans  l'ordre  décroissant, 
les  substances  qui  donnent  le  plus  d'adhérence  aux  bouillies. 

5"  Pour  ce  qui  est  de  l'addition  de  mélasse  et  de  gélatine, 
l'augmentation  en  poids  de  ces  substances  diminue  l'adhé- 
rence de  la  bouillie. 

6°  Les  autres  bouillies  cupriques  utilisées  jusqu'ici  à 
base  de  carbonate  de  soude  ou  de  potasse,  l'eau  céleste,  le 
verdet,  n'offrent  aucun  avantage  sur  la  bouillie  bordelaise. 

D'un  autre  côté,  des  expériences  assez  analogues  tentées 
par  jNL  J.  Perraud  sur  feuilles  de  vignes  et  raisins  lui  ont 
donné  des  résultats  très  approchants.  M.  Perraud  accorde 
une  importance  considérable  à  la  nature  de  la  chaux  qui 
entre  dans  la  préparation  de  la  bouillie  bordelaise.  L'adhé- 
rence sera  toujours  plus  grande  en  employant  la  chaux 
grasse  qui  ne  devra  être  éteinte  qu'au  moment  de  l'emploi. 
Il  préconise  une  formule  de  bouillie  à  la  colophane  solu- 
bilisée par  le  carbonate  de  soude,  que  ses  expériences  lui 
ont  montrée  être  plus  adhérente  et  plus  active  que  toutes 
les  formules  qu'il  a  expérimentées. 

1  es  expériences  que  je  viens  de  relater,  pour  si  instruc- 
tives qu'elles  soient  en  elles-mêmes,  devraient  cependant 
être  complétées  par  des  essais  faits  directement  et  dans 
des  conditions  analogues  sur  les  Caféiers;  car,  bien  que  la 
feuille  de  ces  plantes  soit  lisse  et  glabre  sur  ses  deux  faces, 


0:^: 


on  ne  saurait  cependant  Fassimiler  à  une  surface  de  verre 
polie,  plane  et  dépourvue  d'accidents  à  sa  surface. 

Nous  savons  déjà  que,  pour  le  traitement  de  riiéniiléia, 
l'adhérence  est  le  facteur  le  plus  important.  C'est  pourquoi 
je  m'arrêterai  à  l'emploi  d'un  des  composés  suivants  : 

1°  La  bouillie  bordelaise  neuîi'e  à  2  %  de  sulfate  de  cuivre; 

2°  La  bouillie  à  la  chaux  additionnée  de  i  %  de  mélasse; 

3°  Les  bouillies  au  savon  ; 

4"  La  bouillie  à  la  colophane. 

Je  vais  les  étudier  successivement  et  montrer  leurs  qua- 
lités et  leurs  défauts. 

Le  mode  de  préparation  de  la  bouillie  ^^ordelaise  est 
simple;  toutefois,  il  faut  reconnaître  qu'en  général  on 
apporte  peu  de  soins  à  sa  fabrication  et  l'effet  utile  s'en 
ressent. 

On  procédera  comme  il  suit  : 

On  fera  dissoudre  dans  la  moitié  à  peu  près  de  l'eau  à 
employer  les  2  %  de  sulfate  de  cuivre.  La  solution  peut  se 
faire  à  chaud  dans  une  quantité  d'eau  moindre.  Mais  il  est 
plus  simple  de  la  faire  à  froid  dans  un  vase  en  cuivre,  en 
grès  ou  en  bois,  d'une  contenance  suffisante,  un  tonneau 
défoncé  d'un  côté  par  exemple.  Les  cristaux  de  sulfate  de 
cuivre  seront  immergés  près  de  la  surface  du  liquide  dans 
un  panier  en  fil  de  cuivre,  ou,  plus  simplement,  dans  un 
nouet  de  linge  à  mailles  larges  ou  un  panier  d'osier.  La 
solution  de  sulfate  de  cuivre,  plus  lourde  que  l'eau  tombe 
au  fond  et  le  sel  se  dissout  assez  rapidement  à  la  surface. 
Il  est  indispensable,  pour  cette  opération,  d'éviter  l'emjjh^i 
de  tous  ustensiles  en  fer.  Ce  métal,  en  effet,  se  substitue 
au  ('uivre  en  donnant  du  sulfate  de  fer,  et  la  dissolution 
s'appauvrit  d'autant. 

La  chaux,  récemment  éteinte  et,  si  possible  môme,  éteinte 
au  moment  de  l'emploi,  sera  délayée  dans  l'eau  restante,  et 
on  versera  le  lait  de  chaux  ainsi  obtenu  dans  la  solution  de 
sulfate  de  cuivre  assez  lentement  et  en  agitant  constam- 


—  53  — 
iiienl.  Il  vaut  toujours  mieux  procëdei*  ainsi  et  se  servir 
d'un  lait  de  chaux  très  dilué  que  de  l'aire  une  pâte  épaisse 
de  chaux  en  n'employant  que  très  peu  de  liquide.  Le  dépôt 
qui  se  produit  est  à  grains  plus  fins  et  il  encrasse  moins  les 
instruments  d'épandage.  On  conçoit  par  suite  qu'il  se 
répande  plus  régulièrement  sur  les  feuilles  et  que  son 
action  soit  plus  parfaite. 

Pour  obtenir  une  bouillie  neutre,  ni  acide  ni  alcaline, 
il  suffira,  si  la  chaux  est  pure,  d'un  poids  de  cette  substance 
inférieur  à  la  moitié  du  poids  de  sull'ale  de  cuivre  employc'. 
Mais,  comme  la  qualité  réelle  de  la  chaux,  au  point  de  vue 
chimique,  est  souvent  inconnue,  soit  que  le  calcaire  utilisé 
pour  sa  fabrication  soit  impur,  ou  que  la  cuisson  n'en 
soit  pas  parfaite,  il  sera  toujours  préférable  de  confec- 
tionner un  lait  de  chaux  à  deux  parties  pour  5o  ou  60  d'eau, 
qu'on  versera  lentement  dans  la  solution  de  sulfate  de 
cuivre  jusqu'à  ce  que  le  liquide  ((ui  surnage  ne  rougisse 
plus  le  papier  de  tournesol  bleu,  c'est-à-dire  ne  soit  plus 
acide,  comme  l'est  naturellement  le  sulfate  de  cuivre.  En 
un  mot,  il  faut  que  le  sulfate  de  cuivre  se  trouve  entière- 
ment décomposé  j)ar  la  chaux,  sans  qu'il  y  ait  un  excès  de 
celle-ci. 

On  devra  donc,  avant  d'arriver  au  résultat  définitif, 
essayer  à  plusieurs  reprises  un  papier  de  tournesol  bleu.  Le 
résidtat  obtenu,  on  vérifiera,  en  employant  le  papier  de 
tournesol  rouge,  s'il  n'y  a  pas  excès  de  chaux.  Dans  ce 
cas,  le  papier  rouge  bleuirait,  et  il  sera  nécessaire  de 
rajouter  par  petites  quantités  du  sulfate  de  cuivre.  L'état 
neutre  est  obtenu  lorsque  le  liquide  qui  surnage  ne 
modifie  en  rien  la  couleur  des  papiers  de  tournesol  rouge 
ou  bleu. 

Ce  résultat  acquis,  la  bouillie,  bien  agitée  d'une  façon 
définitive,  peut  être  utilisée  de  suite,  et  nous  savons  déjà 
qu'elle  sera  d'autant  plus  adhérente,  c'est-à-dire  utile,  que 
l'emploi  suivra  de  plus  près  sa  confection.  Il  sera  toujours 
bon  de  tamiser  la  bouillie,  pour  éviter,  dans  les  instruments 


—  34  — 
d'épandage,  la  présence  de  parcelles  solides  qui  en  obstruent 
ou  encrassent  les  organes. 

En  principe,  on  évitera  de  verser  le  sulfate  de  cuivre 
dans  le  lait  de  chaux,  surtout  si  on  a  employé  de  la  chaux 
vive  et  qu'on  n'ait  pris  qu'une  faible  quantité  d'eau.  Dans  ce 
cas,  l'hydratation  de  la  chaux  développe  une  température 
assez  élevée,  et,  d'après  M.  Gayon,  c'est  à  cette  cause  qu'on 
doit  attribuer  la  formation  possible  d'un  précipité  noir  abso- 
lument inactif.  Ce  précipité  est  du  bioxyde  de  cuivre  ou 
oxyde  cuivrique  (Gu  G),  dû  à  la  simple  déshydratation  en 
présence  de  la  chaleur  de  l'oxyde  de  cuivre  hydraté  bleu, 
lequel  est,  nous  allons  le  voir,  le  principe  actif  du  déj)ôt 
de  la  bouillie  bordelaise. 

Si  l'on  manquait  de  papiers  de  tournesol  bleu  et  rouge, 
on  y  pourrait  remédier  de  façon  simple  : 

On  reconnaîtra  que  la  bouillie  renferme  un  excès  de  sul- 
fate de  cuivre  en  trempant  dans  le  liquide  qui  surnage  un 
morceau  de  fer  quelconque,  une  simple  lame  de  couteau  par 
exemple.  Si  le  fer  se  recouvre  d'un  mince  enduit  rougeâtre 
de  cuivre,  il  y  a  dans  la  bouillie  un  excès  de  sulfate  de  cuivre, 
et  dans  ce  cas,  le  liquide  surnageant,  tout  en  restant  trans- 
parent, conserve  une  légère  teinte  bleuâtre. 

S'il  y  a,  au  contraire,  excès  de  chaux,  il  suffit  de  recueillir 
dans  un  verre  un  peu  de  ce  liquide  qui  surnage  et  de  souf- 
fler doucement  sur  sa  surface;  il  s'y  forme  une  mince  pelli- 
cule blanchâtre  de  carbonate  de  chaux,  l'acide  carbonique 
existant  dans  l'air  expiré. 

Dans  la  bouillie  bordelaise,  le  sulfate  de  cuivre  est  immé- 
diatement décomposé  par  l'adjonction  de  la  chaux  et  il  se 
forme  un  précipité  insoluble  d'un  beau  bleu  constitué  par  le 
mélange  de  bioxyde  de  cuivre  hydraté  (Cu  O^  H")  avec  du 
sulfate  de  chaux.  Quand  la  bouillie  est  devenue  neutre,  le  li- 
quide, dès  que  le  dépôt  est  tombé  au  fond  du  vase,  est  parfai- 
tement transparent  et  renferme  seulement  une  petite  quan- 
tité de  chaux  en  dissolution.  L'hydrate  d'oxyde  de  cuivre, 
qui  seul  agit  dans  la  bouillie  bordelaise,  est  à  peu  près  com- 


plètement  insoluble  dans  Teaii  pure;  il  ne  se  dissout  que 
très  lentement  dans  les  eaux  météoriques  qui  renferment  en 
dissolution  de  l'acide  carbonique  et  des  traces  de  carbonate 
d'ammoniaque  donnant  ainsi  naissance  à  du  bicarbonate  de 
cuivre,  entièrement  soluble.  Il  est  admis  que  cette  solution, 
toujours  très  faible,  de  bicarbonate  de  cuivre,  agit  sur  les 
spores  qu'elle  rencontre  en  empêchant  leur  germination;  il 
n'est  guère  probable,  en  effet,  que  l'hydrate  d'oxyde  de 
cuivre  puisse,  comme  quelques  personnes  l'ont  pensé,  pro- 
duire une  action  quelconque  par  son  simple  contact. 

L'épandage  de  la  bouillie  bordelaise  se  fait  avec  des  pul- 
vérisateurs, soit  à  dos  d'homme  pour  les  petites  exploita- 
tions, soit  à  dos  ou  à  traction  d'animal  pour  les  grandes.  Il 
est  à  observer,  toutefois,  que  les  pulvérisateurs  à  dos 
d'homme  manœuvres  par  des  ouvriers  consciencieux  et 
exercés  répandent  les  bouillies  d'une  façon  plus  uniforme, 
au  moins  pour  la  majeure  partie  des  nombreux  systèmes 
qu'on  trouve  dans  le  commerce.  Pour  remplir  le  pulvérisa- 
teur, le  mélange  sera  puisé  par  des  augets  en  bois  ou  en 
cuivre,  après  avoir  eu  soin,  au  préalable,  d'agiter  la  bouillie 
dans  le  récipient,  pour  que  le  mélange  du  liquide  et  du  pré- 
cipité soit  aussi  homogène  que  possible.  De  cette  manière, 
la  quantité  de  produit  cuprique  déposée  sur  les  feuilles  sera 
sensiblement  la  même,  pour  toute  l'étendue  de  la  plantation. 
Enfin  on  devra,  autant  que  possible,  conduire  la  pulvérisa- 
tion de  telle  sorte  que  les  deux  faces  des  feuilles  y  partici- 
pent également. 

Le  mode  de  fabrication  de  la  bouillie,  le  soin  à  apporter  à 
son  application  ont  une  importance  considérable;  mais  la 
question  de  l'opportunité  des  traitements,  c'est-à-dire  la 
détermination  précise  des  époques  oîi  ils  doivent  être  faits, 
est  encore  une  condition  non  moins  indispensa])le  de  réus- 
site dans  la  lutte  contre  l'hémiléia. 

Les  données  que  j'ai  fournies  plus  haut  ont  montré  que 
c'est  avec  la  saison  des  pluies  que  se  produisent  les  pre- 


—  oC)  — 

mières  taches.  C'est,  par  suite,  un  peu  avant  son  début  que 
théoriquement  on  devrait  faire  le  premier  traitement;  son 
but,  en  effet,  est  d'empêcher  la  germination  des  urédospores 
que  va  déterminer  une  température  humide  et  chaude.  Ce 
premier  traitement  est.  le  plus  important  de  tous,  puisqu'il 
réduira  la  première  infection  au  minimum  et  atténuera,  par 
ce  fait,  la  violence  des  suivantes.  Pour  qu'il  portât  tous  ses 
fruits,  il  serait  déjà  trop  tard  d'attendre  l'apparition  des  pre- 
mières taches.  Aussi,  ce  premier  traitement  sera-t-il  copieux; 
car,  son  but  étant  surtout  d'empêcher  la  germination  des 
spores,  on  doit  couvrir  sur  la  feuille  le  maximum  de  sur- 
face. En  même  temps,  on  apj)ortera  à  la  confection  et  à  la 
pulvérisation  de  la  bouillie  toutes  les  précautions  énumé- 
rées  ci-dessus. 

Les  traitements  suivants  seront  plus  ou  moins  rappro- 
chés, suivant  l'intensité  des  chutes  de  pluie.  Il  sera  toujours 
nécessaire  de  faire  une  nouvelle  application  toutes  les  fois 
qu'on  verra  apparaître  de  nouvelles  taches,  de  manière  à 
immobiliser  les  urédospores  qui  vont  s'y  produire  en  empê- 
chant leur  germination. 

Les  conditions  qui  règlent  l'application  des  traitements 
varient  d'ailleurs  d'une  région  à  une  autre.  Elles  sont,  en 
somme,  sous  la  dépendance  étroite  de  l'intensité  de  végé- 
tation du  parasite,  liée  elle-même  à  toutes  les  influences 
climatériques  locales.  En  tous  cas,  la  protection  ne  sera 
réellement  effective  que  si  le  traitement  est  généralisé,  de 
telle  manière  que,  pour  un  rayon  assez  étendu,  aucun  foyer 
d'infection  ne  puisse  persister. 

Actuellement,  parmi  les  composés  cupriques,  c'est  encore 
la  bouillie  bordelaise  qu'on  utilise  le  plus  fréquemment; 
aussi  en  ai-je  décrit  minutieusement  la  préparation  et 
l'usage.  D'ailleurs,  ce  que  j'ai  dit  au  sujet  des  indications 
et  de  l'opportunité  des  traitements  s'applique  aussi  bien  aux 
autres  bouillies,  et  je  m'abstiendrai  d'y  revenir. 

La  bouillie  bordelaise  présente  quelques  inconvénients 
qui  ne  sont  pas  sans  importance. 


—  57  — 

Elle  a  été  reconnue  plus  adhérente  à  Tétat  neutre;  mais 
il  faut  avouer  —  et  ce  n'est  pas  la  première  fois  que  ce  fait 
est  mis  en  lumière  —  que,  si  la  bouillie  peut  être  confec- 
tionnée neutre,  elle  redevient  rapidement  alcaline.  En  effet, 
la  chaux  est  peu  soluble  dans  l'eau,  et,  lorsque  la  totalité  du 
sulfate  de  cuivre  a  été  décomposée,  les  parcelles  de  chaux 
en  excès,  malgré  la  gangue  de  sulfate  de  chaux  et  d'hvdrate 
d'oxyde  de  cuivre  qui  les  environne,  ne  tardent  pas  à  se 
dissoudre  en  certaine  quantité  dans  la  liqueur.  Si  Ton 
diminue  la  quantité  de  chaux,  de  façon  à  se  rapprocher 
aussi  près  que  possible  du  quantum  nécessaire  à  la  décom- 
position du  sulfate  de  cuivre,  on  risque  fort  d'allonger  nota- 
blement la  durée  de  préparation  de  la  bouillie,  et  même,  si 
la  chaux  s'était  un  peu  carbonatée,  de  n'en  apporter  qu'une 
quantité  insuffisante. 

Par  le  volume  considérable  du  dépôt  insoluble  qu'elle 
donne,  la  bouillie  bordelaise  encrasse  souvent  les  pulvéri- 
sateurs. De  plus,  la  lenteur  de  la  solubilisation  de  l'hydrate 
d'oxyde  de  cuivre  par  les  eaux  météoriques  rend  cette 
même  bouillie  moins  rapidement  active  que  plusieurs 
autres,  la  bouillie  bourguignonne,  par  exemple,  qui  est  à 
base  de  carbonate  de  soude.  Dans  cette  dernière,  l'action  du 
carbonate  de  soude  sur  le  sulfate  de  cuivre  donne  un  pro- 
duit soluble,  le  sulfate  de  soude,  et  un  dépôt  formé  du 
mélange  d'hydrate  d'oxyde  de  cuivre  et  de  carbonate  de 
cuivre,  plus  facilement  transformable  en  bicarbonate  de 
cuivre  soluble  que  l'hydrate  d'oxyde  de  cuivre  seul.  L'en- 
crassement du  pulvérisateur  est  sans  importance  ;  malheu- 
reusement, la  bouillie  bourguignonne  est  assez  rapidement 
entraînée  et  résiste  mal  à  des  averses  fortes  et  continues. 

Dans  le  môme  ordre  d'idées,  une  bouillie  à  base  de  car- 
bonate de  potasse  présenterait  le  grand  avantage  d'apporter 
au  sol  de  la  plantation  un  élément  utile  aux  Caféiers,  la  po- 
tasse, alors  qu'au  contraire  la  soude,  répandue  en  quantité 
même  assez  faible,  est  défavorable  à  la  végétation.  Mais  le 
carbonate  de  potasse  coûte  au  moins  trois  fois  plus  cher 


—  58  — 
que  le  carbonate  de  soude,  et  la  bouillie  potassique  a  été 
reconnue  moins  adhérente  encore  que  la  bouillie  sodique. 

Il  serait  facile  d'ailleurs,  en  modifiant  un  peu  la  formule 
de  la  bouillie  bordelaise,  de  solubiliser  une  petite  quantité 
de  l'hydrate  d'oxyde  de  cuivre  qui  y  est  contenu.  11  suffit 
d'ajouter  à  la  bouillie  terminée  un  peu  d'ammoniaque. 
Le  liquide  surnageant  prend  une  teinte  bleue,  tout  en 
restant  transparent,  et  suivant  la  quantité  d'ammoniaque 
employée,  il  y  existe  une  quantité  plus  ou  moins  grande  de 
ce  produit  complexe  qu'on  a  appelé  ammoniure  de  cuivre, 
et  qui,  sous  le  nom  de  réactif  de  Schweizer,  est  utilisé 
comme  dissolvant  de  la  cellulose.  Une  quantité  d'ammo- 
niaque de  a  pour  looo  de  bouillie  me  sendde  suHisante.  On 
pourrait  aussi  mettre  dans  la  l)ouillie  un  léger  excès  de  sul- 
fate de  cuivre,  mais  nous  savons  cpic  co  serait  diminuer 
son  adhérence. 

En  somme,  si  l'adhérence  esl  la  coutlition  indis|)ensable 
de  l'activité  d'une  bouillie,  encore  l'aut-il  que  le  ])roduit 
déposé  sur  les  feuilles  puisse  ch)nu(M",  sous  l'aclio;!  ties  eaux 
météoriques,  un  produit  cupri(|ue  soluble  om])ècliant  toute 
germination   de    spores. 

Voyons  maintenant  commentées  coiulitions  sont  réalisées 
dans  les  autres  bouillies  que  j'ai  citées. 

La  bouillie  sucrée,  à  base  de  mélasse,  peut  être  confec- 
tionnée soit  par  le  procédé  de  Michel  Perret,  soit  en  addi- 
tionnant simplement  la  bouillie  bordelaise  de  la  quantité 
suffisante  de  mélasse,  i  %  seulement  d'après  MM.  Guillon 
et  Gouirand.  Néanmoins,  la  composition  chimique  de  la 
bouillie  obtenue  peut  varier  sensiblement,  suivant  son  mode 
de  préparation,  la  quantité  et  la  nature  de  la  mélasse  em- 
ployée. Pour  confectionner  la  bouillie  sucrée  de  Michel 
Perret,  on  prend  en  général  deux  parties  de  chaux  et  deux 
parties  de  mélasse  que  l'on  mêle  en  remuant  dans  quantité 
suffisante  d'eau.  Il  se  forme  alors  des  combinaisons  de  chaux 
avec  les  sucres  de  la  mélasse,  saccharose,  glucose,  lévulose. 


—  59  — 
Dans  deux  parties  de  sulfate  de   cMiivre   dissous   à   part,  on 
verse  la  mixture  de  mélasse  et  chaux,  on  agite  vivement, 
on  parfait  avec  de  l'eau  la  quotité  de  cent  parties  et  la  bouillie 
est  faite. 

Par  ce  procédé,  la  décomposition  du  sulfate  de  cuivre  par 
la  chaux  et  les  sucres  de  la  mélasse  ou  leurs  combinaisons 
amène,  comme  dans  la  bouillie  bordelaise,  la  formation 
d'hydrate  d'oxyde  de  cuivre  et  de  sulfate  de  chaux,  dont 
une  faible  partie  entre  en  dissolution;  mais,  de  plus,  l'oxyde 
de  cuivre  entre  en  combinaison  avec  les  sucres  de  la  mé- 
lasse, formant  des  sels,  peu  stables  d'ailleurs,  qui  sont 
solubles  et  colorent  en  bleu  le  liquide  qui  surnage  quand  on 
laisse  reposer  la  bouillie.  De  même,  le  dépôt  renferme  des 
sucrâtes  de  chaux,  composés  insolubles  des  sucres  de  la 
mélasse  avec  la  chaux.  Comme  il  y  a,  en  général,  excès  de 
chaux  dans  cette  bouillie,  la  réaction  en  est  le  plus  souvent 
alcaline. 

On  obtient  un  résultat  analogue  en  remplaçant  la  mélasse 
par  une  plus  faible  quantité  de  sucre  ordinaire  (saccharose) 
pur.  Le  sel  dissous  est  alors  un  saccharate  pur  de  cuivre. 
Il  en  est  de  môme  avec  les  glucoses,  mais  la  quantité  de  sel 
de  cuivre  (glucosate)  soluble  est  très  faible  et  le  liquide  est 
à  peine  coloré.  Les  sucrâtes  de  cuivre  dissous  dans  cette 
bouillie  à  la  mélasse  se  décomposent  assez  vite;  c'est  là 
sans  doute  l'origine  du  dépôt  noir  brun  d'oxyde  de  cuivre 
qui  s'observe  dans  la  bouillie  au  bout  de  peu    de  temps. 

La  bouillie  sucrée  obtenue  par  l'adjonction  de  mélasse  à 
une  bouillie  bordelaise  neutre  ne  renferme  pas  nécessaire- 
ment un  sel  de  cuivre  en  dissolution.  On  s'en  rend  compte 
en  remplaçant  la  mélasse  par  une  certaine  quantité,  environ 
la  moitié  par  exemple,  d'un  des  sucres  qu'elle  peut  ren- 
fermer, saccharose,  glucose,  etc.  Dans  de  telles  conditions, 
si  on  filtre  la  bouillie,  le  liquide  qui  passe  est  parfaitement 
hyalin  et  ne  renferme  pas  de  sel  de  cuivre.  Mais  si  l'on 
remplace  les  sucres  purs  par  une  quantité  de  un  pour  cent 
de  mélasse  un  peu  acide,  le  liquide  fdtrant  est  coloré   en 


—  60  — 
bleu  par  un  sol  de  enivre  dissous  et  sa  rëaelion  est  alcaline. 
La  formation  de  ee  sel  de  cuivre  tient  sans  doute  à  la  pro>- 
senee  d'un  acide  organique  coinj)lexe  dans  la  mélasse;  en 
effet,  comme  on  vient  de  le  voir,  l'apparition  d'un  sucrate 
de  cuivre  semble  exiger  la  formation  préalable  du  sucrate 
de  chaux  correspondant.  Et  ce  dei'iiiei'  corps  ne  prend  nais- 
sance que  si  on  emploie  le  procédé  de  Michel  Perret. 

Quelle  que  soit  d'ailleurs  leur  composition,  les  bouillies 
sucrées  sont  plus  adhérentes  que  les  bouillies  bordelaises, 
et  on  devra  préférer  les  formules  qui  donnent  nai: 
un  produit  (Uiprique  soluble. 


issance  a 


La  première  formule  de  bouillie  an  savon,  (pii  a  été  donnée 
|)ar  ^L  G.  Lavergne  en  1897,  est  la  suivante  : 

SavDii    noir i  .000   urammcs. 

Siiltalc   (If    cuivre )oo   grammes. 

I'"au 100  litres. 

On  dissoul,;»  part,  le  sa^on,en  le  malaxanl  dans  l'eau  avec 
une  spatule  ou  un  instrument  analogue  (jnelconque  ;  puis, 
après  dissolution  complète,  on  verse  peu  à  peu  l'eau  savon- 
neuse dans  la  solution  de  sulfate  de  cui\  re,  en  agitant  for- 
tement. Puis,  on  ajoute  la  (piantité  d'eau  ni'ccssaire  pour 
faire  loo  lilrt^s.  La  bouillie  est  d'un  l)cau  verl.  Comme  elle 
renferme  souvent  des  grumeaux,  elle  (h^nande  plus  que 
toute  autre  bouillie  cuprique  à  èti'e  lamis(''e  avant  l'emploi. 
Elle  a  l'avantage  d'adhérer  fortement  aux  feuilles;  mais 
bien  des  expérinuMitateurs  ont  obtenu  des  jnixtures  presqiu? 
inutilisables,  à  dé|)ol  très  granulé,  iournissant,  à  leur  sur- 
face, une  mousse  épaisse,  consistante.  Aussi,  les  pulvéri- 
sateurs s'encrassent-ils  très  rapidement  et  leur  nettoyage 
est   assez   laborieux. 

Depuis  les  ])remiers  essais  de  M.  Lavergne,  on  a  aug- 
menté la  quotité  j)our  cent  de  sulfate  de  cuivre  et  on  l'a 
amenée  juscpi'à  '>.  %  de  sulfate  de  cui\  r(^  contre  3  %  de 
savon. 


-  Gl  — 
Les  insuccès  (|iii  st^  produisent  clans  la  labiicalion  des 
])()iiillies  au  savon,  insuccès  cjuil  n'est  pas  toujours  possible 
d'éviter,  tiennent  à  des  causes  multiples,  mais  surtout  à  la 
nature  très  varial)le  des  savons  et  à  la  composition  des 
eaux  employées. 

Les  sa^olls  pau\  res  en  alcalis,  ou  du  nu>ins  eji  carbo^ 
liâtes  alcalins,  Iburnissent  particulièrenuMit  des  préci[)ités 
compacts.  L'eau  très  calcaire  donne  aussi  naissance  à  des 
savons  de  chaux  cpii  agissent  dans  le  même  sens.  On  a  mis 
en  vente,  il  est  \  rai,  des  savons  spéciaux,  en  poudre,  dont 
la  composition  exacte  n'est  d'ailleurs  [)as  bien  connue;  mais 
on  riscpierait  Tort  de  n'en  pas  rencontrer  partout. 

Dans  les  bcniillics  au  savon,  suivant  les  |)roporlious  rela- 
tives de  suUale  de  cuivre  et  de  savon,  le  c-uivre  est  précipité 
en  cjuantité  variable  sous  l'orme  de  sel  insoluble. 

Avec  les  proportiojis  de  i  %  de  sulfate  de  cuivre  et  3  % 
de  savon  noir,  une  certaine  partie  du  sulfate  de  cuivre 
reste  en  dissolution;  mais  elle  est  accompagnée  d'un  autre 
sel  cupricpu'  soiuble,  dû  à  la  présence  d'acides  organicpies 
complexes,  diOérenls  de  ceux  dont  j'ai  parlé  pour  la  mélasse, 
(pioicpie  se  conipoilant  de  même  au  point  de  vue  cbijuicpie. 
l'ne  analyse  de  celle  bouillie,  que  mon  ami  "SI.  \.  \'ivier, 
directeur  de  la  station  agronomicpu'  de  Melun,  a  bien  voulu 
i'aire  sur  ma  demande,  lui  a  en  effet  prouvé  :  i°  c[ue  la  partie 
licpude  de  la  J)ouillie  contient  très  approximativement  les 
deux  tiers  du  cuivre  total;  v"cjuela  cjuantité  d'acide  suli'u- 
ricpie  cjui  se  lrou\e  dans  le  licjuide  filtré  est  insuffisante  pour 
saturer  tout  l'oxyde  de  cuivre,  d'aulajil  cpi'il  v  existe  en 
même  temps  du  sulfate  de  potasse.  Double  raison  pour  c|ue 
le  cuivre  en  dissolution  soit  en  grande  partie  à  l'état  de  sel 
organicjue. 

Le  reste  du  cuivi-e  est  précipité  en  un  dé|)ôt  vert,  formé 
d'oléate,  de  margarate,  de  stéarate,  etc.,  de  cuivre,  dépôt 
insoluble  dans  une  eau  tenant  en  dissolution  de  l'acide  car- 
bonicpie,  soluJde  seulement  dans  l'eau  chargée  d'ammo- 
niacjue.  L'eau  |)hniale   ne  j-eniplil  cette   dernière  condition 


—  62  — 
que  très  irrégulièrement;  aussi,  lorsque  le  (?uivre  soluble 
a  disparu,  entraîné  rapidement  par  les  pluies  violentes,  le 
dépôt  restant  sur  la  feuille  ne  diffère  guère  d'un  vernis  et 
il  peut  être  insuffisant.  D'un  autre  coté,  sur  des  organes 
jeunes,  la  quantité  notable  de  sel  de  cuivre  soluble  contenu 
dans  la  bouillie  peut  être  corrosive.  En  somme,  malgré  leur 
adhérence  considérable,  les  bouillies  au  savon  ne  sauraient, 
à  mon  avis,  être    préférées   aux  bouillies   sucrées. 

La  bouillie  à  la  colophane  de  M.  Perraud  est,  d'après  son 
auteur,  bien  plus  adhérente  que  la  bouillie  bordelaise,  et 
le  cuivre  qui  persiste  sur  les  feuilles  est  solubilisable  assez 
facilement.  Les  réactions  chimiques  qui  se  produisent  sont 
identiques  à  celles  de  la  bouillie  bourguignonne  et  le 
liquide    qui   surnage   reste   incolore. 

La  colophane  ne  se  mélangeant  pas  à  l'eau,  M.  Perraud 
la  solubilise  en  la  transformant  en  une  espèce  de  savon 
résineux.  A  cet  effet,  dans  une  solution  bouillante  de  car- 
bonate de  soude  à  aS  %,  il  projette  de  la  colophane  pul- 
vérisée à  la  dose  de  25  %,  en  agitant  fortement. 

Le  produit  refroidi  se  conserve  pendant  quelque  temps; 
par  suite,  il  n'est  pas  besoin  de  dissoudre  à  nouveau  de  la 
colophane  chaque  fois  qu'on  doit  faire  de  la  bouillie. 

La  formule  ])réconisée  est  la  suivante  : 

Eau loo  litres . 

Sulfate  de  cuivre -i  kilogr. 

Colophaue  solubilisée o,5oo  gr. 

Carbonate  de  soude Quantité  suffisante  pour 

alcaliniser  légèrement. 

La  colophane  préparée  est  versée  dans  une  certaine 
quantité  d'eau  tenant  en  dissolution  le  sulfate  de  cuivre.  Au 
mélange  bien  brassé  on  ajoute  une  solution  de  carbonate 
de  soude  suffisante  pour  alcaliniser  légèrement,  c'est-à-dire 
jusqu'à  ce  que  le  papier  de  tournesol  rouge  commence  à 
bleuir-,  enfin  on  termine  en  introduisant  la  quantité  d'eau 
suffisante  pour  faire   cent   parties. 


—  63  — 

Cette  bouillie  donnerait,  d'après  M.  Perraud,  d'excellents 
résultats.  Pour  le  cas  de  riiéniiléia,  il  sera  bon  de  Texpé- 
rimenter  comparativement  aux  autres. 

En  employant  pour  dissoudre  la  colophane  la  potasse 
caustique  sous  ("orme  de  potasse  d'Amérique,  il  en  faut  une 
quantité  sensiblement  plus  faible  que  de  carbonate  de 
soude;  on  pourrait,  après  avoir  achevé  la  décomposition  du 
sulfate  de  cuivre,  produire  une  alcalinité  légère  à  l'aide  du 
carbonate  de  potasse.  Si,  comme  il  est  probable,  l'adhé- 
rence se  maintenait  suffisante,  la  présence  de  cette  quantité 
de  potasse,  très  faible  cependant,  sera  une  condition  avan- 
tageuse pour  le  Caféier,  comme  dans  le  cas  que  j'ai  cité 
plus  haut. 

On  a  préconisé  rt'cemment  les  sels  de  mercure  pour  rem- 
placer les  sels  de  cuivre  dans  le  traitement  des  maladies 
cryptogamiques  des  végétaux,  et  on  les  a  employés  à  des 
doses  beaucouj)  j)lus  l'aibles.  L'action  de  ces  substances  ne 
s'est  pas  en  général  montrée  supérieure  à  celle  des  com- 
posés cupriques;  et,  comme  les  sels  de  mercure  amènent 
une  dépression  sensible  de  la  végétation  chez  les  plantes, 
comme  leur  emploi  n'est  pas  sans  présenter  quelques 
dangers  pour  les  ignorants  ou  les  imprudents,  je  ne  veux 
pas  m'y  arrêter  plus  longtemps  et  je  me  dispenserai  de 
les  conseiller. 

Le  traitement  pratiqué  contre  l'hémiléia  à  l'aide  des  com- 
posés cupriques  serait  bien  des  fois  insuffisant  si  l'on  pre- 
nait soin  d'observer  quelques  précautions  accessoires.  Leur 
but  est  la  destruction  des  feuilles  malades  qui  entraîne  la 
disparition  des  spores  virulentes  ([u'elles  peuvent  ren- 
fermer. 

Divers  procédés  ont  été  mis  en  usage.  Le  traitement  au 
soufre  ou  à  la  chaux  pour  les  feuilles  tombées,  recommandé 
par  divers  auteurs,  est  coûteux  et  insuffisant.  De  même,  le 
procédé  de  stérilisation  proposé  par  M.  Sadebeck  (41)  et  qui 


—  G4  — 
consiste  à  arroser  les  débris  à  la  bouillie  bordelaise  n'est 
guère  plus  pratique.  Je  pense,  au  contraire,  que  l'idée 
émise  par  Abbay  (16)  d'accumuler  les  feuilles  tombées  et 
de  les  bri'der  est  infiniment  plus  rationnelle.  On  ferait  de 
petits  tas  de  })lace  en  })lace  de  ces  feuilles  tombées  et  de 
tous  autres  débris  jonchant  le  sol,  et  pour  en  favoriser  l'in- 
cinération, on  pouri'ait  au  besoin  les  arroser  de  pétrob^ 
ou  de  quelque  autre  matière  inflammable. 

A  Java  (45),  on  a  obtenu  de  bons  résultats  d'un  labour 
assez  profond  qui  enfouit  les  feuilles  et  les  reiul  en  même 
temps   inoffensives. 

Pour  diminuer  l'intensité  de  l'infection,  on  n'oubliera 
])as,  surtout  quand  il  sera  fait  de  nouvelles  plantations,  que 
les  grandes  étendues  d'un  seul  tenant  sont  bien  ])lus  ex- 
posées à  une  dangereuse  extension  du  mal,  et  que,  dans  ce 
cas,  les  haies  d'arbres  élevés  arrêtent  au  passage  une  grande 
quantité  des  germes  entraînés  par  le  vent,  sans  dommage 
aucun  pour  les  plantes  ligneuses  autres  que  les  Caféiers. 
L'expérience  des  j)lantes  de  Java  est,  sur  ce  point,  con- 
cluante. Mais,  comme  l'a  fait  ol)server  M.  Semler  ^33),  le 
procédé  n'est  guère  applicable  eu  pays  de  montagne  et  il 
est  bien  peu  efficace;  de  plus,  il  obligt^  à  sacrifier  des  sur- 
faces considérables  d'un  sol  qui  peut  avoir  une  grande 
valeur.  Le  même  auteur  objecte  encore  qu'à  rom])i-e  des 
grands  arbres  le  Caféier  ne  saurait  pousser  convejiablcment 
partout  et  enfin  que  le  morcellemeni  ri'nd  rexploitation  plus 
difficile. 

M.  Semler  croit  également  que,  pour  diminuer  l'intensité 
de  la  maladie, il  serait  nécessaire  de  limiter  autant  qu(^  pos- 
sible la  production  du  feuillage  au  moment  où  YJfci/n'/cia 
vastatrix  se  développe  le  })lus  aciivement,  c'est-à-dire 
en  général  pendant  la  deuxième  moitié  de  la  saison  plu- 
vieuse. L'abondance  de  feuillage,  en  effet,  en  même  temps 
qu'elle  diminue  l'aération  défavorable  au  champignon,  ofl're 
à  ce  dernier  un  support  plus  étendu.  M.  Semler  conseille, 
])ar  suite,  de  ne  pratiquer  les  façons   culturales   et  l'apport 


-  Go  — 
d'engrais,  qui  influencent  la  poussée  des  feuilles,  qu'à  un 
certain  moment  dont  l'époque  doit  être  déterminée  d'une 
façon  précise,  et  de  telle  manière  qu'au  moment  de  la 
période  dangereuse  le  Caféier  ne  possède  que  le  minimum 
de  feuillage.  J'ignore  si  cette  méthode  a  donné  quelque 
résultat  au  point  de  vue  pratique.  Elle  me  semble  inutile 
et  d'ailleurs  elle  n'est  guère  réalisable,  puisque  la  végétation 
du  Caféier  et  celle  de  son  parasite  sont  intimement  liées 
l'une  à  l'autre  et  régies  par  les  mêmes  influences  détei mi- 
nantes. 

A  maintes  reprises,  pour  faire  disparaître  une  maladie  de 
plante  se  montrant  pour  la  première  fois  dans  une  région, 
on  a  essayé  les  «  traitements  d'extinction  ».  On  les  réalise 
en  détruisant  par  le  feu  toutes  les  plantes  atteintes,  ainsi 
que  les  pieds  sains  qui  les  environnent;  parfois  même  on 
a  écobué  le  sol.  Ces  traitements  n'ont  que  bien  rarement 
réussi  jusqu'ici  et  l'iiémiléia  n'a  pas  fait  exception  à  la  règle. 
L'expérience  faite  par  le  gouvernement  anglais  aux  îles  Fidji 
en  1879  est,  à  ce  sujet,  bien  probante  (22).  Sur  la  propo- 
sition de  son  envoyé,  le  D""  W.  Mac-Gregor,  il  acheta  toutes 
les  plantations  malades  et  les  fit  détruire  i)ar  le  feù;  mais  la 
maladie  n'en  persista  pas  moins. 

Mesures  préventives.  —  Voyons  maintenant  quelles  me- 
sures on  doit  édicter  pour  empêcher  l'introduction  de  l'hé- 
miléia  dans  des  contrées  encore  indemnes. 

En  premier  lieu,  de  l'opinion  de  toutes  les  personnes  qui 
se  sont  occupées  de  ce  côté  de  la  question,  il  est  une  mesure 
({ui  s'impose  :  la  prohibition  absolue  de  l'importation  de 
Caféiers  de  toutes  espèces  et  variétés, quel  que  soit  leur  âge, 
et  quand  bien  même  ils  ne  présenteraient  extérieurement 
aucune  trace  de  la  maladie.  Pour  plusieurs  régions  jusqu'a- 
lors indemnes,  régions  séparées  du  foyer  primitif  par  de 
vastes  étendues  marines  ou  de  très  grands  espaces  dé- 
pourvus de  Caféiers,  il  a  été  reconnu  que  l'infection  ne 
connaissait    d'autre    origine    que   l'introduction    de  plants 


—  66  — 
paraissant  sains,  jeunes  la  plupart  du  temps.  M.  Cornu  (46) 
pense  qu'on  devrait  surtout  interdire  d'une  f'aeon  formelle 
aux  jardins  coloniaux  l'expédition  de  Caféiers  vivants. 

Aussi  bien  que  celle  des  plants,  Timportation  des  fruits 
frais  est  à  proscrire  ;  car  les  spores  tombées  à  la  surface  du 
péricarpe  peuvent  y  persister  assez  longtemps  à  l'état  vivant 
pour  amener  une  infection  dès  leur  arrivée  à  destination. 

Quant  aux  fruits  desséchés,  comme  l'ancienneté  de  leur 
dessiccation  ne  pourrait  être  appréciée  par  les  agents  de 
l'administration  et  que,  s'ils  sont  assez  récents,  ils  peuvent 
encore  receler  des  spores  virulentes,  il  semble  plus  simple 
de  les  interdire  également. 

On  sait  que  quelques  Rubiacées  sont  attaquées  par  des 
Hemileia^  que  ces  Hemileia  sont  assez  voisins  pour  qu'on  ait 
pu  supposer  qu'ils  ne  constituent  qu'une  seule  espèce,  que, 
de  plus,  ï Hemileia  vastatri.r  a  été  trouvé  sur  des  Gardénia. 
Cette  considération  doit  décider  les  gouvernements  inté- 
ressés à  imiter  la  Hollande  qui  a  interdit  à  Java  l'importation 
de  plantes  fraîches  et  aussi  bien  de  graines  de  toutes  les 
Rubiacées.  Il  y  aurait  peut-être  quelques  restrictions  à 
apporter  à  une  mesure  aussi  sévère.  Exceptionnellement, 
l'importation  des  quinquinas  ou  des  ipécacuanhas,  par 
exemple,  pourrait  être  tolérée,  car  on  n'y  a  jamais  constaté 
à' Hemileia,  ni  aucune  autre  Urédinée. 

Au  sujet  des  graines,  qu'elles  soient  ou  non  numies  de 
leur  parche,  les  avis  sont  partagés,  pour  ce  qui  est  de  leur 
introduction  directe  sans  aucune  précaution  préalable, 
M.  Cornu  (46)  les  considère  comme  inoffensives.  Je  crois 
prudent,  néanmoins,  de  faire  subir  à  ces  graines  un  traite- 
ment destiné  aies  désinfecter,  de  manière  à  détruire  toute 
possibilité  de  développement  ultérieur  des  spores  à' Hemi- 
leia que  le  hasard  aurait  pu  y  apporter  dans  le  pays  où  s'est 
pratiqué  le  dépulpage.  La  seule  condition  à  exiger  du  trai- 
tement est  qu'il  n'altère  pas  sensiblement  la  faculté  germi- 
native  des  graines  auxquelles  on  l'applique. 

Dans  ce  but  et  sur  ma  demande,  M.  Dybowski  a  bien  voulu 


—  67  ~ 
faire  exécuter  quelques  essais  au  Jardin  Colonial  de  Nogent- 
sur-Marne  qu'il  dirige.  Pour  la  désinfection  des  graines  de 
café,  j'avais  conseillé  l'emploi  comparatif  de  l'acide  sulfu- 
reux en  vapeurs  et,  d'autre  part,  de  solutions  de  sulfate  de 
cuivre  et  de  sublimé  corrosif  (bichlorure  de  mercure)  à  dif- 
férents titres. 

Les  graines  déjà  en  état  de  germination  ont  eu  beaucoup 
à  souffrir  du  traitement,  comme  c'était  d'ailleurs  à  prévoir. 

Les  va})eurs  d'acide  sulfureux  en  vase  clos  ont  retardé  la 
germination  vis-à-vis  des  témoins  et,  au  bout  de  cinq 
semaines,  les  o.j'ô  des  graines  n'avaient  pas  germé.  Avec 
une  solution  de  sublimé  corrosif  à  i  °/„„  ])endant  une,  deux 
ou  trois  heures,  les  résultais,  sensiljlement  les  mêmes, 
n'ont  guère  différé  du  précédent. 

Seules,  les  solutions  de  sulfate  de  cuivre,  tout  en  retar- 
dant un  peu  la  germination,  sont  susceptibles  d'être  utili- 
sées. La  solution  à  2  %  n'a  détruit  le  pouvoir  germinatif  des 
graines  que  dans  i/o  des  cas,  après  des  immersions  de  une, 
deux  et  trois  heures.  La  proportion  des  graines  germées 
restait  la  même  avec  ces  durées  différentes  du  trempage. 

L'emploi  d'une  solution  plus  faible,  5  grammes  de  sulfate 
de  cuivre  pour  un  litre  d'eau,  par  exemple,  sera  suffisant 
pour  tuer  les  spores  à' Hcmilcia  vastatri.t\,  puisque  celles-ci 
perdent  toute  faculté  de  développement  après  un  contact  de 
quelques  minutes  avec  la  bouillie  bordelaise,  dans  laquelle 
les  composés  solubles  de  cuivre  sont  pour  ainsi  dire 
absents. 

La  durée  d'immersion  sera  au  plus  d'une  demi-heure. 
Les  graines  seront  brassées  convenablement  dans  la  solu- 
tion, de  manière  à  expulser  les  bulles  d'air  qui,  persistant 
dans  le  sillon,  pourraient  empêcher  l'action  du  sel  de  cuivre 
sur  quelque  spore.  Puis,  ces  graines,  ayant  été  enlevées  et 
rincées  aussitôt  après  à  grande  eau,  on  les  fera  sécher  à 
l'ombre  le  plus  rapidement  possible. 


—  68 


KOLEROGA 

On  désigne  au  Maïssour  (Mysore),  dans  THindoustan, 
sous  le  nom  de  koleroga  ^terme  emprunté  à  la  langue  canara, 
une  maladie  du  Caféier  que  les  planteurs  anglais  ont  appelée 
aussi  black-rot  (pourriture  noire),  ou  encore  leaf-rot  (pour- 
riture de  la  feuille),  et  qui,  au  Venezuela,  porte  communé- 
ment le  nom  de  candeUllo. 

D'après  le  D""  Ernst  (i),  elle  a  été  signalée  au  Venezuela, 
dès  1868,  par  Miguel  Errera  et  reconnue  aussitôt  d'origine 
cryptogamique.  Le  D''  Ernst  ainsi  que  Cooke  (2)  la  diffé- 
rencient nettement  de  la  «  rouille  »  («  mancha  de  hierro  »  en 
espagnol,  «  iron  stain  »  en  anglais),  produite  par  un  insecte 
lépidoptère,  le  Cemiostoma  coffeella,  et  aussi  de  différentes 
maladies  des  feuilles  dues  à  des  champignons  y  produisant 
des  macules;  car,  primitivement,  le  koleroga  avait  été  géné- 
ralement confondu  avec  toutes  ces  affections. 

D'après  Cooke  (3),  c'est  surtout  dans  la  région  du  Malnad, 
au  Maïssour,  que  le  koleroga  est  particulièrement  répandu, 
en  dehors  du  Venezuela.  Le  D'  J.-D.-A.  Cockerell  (4)  Ta 
également  vu  à  la  Jamaïque,  où  il  semble  avoir  été  observé 
dès  1864,  sans  qu'on  l'ait  néanmoins  étudié  (5).  Enfin,  à  Java 
aussi,  le  Caféier  est  atteint,  et  le  mal  serait  bien  plus  fré- 
quent que  ne  le  croient  beaucoup  de  planteurs  (6).  La  maladie 
peut  atteindre  d'autres  plantes;  au  Maïssour,  Cooke  cite  un 

(i)  D'  Ernst,  op.  cit.,  p.  14,  et  Botanische  Notizen  an  Caracas,  in  «  Bota- 
nisches  Centralblatt  »,  i88o,  2,  p.  1 178-1179. 

(2)  Cooke,  The  Coffee  diseases  in  South-America,  in  «  Linnean  Society's 
Journal,  Botany  »,  vol.  XVIII,  pi.  XVIII  (Séance  du  3  février  1881). 

(3)  Cooke,  Tvi>o  Coffee  diseases,  in  «  Popular   Science  Review  »,  n"  LIX. 

(4)  Gardners  Chronicle,  XIII,  1893,   p.  3o3. 

(5)  Id.,  VIII,  1877. 

(6)  Rallier,  E.  Die  Krankheiten  des  Kaffeebaumes,  in  «  Wiener  illus- 
trirte  Zeitung  »,  1880,  p.  458.  — Raedt  van  Oldenbarnevelt,  De  Kofjiecul- 
tuur  op  Java.  S'  Gravenhage  (La  Haye),  1898. 


—  69  — 
palmier,     l'Aréquier    {Areca     Catechu);    à    Java,    d'après 
M.  Raedt  van  Oldenbarnevelt,  un  arbre  à  ombrage  pour  le 
Caféier,  le  dadap  (légumineuse  du  genre  Albizzia),  en  souffre 
aussi  parfois. 

Dans  rinde,  la  maladie  apparaît  au  mois  de  juillet,  et, 
d'après  le  rapport  des  indigènes,  il  ne  se  passe  pas  d'année 
humide,  sans  qu'elle  se  montre  et  sévisse  plus  ou  moins 
fortement. 

L'arbre  attaqué  se  reconnaît  de  loin  aux  nombreuses 
feuilles  desséchées  qui  pendent  entre  les  rameaux,  souvent 
détachées,  mais  semblant  retenues  comme  par  des  toiles 
d'araignée.  Ces  feuilles  atteintes  présentent,  sur  une 
étendue  variable  de  leur  face  inférieure,  parfois  sur  presque 
toute  la  surface,  une  très  fine  membrane,  d'un  blanc  gri- 
sâtre, ayant  assez  l'apparence  et  la  consistance  de  la  bau- 
druche, lisse  et  adhérente  à  l'état  sec,  et  qui  se  rétrécit  en 
s'épaississant  quand  elle  atteint  le  court  pétiole  qu'elle 
couvre.  Quand  le  temps  est  très  humide,  ce  revêtement 
devient  visqueux,  et  on  le  détache  sans  difficulté  par  frag- 
ments, avec  la  pointe  d'une  aiguille  ou  d'un  canif.  La  feuille, 
dès  lors,  souvent  tuée  dès  le  début,  se  décompose;  la  pelli- 
cule visqueuse  brunit  de  plus  en  plus,  et,  sous  l'influence 
d'une  humidité  persistante,  il  en  découle  goutte  à  goutte  un 
liquide  foncé. 

Le  D'  Ernst  assure  que  cette  mince  membrane  gagne  le 
pétiole  et  la  feuille  opposés,  puis^  se  répandant  sur  l'entre- 
nœud,  passe  au  nœud  suivant  sur  les  deux  feuilles  qui  s'y 
insèrent.  Il  ajoute  que,  sans  pouvoir  dire  exactement  où 
commence  l'attaque,  il  s'est  bien  rendu  compte  que  le  mal 
procède  toujours,  en  suivant  une  marche  ascensionnelle, 
montant  du  tronc  vers  les  branches  et  non  pas  en  sens  con- 
traire .  A 

La  gravité,  et  même  l'apparence  de  la  maladie,  diffèrent 
dans  l'Inde  et  au  Venezuela.  Au  Ma'issour,  d'après  Cooke, 
les  fruits  sont  souvent  attaqués  et  tombent  en  masse  ;  il  a 
estimé,  d'après  les  renseignements  recueillis,  que  la  perte 


—  70  — 
annuelle  n'était  pas  loin  d'atteindre  le  quart  de  la  récolte, 
Au  Venezuela,  le  D""  Ernst  n'a  pas  noté  cet  envahissement 
des  fruits  et,  de  la  lecture  de  son  mémoire,  il  semble  résulter 
que  la  maladie  ne  produit  que  peu  de  dégcàts.  De  plus,  le 
même  auteur  ne  fait  aucune  allusion  à  la  viscosité  possible 
de  Tenduit  qui  couvre  les  parties  malades.  Or,  Texamen 
d'échantillons  envoyés  à  Cooke  par  le  D'  Ernst  lui-même 
a  permis  au  mycologue  anglais  d'aflirmer  l'identité  des  deux 
parasites  dans  le  candelillo  et  le  koleroga.  C'est  donc  à  une 
cause  extérieure,  peut-être  une  sécheresse  plus  grande  de 
Tatmosphère  au  Venezuela,  ([u'on  doit  attribuer  ces  varia- 
tions. 

A  Java  aussi,  le  koleroga  cause  moins  de  dommages  que 
dans  l'Inde,  d'après  M.  Raedt  van  Oldenbarnevelt. 

L'examen,  à  une  forte  loupe,  des  portions  malades  permet 
déjà  de  résoudre  la  fine  pellicule  en  une  quantité  considé- 
rable de  filaments  très  ténus,   intriqués   les   uns  dans  les 


Fig.  12.  —  PeUicitlaria  Koleroga.  —  A  droite,  mycélium,  /ï,  ot  sporos  (conidios), 
Co.  —  "A  gauche,  un  filament  fertile,  Fi,  avec  une  conidie  mûre,  Co,  et  une 
autre  jeune,  pédicellée,   Co.j.  (D'après  Cooke.). 


autres.  L'étude  au  microscope  d'une  portion  de  cette  mem- 
brane ramollie  par  une  immersion  suffisante  dans  l'eau 
montre  que  ces  filaments,  disposés  en  un  réseau  serré, 
constituent  le  mycélium  d'un  champignon;  ils  sont  hyalins, 
cloisonnés,  copieusement  ramifiés,  croisés  dans  toutes  les 
directions,  d'un  diamètre  variant  de  5  à  7  [;.  1/3.  Vers  le 
sommet  de  ces  filaments,  il  s'y  produit  de  petits  corps  glo- 


—  71   — 
bilieux,  faiblement  hérissés,  courtement  pédicellés  à  l'état 
jeune,  entièrement  sessiles  lorsqu'ils    sont  adultes.    Ces 
corps  globuleux  ont  tous  les  caractères  de  spores,  mais  on 
ne  les  a  jamais  vus  germer  (fig.  i-^.). 

Le  tout,  fdaments  et  corps  globuleux,  est  agglutiné  par 
la  matière  visqueuse,  qui  sans  doute  provient  de  la  gélifica- 
tion  de  la  partie  externe  de  la  membrane  des  fdaments.  Une 
immersion  de  douze  heures  dans  Feau  n'a  pas  permis  à 
Cooke  de  dissoudre  cette  membrane  et  d'obtenir  la  mise  en 
liberté   des  spores. 

L'acide  nitrique  rend  bien  les  fdaments  et  les  spores  plus 
nets,  mais  ils  ne  tardent  pas  à  se  dissoudre  et  à  disparaître 
dans    la  masse. 

La  place  de  ce  champignon  dans  la  classification  n'est 
pas  sûrement  établie.  Le  D'"  Ernst  avait  cru  y  voir  une 
forme  Oïdium,  qu'il  avait  rattachée  à  une  espèce  de  Péri- 
sporiacées  non  décrite,  Erysiphe  scandens ;  il  en  a  donné 
une  figure  dans  la  planche  qui  accompagne  son  mé- 
moire. M.  Hallier  croit  également  qu'il  appartient  à  ce 
groupe  (i).  Cooke  n'a  pas  admis  cette  détermination.  L'exa- 
men du  champignon  de  Venezuela  lui  a  montré,  je  l'ai  dit 
plus  haut,  qu'il  s'agissait  du  même  parasite  qu'au  Maïssour. 
Conformément  à  son  opinion  qui  a  prévalu,  on  nomme  cette 
espèce  Pellicularia  Koleroga  Cooke,  genre  et  espèce  tous 
deux  nouveaux  fa).  Il  est  considéré  comme  une  Mucédinée, 
et  ce  n'est  sans  doute  (priin  état  incomplet  d'une  forme  à 
asques  inconnue. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  mycélium  ne  semble  pas  pénétrer 
les  tissus  de  la  feuille,  et  Cooke,  tout  en  s'étonnant  qu'un 
champignon  épiphyte,  c'est-à-dire  entièrement  superficiel, 
puisse  nuire  aussi  gravement  à  la  plante,  déclare  cependant 
que  cette  déchéance  du  Caféier  ne  peut  reconnaître  d'autre 


(i)  Hallier,  E.,  loc.  cit. 

(2)  Cooke,  in  «  Grevillea   »,  IV,  1875,  p.   116.   —  Id..  p.    i34   [Affinities 
of  Pellicularia).  —  Id.,  IX,  1880,  p.  10. 


—  72  — 
raison  que  rol)striirtion  des  stomates  de  la  face  inférieure 
de  la  feuille. 

L'emploi  de  la  fleur  de  soufre  en  insufflations,  conseillé 
par  le  D""  Ernst  et  aussi  par  Gooke,  a  donné  au  Venezuela 
quelques  bons  résultats.  De  même,  lorsque  l'existence  de  la 
maladie  était  reconnue  dès  son  apparition,  l'enlèvement  ra- 
pide et  l'incinération  des  parties  atteintes  a  permis  de  res- 
treindre notablement  l'extension  du  mal  au  Venezuela  et 
dans   l'Inde. 


—  73  — 


CHAMPIGNONS  MAGULICOLES 

Je  désigne  sous  ce  titre  i  ii  certain  jiombre  d'espèces, 
dont  le  mycélium,  attaquante  tuant  les  cellules  du  paren- 
chyme de  la  feuille,  produit  sur  celle-ci  des  taches  de  cou- 
leur variée;  sur  ces  taches  ou  macules  apparaissent  les 
fructifications  qui  se  montrent  sur  l'une  ou  l'autre  des  faces, 
ou  sur  les  deux  pour  certaines  espèces.  Ces  fructifications 
se  présentent  en  général  comme  de  petits  points  noirs,  plus 
ou  moins  nettement  visibles  à  l'œil  nu. 

Ces  divers  champignons  maculicoles  ne  peuvent  en  gé- 
néral être  différenciés  que  par  un  examen  attentif  au  mi- 
croscope, et  à  la  condition  expresse  que  leurs  organes  de 
fructification  soient  parvenus  à  l'état  de  maturité.  C'est  pour- 
quoi ils  ont  été  souvent  confondus  les  uns  avec  les  autres,  et 
aussi  parfois  avec  les  dégâts  de  la  rouille  sur  la  feuille,  dont 
la  cause  est  un  insecte  lépidoptère  du  genre  Ceiniostoma. 

Les  maladies  produites  sur  les  feuilles  par  ces  parasites 
n'ont  pas,  en  général,  reçu  de  nom  particulier.  Le  D''  Spe- 
gazzini(i)  leur  applique  le  nom  viruela  (variole),  et  M.  Adolfo 
Tonduz,  celui  de  maya^  sous  lequel  on  désigne  ces  lésions 
à  Costa-Rica. 

Les  champignons  qui  les  produisent  ne  sont  pas  tous 
également  répandus  ni  également  nuisibles,  et  leur  étude 
complète  nécessite  encore  des  recherches.  Comme  les 
champignons  en  général,  on  les  trouvera  toujours  plus 
répandus  dans  les  parties  abritées,  basses  et  moins  sèches; 
leur  période  de  développement  coïncide  avec  la  saison  des 
pluies  et  subit  un  temps  d'arrêt  pendant  la  période  chaude 
et  sèche. 

(i)  D""  Carlos  »Spegazzini.  Las  enfermedades  del  Cafeto  en  Costa-Rica 
(('  Revista  de  la  Facultad  de  Agronomia  y  veterinaria  »,  n"  122,  octobre  1896, 
la  Plata). 


—  74  — 

La  lésion  produite,  sur  la  feuille  du  moins,  se  localise  à 
la  macule,  qu'on  voit  souvent  isolée  du  tissu  voisin  par  une 
formation  circulaire  de  liège  plus  ou  moins  colorée  et 
proéminente  ;  ce  liège  est  ici  peu  abondant,  en  général. 
Aussi,  voit-on  les  macules  persister  sur  la  feuille  sans  se 
détacher  du  tissu  vert  qui  les  entoure.  Le  dommage  est 
insignifiant  quand  les  taches  sont  peu  nombreuses;  mais, 
si  les  feuilles  sont  couvertes  de  macules,  la  fonction  chloro- 
phyllienne surtout,  et,  par  suite,  la  nutrition  générale  se 
trouvent  ralenties  dans  la  plante.  Parfois  même,  les  feuilles 
couvertes  de  taches  peuvent  tomber  après  avoir  progressi- 
vement jauni  et  dépéri,  et,  la  cause  d'infection  })ersistant, 
si  les  conditions  extérieures,  l'humidité  en  particulier,  sont 
avantageuses,  les  nouvelles  feuilles  qui  apparaissent  sont 
envahies   à  leur  tour. 

Dans  la  tache,  on  peut  voir,  à  l'aide  du  microscope,  que 
le  mycélium  du  champignon  non  seulement  entoure  les 
cellules,  mais  pénètre  même  leur  cavité.  Le  résultat  immé- 
diat de  ce  phénomène  est  la  mort  de  la  cellule.  Le  proto- 
j)lasma  et  les  contenus  cellulaires  tués  et  coagulés  se  réunis- 
sent en  une  ou  plusieurs  masses  dans  l'intérieur  de  la  cellule  ; 
elles  ne  tardent  pas,  par  un  processus  chimique  encore  mal 
élucidé,  à  brunir  et  donnent  à  la  macule  une  teinte  brunâtre 
plus  ou  moins   imiforme. 

Dans  plusieurs  espèces,  les  macules  se  décolorent  en 
vieillissant  à  partir  de  leur  centre.  Au  microscope,  on  trouve 
les  cellules  centrales  à  peu  près  dépourvues  de  leur  contenu 
brun;  il  est  remplacé  par  de  l'air,  qui  dontie  la  couleur 
blanche  à  la  macule.  Le  mycélium  du  champignon  a  utilisé 
le  contenu  pour  son  développement;  et,  dès  lors,  obéissant 
à  une  loi  biologique  pour  ainsi  dire  générale  et  dont  les 
effets  sont  particulièrementvisibles  chez  les  êtres  inférieurs, 
ildonne  naissance  àdes  organesde  reproduction. La  réserve 
de  matière  nutritive  nécessaire  au  foisonnement  du  mycé- 
lium étant  épuisée,  ce  mycélium  ne  pouvant  progresser 
plus  loin,  à  cause  de  l'obstacle  oj)posé  par  le  liège  protec- 


—  75  — 

teiir,  la  fnictifîcation  devient  nécessaire  pour  assurer  la 
conservation   de   Tespèce. 

Pour  ce  qui  est  du  traitement,  il  ne  saurait  être  que  pré- 
servatif, puisque  dans  les  portions  correspondant  aux  ma- 
cules le  tissu  est  tué.  On  devra  s'appliquer  à  empêcher  la 
germination  des  spores  et  par  suite  la  réinl'ection  sui'  les 
surfaces  encore  saines;  à  cet  effet,  on  utilisera  les  propriétés 
anticrvptogami({ues  des  sels  de  cuivre  dans  les  mêmes 
contlilions  que  pour  le  traitement  de  l'hémiléia.  Comme 
toujours,  Jes  soins  culluraux,  le  drainage  du  sol,  s'il  y  a 
lieu,  remj)loi  raisonné  des  engrais  et  surtout  des  engrais 
azotés,  destinés  à  aider  la  régénération  du  système  foliaire, 
aideront  puissamment  au  succès  d'un  traitement  préventif 
convenablement   oj)éré. 

Sphœrella  coffeicola  (]()<d<o  et  Stilbum  flavidum  (^ooke. — 
C'est  à  dessein  que  je  réunis  sous  le  même  titre  ces  deux 
espèces,  car  il  n'est  pas  rare  de  les  rencontrer  ensemble 
et  cote  à  côte  sur  la  même  macule,  bien  que,  plus  souvent, 
elles  se  montrent  isolées.  Elles  semblent  plus  fréquentes  sur 
les  feuilles  de  Caféier  que  tous  les  autres  champignons 
maculicoles. 

La  maladie  que  produisent  les  deux  champignons  que  je 
viens  de  nommer  fut  observée  la  première  fois  en  Colombie, 
vers  1876,  par  M.  Saenz,  professeur  àl'Université  de  Bogota. 
A  cette  époque,  elle  fut  confondue  avec  le  koleroga  et  la 
rouille;  un  envoi  de  feuilles  malades  fait  à  Cooke  permit 
à  cet  éminent  mycologue  d'élucider  la  cause  véritable  de 
la  nouvelle  maladie  et  de  différencier  celle-ci  des  deux 
autres  (i). 

Le  même  auteur  la  siijnale  éaralement  en  Nouvelle-Gre- 
nade,  au  Venezuela,  à  Costa-Rica,  où  elle  a  commis  des 
dégâts  importants,  étudiés  par  M.  Adolfo  Tonduz  \:>.\\  on  l'a 

(i)  M.  C.CooKi:,  The  Cuffee  diseuse  in  South-Ainerica. 
(2)  The  tropical  Agriculturist,    1893-1894,  p.  807,  et    1894-1893,   p.    12. 
(Traduction    anglaise    de    M.   Ferguson.) 


—  76  — 
reconnue  aussi  au  San-Salvador,  d'après  M.  Saenz(i),  ainsi 
que  dans  la  province  de  Chiapas,  au  Mexique  (a),  et  au  Gua- 
temala (3). 

C'est  dans  ces  divers  travaux  que  j'ai  puisé  mes  docu- 
ments pour  la  description  qui  suit. 

La  maladie  exige  pour  son  développement  une  saison  plu- 
vieuse prolongée,  accompagnée  d'une  température  plutôt 
un  peu  basse.  Elle  débute  en  général  par  les  parties  hautes 
ou  froides  des  plantations  et  elle  s'étend  rapidement  quand 
les  conditions  météorologiques  lui  sont  favorables.  Les 
arbres  chétifs  ou  ceux  qui  végètent  dans  un  sol  qui  leur 
convient  mal  sont  toujours  plus  gravement  atteints.  A  l'ap- 
proche de  la  saison  sèche,  les  phénomènes  morbides  s'atté- 
nuent, mais  ils  réapparaissent  souvent  avec  une  égale 
intensité  dès  les  premières    pluies. 

Il  est  encore  des  conditions  secondaires  pour  le  déve- 
loppement et  l'extension  rapides  de  la  maladie,  qui,  ici, 
comme  dans  les  maladies  cryptogamiques  du  Caféier  en 
général,  ne  manquent  pas  d'importance.  Je  veux  parler  de 
la  trop  grande  densité  de  la  plantation  et  aussi  d'un  om- 
brage excessif.  Il  faut  s'en  méfier  et,  à  l'occasion,  savoir 
y  remédier. 

Lorsque  les  taches  apparaissent  en  nombre  sur  les  feuilles, 
celles-ci  deviennent  rapidement  ternes,  puis  pâlissent;  elles 
ne  tardent  pas  à  tomber  et  l'arbre  paraît  tout  pelé.  De  même, 
les  fruits  peuvent  être  envahis  :  on  voit  alors  le  péricarpe 
se  mortifier  par  places  ou  même  entièrement,  et,  au  moindre 
vent,  les  baies  très  jeunes  se  détachent.  Tout  au  moins,  de 
ce  fait  déjà,  se  produit  une  perte  sensible  de  récolte.  Si, 
d'un  autre  côté,  les  Caféiers  ont  eu  à  supporter  plusieurs 
fois  de  suite  une  atteinte  grave,  ils  s'affaiblissent  notable- 
ment; et,  bien  qu'en  général  ils  puissent  résister,  de  cette 

(i)  The  tropical  Agriculturist,  1894-1895,  p.  i3. 

(2)  Id.,  1897,  P-  63o. 

(3)  Id.,  !*■■  mars  1897,  p.  63i.  —  George  Massée,  A  text-book  of plant- 
diseases,  p.  446. 


—  77  — 
déchéance  momentanée  de  la  nutrition  générale,  il  résulte 
nécessairement  un  temps  d'arrêt  dans  la  croissance  de  la 
plante  et  une  diminution  très  appréciable  de  la  production 
du  fruit. 

Les  taches  qui  apparaissent  sur  les  feuilles  et  les  fruits 
immatures  sont  distinc- 


tes les  unes  des  autres, 
à  peu  près  arrontlies 
Elles  passent 


(lîg.    i3). 

d'abord  du  ton  vert 
foncé  de  la  feuille  à  une 
teinte  livide  qui  se  mo- 
difie progressivement 
jusqu'à  devenir  presque 
blanche.  Sur  la  feuille, 
ces  macules  visibles  sur 
les  deux  faces  sont  net- 
tement limitées  et  bor- 
dées d'une  marge  étroi- 
te, légèrement  proémi- 
nente, de  couleur  brun 
un  peu  rougeâtre.  Le 
diamètre  de  la  tache 
varie  entre  un  demi- 
centimètre  et  un  centi- 
mètre et  demi.  Parfois 
la  tache  possède  en  de- 
dans de  la  marge  colorée 
deux  ou  trois  cercles  concentriques  à  peu  près  de  même 
couleur  que  la  macule.  Dans  de  pareils  cas,  le  microscope 
démontre  qu'il  y  a  eu  formation  à  plusieurs  reprises  d'un 
tissu  de  liège  insuffisant  pour  arrêter  le  mycélium  du  cham- 
pignon et  qui  a  été  débordé  par  lui. 

Le  Slilbum  flavidum  Cooke  paraît  plus  fréquent  que  le 
second.  Pour  les  taches  des  fruits  en  particulier,  Cooke 
déclare  n'avoir  jamais    rencontré  que  cette  forme  sur  les 


Fig.  rj. —  SphœrcUa  coffeicola.  —  Stilbum  fia- 
i'iditm.  —  En  haut,  à  gauche  portion  de 
feuille  de  Caféier  portant  3  macules  :  l'une, 
m. s.  sans  aucune  fructification;  la  seconde, 
.SY,  portant  le  Stilbum;  la  troisième,  Sp,  le 
Sphierella.  — A  droite,  une  fructification  iso- 
lée de  S/ilbiim,  grossissement  environ  80.  — 
En  has  :  A,  asque  de  SphœrcUa  coffeicola; 
B,  une  spore  isolée.  (D'après  Cooke.) 


jeunes  fruits.  11  se  [)i-(''seiilc  à  la  loupe  coiiiiue  une  petite 
tige  jaunâtre,  très  grêle,  terminée  par  une  tète  arrondie. 
On  en  trouve  un  nombre  variable  sur  les  taches,  souvent 
cinq  ou  six.  Au  microscope,  le  pied  se  montre  formé  de 
minces  filaments,  accolés  les  uns  aux  autres  et  (pii,  vus  en 
masse,  sont  très  faiblement  jaunâtres.  Vers  le  scjnimet, 
ces  filaments  deviennent  libi'es;  ils  se  terminent  |)ar  des 
spores  extrêmement  |)etites,  à  ])eu  près  hyalines,  ayant  à 
peine  un  [x  et  demi  de  diamètre.  C'est  l'ensemble  des  fila- 
ments libres  et  des  spores  ([ui  l'orme  la  tête  globuleuse. 

Le  Sphœrella  coffeicola  (]ooke  est  formé  de  petits  points 
noirs,  peu  nombreux  sur  la  macule,  où  on  n'en  rencontre 
pas  plus  de  deux  ou  trois. 

Ce  champignon  est  un  Pyrénomycète,  et  les  points  noirs 
représentent  ses  périthèces  en  partie  immergés  dans  le 
tissu,  munis  d'un  pore  au  sommet,  s'ouvrant  sur  la  face 
supérieure  de  la  macule;  ces  périthèces  renferment  seu- 
lement des  asques  et  sont  dépourvus  de  pai'a|)hyses.  Les 
asques  en  forme  de  massue  portent  huit  spores,  fusiformes, 
hyalines,  munies  d'une  cloison  transversale  médiane,  au 
niveau  de  laquelle  elles  sont  sensiblement  étranglées  ;  on  y 
voit  deux  gouttelettes,  et  la  dimension  de  ces  spores  est  de 
25  ]).  de  long  sur  4  i^  et  demi  de  large  (fig.  i.),  A  et  B). 

Le  Stilhiini  flaviduni  a  été  considéré  par  Cooke  comme 
une  forme  inq)arfaite,  une  Mucédinée  (moisissure)  à  fda- 
ments  mycéliens  agrégés.  Le  fait  de  sa  coïncidence  assez 
fré({uente  sur  une  même  macule  avec  le  Sp]iœi-eU(( ,  fait 
immédiatement  venir  à  l'esprit  l'idf'e  d'une  corrélation 
entre  les  deux  formes.  De  plus,  la  présejice  du  Stilhuni,  qui 
est  la  règle  sur  les  macules  jeunes  des  fruits,  implique 
bien  (pie  ce  dernier  est  fraïudiement  j)arasite.  On  doit 
encore  considérer  que  les  Spltivrelhi  sont,  pour  la  nmjeui'e 
partie,  des  parasites  de  feuilles  vivantes,  (ju'ils  sont  le 
plus  souvent  maculicoles,  et  (pie  l'association  d'une  forme 
SpJiivrelld  et  d'une  nuicc'dinée  agrégée  sur  une  même 
macule   n'est  pas   spéciale  au  Caféier  (on  la  rencontre  dans 


—  79  — 
l'Europe  lempërëe  pour  le  Spluerella  isdi'iphora  des 
feuilles  de  Stellaire  et  aussi  pour  le  Sphœrella  Fragariœ 
du  P'raisiei').  On  peut,  dès  lors,  considérer  comme  vraisem- 
blable l'opinion  que  le  Stilbuin  ne  constitue  que  la  phase 
primaire  de  développement,  la  forme  conidienne  du  Spliie- 
rella  coffeicoln .  Cependant,  je  dois  avouer  que  ce  n'est  là 
qu'une  impression,  une  simple  hypothèse  qui  a  besoin 
d'être  établie  expérimentalement. 

Plus  récemment,  M.  S|)egazzini  ii]  a  repris  l'étude  de 
cette  maladie  sur  un  envoi  que  lui  fit  de  Costa-Rica 
M.  Adolfo  Tonduz. 

Indépendamment  du  Slilbuni  fUividum,  qu'il  rencontra 
fréquemment  sur  les  macules  et  qu'il  croit  èti'e  la  cause 
unique  de  la  maladie,  il  a  vu  sur  ces  mêmes  nuicules,  ac- 
compagnant parfois  le  Stilbuni,  un  Pyrénomycète  et  une 
forme  incomplète,  une  ])ycni(h^  Cette  pycnide  ne  serait 
sans  doute,  d'après  M.  Spegazzini,  (ju'une  forme  i]n[)ar- 
faite  de  Pyrénomycète.  Ce  dernier  champignon  a  été  con- 
sidéré avec  doute  })ar  l'auteur,  comme  une  espèce  non 
décrite,  car  il  n'était  pas  entièrement  développé.  Cette 
espèce  nouvelle,  Lœstadia  coffeicola ,  n'est  j)eut-ètre  pas 
différente  du  Sphœrella  de  Cooke  encore  immature,  de 
l'avis  même  de  M.  Spegazzini.  Quant  à  la  pycnide,  PlujI- 
loslivta  i7)coffeicola  Speg.,  d'une  détermination  également 
douteuse  pour  son  créateur,  c'est  avec  cette  forme  sur 
les  macules  que  la  viruela  se  montrerait  la  plus  grave.  Les 
conceptacles  de  ce  Phijllosticta  s'ouvrent  sur  la  face  supé- 
rieure de  la  macule,  comme  les  périthèces  du  Sphœ relia 
de  Cooke  et  du  Lœstadia  ;  ils  renferment  de  petites  spores 
cylindracées,  obtuses  aux  deux  bouts,  munies  d'une  fine 
gouttelette,  hyalines  et  sans  cloison. 

Pour  ce  qui  est  du  Stilbuin  flaviduiii,  M.  Spegazzini  ne 
le  considère  pas  comme  une  forme  imparfaite  du  groupe 
des  Mucédinées;    il  en  fait  un  champignon    autonome,  un 

(il    !)'■  CaKI.OS   Sl'IiGAZZIM,    iip.    cil. 


Basidiomycète  et  le  nomme  Pistillaria  flavida  Speg.  Je 
n'accepte  pas  volontiers  cette  interprétation,  traiilant  que 
M.  Speggazini  avoue  n'avoir  jamais  pu  rencontrer  les 
spores  dans  aucun  des  nombreux  échantillons  qu'il  a  eus 
entre  les  mains.  Je  n'ai  pas  été  plus  heureux  moi-même 
dans  l'examen  d'un  échantillon  que  m'avait  transmis 
M.  Patouillard.  M.  Massée  (i),  qui  n'a  également  pas  réussi 
à  trouver  les  spores,  conserve  aussi  cette  espèce  comme 
un  Stilbum. 

Cette  question,  comme  je  l'ai  déjà  dit  plus  haut,  exige 
donc  encore  de  nouvelles  observations. 

Je  n'ai  pas  à  insister  sur  le  traitement  dont  j'ai  donné  les 
indications  principales.  J'ajouterai  seulement  avec  M.  Spe- 
gazzini  et  M.  Massée,  qu'il  sera  très  utile  de  récolter  et  de 
détruire  par  le  feu  les  feuilles  et  les  fruits  tombés,  sur 
lesquels  le  ou  les  parasites  se  conservent  et  constituent, 
dès  que  le  temps  redevient  pluvieux,  de  nouveaux  foyers 
d'infection. 

La  prescription  que  je  viens  de  formuler  est  d'ailleurs 
applicable  à  toutes  les  maladies 
de  feuilles  en  général, 

Cercospora  coffeicola  Berke- 
ley et  Cooke.  —  Cette  espèce 
produit  sur  les  léuilles  vivantes 
du  Caféier  des  macules,  en 
général  j)etites  (fîg.  i4)  ;  leur 
diamètre  moyen  est  de  4  à  7 
millimètres,  et  les  plus  grandes 
Fig.  14.  -  Feuille  de  Caféier  poi-    atteignent  rarement  i  centime- 

tant  les  macules,  T,  du  Cercospora  ^ 

coffeicola.  Xy^    Très  jcuues,  elles  sont  de 

couleur  brun,  roux  ou  marron  foncé,  assez  uniforme.  Puis, 
à  mesure  que  la  macule  croît,  le  centre  se  décolore  jusqu'à 
devenir  presque  blanc,  moins  opaque  que  le  restant  de  la 

(i)   George  Massée,  loc.  cit. 


—  81  — 
feuille;  mais  il  [)ei-siste  une  marge  brunâtre,  relativement 
large,  par  rapport  à  la  dimension  de  la  tache,  et  dont  la 
teinte  augmente  progressivement  d'intensité  de  detlans  en 
dehors.  A  la  limite  de  la  macule,  on  voit  une  ligne  très 
étroite  et  peu  proéminente  qui  la  circonscrit;  la  production 
de  liège  protecteur  est  ici  Tort  réduite.  Sur  la  iace  ijifé- 
rieure  de  la  feuille,  la  macule,  quoicpie  bien  apparente,  est 
moins  différenciée  qu'en  dessus.  Même  arrivées  à  leur 
plus  grand  développement,  ces  taches  ne  se  crevassent 
pas  à  leur  partie  centrale,  connue  on  peut  le  voir  quelque- 
Ibis  dans  la  maladie  que  j'ai  décrite  avant  l'elle-ci. 

Les  taches,  déjà  un  peu  anciennes  présentent  le  j)luw 
souvent,  à  leur  face  supérieure,  de  petits  points  d'un  noir 
olivâtre,  qui  sont  les  fructifications  du  parasite. 

La  maladie  a  été  signalée  la  première  fois  par  Berkeley 
sur  un  envoi  fait  par  ^I.  ^Morris,  botaniste  cUi  gouverne- 
ment à  la  Jamaïque.  Berkeley  lit  parvenir  des  feuilles 
atteintes  à  Cooke,  et  ce  dernier  y  rencontra  le  champignon 
l'ructilié  ii}.  Depuis  lors,  M.  Lamson  Scriliiier  l'a  retrouvé 
sur  des  feuilles  provenant  du  Guaténuda  (■>.).  Je  l'ai  moi- 
nuune  reçu  de  la  Guadeloupe  par  l'intermédiaire  de 
M.  Elot.  La  maladie  produite  par  le  Cercospora  du  Caféier 
send)le  moins  grave  que  la  [)récédente.  On  ne  signale 
pas  la  chute  des  feuilles,  ni  leiu-  jaunissement,  pas  plus 
que  l'envahissement  des  fruits.  Le  seul  renseignement  que 
je  possède  m'est  fourni  par  M.  Elot:  «  Les  arbres  affectés 
de  cette  maladie  semblent  souffrir,  leur  végétation  s'arrête.  » 
On  le  comprendra  facilement  quand  je  dirai  que,  parmi 
les  feuilles  que  j'ai  tenues  de  M.  Elot,  l'une  d'elles,  dont 
la  longueur  n'excède  guère  un  décimètre,  renferme  jusqu'à 
aj  taches  d'un  diamètre  variant  de  i  ou  -2.  millimètres  jusque 
près  d'un  centimètre. 

Au  microscope,  la  fructification  se  montre  constituée 
par  des   houppes  de  filaments    colorés  en    vert  olive  très 

(i)   Cooke,  The  Coffee-disease  in  South  America. 
(2)  Journal  of  Mycology,  1888,  p.  5. 


8iJ  — 


pâle  qui  font  issue  du  parenchyme  de  la  feuille  en  déchirant 
la  cuticule  de  la  face  supérieure;  une  fois  libres,  ils 
divergent  en  formant  une  petite  louffe  un  peu  éj)aissie  à 
sa  base.  Ces  filaments,  le  plus  souvent  stériles,  peuvent 
atteindre  une  dimension  de  lioo  [j,  sur  4  <^le  large;  les 
cloisons  y  sont  toujours  assez  rares,  •*.  ou  3,  rarement 
plus.  Berkeley  n'avait  pu  y  rencontrer  de  spores,  Gooke  ne 
les  trouva  que  dillicilement.  Sur  une  quinzaine  de  macules 
paraissant  fructifères  que  j'examinai  successivement,  je 
n'en  ai  vu  de  bien  développées  que  sur  une  seule.  Quand 
les  toutlés  sont  fertiles  (fig.  i5),  les  filaments  resteirt  plus 
courts,  leur  longueur  atteint  au  plus  80  [j,.  Ils  sont  un  peu 
sinueux,  leur  calibre  ])résente  souvent,  de  place  en  place, 
une  faible  dilatation  en  forme  de  petite  ampoule  ;  et,  vers  le 
sommet,  sur  lequel  s'attache  une  %spore  (conidie)  unique,  on 
peut  voir  assez  dillicilement  de  très  fines  denticulations.  Les 
spores  sont  eflilées  par  le  sommet^ 
un  peu  élargies  et  arrondies  à  leur 
base  d'insertion  ;  elles  sont  à  peu 
j)rès  hyalines,  souvent  légèrement  ar- 
(piées.  A  l'état  adulte,  elles  portent 
deux  ou  trois  cloisons  transversales 
et  ont  comme  dimensions  ^5  \i.  de  long 
sur  3  de  large.  Lorsque  je  reçus  l'é- 
chantillon de  M.  Elot,  je  ne  décou- 
vris pas  de  prime  abord  les  spores,  et 
la  détermination  resta  incertaine.  Ce 
n'est  que  quelques  mois  plus  tard 
que,  reprenant  cet  envoi,  j'y  découvris 
des  touffes  fructifères.  Je  tentai,  dès 
lors,  de  faire  germer  les  spores;  l'essai  échoua,  les  spores 
étaient  mortes. 

Ce  parasite  est  une  Mucédinée  de  la  forme  Cercospora. 
La  forme  parfaite  ascospore  en  est  inconnue.  Les  cham- 
pignons de  ce  groupe  sont  tous  maculicoles  sur  des 
feuilles. 


V\^.y^.- Cercospora  cf. 
fcicola  :  l\  droite,  toufl'e 
de  filaments  frucliCères 
portant  des  conidics,  Co, 
à  divers  degrés  de  dé- 
veloppement ;  à  gauche, 
une  conidie  isolée,  mûre. 


83 


Ramularia  [?)  Gœldiana.  —  Le  D"'  Gœldi,  dans  le  mémoire 
qiril  a  consacré  à  ranguillule  du  Caiéier(i),  a  décrit  avec 
quelques  détails  une  maladie  des  feuilles  de  cet  arbre 
observée  par  lui  au  Brésil  et  qui  attaquerait  également  le 
Caféier  de  Libéria.  Sur  les  feuilles,  Gœldi  a  vu  de  nombreuses 
macules,  qui,  d'après  les  descriptions  et  les  figures  qu'il  a 
données,  présentent  de  grandes  ressemblances  avec  la 
lésion  du  Cercospoi'a  coffeicola.  Les  taches  sont  fréquentes 
sur  les  bords  du  limbe  foliaire  ;  elles  peuvent  exister  aussi 
sur  les  jeunes  rameaux  et  elles  se  propagent  et  se  multi- 
plient très  vite  sur  leurs  feuilles,  lorsque  celles-ci  se  trou- 
vent dans  le  voisinage  de  feuilles  malades.  Les  macules  se 
couvrent  rapidement  de  petits  points  noirs  :  ce  sont  les 
fructifications  du  parasite,  que,  sur  les  feuilles,  on  ne  trouve 
qu'à  la  face  inférieure.  Les  semis  de  Caféier  sont  parfois 
envahis,  et,  sur  les  macules  des  cotylédons,  on  peut  ren- 
contrer les  fructifications  sur  les  deux  faces.  Au  micros- 
cope, on  voit  ces  points  noirs  formés  par  des  filaments 
libres,  cloisonnés,  de  couleur  foncée,  sortant  par  les  sto- 
mates au-dessous  desquels  se  rencontrent  de  petits  amas 
pelotonnés  de  mycélium.  Gœldi  considère  le  })arasite  comme 
un  Cercospora ;  mais  cette  opinion,  qui  est  peut-être  exacte, 
n'est  cependant  pas  compatible  avec  le  mode  de  formation 
des  sj)ores  et  leur  forme  qu'il  décrit  d'après  ses  propres 
observations.  Il  aurait  vu  ces  spores  prendre  naissance  par 
étranglement  du  filament  au  niveau  de  la  dernière  cloison, 
ce  qui  amène  plusieurs  fois  de  suite  la  mise  en  liberté  de 
l'article  terminal.  Peut-être  y  a-t-il  là  quelque  erreur  d'ob- 
servation ;  en  tout  cas,  l'auteur  n'a  pas  décrit  nettement  les 
spores  et  il  ne  sendjle  pas  les  avoir  vues  à  un  état  de  matu- 
rité surtisante  pour  établir  les  aliinités  réelles  de  ce  champi- 
gnon et  le  classer  exactement,  M.  le  D""  P.  A.  Saccardo  a 
pourtant  donné  une  diagnose  de  l'espèce  (|iii  nous  occupe  et 

(i)  D'E.  A.  (lŒLUi,  Relalurio  sobve  a  molestia  do  Caffeciro  na  provincia 
do  Rio  de  Janeiro,  1887, 


—  84  — 
il  la  nomme  Ramidaria  Gœldidiui  Sacc  (i).  Cependant,  la 
classification  proposée  par  M.  Saccardo  lui-même  pour  les 
champignons  de  ce  groupe,  les  Hyphomycètes  ou  Mucédi- 
nées,  ne  permet  pas  de  considérer  le  parasite  en  question 
comme  un  Raniularia.  Dans  ce  dernier  genre,  en  elFet,  les 
spores  sont  cloisonnées  et  entièrement  hyalines,  aussi  bien 
(jue  les  fdaments.  Or,  Gœldi  ne  fait  aucune  mention  du  pre- 
mier de  ces  caractères,  et,  pour  ce  qui  est  des  fdaments,  il 
les  dit  expressément  [Op.  cit.,  p.  37)  «  couleur  de  fumée  )> 
[cor  defiunaça).  Dès  lors,  la  nature  réelle  de  ce  champignon 
reste  douteuse  et  c'est  pour  cette  raison  que  j'ai  fait  suivre  le 
mot  Ramulavla  d'un  point  interrogatif. 

Glœosporium  coffeanum  G.  Del.  —  J'ai  décrit  cette 
espèce  (2)  sur  des  échantillons  de  feuilles  de  Caféier  qui 
m'ont  été  apportés  delà  Réunion.  Je  fai  reçue  à  nouveau 
plus  récemment  sur  des  feuilles  de  Caféier  Bourbon  prove- 
nant de  la  côte  est  de  Madagascar.  D'après  les  renseignements 
fort  incomplets  que  j'ai  recueillis,  elle  produirait  des  dégâts 
appréciables  dans  les  plantations  en  différents  points  de  la 
Réunion.  Je  dois  avouer  pourtant  que,  sur  les  feuilles  où  j'ai 
trouvé  ce  champignon,  il  ne  s'en  trouvait  qu'un  petit  nombre 
qui  ne  fussent  pas  en  même  temps  atteintes  par  r//^/;;t7e/« 
vastatrix.  On  ne  peut  conserver  de  doutes  sur  ce  point 
que  le  champignon  dont  je  m'occupe  soit  parasite  des  feuilles 
vivantes,  puisqu'il  y  produit  des  macules  dans  lesquelles  les 
cellules  ont  été  tuées,  macules  bien  diflerentes  de  celles  de 
VHemileia  uastatrix;  mais  la  coïncidence  de  ce  Glœosporium 
et  de  VHemileia  ne  permet  pas  d'établir  d'une  façon  certaine 
la  part  qui  doit  être  attribuée  au  premier  parasite  dans  le 
dommage  subi  par  le  Caféier. 

Les  feuilles   envahies   présentent  des   macules    brunes, 

(i)  P.  A.  Saccardo,  Sylloge  Fungoniiii,  t.  X,  p.  554- 

(i)  G.  Delacroix,  Espèces  parasites  nouvelles.  Glœosporium  coffeanum 
nos',  sp.,  sur  les  feuilles  vivantes  du  Caféier  (PI.  YIII,  fig.  E),  in  «  Bulletin 
de  la  Société  mycologique  de  France,  XIII,   1897,  p.   110  ». 


—  85  — 
assez  étendues,  limitées  en  général  par  un  bord  libre  du 
limbe  ;  elles  sont  anguleuses  sur  les  autres  cotés  et  suivent 
le  plus  souvent  le  contour  des  nervures  secondaires.  Les 
fructifications  qui  ne  se  montrent  que  sur  la  face  supérieure 
de  la  feuille  se  présentent  comme  de  très  petits  points  noirs. 
Elles  ne  sont  pas  enfermées  dans  un  réceptacle,  elles  s'ou- 
vrent librement  au  dehors.  Le  mycélium  hyalin  du  parasite 
passe  entre  les  cellules  ; 
il  ne  semble  pas  les  péné- 
trer, mais  les  tue  néan- 
moins, et  le  contenu  de 
ces  cellules  du  tissu  de  la 
feuille  est  fortement  co- 
loré en  brun  ;  dans  le  voi- 
sinage de  Tépiderme,  le 
mycélium  s'agglomère  en 
une  plaque  brunâtre,  une 
sorte  de  coussinet  de  i4o 
à  1 70  [j,  de  large,  qui  prend 
la  place  d'une  ou  plu- 
sieurs cellules  épidermi- 
ques  détruites  par  le  my- 
célium. La  surface  de  ce 
coussinet    produit   de 

courts  filaments  dressés,  C3dindric|ues,  de  18  à  20  p,  de  long- 
sur  3  [j.  et  demi  de  large  ;  ils  donnent  naissance,  par  étrangle- 
ment de  leur  partie  supérieure,  à  des  spores  cylindro- 
ovoïdes,  droites  ou  un  peu  arquées,  de  i.")  [j.  sur  4  H-. 
Lorsque  cette  fructification  a  pris  un  certain  développe- 
ment, elle  fait  éclater  la  cuticule  de  la  feuille  de  dedans  en 
dehors,  et,  se  trouvant  en  contact  avec  l'extérieur,  les  spores 
se  détachent  et  se  disséminent  à  mesure  qu'elles  mûrissent. 
MM.  Ellis  et  Everhart  ont  publié  dans  la  collection  des 
North  American  Fungi  [1"  série,  n"  3198)  un  échantillon 
récolté  par  le  D'"  Harkness  aux  îles  Samoa  en  1894,  sur 
lequel    Y Hemileia   vastatri.r  est   associé  à   une  espèce  non 


■?A  n- 


Fig.  iG. 


Coupe  transversale  dans  la  fruc- 
lication  de  Glœospoiiiim  coffeanum  :  Co, 
conidic;  Pa.  p.,  parenchyme  en  palissade. 
—  En  haut  :  A,  conidies  isolées  ;  B,  un 
stérigmate,  Si,  terminé  par  une  spore 
encore  immature. 


—  86  ~ 
décrite   de   Glœosponuiii.  Les  deux  auteurs  Tont  appelée 
Glœosporiuin  coffeicoliini .  Je   n'ai  pu  étudier  cette  espèce, 
mais  je    suppose    que    ce    doit  être    la    même   que  celle 
dont  j'ai  parlé. 

Les  bouillies  cupriques  usitées  pour  empêcher  l'exten- 
sion de  l'hémiléia  sont  sans  doute  également  actives  contre 
ce  parasite. 

ISI.  P.  Hennings  (i)  signale  encore  et  décrit  très  sommai- 
rement deux  autres  espèces  dans  la  colonie  allemande  du 
Cameroun  (côte  occidentale  d'Afrique),  toutes  deux  sur  les 
feuilles  du  Caféier  de  Libéria,  Ces  deux  espèces,  Fusariuin 
coffeicola  et  Septoria  coffeicola,  sont  maculicoles  comme  les 
précédentes,  mais  elles  semblent  sans  importance  pra- 
ti((ue. 

M.  Spcgazzini  (o.)  signale  aussi  quelques  petites  espèces 
sur  feuilles  de  Caféier  d'Arabie  dans  l'Amérique  Centrale. 
Ce  sont  des  Pyrénomycètes  :  Clypeoliun  megalosporiim 
et  Micropelfis  Tonduzii.  D'après  leur  créateur  lui-même, 
elles  ne  paraissent  guère  mériter  de  considération,  le  dégât 
produit  étant  à  peu  près  nul. 


(i)  P.  Hennings,  Fitngi  camerunenses,  in  «  Englcr's  Jahrb.,  XXII,  189'j, 
p.  72  ». — P.  Hennings,  Die  wichtigsten  Pilzkvankheiten  der  Kulturpflanzen 
unserer  Kolonieii,  in  «  Deutsche  Kolonialzoitung,   i^' juin  i8c)5,  n"  22  )>. 

(2)  D""  Carlos  Spegazzini,  Las  Enfermedades  del  Cafeto  en  Costa-Rica , 
in  «  Revista  de  la  Facultad  de  Agronomia  y  Velcrinaria  de  la  Plala,  n°  22, 
octobre  i8()6  »  (Reproduit  dans  Adolfo  Tonduz,  La  Fumagina  del  Cafeto, 
San  José  (Costa-Rica),  1897,  p.  2Ï  et  suivantes). 


—  87  — 


A.  —  Maladies  des  racines  du  tronc  et  des  branches. 

Ce  sont  de  beaucoup  les  moins  connues  des  maladies  du 
Caféier  et  nous  ne  possédons  sur  ce  chajiitre  que  des  rensei- 
gnements insuftisants. 

Pourridié  des  racines.  —  J'ai  reçu,  à  plusieurs  reprises,  de 
M.  Auguste  Elot,  directeur  du  laboratoire  agricole  de  la 
Basse-Terre  (Guadeloupe),  des  racines  mortes  de  Caféier 
semblant  avoir  succombé  aux  atteintes  d'une  maladie.  Exté- 
rieurement, la  lésion  ressemble  à  celle  qui  envahit  la  vigne  et 
un  certain  nombre  d'arbres  fruitiers  ou  forestiers  en  Europe  ; 
pour  cette  raison  je  l'appellerai,  provisoirement  du  moins, 
pourridié  du  Caféier. 

M.  Elot  avaitaccompagné  ses  envois  de  lettres,  qui  m'ont 
fourni  sur  le  mode  de  développement  de  la  maladie  les  quel- 
ques renseignements  que  je  vais  reproduire. 

D'après  les  observations  de  M.  Elot,  cette  maladie  apparaît 
d'abord  sur  les  racines  du  ])ois-doux  de  la  ^lartinique 
(Légumineuse  du  genre  Inga),  qui  Là  sert  d'abri  au  Caféier; 
et,  des  racines  du  pois-doux,  elle  passerait  sur  celles  du 
Caféier.  Le  Uocouyer  est  également  susceptible  d'être 
atteint. 

La  maladie  sévit  avec  quelque  intensité,  çà  et  là,  en  divers 
points  de  la  Guadeloupe  :  dans  une  plantation,  par  exemple, 
elle  se  montrera  par  places,  détruisant  parfois  toute  une 
rangée  d'arbres.  Les  arbres  envahis  dépérissent  progressi- 
vement, mais  d'une  façon  assez  rapide,  et  lorsqu'ils  sont 
arrivés  à  la  période  ultime,  on  trouve  le  pivot  entièrement 
dépourvu  de  radicelles,  celles-ci  étant  depuis  longtemps 
désorganisées  et  à  peu  près  disparues.  Sur  des  racines  de 
un  à  trois  centimètres,  les  seules  que  j'ai  eues  eu  ma  pos- 

(i)  Voir  le  no  du  20  janvior  do  la  Revue  des  Cultures  coloniales. 


—  88  — 


session,  on  voit  par  places  une  sorte  de  revêtement  coton- 
neux d'abord  blanc,  puis  brunissant,  qui  ne  tarde  pas  à  se 
concréter  en  prenant  l'apparence  de  lames  étroites,  aplaties, 
ramifiées,  d'un  gris  plombé,  terne,  tranchant  peu  sur  la 
couleur  générale  de  la  racine  désorganisée.  Examinés  au 
microscope,  ce  revêtement  aussi  bien  que  les  plaques  se 
montrent  constitués  par  un  mycélium  stérile  formé  par  des 
filaments  isolés,  hyalins  et  très  grêles  dans  le  revêtement 
cotonneux,  lâchement  agrégés  dans  les  lames  aplaties.  Ces 
filaments  simples  ou  ramifiés  devien- 
nent à  l'état  adulte  d'un  gris  plus  ou 
moins  foncé;  ils  sont  alors  cloisonnés 
transversalement  ;  leur  diamètre  est 
d'environ  4  V-  et  ils  montrent  de  temps 
en  temps  ime  varicosité  latérale,  quel- 
quefois deux,  immédiatement  au-des- 
sus de  la  cloison.  L'absence  de  spores 
et  de  tout  autre  organe  de  fructifica- 
tion ne  m'a  pas  permis  de  reconnaître  à 
quelle  espèce  appartient  ce  mycélium. 
Les  dilatations  latérales  du  filament  le 
rapprochent  beaucoup  comme  appa- 
rence de  ceux  du  Deniatophora  neca- 
//•/.r  et  surtout  du  RoseUinia  aqiiila  [i],  qui  produisent  des 
pourridiés  sur  la  Vigne,  le  Mûrier,  etc.;  mais  il  serait 
nécessaire  de  suivre  d'une  façon  complète  le  développe- 
ment de  ce  mycélium  du  Caféier  pour  affirmer  l'identité 
avec  l'un  ou  l'autre.  Le  manque  de  matériaux  en  bon  état 
ne  m'a  pas  permis  de  faire  cette  étude.  11  faut,  en  tous  cas, 
reconnaître  que  la  largeur  des  filaments  est  presque  de 
moitié  moindre  que  celle  des  filaments  bruns  du  De  mal  o- 
phora  necatri.r    et  je   serais,    pour   cette  raison,  tenté    de 


Fig-.  17.  —  Filaments  de 
mycélium  observés  sur 
des  racines  mortes  de 
Caféiers    de  la    Guade- 


ipe. 


(i)  Voir  à  ce  sujet  :  A.-N.  Berlèse,  Rapporti  ira  Dematophora  e  Rosel- 
linia,  in  «  Rivista  di  patologia  végétale,  I,  1892  ». —  Prillieux  et  Delacroix, 
Maladies  des  Mûriers,  in  «  Annales  de  1  Institut  national  agronomique, 
XIII,  1893   ». 


—  89  — 
rapprocher  plutôt  le  champignon  des  racines  de  Caféier  du 
Rosellin  ici  a  q  u  il  a . 

Le  mycélium  du  pourridiédu  Caféier  pousse  des  ramifica- 
tions grêles,  hyalines,  qu'on  retrouve  profondément  dans 
les  tissus  de  la  racine  ;  elles  peuvent  pénétrer  les  éléments 
du  bois,  qui  ne  tardent  pas  à  se  délignifier  et  à  perdre  en 
partie  leur  cohérence. 

11  n'est  cependant  pas  établi  d'une  façon  certaine  que  ce 
champignon  soit  la  cause  première  de  la  maladie  et  de  la 
mort  de  l'arbre.  Sur  plusieurs 
arbres  atteints,  M.  Elot  a  ren- 
contré deux  cochenilles  sou- 
terraines ,  étudiées  par  M . 
Giard,  dont  je  parlerai  plus 
loin.  Dans  d'autres  cas,  il  a 
vu,  sur  des  racines  de  Caféiers, 
vivants  il  est  vrai,  des  tubé- 
rositésqui  pourraient  bien  être 
dues  à  des  anguillules;  mais 
elles  n'ont  pas  été  examinées 
au  microscope  et  leur  origi- 
ne reste  incertaine.  Pourtant, 
ce  qui  pourrait  donner  un 
certain  poids  à  cette  dernière 
hypothèse,  c'est  que  ce  mycé- 
lium brunâtre  cjue  j'ai  observé 

offre  des  caractères  de  ressemblance  avec  celui  qu'a  figuré 
Gœldi  et  qui  accompagne  des  anguillules  (i).  Nous  verrons 
que,  dans  les  maladies  vermiculaires  des  Caféiers  du  Brésil, 
la  destruction  des  racines  est  parachevée  par  une  moisissure 
noire,  ce  mycélium  figuré  par  Gœldi,  qu'on  trouve  abondam- 
ment sur  les  racines  mortes.  Néanmoins,  ici  non  plus,  je  ne 
veux  pas  être  trop  affirmatif,  car  je  n'ai  pas  eu  la  faculté  de 
comparer  les  deux  mycéliums  par  l'examen  au  microscope. 


Fig.  i8. — Mycélium  observé  sur  des 
racines  de  Caféiers  du  Brésil  tués 
par  une  anguillule.  En^,  filament 
plus  jeune  qu'en  B.  (D'après  Gœldi.) 


(i)  Gœldi,  Op.  cit.,  pi.  II,  fig.  Sa,  33,  34- 


—  90  — 

Il  serait  donc  possible  que  des  cochenilles  ou  des  anguil- 
lules  eussent  précédé,  dans  le  cas  qui  nous  occupe,  l'appa- 
rition du  mycélium,  dont  l'action  ne  serait  dès  lors  que  se- 
condaire. Nous  aurons  d'ailleurs  à  revenir  plus  loin  sur  le 
même  sujet. 

Quoi  qu'il  en  soit,  et  comme  l'a  fait  remarquer  M.  Elot(i), 
sur  le  conseil  que  je  lui  en  avais  précédemment  donné,  il 
sera  prudent  de  s'opposer  à  Textension  de  la  maladie,  mal- 
gré l'incertitude  où  l'on  se  trouve  sur  son  origine  réelle. 
Pour  cela,  on  devra  arracher  les  arbres  malades,  extirper 
les  racines  aussi  complètement  que  possible,  les  brûler, 
écobuer  partiellement  le  sol,  dans  le  trou  même  de  l'arra- 
chage. On  évitera  l'humidité  du  sous-sol,  en  établissant, 
toutes  les  fois  qu'il  sera  nécessaire,  des  drainages  ou  des 
fossés  d'assainissement. 

Il  V  a  lieu  d'essayer  aussi  l'action  désinfectante  du  sulfure 
de  carbone,  qui  a  donné  quelques  résultats  avantageux  dans 
le  traitement  d'extinction  du  pourridié  de  la  Vigne  d\i  au 
Dematophora  npcfitri.r[o.].  Le  sulfure  de  carbone  sera  d'ail- 
leurs également  actif  contre  les  cochenilles  souterraines  ou 
les  anguilhiles. 

On  a  encore  préconisé,  mais  plutôt  dans  un  but  insecti- 
cide, un  nouveau  produit,  le  carbure  de  calcium,  fourni 
maintenant  à  bon  marché  par  l'industrie  (3)  et  qui,  au  con- 
tact de  l'eau,  ou  même  simplement  de  l'air  humide,  donne 
le  gaz  acétylène.  Des  expériences  plus  récentes  semblent 
prouver  que  ce  corps  agit  surtout  par  la  petite  quantité  de 
phosphure  de  calcium  qu'il  renferme;  celle-ci,  en  présence 


(i)  Aug.  Ei.oT,  Conférence  siii-  la  culture  du  Caféier,  faite  à  la  Chambre 
d'agriculture  de  Pointe-à-Pitre,  séance  du  i6  juillet  1898. 

(2)  Voir  à  ce  sujet  :  G.  Fokx,  communication  à  la  Société  d'agriculture 
de  l'Hérault,  in  Progrès  agricole  et  yiticole.  17  décembre  1893,  p.  578.  — 
C  J.  DuFOUR,  Essai  contre  le  «  moisi  »  ou  blanc  des  racines,  in  «  Chronique 
agricole  du  canton  de  Yaud,  n"  du  10  février  1898  ».  -  Id.,  n»  du  2 5  février 
i8ç)9.  —  Claude  Brun,/.*»  Pourridié.  in»  Réveil  agricole  de  Marseille,  n»  du 
5  juin  1898   ». 

(3)  Chuard,  Chronique  agricole  du  canton  de  Vaud.  10  mai  1896. 


—  91  — 
de  l'eau,  donne  de  rhydrogène  phosphore,  fortement  toxique, 
qui  s'enflamme  au  contact  de  l'oxygène  de  l'air.  L'emploi  de 
cette  suhstance  n'est  pas  exempt  de  dangers;  son  transport, 
surtout,  exige  des  précautions.  En  tout  cas,  son  principal 
avantage  est  son  bas  prix,  car,  s'il  coûte  moins  cher 
(pie  le  sulfure  de  carbone,  son  aciion  est  inférieure  à  celle 
de  cette  substance.  Il  serait  indispensable,  si  on  voulait  l'es- 
sayer, de  l'enfouir  dans  une  terre  absolument  sèche,  pour  la 
raison  que  nous  avons  donnée  plus  haut. 

Le  traitement  du  pourridié  de  la  Vigne,  tel  que  l'a  formulé 
le  D""  J.  Dufour,  comporte  d'abord  un  traitement  d'extinc- 
tion analogue  à  celui  que  j'ai  proposé  pour  le  Caféier.  On  le 
fait  suivre  de  la  désinfection  du  sol,  à  l'aide  ^du  sulfure  de 
carbone,  que  l'on  emploie  à  la  dose  de  p.oo  grammes  par 
mètre  carré,  soit  y.o  kilogrammes  à  l'are.  Le  sulfure  est  in- 
trodm't  à  l'aide  du  pal,  sur  le  sol  contaminé,  après  l'arra- 
chage et  l'incinération  des  plantes  mortes.  On  aura  pris  soin, 
au  préalable,  d'isoler  la  portion  atteinte  par  un  fossé,  dont 
la  terre  sera  rejetée  vers  l'intérieur,  et  ce  fossé  sera  établi 
à  deux  ou  trois  mètres  au  delà  des  pieds  qui  paraissent  en- 
core tout  à  fait  sains.  Un  tel  traitement  d'extinction  est  à  con- 
seiller toutes  les  fois  qu'il  s'y  rencontre  des  plantes  très  ma- 
lades ou  périclitant  rapidement  et  qu'il  importe,  par  suite, 
de  détruire  au  plus  tôt,  car  ils  ne  peuvent  être  que  des  foyers 
d'infection  pour  les  pieds  voisins.  On  peut  aussi  utiliser  le 
sulfocarbonate  de  potasse  en  solution  dans  l'eau,  au  lieu  de 
sulfure  de  carbone. 

Une  expérience  de  plusieurs  années  déjà  a  démontré  au 
D"  J.  Dufour  que  le  plus  grand  nombre  des  pieds  de  vigne 
replantés  sur  des  sols  pareillement  traités  se  comportent 
normalement,  sans  paraître  souffrir  des  atteintes  du  pour- 
ridié. D'autres  essais  ont  été  tentés  avec  des  doses  faibles 
de  sulfure  de  carbone,  ou  de  sulfocarbonate  de  potasse  en 
solution,  sur  des  ceps  malades  du  pourridié,  mais  encore  vi- 
vants. L'effet  du  traitement,  surtout  dans  les  sols  compacts, 
argileux,  où  le  sulfure  de  carbone  se  diffuse  mal,  n'a  pas  été 


concluant  et  il  n'est  pas  possible  d'affirmer  que  le  pourridié, 
même  peu  développé,  puisse  être  détruit  par  ce  procédé. 

L'action  du  sulfure  de  carbone,  surtout  dans  le  traitement 
d'extinction,  serait  complexe  d'après  des  recherches  ré- 
centes. M.  Oberlin  (i)  admet  que  ce  corps,  en  dehors  de  son 
action  destructive  sur  les  organismes  vivants  du  sol,  ani- 
maux ou  végétaux,  possède  encore  une  véritable  action  sti- 
mulante sur  la  végétation.  Cette  propriété,  particulière  au 
sulfure  de  carbone,  qui  permettrait  de  cultiver,  plusieurs 
fois  de  suite  et  sans  interruption  une  même  plante  sur  un 
sol  donné,  serait,  comme  le  dit  l'auteur,  «  de  nature  à  nous 
conduire  sur  une  voie  nouvelle,  «  en  ce  qui  concerne  la 
question  des  assolements  dans  les  cultures  ».  Elle  serait 
particulièrement  avantageuse  pour  les  planteurs  de  Caféiers, 
toutes  les  fois  qu'il  faudrait  remplacer  des  arbres. 

L'action  bienfaisante  du  sulfure  de  carbone  sur  la  culture 
est  interprétée  d'une  façon  assez  simple  par  M.  Gastine  ;  il 
croit  devoir  l'attribuer  aux  nombreux  organismes  du  sol 
qui,  tués  par  cette  substance,  constituent  pour  les  plantes 
un  engrais  azoté,  précieux  en  ce  sens  qu'il  se  trouve 
au  contact  même  des  radicelles.  D'un  autre  côté,  il  y  a  lieu 
de  tenir  compte  des  expériences  de  M.  Perraud  (2)  qui 
paraissent  démontrer  que  le  sulfure  de  carbone  entrave  le 
travail  de  nitrification  dans  le  sol. 

En  résumé,  tous  ces  faits,  qui  ne  sont  pas  encore 
suffisamment  établis,  nécessitent  de  nouvelles  recherches, 
plus  minutieuses  et  plus  complètes.  Néanmoins,  ces  don- 
nées, spéciales  au  pourridié  de  la  Vigne,  sont  applicables, 
telles  qu'elles  sont,  au  pourridié  du  Caféier.  11  serait  ce- 
pendant nécessaire,  par  quelques  expériences  préalables, 
de  préciser  exactement  les  quantités  de  sulfure  de  carbone 
à  employer,  et  surtout  pour  une  région  donnée,  la  période 
de  l'année  où    il  sera  le  plus  avantageux  de  le  faire.  A  ce 

(i)  Ch.  Oberlin.   Effets    du  sulfure    de  carbone  sur   les  sols  épuisés    ou 
fatigués  par  la  culture.  Journal  d'agriculture  pratique,  1896,  p.  4^9  et  499- 
(2)  J.  Pkrraud,  Annales  de  la  Science  agronomique.   1896,  p.  299. 


-  93  — 

sujet,  précisément,  des  expériences  tentées  à  Java  par 
M.  Koningsberger  sur  le  conseil  de  M.  Ritzema  Bos  (i) 
pour  la  destruction  de  larves  terricoles  nuisibles  n'ont 
donné  aucun  résultat,  et  cet  échec  a  été  attribué  à  la  haute 
température  du  sol,  d'où  le  sulfure  de  carbone  s'évapore 
avant  d'avoir  produit  aucun  effet  utile.  Peut-être  dans  ces 
conditions  le  sulfocarbonate  de  potasse  enfoui  dans  le  sol 
un  peu  avant  la  saison  des  pluies  serait-il  plus  actif? 

Le  «  pourridié  »  dont  je  viens  de  parler  n'est  peut-être 
pas  difterent  de  la  maladie  dont  parlent  Guérin-Méneville 
et  Perrottet  (:>),  maladie  que  l'un  d'eux  a  observée  aux  An- 
tilles et  qui  existait  peut-être  aussi  à  l'époque  (vers  i84o) 
à  la  Réunion  dans  le  cirque  de  Salazie.  Elle  «  atteint,  écri- 
«  vent  ces  auteurs,  les  Caféiers  dans  quelques  localités  et 
«  cause  leur  mort  au  moment  où  on  s'y  attend  le  moins, 
«  Cette  maladie,  qui  se  développe  dans  la  terre,  empoisonne, 
«  disent  les  habitants,  tous  les  Caféiers  qu'elle  atteint.  Elle 
«  est  due  à  un  très  petit  champignon  qui  se  propage  dans 
«  un  espace  de  temps  très  court,  surtout  quand  ce  sol  est 
«  riche  en  détritus  de  végétaux  de  facile  décomposition. 
«  Ces  détritus  favorisent  la  multiplication  des  champignons, 
«  en  entretenant  une  humidité  constante  au  pied  de  l'arbre 
«  et  en  empêchant  le  renouvellement  de  l'air  dans  cette 
«  partie.  »  Ces  auteurs  ne  fournissent  pas  d'autres  rensei- 
gnements sur  la  maladie  ;  ils  préconisent  un  traitement 
assez  analogue  à  celui  dont  j'ai  parlé  :  arrachage  et  inciné- 
ration des  pieds  malades,  avec  écobuage  du  sol  envahi. 

Maladie  du  collet.  —  On  désigne  sous  ce  nom,  à  la 
Réunion  (3),  une  maladie  du  Caféier,   qui  y  semble  d'ail- 


(i)  J.  RiTZEiMA    Bos,    Zeitschrift     fur   Pflanzeiikratikheiten,    VIII,   1898, 
p.  119. 

(2)  Guérix-MÉxNeville  et  Perrottet,  Mémoire  sur  un  insecte  et  un  cham- 
pignon qui  ras'Ugent  les  Caféiers  aux  Antilles.  Paris,  1842,  p.  23. 

(3)  J.  Delalande,  Observations  sur  les  maladies  des  Caféiers  à  la  Réu- 
nion. Rennes,  i883. 


—  94  — 

leurs  peu  répandue.  Je  ne  la  connais  pas;  je  cite  l'auteur  : 
«  Cette  maladie  n'a  été  remarquée  jus((u  à  présent  qu'à 
«  Saint-Benoît  et  à  Saint-Pierre.  Elle  semble  n'attaquer  que 
«  les  Caféiers  du  pays,  mais  surtoulles  jeunes  sujets.  Quand 
«  ils  paraissent  vigoureux,  sur  le  point  de  produire,  ils  se 
«  mettent  à  pousser  d'une  l'acon  tout  à  lait  anormale  pen- 
ce dant  quelques  semaines  ou  quelques  mois,  puis  périssent. 
«  Si  on  examine  attentivement  un  des  pieds  morts,  on  aper- 
u  coit  une  sorte  d'hypertrophie  de  la  couche  subéreuse 
«  autour  du  collet,  quelquefois  au-dessous.  11  sendjle  que 
«  les  racines  ont  péri  longtemps  avant  la  tige.  » 

L'auteur  incrimine,  avec  doute  d'ailleurs,  la  cause  invo- 
quée par  Guérin-Méneville  et  Perrottet,  et  il  propose  le 
greffage  des  Caféiers  du  pays  sur  d'autres  variétés  qui  n'ont 
pas  paru  atteintes  jusqu'alors. 

Nous  verrons  plus  loin  que  le  «  })ourridié  »  elles  mala- 
dies que  j'en  rapproche  ont  été  attribuées  par  M.  Thierry  à 
une  cause  toute  différente  du  parasitisme  d'un  champignon. 

Canker.  —  Cette  maladie,  appelée  en  anglais  cdiiker 
(chancre)  ou  hai'k  disease  (maladie  de  l'écorce),  a  été  décrite 
par  Saner.  D'aj)rès  le  Gardiier's  ('Iifonicle  [i,  a)  on  trouve- 
rait sur  les  (Caféiers  atteints  les  racines  couvertes  d'un  my- 
célium blanc  épais,  A  la  base  du  Ironc,  l'écorce  se  ratatine 
et  meurt.  En  môme  temps  les  pousses  se  dessèchent  ; 
les  feuilles  prennent  des  taches  d'un  noir  livide,  pids 
elles  brunissent  conq)lètenient,  en  se  roulant,  comme  si 
le  soleil  les  eût  grillées.  La  plante  péril  au  jjout  de  peu  de 
temps. 

Le  D'"  Talmy,  reju'oduisant  à  peu  près  aussi  le  (jctrdiiei's 
Chronicle  (i,  h),  écrit  sur  ce  même  sujet  (;>)  : 

(i)  Gardner's  Chronicle  :  a,  1874,  p-  4i4-  —  /■*,  '877,  p.  il\o-i/\-i. 

(i)  D'  ÏALMY,  médecin  de  la  marine,  Notes  sur  les  maladies  qui  attaquent 
les  Caféiers  en  divers  pays.  Tirage  à  part,  Paris,  1878,  reproduit  dans  les 
Publications  de  la  Société  des  études  indo-chinoises.  Essais  agricoles  et 
industriels  faits  en  Cochinchine  depuis  la  fondation  de  cette  colonie  jus- 
qu'en 1897.  T.  I,  Imp.  Rcy,  1897. 


—  95  — 

«  Le  premier  synij)tôiiie  de  la  maladie  est  une  flétrissure 
«  des  petites  branches  tertiaires  ou  secondaires;  par  un 
«  examen  plus  approfondi,  on  trouve  cpie  le  dessous  de  Té- 
«  corce  des  branches  primaires  est  délabré  et  otïre  une 
«  moisissure  bleuâtre.  Cette  moisissure  s'étend  graduelle- 
ce  ment  par  en  bas  à  toute  la  tige  et  tue  l'arbre  en  peu  de 
«  mois.  Un  arbre  une  fois  attaqué  ne  peut  plus  se  rétablir. 

«  Tous  les  sols  et  toutes  les  expositions  paraissent  indif- 
«  férents  à  cette  maladie.  Les  arbres  commencent  à  souffrir 
«  dès  l'âge  de  six  ans.  L'espace  de  terrain  planté  en  Caféiers 
M  (à  Natal)  est  déjà  beaucoup  réduit,  les  récoltes  ayant  été 
«  peu  rémunératrices.  » 

Elle  serait  assez  répandue  à  Natal  et  existerait  également 
à  la  Jamaïque,  quoique  moins  fréquemment.  On  a  attribué 
la  maladie  à  un  champignon,  mais  cette  origine  est  incer- 
taine et  la  maladie  n'a  pas  été  suffisamment  étudiée. 

11  faut  ajouter  qu'à  la  Jamaïque  la  maladie  n'aurait  guère 
été  observée  que  dans  des  terres  peu  profondes,  à  sous-sol 
non  pénétrable  par  les  racines  du  Caféier,  condition  désa- 
vantageuse pour  cet  arbre,  qui  demande  surtout  des  sols 
profonds  et  meubles.  Peut-être  la  condition  première  d'ap- 
parition, sinon  la  cause  unique  de  la  maladie,  serait-elle  sim- 
})lement,  dans  ce  cas,  la  dépression  qui  atteint  l'arbre. 

Maladie  de  Java.  -  (^ette  maladie  du  Caféier,  qui  est  connue 
à  Java  sous  le  nom  de  djamour  oupas  (i)  (champignon  véné- 
neux, en  javanais),  est  signalée  depuis  assez  longtemps  déjà. 
M.  Raedt  van  Oldenbarneveldt  (2)  la  signale  comme  très  dan- 
gereuse pour  la  plante.  Des  récoltes  en  fort  bel  état  et  pro- 
mettant beaucoup  se  trouvent  presque  détruites  en  très 
peu  de  temps,  car  la  maladie  se  montre  lorsque  le  Caféier 
est  couvert  de  fruits,  pendant  les  périodes  humides  prolon- 
gées ou  à  la  suite  de  pluies  nocturnes  abondantes.  L'action 
nocive  du  mal  serait  moins  grave  dans  les  plantations  tenues 

(i)  Ce  terme  est  orthographié  selon  sa  prouonciatiou  réelle.  Il  s'écrit,  en 
hollandais,  djainoer  uepas. 

{■>.)  Raedt  van  OLoiiNBAUNiiVELT,  Op.  cit. 


—  96  — 
en  bon  état,  où  les  arbres  à  ombrage  sont  disposés  d'une 
façon  rationnelle,  c'est-à-dire  de  manière  que  la  lumière 
solaire  n'arrive  au  Caféier  que  dans  les  proportions  voulues. 
On  doit  s'eflbrcer,  dès  qu'on  voit  les  premières  traces  de 
maladie,  d'enlever  et  brûler  les  parties  atteintes,  ainsi  que  la 
région  attenante  de  la  tige  encore  saine. 

C'est,  peut-être,  la  même  maladie  que  le  D""  A.  Zinimer- 
mann  a  étudiée  à  Java  sur  le  Caféier  de  Libéria  et  qu'il 
identifie  au  canker.  Il  a  fait  i)art  des  premiers  résultats  de 
ses  observations  sur  ce  sujet,  au  Congrès  pour  le  Caféier 
tenu  en  1898  à  Malang  (Java)  (i).  Sur  les  arbres  attaqués 
les  feuilles  perdent  leur  turgescence,  s'affaissent  vers  le 
sol  et  palissent.  '  L'écorce  est  lésée,  et  en  l'enlevant,  on 
voit  qu'elle  a  pris  une  teinte  brun  foncé  qui  pénètre 
jusque  dans  le  bois.  Sur  les  taches  de  l'écorce,  on 
constate  la  présence  d'un  champignon  que  l'auteur  ne 
spécifie  pas  malheureusement,  mais  qu'il  croit  néanmoins 
être  la  cause  de  la  maladie.  Les  traitements  à  opposer 
au  canker  n'ont  pas  encore  reçu,  d'après  le  D''  A.  Zimmer- 
mann,  une  sanction  suffisante  de  la  pratique.  Ils  consistent 
à  récéper  les  arbres  attaqués  au  ras  du  tronc.  Dans  ces  con- 
ditions, si  le  parasite  n'a  pas  encore  gagné  le  collet  et  qu'on 
puisse  éviter  une  contamination  ultérieure,  les  rejets 
poussent  sains.  On  a  proposé  aussi  de  traiter  les  arbres 
malades  avec  une  substance  anticryptogamique;  mais  ce 
procédé  ne  saurait,  dans  le  cas  actuel,  avoir  d'efficacité  que 
si  on  a  pris  soin  d'enlever  au  préalable  toute  la  partie  malade 
de  la  tige,  jusques  et  y  compris  un  peu  de  tissu  sain.  On 
devra  ensuite  badigeonner  la  plaie  vive  avec  une  solution 
saturée  de  sulfate  de  fer  ou  encore  une  solution  d'acide 
sulfurique  à  66°  Baume,  à  une  partie  pour  10  parties  d'eau. 
Sitôt  que  la  surface  traitée  sera  bien  sèche,  on  l'enduira  de 
goudron    de  houille  ou  d'un  mastic  adhérent  quelconque, 

(i)  De  Indische  Mercuur,  n°  48,    '^6  novembre    1898    (Coniplc   rendu    du 
Congrès  de  Malang  à  Java). 


—  97  - 
pour  empêcher   rintroduetion    de   nouveaux    germes   nui- 
sibles. 

Maladie  des  branchettes  de  Caféier.  —  Cette  maladie  du 
CaIVîier  a  été  ol^servée  par  M.  11.  N.  Hidley  (i)  dans  l'État  de 
Selangor  (Péninsule  malaise),  et  elle  y  commet  certains 
dégâts.  Elle  apparaît  sur  les  rameaux  jaunes;  Técorce 
envahie  se  déchire,  et,  la  lésion  progressant  vers  la  base, 
la  branche  ne  tarde  pas  à  mourir.  Le  parasite,  selon 
M.  Massée  (?.),  serait  une  l'orme  imparfaite  d'un  champignon, 
un  ascomycète  sans  doute,  constituant  un  genre  et  une 
espèce  nouveaux,  Necator  decretus^  du  groupe  des  Tubercu- 
lariées.  Le  parasite  se  présente  à  la  surface  sous  forme  de 
petites  masses  qui  prenne]! t  naissance  eous  l'écorce  et 
arrivent  à  l'extérieur  en  déchirant  celle-ci,  à  mesure  qu'ils 
augmentent  de  volume.  Ils  constituent  de  fins  coussinets 
d'un  diamètre  de  i  mill.  et  demi  environ,  d'abord  blanchâtres 
et  secs,  puis  rouge  orangé  et  un  peu  gélatineux;  leur  forme 
est  celle  de  disques  ou  d'écussons  un  peu  convexes,  circu- 
laires ou  un  peu  oblongs,  assez  rapprochés  les  uns  des  autres. 

L'examen  au  microscope  montre  à  leur  surface  un 
amas  de  petites  spores  (conidies)  agglutinées,  à  membrane 
transparente,  à  contenu  rouge  orangé,  oblongues  ou  ellip- 
soïdes, d'une  dimension  de  i4  à  i8  \h  de  long  sur  7  ou  8  [x 
de  large,  sans  cloison. 

Le  support  (stroma)  est  formé  de  lins  filaments  anasto- 
mosés, ce  qui  lui  donne  l'apparence  d'un  amas  cellulaire, 
d'un  parenchyme;  les  cellules  superficielles  donnent  nais- 
sance aux  conidies  agencées  en  chapelet  et  de  telle  manière 
que,  se  produisant  par  des  divisions  successives  de  cette 
cellule,  c'est  toujours  la  conidie  du  sommet  qui  est  la  plus 
âgée.  Les  conidies  adultes  se  détachent,    tombent  sur  le 

(i)  RiDLEY,  H.  N.,  Coffee  diseuses,  in  «  Agricultural  Bulletin  of  Malayan 
Peninsula  »,  1897,  n"  7,  p.  ii\'o. 

(2)  G.  Massek,  Aeii'  Bulletin,  1898,  p.  119.  —  Id.,  A  Text-hook  of  plant' 
diseuses,  p.  827  et  442- 

7 


slioma  et  s\  agglutinenl  en  une  Jiiasse  qui  transmet  sa  cou- 
leur rouge  i\  la  surface  du  stronia,  lequel  est  incolore.  Pour 
arrêter  le  développement  de  la  maladie,  on  supprime  la 
partie  envahie  des  rameaux,  en  taillant  dans  le  tissu  encore 
sain.  Il  sera  bon  de  protéger  la  plaie  comme  il  vient  d'être 
conseillé  j)our  le  cas  précédent. 


Maladie  du  pied.  —  Dans  la  même  l'égion,  péninsule  ma- 
laise, M.  Ridlev  (il  a  rencontré  une  autre  maladie  du  Caféier 
due  probablejnent  aussi  à  un  cham|)ignon   qui  envahit  la 
base  du  tronc   et  les  grosses  racines, 
amenant   rapidement  la  mort  de  l'ar- 
])re.    Aux    endroits  infectés,  l'écorce 
s'épaissit    fortement,    blanchit    et    se 
déchire  en  s'écaillant.  Le  mal  ne  sem- 
ble guère  s'étendre.    L'auteur  n'a  vu 
de  champignon    en   fructification   que 
sur  un  seul  arbre.  Il  a  rapporté   Fes- 
j)èce  à  un  Basidiomycète,  Irpex  flavus 
ï'g'-  '9    —  Jif^  flavus     (i'  >,    (^p  champio-non,  d'un  certain 

Klotzsch,      d'après      m.  '    »        ^'  \    ^  ' 

échantillon  do   l'herbier  VolumC,    CSt    décrit    dcpuis     longtemps 

du     Muséum     d'histoire  x^i     .  i      /    \        m  , 

uaturelle     [sub     nomine  P^r  KlotZSch   (^)  ;     il    UlOntrC   Un    rCCCp- 

Poiyporus    f.).    récolté     tacle  appliqué  sur  le    support,    étalé, 

par  Gaudichaud  à  Tou-  . 

vane.  spongicux,  de   consistance  molle,   co- 

loré en  jaune,  avec  une  marge  courte- 
ment  réfléchie  et  tomenteuse.  L'hyménium,  c'est-à-dire  la 
surface  fructifère  qui  couvre  le  réceptacle,  est  formé  de 
dents  comprimées,  agglomérées  par  leur  base  en  un  ré- 
seau :  ce  qui  fait  que  cette  espèce  a  été  classée  par  Jung- 
hung  dans  le  genre  Polyporus.  Ce  champignon  a  été 
signalé  sur  les  chaumes  de  bambous,  sur  des  troncs  d'ar- 
bres  indéterminés,    à  Java,  à  Ceylan,    en  Australie,  dans 


(i)  RiDLEY,  H.  N.,  Op.  cit.,  p.  147. 

(2)   Klotzsch,  Fungi   exotici  e  coltectiuiiihiis  Btitannorum,   in  Linnxa, 
^m,  p.  452,  Halle. 


—  99  — 
rAïuériqiie  du  Nord  ;  on  ne  l'avait  pas  jusqu'ici  observé 
sur  Caféier,  Je  ne  puis  lien  allirmer  au  sujet  du  parasi- 
tisme de  l'espèce  en  (juestion,  n'ayant  pas  eu  en  mains 
d'échantillon;  j'avouerai  pourtant  que  je  ne  suis  pas  cer- 
tain que  VIrpex  flaviis  soit  la  cause  de  cette  maladie,  ni 
même  (]ue  la  détermination  (\\\  cliaiiipignon   soit  certaine. 

Maladie  du  collet  du  Libéria.  —M.  Ritzema  Bos  rapporte  (i) 
le  cas  de  très  jeunes  pieds  de  Caféiers  de  Libéria  cultivés  à 
Java,  dont  l'écorce  semble  avoir  été  rongée  au  niveau  de  la 
surface  du  sol  et  y  présente  une  coloration  noire.  Les  entre- 
nœuds supérieurs  brunissent  un  peu  et  restent  plus  courts, 
leur  accroissement  s'arrête  et  les  feuilles  se  détachent.  La 
maladie  débuterait  au  collet  de  la  racine,  s'étendant  de 
proche  en  proche  sur  le  pied  atteint.  Aussi,  les  indigènes  de 
Java  qui  ont  observé  ces  faits  ont-ils  appelé  cette  maladie 
«  kadas  »,  terme  qui  aurait  le  sens  d'  a  affection  dartre  use  ». 

La  maladie  a  été  attribuée  par  M.  Oudemans  à  un  cham- 
pignon Pyrénomycète  du  groupe  des  Dothidéacées,  non 
encore  décrit  et  qu'il  a  appelé  Euryachora  liberica  (2). 

Le  parasite  prend  naissance  sous  l'écorce  et  il  est  appli- 
qué sur  le  bois.  Dans  les  parties  inférieures  de  la  jeune  tige 
où  il  se  développe  dès  le  début,  le  champignon  ne  tarde 
pas  à  apparaître  au  dehors  sous  forme  d'une  masse  noire, 
étalée,  aplatie,  qui  constitue  un  stroma  ;  c'est  l'accroissement 
de  cet  organe,  en  long  et  en  large,  qui  fait  fendiller  l'écorce 
en  de  nombreux  lambeaux  très  menus  qui  se  détachent, 
s'éliminent  peu  à  peu  et  mettent  à  nu  la  masse  stromatique. 
Sur  les  entrenœuds  supérieurs,  l'écorce  est  restée  intacte; 
elle  est  seulement  brunie  par  la  présence  du  stroma  qui  se 
voit  par  transparence  au  travers  des  tissus  jeunes. 

(i)  J.  Ritzema  Bos,  Onderzoek  ovev  eenigc  zdekten  in  stekkeii  vaakoffie 
en  dadap,  in  Bulletin  san  het  koloniaal  Muséum  le  Haavlein,  juillet  1897, 
p.  33. 

(2)  C.  A.  J.  A.  Oudemans,  Note  sur  quelques  rlnanpignons  nouveaux,  in 
Verslagen  dev  koninglijke  Akademie  \-on  Wefenschappen  te  Anisierdam, 
1897,  p.  23 1,  avec  une  fig. 


100 


La  surface  du  stroma  est  rugueuse  dans  le  bas,  plus  fine- 
ment granuleuse  vers  le  haut,  et  les  aspérités  qui  s'y 
observent  sont  l'orifice  de  petites  cavités,  de  cavernes  qui 
apparaissent  comme  des  points  blancs  dans  la  substance 
noire  du  stroma,  quand  on  enlève  la  surface  par  une  coupe 
tangentielle.  Au  microscope,  ces  compartiments,  disposés 
sans  ordre  bien  net,  contiennent  les  uns  des  spores  isolées, 
les  autres  des  asques  portant  chacun  huit  spores.  M.  Oude- 
mans  considère  les  premiers  comme  une  forme  imparfaite 
(pycnide  se  rapportant  au  genre  Haplosporella);  les  spores 
qui  s'y  trouvent  (stylospores)  sont  fusifor- 
mes,  hyalines,  unicellulaires,  aiguës  aux 
deux  extrémités,  remplies  d'un  contenu 
protoplasmique  finement  granuleux,  d'une 
dimension  de  i6  jj,  sur  f)  [x.  Les  autres  com- 
partiments renferment  des  asques  élargis 
vers  le  haut  où  la  membrane  s'épaissit 
(fig.  y.o).  Ces  asques  sont  munis  à  cet  en- 
droit d'un  gros  pore  fermé;  les  spores  y  sont 
disposées  sur  deux  rangs,  hyalines,  uni- 
cellulaires,  aiguës  aux  deux  extrémités, 
d'une  dimension  de  i4  i^.  sur  (i  ;;,;  les  para- 
physes  sont  absentes. 

Le  début  de  la  maladie  au  collet  semble 
bien  prouver  que  ce  sont  les  spores  mélan- 
gées à  la  terre  qui,  dès  qu'elles  germent,  attaquent  les  jeu- 
nes pieds  de  Libéria. 

Par  suite,  on  devra  conseiller  l'arrachement  des  pieds 
malades  et  leur  incinération,  et  cela  autant  que  possible 
avant  que  le  stroma  n'ait  donné  naissance  aux  spores.  Il 
sera  prudent  de  s'abstenir  de  replanter  pendant  un  certain 
temps  des  Caféiers  de  Libéria  à  l'endroit  où  d'autres  se 
sont  montrés  atteints. 


—  Earya- 
liberica 

—  A,  un  as- 
quc  et  ses  huit 
spores,  Sp; P,  le 
pore  de  l'asque  ; 
E,  l'épaississc- 
rnent  ;  li,  spores 
plus  grossies. 


Maladie  de  Cochinchine.  —  On  s'est  plaint  dernièrement, 


—  101  — 
en  Cochinchine  (ij,  d'une  maladie  qui  pourrait  bien  être 
analogue  à  Tune  des  précédentes.  Elle  attaque  le  Caféier 
de  Libéria  dans  les  terres  basses  et  argileuses,  et  se  mani- 
feste par  une  coloration  noire  du  tronc  et  une  rétraction  de 
l'écorce.  Celle-ci  se  couvre  ensuite  de  points  blancs  qu'on 
a  considérés  comme  des  champignons.  Les  branches  supé- 
rieures sont  attaquées  à  leur  tour  et  toute  la  tige  se  des- 
sèche. En  dernier  lieu,  le  mal  gagne  vers  la  partie  infé- 
rieure. La  maladie  n'est  pas  générale  et  n'apparaît  que 
pendant  la  saison  des  pluies.  On  l'atténuerait  en  pratiquant 
au  sol  des  drainages.  La  cause  de  cette  maladie  est,  en 
somme,  fort  incertaine. 

En  dehors  de  ces  maladies  signalées  par  les  planteurs, 
des  botanistes  ont  décrit  un  certain  nombre  de  petites 
espèces  de  cliampignons  végétant  sur  des  Caféiers  mou- 
rants. Parmi  celles-ci,  il  en  est  vraisemblablement  qui  sont 
parasites;  malheureusement,  si  nous  possédons  de  ces 
champignons  des  descriptions  exactes,  nous  n'avons  pas 
de  renseignements  précis  sur  la  nature  et  l'importance  du 
dégât  produit. 

Je  ne  crois  devoir  m'arréter  quelques  instants  qu'aux 
trois  espèces  qui  suivent. 

Caryospora  Coff'cœ  Pat.  —  Ce  champignon,  de  la  famille 
des  Pyrénomycètes,  décrit  par  M.  Patouillard  {2),  a  été 
observé  au  Venezuela  par  M.  Gaillard  sur  des  branches 
mourantes  de  Caféier.  Les  fructifications  sont  constituées 
par  des  périthèces  noirs,  arrondis,  punctiformes,  de  1/2  à 
I  millimètre  de  diamètre,  munis  d'un  pore  à  leur  sommet. 
A  l'intérieur  de  la  cavité  sont  des  asques  de  rioo  à  aSo  ]}.  de 
longueur,  sur  4j  à  60  \j.  de  largeur,  entourés  de  paraphyses 
grêles,  diflluentes.  Les  spores,  au  nombre  de  8  par  asque, 

(i)  Bulletin  ('■(■oiioniif/ue  de  Vlndo-Chiiie.  w"  5,  i^'"  novembre  i8g8, 
page  17G. 

{■1)  N.  l'.vToi  ii.i.vRD  cl  A.  (iAii.i.ARD,  Ckaiiijjigiioiis  de  Venezuela  et  du 
Haut-Or<'iio(/iio  I Bulletin  de  la  Société  mycologique  de  France,  IV,  1888, 
p.  ii3). 


—  102  — 
sont   brunes   à   la   maturité,  munies  de   5  cloisons,  d'une 
dimension  de  80  [x  sur  .>.o  [/,  terminées  à  leurs  deux  extré- 
mités par  une  pointe  mousse,  hyaline,  à  base  élargie. 

J'ai  reçu  les  deux  espèces  suivantes  de  la  Réunion  (i). 
Elles  végétaient  sur  des  rameaux  de  Caféiers  se  desséchant 
sans  cause  apparente.  Pour  toutes  deux,  les  conceptacles 
prennent  naissance  dans  l'écorce,et  le  mycélium,  peu  abon- 
dant d'ailleurs,  ne  dépasse  pas  le  liber.  Je  n'ai  pas  d'autres 
renseignements  à  fournir  sur  ces  deux  espèces,  sinon  que 
les  feuilles  des  Caféiers  d'où  provenaient  les  branches  en 
(juestion  souffraient  des  atteintes  de  Y Hemileia  vastatrix. 

Phoma Coffeœ  G.  Delx.  —  Les  conceptacles  noirs  de  cette 
espèce  sont  peu  nombreux,  arrondis,  de  i65  [}.  de  dia- 
mètre environ  et  munis  d'un  pore.  L'intérieur  de  la  cavité 
porte  des  spores  hyalines,  fusoïdes,  droites,  de  16  à  18  jj. 
de  long  sur  •>.  [j.  i/:>.  à  3  [j.  de  large,  placées  au  sommet  de 
courts  pédoncules,  également  hyalins,  tie  5  [x  sur  i  [j.  1/3. 
Le  mycélium,  brun  dans  le  voisinage  du  conceptacle,  se 
décolore  à  mesure  qu'il  devient  plus  grêle  en  s'enfonçant 
entre  les  cellules  du  périderme  cortical. 

A 


Fi  g. 


Ceiifhospoia  coffcicola  G.  Dclx. —  L,  les  logos  sporifères  ;  en  JJ,  spoiu 
isolées  (stylospores). 


Ceuthospora  coffeicola   G.    Delx.    —    Les   fructifications 
(fig.  ai)  sont  constituées    par    de  petites   masses   brunes, 

(i)   G.    Delacroix,   Quelques   espèces  nouvelles    (Bullclin    de   la   Société 
mycologique  do  France,  Xlf,   1897,  p.  122  et  i23). 


—  103  — 
munies  à  leur  soiiuiiet  d'un  col  qui  perfore  lépiderme 
desséché  sous  lequel  elles  sont  placées  dans  l'épaisseur 
du  liège.  Ces  masses,  brunes,  n'atteignent  qu'une  fraction 
de  millimètre  dans  leur  plus  grand  diamètre;  elles  sont 
obtusément  coniques  et  creusées  à  l'intérieur  de  compar- 
timents inégaux,  irréguliers.  Sur  les  surfaces  internes 
s'insèrent  de  petites  spores,  paraissant  sessiles,  qui  sont 
très  nombreuses,  hyalines,  ovoides-oblongues,  d'une  di- 
mension de  5  II  sur  i,5  [x. 

Ces  deux  espèces  sont  des  formes  incomplètes  de  cham- 
pignons Ascomycètes,  dont  la  forme  à  asques  m'est  in- 
connue. 


MALADIE  PRODUITE    PAR   UNE  ALGUE 

GEPHALEUROS  VIRESCENS 

Le  Caféier  de  Libéria  peut  être  attaqué  par  une  algue 
verte  que  je  rapporte  au  Cephaleuros  virescens  Kunze  (i),  et 
c'est  M.  Marshall  Ward  qui  l'a  signalée  le  premier  sur 
cette  plante,  dans  l'Inde  (2).  Cette  algue,  qui  appartient  à  la 
famille  des  Chroolépidées  du  groupe  des  Confervacées, 
n'est  d'ailleurs  pas  spéciale  au  Caféier  de  Libéria;  on  la 
trouve  sur  des  plantes  fort  diverses,  toutes  à  feuilles  lisses 
et  coriaces,  camélias,  crotons,  citronniers,  arbre  à  thé,  etc. 
Sur  cette  dernière  plante,  il  constitue  un  parasite  dange- 
reux quand  il  passe  des  feuilles  sur  les 
rameaux  (3).  (]omme  beaucoup  d'autres 
/  Chroolépidées  {Treutepolilia  flava,  par 
exemple),  elle  a  une  aire  de  dispersion 
\/^    "■  fort   étendue   et   se   rencontre   fréquem- 

* ''  '  ment  dans  les  régions  chaudes  des  deux 

-  Un  écus-     mondes, 
scn  de  Cephaleuros         j'^j    recu,  de  la  Réunion  d'abord,  des 

çirescens  Kunzc,  sur 

la  face  supérieure  feuilles  attaquées  par  cette  algue  ;  de- 
«rr  'df'lnLt:  P>.is,  m.  Émlle  Laurent  m'en  a  fait  par- 
(Grossi  deux  fois  et     venir   de   beaux   échantillons   provenant 

du  Congo  belge. 
Le  Cephaleuros  virescens  apparaît  sur  la  feuille  de  Caféier 
de  Libéria  comme  de  petites  plaques  minces,  parfaitement 


(i)  CeUe  détermination  a  été  corroborée  par  lexamen  qu'a  bien  voulu 
faire  de  mes  préparations  M.  Bornet,  membre  de  l'Institut,  dont  l'opinion 
fait  autorité  en  matière  d'algologie. 

(2)  Marshall  Ward,  Structure, development  and  life  history  ofa  tropical 
epiphyllous  Lichen,  in  «  Transactions  of  the  Liunean  Society,  »  i88/i, 
série  II,  vol.  II,  p.  87  avec  pi. 

(3)  George  Watt,  The  Pests  and  Blights  ofthe  tea-plant, Calcutta,  i8y8, 
p.  443-459. 


—  lOo  — 
adhérentes,  nombreuses,  irrégulièremenl    arrondies,   d'un 
gris  olivâtre  plus  ou  moins  foncé  et  qui  à  Tœil  nu  semblent 
comme  pulvérulentes.  C'est  à  peu  près    exclusivement   la 
face  supérieure  de  la  feuille  qui  les  porte. 

Sous  la  loupe,  le  bord  libre  de  la  plaque  se  montre  fine- 
ment lobé  ou  fimbrié,  et  la  pulvérulence  qui  couvre  la  sur- 
face se  résout  en  une  infinité  de  petits  poils  dressés  {{\g.:i:i). 

La  partie  envahie  de  la  feuille  est  parfois  légèrement 
épaissie  et  un  peu  proéminente;  c'est  quand  l'attaque  de 
l'algue  est  peu  intense  qu'on  observe  ce  fait  et,  dans  ce 
cas,  sur  la  face  inférieure  de  la  feuille^  dans  la  région  de  la 
plaque,  la  couleur  verte  naturelle  persiste  sans  se  modi- 
fier. Ailleurs,  au  contraire,  à  l'endroit  de  cette  plaque,  la 
feuille  diminue  d'épaisseur,  et 
sur  la  face  inférieure  on  ob- 
serve une  coloration  rouge- 
brunàtre,  tandis  (jue  le  bord 
de  la  plaque  est  limité  par  une 
marge  étroite,  faiblement  bom- 
bée, appartenant  au  tissu  de  la 
feuille. 

L'analyse  microscopique 
montre  que  le  thalle  de  l'algue, 
la  portion  végétative,  est  con- 
stitué par  des  filaments  agen- 
cés en  un  faux  parenchyme 
par  leur  accolement  (fig.  23). 
Le  thalle  s'étend  ainsi  sous  la 
cuticule  et  la  sépare  de  l'épi- 
derme  supérieur  sur  toute 
l'étendue  de  la  lâche.  Dans  les 
cellules  de  l'algue,  les  plas- 
tides  chlorophylliens,  verts  normalement,  prennent  pour 
le  plus  grand  nombre  une  coloration  rouge  qui  leur  est 
communiquée  par  une  matière  oléagineuse. 

Sur  un  grand  nombre  d'espèces  végétales  attaquées  par 


Fig.  ■>.). —  Cejjhaleuros  t'irescetis. — 
r*oi'tioii  d'une  coupe  transversale 
dans  un  écusson  :  Cut.s.,  cutioulc 
de  la  face  supérieure  de  la  feuille  ; 
Ep.  s.,  l'épiderine  supérieur; 
Pa.  p^,  Pa.  p.),  les  deux  couches 
de  cellules  en  palissade  ;  T'A.  s-c, 
thalle  sous-cuticulaire;  Fi,  fila- 
ments du  thalle  ayant  fait  irrup- 
tion au  travers  de  l'épiderme  et 
tuant  les  cellules  en  palissade. 


—  106  — 
le  CepIiaLeuros  vlrescens,  cette  algue  ne  dépasse   guère  la 
cuticule  dans  le  tissu  de  la  feuille  et  le  dommage  causé  est 
nul.  Il  n'en  est  pas  généralement  ainsi  pour  le  Caféier  de 
Libéria  et  pour  l'arbre  à  thé,  en  particulier. 

Sur  le  (Caféier  de  Libéria,  on  peut  voir  les  filaments  de 
l'algue,  constitués  en  des  sortes  de 
rhizoïdes,  s'insinuer  entre  les  cellules 
épidermiques,  pour  faire  irruption 
entre  les  éléments  de  la  première  ou 
même  des  deux  couches  du  paren- 
chyme en  palissade  (fig.  y.3  et  ■>4)-  Ces 
fdaments  ne  pénètrent  pas  les  cavités 
cellulaires  et  ils  se  nourrissent  sim- 
plement par  osmose  aux  dépens  des 
cellules  qu'ils  touchent  ;  ces  cellules, 
cependant,  ne  tardent  pas  à  périr. 
Leur  contenu  coagulé  devient  opaque 
et  prend  une  couleur  marron  foncé 
intense.  Cette  teinte  mêlée  à  celle  des 
filaments  du  thalle  produit  une  colo- 
ration rouge  un  peu  brunâtre  sur  la 
face  inférieure,  lorsque  la  pénétration,  ayant  dépassé  les 
cellules  en  palissade,  a  gagné  le  parenchyme  lacuneux, 
dont  les  éléments  sont  aussi  en  grande  partie  frappés  de 
mort  'fig.  34)- 

En  même  temps,  vers  les  bords  de  la  plaque,  les  cellules 
restées  vivantes,  celles  surtout  des  deux  couches  en  palis- 
sade, ne  tardent  pas  à  réagir  par  suite  de  l'irritation  ame- 
née par  ce  parasitisme.  Elles  deviennent  le  siège  de  cloi- 
sonnements qui  s'établissent  d'après  le  mode  originaire 
de  formation  du  tissu  subéreux,  et  les  cloisons  sont  diri- 
gées suivant  un  plan  parallèle  à  la  surface  de  la  feuille 
(fig.  a.'ï). 

Ce  tissu  de  nouvelle  formation  subit  à  peine  la  modifica- 
tion subéreuse  et  on  le  voit  quelquefois  envahi  à  son  tour 
et  tué  par  les  filaments   de   l'algue  parasite.  En  tous  cas. 


Fig.  24.  —  Ccphalcurus  vi- 
rescens.  —  Mêmes  leUres 
que  fig.  23.  Les  fila- 
ments /•'{,  et  ^4  chemi- 
nent vers  le  parenchyme 
lacuneux,  après  avoir 
tué  les  cellules  en  palis- 
si.do. 


107 


dans  les  parties  les  plus  éloignées  de  Talgue,  les  éléments 
nouveaux  formés  parle  cloisonnement  s'allongent  sensible- 
ment et  prennent  à  peu  près  la  longueur  des  cellules  du 
parenchyme  palissadique  normal;    c'est  ainsi   que  se   con- 


3o.s. 


'Pa-ttx..  _       __ 


Fig.  25. Cephaleuros  ciVescews.  — Schéma  de   la  coupe  transversale  d'une  feuille 

de  Caféier  de  Libéria  et  de  l'écusson  qu'elle  porte  :  dit.  i,  cuticule  de  la  face 
inférieure  de  la  feuille;  N,  une  nervure;  Ep.  i,  épiderme  inférieur;  Pa.  m,  par- 
tie morte  de  la  feuille;  /.,  L',  ses  limites  ;  Bo.  s,  bourrelet  subérisé  ;  P.  st.,  poil 
stérile  ;  P.  xp.,  poil  sporangifère.  (Pour  le  reste,  mêmes  lettres  que  fig-.  ■l'i.) 

stitue  la  marge  hypertrophiée  du  bord  de  la  plaque.  Dans 
la  partie  centrale,  au  contraire,  le  tissu  mort  se  rétracte  et 
contribue  à. diminuer  là  Tépaisseur  de  la  feuille. 

Si  la  pénétration  s'établit  plus  lentement,  la    plante  a  le 


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p. 

Fig.  9.6.  —    Cephaleuros  rirexceiif:.  —  Formation  du  tissu    de   protection  dans  les 
cellules  en  palissade.  (Mêmes  lettres  ((iie  fig.  a'J,  ^4,  a5.) 


temps  de  réagir  avant  que  les  éléments  anatomiques  aient 
été  tués.  C'est  dans  le  parenchyme  en  palissade  et  plus 
souvent  aux  dépens  des  cellules  de  la  seconde  couche  que 
se  fait  le  cloisonnement  ;  la  prolifération  dans  le  paren- 
chyme lacuneux  est    plus    rare.    Dans   ces   conditions,   le 


—  108  — 

parenchyme  lacimeux  peut  se  trouver  protégé  et  la  tache 
rougeàtre  n'apparaît  pas  sur  la  face  inférieure  de  la  feuille, 
ou  tout  au  moins  elle  s'y  montre  plus  tardivement. 

L'hypertrophie  tissulaire  produite  dans  la  région  sous- 
jacente  au  thalle  rend  ici  la  plaque  un  peu  })roéminente. 

On  peut  d'ailleurs  trouver  tous  les  intermédiaires  entre 
ces  deux  extrêmes. 

Plus  tard,  lorsque  l'évolution  de  l'algue  est  terminée  et 
qu'elle  a  donné  les  organes  de  reproduction  que  nous  allons 
étudier,  ces  sortes  d'écussons  qu'elle  forme  su)-  la  feuille 
se  dessèchent;  adhérents  à  la  feuille,  mais  tiraillés  en  tous 
sens  par  le  tissu  ambiant  qui  tend  continuellement  à  croître, 

ils  se  déchirent  peu  à 
[)eu,  se  détachent  et 
s'éliminent  en  menus 
morceaux. 

Lorsque  le  thalle  a 
j)ris  un  certain  déve- 
loj)pement  sous  la 
cuticule,  on  voit  de 
place  en  place  quel- 
ques filaments  la  tra- 
verser et  sortir  au 
dehors,  en  se  dres- 
sant perpendiculaire- 
ment sur  la  surface 
de  la  feuille. 

Ces  fdaments  dif- 
férenciés constituent 
alors  de  véritables 
poils,  dont  les  uns 
sont  stériles  et  les 
autres  fertiles,  sont  terminés  par  des  sporanges  (fig.  27). 
Les  poils  stériles  sont  cylindriques,  atténués  en  pointe 
mousse  au  sommet  et  divisés  en  trois  ou  quatre  cellules 
par  des  cloisons  transversales;   leur   longueur  varie  entre 


Fig.  ■?.'.  —  CephaJeuros  uiresceiis. — A,  un  poil  sté- 
rile ;  B,  extrémité  d'un  poil  fertile  jeune  ;  C,  un 
poil  fertile  portant  les  sporanges,  Sp,  à  son 
sommet  ;  D,  un  sporange  mûr,  Sp,  rempli  de 
zoospores,  avec  son  pédicellc,  P,  incurvé  en 
hameçon. 


—  109  — 
i6o  et  200  [X  et  leur  largeur  est  d'environ  i>,  [;..  Les  poils 
sporangifères  sont  généralement  plus  courts  et  un  peu 
plus  larges  que  les  poils  stériles;  ils  sont  de  même  cloi- 
sonnés. Dès  leur  issue  hors  de  la  cuticule,  ils  commencent 
à  s'arrondir  au  sommet  et  à  s'y  différencier  en  une  vésicule 
(jui  se  sépare  du  reste  du  poil  par  une  cloison.  C'est  sur  la 
vésicule  que  prennent  naissance  des  sporanges  légèrement 
ovoïdes,  portés  à  l'extrémité  de  pédicelles  trapus,  incur- 
vés vers  le  dehors,  à  convexité  dirigée  en  haut. 

Le  nombre  des  sporanges  portés  par  la  vésicule  varie  de 
trois  à  six.  Il  m'a  paru  (ju'en  général  le  nond)re  de  ces  spo- 
ranges était  d'autant  plus  faible  que  l'action  parasitaire  de 
l'aîgue  est  plus  marquée.  La  dimension  moyenne  des  spo- 
ranges mûrs  est  d'environ  3:")  \x  dans  leur  plus  grand  dia- 
mètre. 

Il  peut  arriver  (priin  poil  fertile,  après  avoir  })roduit  ses 
sporanges,  continue  de  se  développer  à  l'état  végétatif,  de 
façon  que  sa  portion  supérieure  redevient  un  poil  stérile. 
J'ai  vu  le  fait  une  seule  fois  sur  le  Caféier  de  Libéria;  mais 
je  l'ai  retrouvé  nettement  et  à  plusieurs  reprises  sur  une 
feuille  de  Perser/,  de  l'herbier  du  Muséum,  récoltée  à 
Quito,  par  M.  de  Lagerheim. 

Je  n'ai  pu  avoir  les  sporanges  à  un  état  de  fraîcheur  suffi- 
sante pour  observer  convenablement  leur  contenu  et  leur 
évolution.  Je  les  ai  trouvés  vides  ou  bien  trop  jeunes  et 
remplis  de  petites  masses  arrondies  qu'il  n'était  guère 
possible  de  différencier. 

L'étude  de  ces  oi'ganes  a  d'ailleurs  été  faite  antérieurement 
sur  le  vivant,  mais  sur  d'autres  supports  que  le  Caféier  de  Li- 
béria. Cunningham,  le  premier  (i),  a  suivile  développement 
des  sporanges  et  des  zoospores  qui  en  proviennent  sur  le 
Camcllia  japonica,  à  Calcutta.  Un  peu  plus  tard,  M.  Mar- 
shall VVard  (?.)   a   fait  des    observations    identiques   sur  le 

(i)  CunmnGham,  On  Mycoidea  parasitica.   in    0   Transactions  of  ihe  Lin- 
ncan  Society  »,  'i*  série,  vol.  I,  avec  pi.,  p.    ioi. 
(•2)  Marshai.1,  Ward,  Op.  cit. 


—  110  — 

MicJu'lia  fuscata .  D'après  Cuiiningham,  c'est  pendant  la 
saison  pluvieuse  que  se  montrent  abondamment  les  spo- 
ranges. Leur  contenu  est  coloré  en  vert.  Il  se  divise  et 
donne  naissance  à  des  masses  de  protoplasma  nu  qui  ac- 
quièrent deux  cils  vibratiles  divergents  et  sortent  par  un 
orifice  latéral.  Une  fois  mises  en  liberté,  ces  /oospores 
nagent  dans  les  gouttelettes  d'eau  ou  de  rosée  déposées 
sur  la  feuille  ;  bientôt,  elles  perdent  leurs  cils  et  germent 
par  un  court  filament,  première  ébaucbe  d'un  nouveau 
thalle  d'abord  extérieur  à  la  feuille,  mais  qui  la  pénètre 
bientôt  en  perforant  la  cuticule. 

Des  coupes  aussi  bien    transversales    que   tangentielles 
pratiquées    dans    des    écussons    plus    âgés  m'ont    monlré 


TTTTTTT 


TTTTT 


Fig.  28.  —  Cephalcuros  virescens.  —  Les  kystes,  A',  prenant  naissance  dans  le  thalle 
sous-cuticulaire.  A  gauche  le  kyste  s'est  vidé  de  son  contenu  après  avoir  per- 
foré la  cuticule.  Coupe  transversale. 

d'autres  organes  sur  la  nature  desquels  je  ne  puis  me  j)ro- 
noncer  d'une  façon  tout  à  fait  certaine  (fig.  28  et  29).  Ils 
sont  de  forme  à  peu  près  sphérique  ou  un  peu  ovoïdes, 
avec  des  dimensions  moyennes  de  4^  à  jo  \}.,  et  sont  inclus 
dans  la  portion  du  thalle  comprise  entre  la  cuticule  et 
l'épiderme  de  la  feuille.  La  répartition  de  ces  organes  est 
irrégulière  et  on  n'en  trouve  pas  sur  toutes  les  taches.  Mais, 
quand  ils  existent,  ils  sont  en  général  nombreux  et  parfois 
même  se  touchent.  Je  les  ai  rencontrés  sur  le  Libéria  du 
Congo  et  sur  celui  de  la  Réunion  et  dans  les  deux  cas 
identiques.  Une  seule  fois,  j'en  ai  rencontré  un  isolé  dans 
le  tissu  lacuneux  d'une  feuille  (fig.  3o).  Ils  possèdent  une 


—  111  — 

mernhrane  bien  différenciée,  finement  striée,  assez  épaisse 
et  leur  contenu,  d'une  teinte  vert  glauque,  granuleux  d'à 
bord,  s'agence  plus  tard  en  un 
nombre  assez  considérable  de 
masses  protoplasmiques,  polyé- 
driques par  pression  réciproque, 
munies  de  granules  plus  réfrin- 
gents (fig.  3i).  Quelques-uns  des 
corps  dont  je  viens  de  parler^  en 
contact  immédiat  avec  la  lace  in- 
terne de  la  cuticule,  apparaissent 
vides  de  leur  contenu  et  présen- 
tent un  pore  ouvert  au  debors 
au  travers  de  la  cuticule  (fig.  a8). 
J'avais  cru  voir  là  un  organisme 
étranger,  un  kyste  d'un  cbam- 
pignon,  une  Cbytridinée  ;  mais 
j'ai  pensé  depuis  qu'il  était  plus 
logique  de  considérer  ces  orga- 
nes comme  des  sporanges  intercalaires  prenant  naissan<>e 
sur  le  trajet  même  des  filaments  du  thalle.  Mes  observations 
ne  m'ont  pas  permis  de  connaître  le  sort  ultérieur  des 
masses  protoplasmiques  dont  j'ai 
parlé  ;  il  est  possible  que  ce  soient 
des  zoospores  en  voie  de  différen- 
ciation. Les  observations  de  Cun- 
ningham  le  font  en  effet  suppo- 
ser, comme  nous  allons  voir. 

Cet  auteur  a  cru  observer  dans 
l'espèce  que  j'étudie  ici  les  pre- 
mières phases  d'une  reproduc- 
tion sexuée,  assez  analogue  à 
celle  que  présentent  les  champignons  Oomycètes  de  la 
famille  des  Péronosporées.  A  la  suite  de  la  fécondation 
opérée  sur  une  oosphère  globuleuse  par  un  pollinide 
allongé,  filamenteux,  prendrait  naissance  un  œuf. 


'■[).  —  Cephaïeuros  vues- 
cens.  —  Coupe  tangentielle  du 
thalle  sous-cuticulaire,  avec 
dos  kystes,  K. 


Fig.  3i.  —  Ccphulvu, 
cens.  Division  du 
d'un  kyste. 

En  Z,  une  zoosjioie 
Cunningham. 


—  112  — 
Dès  lors,  respèce  de  Gunningham  que  ce  dernier  avait 
appelée  Mycoidea  parasitica,  qu'il  croyait  nouvelle  et  le 
seid  représentant  d'un  genre 
nouveau,  cette  espèce,  dis-je,  a 
pu  pendant  un  certain  temps  être 
considérée  comme  un  organisme 
intermédiaire  entre  les  Pérono- 
sporées  et  les  algues  vertes;  ce 
iTétait,  en  somme,  qu'une  Péro- 
nosporée  différant  seulement  de 
ses  congénères  par  la  présence 
de  la  chlorophylle.  Hâtons-nous 
de  dire  que  les  recherche  de 
^I.  Marshall  Ward  (Knljord,  puis  surtout  de  M.  P.  llariot  (i), 
ont  permis  d'étahlir  l'identité  certaine  ['.i)  du  Mycoidea 
païasitica  et  du  Cephaleuros  vii'cscens,  et  que  les  deux 
auteurs  précités  n'ont  pu  vérifier 
l'existence  de  cette  reproduction 
sexuée  indiquée  par  Gunningham. 
Je  n'ai  pas  été  moi-même  plus  heu- 
reux. On  rencontre,  il  est  vrai,  par 
hasard,  dans  les  préparations  des 
filaments  appliqués  sur  le  kyste, 
mais  rien  n'autorise  à  dire  qu'il  y 
ait  là  un  début  de  reproduction 
sexuée  (fig.  3 s»). 

Mais  j'ai  tout  lieu  de  penser 
qu'il  y  a  identité  complète  entre  les  sortes  de  kystes  que 
je  rencontre  dans  le  thalle  sous-cuticulaire  d'une  part  et 
les  oogones  et  prétendus  œufs  de  Gunningham  de  l'autre. 


Fig.  j-^.  —  Cephaleuros  vires- 
cens. — Apparence  de  féconda- 
tion :  K,  un  kyste  ;  ;«,  portion 
de  filament  accolée  au  kyste. 


(  i)  1'.  IIariot,  Note  sur  le  genre  Cephaleuros,  iu  «  Journal  de  Botanique  », 
I.  III,  1889,  p.  274  et   iSj. 

(2)  M.  G.  Karsten,  clans  son  mémoire  sur  les  Chroolépidées  [Untersu- 
chungeii  iiher  die  Fanùlie  der  Chvoolepideeii,  in  «  Amiales  du  Jardin  bota- 
nique de  Buitenzorg»,  X,  1891,  p.  24-25),  range  le  Mycoidea  parasitica  de 
Gunningham  parmi  les  Cephaleuros,  soua  le  nom  de  Cephaleuros  Mycoidea, 
et  il  se  refuse  à  accepter  l'identification  faite  par  M.  Hariot  avec  le  C.  vires-'- 


—  113  — 

En  effet*  Gunningliain  déclare  que  dans  les  oogones  et 
œufs  en  question  la  membrane  «  est  très  épaisse  et  pré- 
sente des  apparences  évidentes  de  stratification  »;  quant 
au  contenu  (oosphère  pour  Cunningham),  il  possède  une 
teinte  jaune  orangée,  comme  celui  des  filaments  du  thalle, 
mais  plus  intense.  Cette  matière  colorante,  fréquente  chez 
les  Chroolépidées,  imprègne  les  corpuscules  chlorophylliens 
et  donne  sa  couleur  à  l'algue.  Par  la  dessiccation,  elle  se 
décolore  et  prend  une  teinte  vert  glauque.  Ces  deux  faits 
cadrent  bien  avec  la  description  que  j'ai  donnée  plus  haut. 

Cunningham  a  vu  ce  qu'il  appelle  des  oogones  commen- 
cer à  apparaître  après  la  saison  des  pluies,  lorsque  la  végé- 
tation de  l'algue  se  ralentit  et  que  les  sporanges  extérieurs 
ont  terminé  leur  évolution.  A  ce  moment  les  filaments  du 
thalle  modifient  leur  couleur  :  de  vert  qu'il  était  jusque-là, 
le  contenu  prend  une  teinte  rougeàtre.  Puis,  un  peu  latérale- 
ment, sur  le  trajet  d'un  certain  nombre  de  filaments,  prennent 
naissance  des  renflements,  au  delà  desquels  les  filaments 
qui  les  portent  continuent  leur  ramification  habituelle  par 
dichotomie.  Ces  renflements  augmentent  de  volume,  mais 
les  modifications  dont  ils  sont  le  siège  n'ont  pu  être  obser- 
vées, par  suite  de  leur  iléfaut  de  transparence.  C'est  alors 
qu'interviendrait  la  fécondation  dont  j'ai  parlé.  En  tous  cas, 
lorsque  les  renflements  sont  arrivés  au  terme  de  leur  crois- 
sance, le  thalle  s'est  raréfié  autour  d'eux  et  parait  en  voie 
de  décrépitude  :  c'est  également  ce  que  j'ai  pu  observer 
moi-même. 

A  ce  moment,  le  renflement  s'ouvre  par  un  ostiole  et  met 
en  liberté  des  zoospores  à  deux  cils  vibratiles,  en  tout  sem- 

cens.  M.  Hariol  a  eu  en  mains  l'échantillon  type  de  Kunze;  il  l'a  comparé 
avec  beaucoup  d'autres  de  cette  même  algue  existant  dans  l'herbier  du 
Muséum  d'histoire  naturelle  et  provenant  de  localités  les  plus  diverses.  J'ai 
examiné  moi-même  la  majeure  partie  de  ces  échantillons  et  j'y  ai  retrouvé 
les  particularités  que  je  signale  sur  le  Caféier  de  Libéria.  Dès  lors,  je  ne 
saurais  accepter  la  dénomination  appliquée  par  M.  G.  Karsten  cl  je  partage 
entièrement  l'opinion  de  M.  Hariot  sur  ce  point.  M.  Massée  (.i  Text-book 
of  plant  diseuses,  p.  343)  donne  également  les  deux  termes  Cephaleuros 
^'irescens  et  C.  Mycoidea  comme  synonymes. 


—  114  — 
blables  à  celles  des  sporanges  externes,  si  ce  n'est  qu'elles 
sont  munies  de  nombreux  granules  roussâtres  et  verdàtres. 
Dans  des  circonstances  favorables,  elles  donnent  naissance 
à  de  nouveaux  thalles.  Mais,  dans  quelques  cas,  Cunningham 
aurait  vu  de  ces  zoospores  se  fusionner  ensemble  deux  par 
deux.  Ce  phénomène  est  une  véritable  fécondation  et  il  n'est 
pas  admissible  qu'un  être  vivant  présente  ainsi  successive- 
ment deux  modes  très  différents  de  reproduction  sexuée; 
c'en  serait,  en  tous  cas,  le  seul  exemple  qu'on  connaisse.  Je 
croirais  bien  plutôt,  comme  M.  Marshall  W  ard  et  M.  P.  Ha- 
riot,  que  la  reproduction  par  oogone  et  pollinide  n'existe 
pas.  Le  filament  figuré  par  Cunningham  comme  pollinide 
(organe  mâle)  ne  serait  qu'un  filament  végétatif  ordinaire 
que  le  hasard  de  sa  direction  et  de  sa  croissance  a  appliqué 
sur  le  renflement,  mais  qui  n'est  à  aucun  moment  en  com- 
munication avec  ce  dernier,  .l'admettrais  très  volontiers  que 
les  sporanges  intercalaires,  les  oogones  (organes  femelles), 
constituent  ce  qu'on  a  aj)pelé  des  «  gamétanges  w,  appa- 
reils qui  donnent  naissance,  non  à  des  zoospores  ordinaires, 
mais  à  des  gamètes,  organes  spéciaux  destinés  à  accom- 
plir une  reproduction  sexuée.  Et  pour  le  cas  présent,  ces 
gamètes  seraient  alors  libres  et  la  reproduction  sexuée  iso- 
game,  c'est-à-dire  que  les  deux  gamètes  qui  y  concourent, 
mobiles  à  l'aide  de  leurs  deux  cils  vibratiles,  sont  entière- 
ment semblables  entre  elles,  quoique  devant  être  considé- 
rées comme  de  sexe  différent.  C'est  ce  phénomène  qu'on  a 
désigné  en  algologie  sous  le  nom  de  «  copulation  des 
zoospores  ».  Il  a  été  observé,  entre  autres  cas,  dans  un 
genre  de  Chroolépidées  voisin  des  Cephaleuros,  le  genre 
Trentepohlia . 

Le  Cephaleuros  virescens  se  rencontre  souvent  associé  à 
un  champignon  pour  constituer  un  lichen.  Les  feuilles  de 
Libéria  que  j'ai  étudiées  portaient  de  place  en  place  les 
croûtes  vert  clair  de  ce  lichen  qui  appartient  au  genre  Stri- 
giila.  A  mesure   que  la  croûte  avance  vers  la  période  de 


—  115  — 
fructification  ascospore,  l'apparence  extérieure  change 
notablement  ;  la  surface  pâlit  encore  et  prend  une  apparence 
tout  à  fait  crustacée,  irrégulière.  L'algue  ainsi  lichénisée 
ne  produit  plus  aucun  organe  de  multiplication  et  les  spo- 
ranges ne  tardent  pas  à  disparaître. 

C'est  là  un  fait  général  dans  le  cas  de  symbiose  algo- 
lichénique. 

Je  n'ai  pas  trouvé  ce  lichen  fructifié  sur  les  échantillons 
que  j'ai  eus  en  mains;  mais  je  rappellerai  que  le  Strigula 
complanata  Montagne  a  été  observé  par  le  D""  Ernst  sur  le 
Caféier  d'Arabie  au  Venezuela  (i)  et  il  a  été  établi  par 
M.  Hariot  (a)  que  l'algue  du  Strigula  complanata  est  bien 
le  Cephaleuros  virescens.  Il  est  donc  vraisemblable  qu'il 
s'agit  ici  de  la  même  espèce. 

Il  est  à  remarquer  que  Kunze,  qui  a  décrit  le  Cephaleuros 
virescens,  en  1827,  d'après  deux  échantillons  rapportés  de 
Surinam,  avait  rapproché  cette  plante  d'un  côté  des  cham- 
pignons et  particulièrement  des  Mucor,  de  l'autre  des 
lichens,  et  surtout  du  genre  Strigula. 

Cette  dernière  comparaison  est,  on  vient  de  le  voir, 
parfaitement  justifiée,  ainsi  que  l'a  fait  observer  M.  Ha- 
riot. 

Le  D'  Nylander  (3)  avait  établi  depuis  longtemps  un 
rapprochement  entre  Cephaleuros  et  Strigula,  déjà  soup- 
çonné par  Montagne  (4)  et  sur  lequel  M.  Marshall  Ward  a 
insisté  à  nouveau  (5). 

En  tout  cas,  il  est  nécessaire  d'ajouter  que,  sous  sa  forme 
lichénisée,  l'algue  ne  doit  plus  être  considérée  comme  para- 
site, elle  est  le  plus  souvent  inoftensive,  car  la  pénétration 


(i)  D""  Ernst,  Op.  cit.  {Estudios  sobre  las  deformaciones,  etc.). 

(2)  P.  Hariot,  Op.  cit. 

(3)  D' W.  Nylander,  Expositio  synoptica  Pyienocarporum,  iSSg,  p.  67. 
{/\)  Histoire  physique,  politique  et  naturelle  de  Cuba.  Plantes  cellulaires, 

par  M.  Montagne,  avec  atlas,  1 838- 1842. 

(5)  Marshall  Ward,  Structure,  developpment  and  life  history  of  a  tro- 
pical epiphyllous  Lichen  (Trans.  of  the  Linn.  Society,  janv.  1884,  2*  série, 
vol.  II). 


—  IIG  — 
ne  dépasse  pas  la  cuticule  et  la  tache  est  absente  sur  la  face 
inférieure  de  la  feuille. 

Le  D'^  Went  a  signalé  sur  le  Caféier  de  Libéria  une  mala- 
die observée  à  Tegal(Java)etil  croit  qu'elle  existe  à  d'autres 
endroits  de  File  (i).  Je  traduis  du  mémoire  qu'il  a  publié  sur 
ce  sujet  les  lignes  suivantes  qui  expriment  les  caractères 
importants  de  la  maladie  et  du  parasite  qui  la  cause.  Ce 
parasite  serait,  d'après  M.  Went,  un  Ccplialeuros  non  décrit^ 
CepJialeuros  Coffeœ  \A'ent  : 

«  Les  baies  encore  immatures  noircissent  et  se  dessèchent 
((  pré]naturément,de  telle  manière  que  les  graines  n'arrivent 
«  pas  à  maturité.  En  suivant  attentivement  l'évolution  de  la 
«  maladie  sur  les  baies,  on  ne  voit  d'abord  que  des  taches 
«  arrondies  d'un  brun  orangé  qui,  à  l'œil  nu,  se  montrent 
«  finement  poilues.  Le  nombre  des  taches  augmente  pro- 
«  gressivement;  la  baie  brunit,  se  ratatine,  elle  est  alors 
«  complètement  desséchée  :  Des  recherches  plus  approfon- 
«  dies  montrent  que,  sur  les  arbres  malades,  des  taches 
«  semblables  ne  tardentpas  àapj)araître  sur  les  feuilles.  Les. 
«  feuilles  lisses,  brillantes  du  Caféier  de  Libéria  sont  ordi- 
«  nairement  habitées  par  beaucoup  de  lichens  épiphytes. 
«  La  couleur  brun-rouge  des  taches  en  question  permet  de 
«  les  reconnaître  facilement.  11  n'y  a  pas  à  craindre  une  con- 
«  fusion  avec  \  Ilemileia  vastal  ri.i\  caries  taches  de  ce  der- 
«  nier  parasite  sont  d'une  coideur  orange  beaucoup  plus 
«  claire,  sans  contour  nettement  arrêté,  localisées  exclusive- 
ce  ment  à  la  face  inférieure  des  léuilles,  tandis  que  dans  le 
«  cas  actuel  ces  taches  sont  visibles  sur  les  deux  faces. 

«  L'examen  microscopique  montre  que  ces  taches  sont 
«  occupées  par  une  algue  ,  dont  les  chromoplastides 
«  verts  (a)  sont   tantôt  nettement  visibles,  tantôt  masqués 

(i)  Cephaleitros  Coffeie,  eine  neue  parasitische  Cliroolepidee,  par  le 
D""  F.  A.  F.C.Wknt,  in  Centralhlatt  fiiy  Bakteriologieund  Parasitenkiinde, 
Ziveite  Ahtheilung...  Baktcriologie  und  Pflanzenpathologic ,  1895,  p.  681. 

(2)  On  désigne  sous  ce  nom  de  «  plastides  »  ou  de  «  leucites  »  des  cor- 
puscules inclus  dans  le  protoplasnia  et  doués   d'une  individualité  propre 


—  117  — 
«  par  des  corpuscules  présentant  une  coloration  jaune 
«  orangé.  C'est  cette  matière  colorante  qui  donne- leur  ap- 
«  parence  aux  taches  en  question.  On  peut  rencontrer  quel- 
«  ques  filaments  de  Talgue  dans  la  région  de  la  tache,  à 
«  l'intérieur  des  tissus  ;  mais  la  plupart  d'entre  eux  sontexté- 
«  rieurs  et  ils  s'agencent  de  manière  à  constituer  une  lame 
«  de  thalle  formée  de  plusieurs  épaisseurs  de  cellules  à  la 
«  surface  des  baies  et  sur  l'épiderme  supérieur  de  la  feuille. 
«  De  cette  assise  s'élèvent  des  poils  qu'on  peut  voir  aussi 
«  sur  l'épiderme  inférieur  delà  feuille...  » 

M.  Went  a  vu  l'extrémité  renflée  de  ces  poils  produire,  dans 
leur  cavité,  des  spores  mobiles,  des  zoospores  à  deux  cils. 

Il  a  également  constaté  que  les  filaments  du  thalle  inclus 
sous  la  cuticule  ne  pénètrent  jamais  les  cellules  de  leur 
hôte  ;  ils  se  ramifient  seulement  entre  ces  dernières.  11 
ajoute  que  les  taches  produites  par  l'algue  sont  limitées  par 
une  marge  étroite  constituée  par  un  tissu  hypertrophié; 
quant  à  la  matière  colorante  de  l'algue,  elle  est  soluble  dans 
l'alcool  absolu. 

Bien  que  je  n'aie  pas  vu  les  échantillons  de  M.  Went  et 
<(ue  mes  correspondants  ne  m'aient  pas  signalé  l'envahisse- 
ment des  fruits  sur  le  Libéria,  je  ne  puis  guère  douter  de 
l'identité  des  Cephaleuros  Coffea'  et  virescens.  Le  Cepha- 
leuros  virescens  est,  en  efl'et,  une  plante  très  polymorphe. 
M.  G.  Karsten  (i)  le  déclare  a  un  véritable  Protée  »  [es  ist 
eiii  ivahrer  Proteus,  dit-il);  et,  d'après  lui  (/«?.,  p.  aS-aô),  l'in- 
fluence du  support  est  prépondérante,  de  même  que  sur  un 
support  donné  la  simple  différence  d'âge  donne  à  l'algue 
un  habitus  tout  différent.  Les  conditions  extérieures,  séche- 
resse, humidité  atmosphérique  ont  également  à  ce  sujet  une 
influence  très  sensible. 


Imprégnés   d'une    matière    colorante,    ce    sont   des   chromoplastides    »    ou 
«    chromoleucites    ».    Les    chromoplastides      verts    (chloroplaslides)    sont 
colorés  par  le  mélange  de  chlorophylle  et  de    xanthophylle  :  c'est  ce  qu'on 
appelle  communément  les  grains  de  chlorophylle. 
(i)(i.  Karsten,  Op.  cit..  p.  ii\. 


—  118  — 

D'un  autre  côté,  la  forme  des  organes  figurés  par 
M.  Went,  les  dimensions  qu'il  leur  attribue,  se  rapportent 
bien  à  ce  que  j'ai  trouvé  dans  le  CepJialeuros  virescens,  où  j'ai 
rencontré  aussi  ces  proliférations  cellulaires  que  M.  Went 
considère  comme  caractéristiques  du  Cephaleuros  Coffex. 

Enfin,  cette  dernière  espèce  est,  comme  le  C.  virescens, 
susceptible  de  lichénisation,  et  M.  Went  en  a  figuré  le  pre- 
mier stade.  Il  faut  encore  ajouter  que  le  même  auteur  n'a 
pas  cherché  à  établir  de  comparaison  avec  le  C.  virescens  et 
qu'il  n'a  pas  eu  à  sa  disposition  les  travaux  de  Gunningham 
et  de  M.  Marshall  Ward. 

Toutes  ces  considérations  justifient  bien,  je  pense,  mon 
appréciation  exprimée  plus  haut. 

On  a  trouvé,  nous  l'avons  vu,  cette  algue  sur  le  Caféier 
d'Arabie,  mais  sous  sa  forme  lichen  seulement,  où  elle  est 
inoffensive. 

En  général,  la  maladie  due  au  Cephaleuros  virescens 
n'amène  pas  dans  la  végétation  du  Caféier  de  Libéria  un 
trouble  notable  :  en  effet,  le  parasite  est  localisé,  souvent 
superficiel,  et,  possédant  de  la  chlorophylle,  il  est  suscep- 
tible sous  l'influence  des  radiations  lumineuses  d'absorber 
l'acide  carbonique  de  l'air  et  de  constituer  des  substances 
hydrocarbonées.  Si,  cependant,  les  taches  sont  nombreuses 
sur  un  certain  nombre  de  feuilles,  et  si  elles  devenaient 
confluentes,  si  l'envahissement  se  montrait  sur  les  baies  et 
que  l'on  craignît  qu'elles  ne  puissent  parvenir  à  une  matu- 
rité suffisante,  il  serait  tout  indiqué  de  supprimer  et  brûler 
ces  organes  très  atteints  dans  la  mesure  du  possible,  de 
manière  à  entraver  l'extension  du  parasite. 

Il  esta  supposer  que  les  pulvérisations  à  la  bouillie  bor- 
delaise seraient  utiles  en  pareil  cas.  M.  George  Watt  (i)  en 
a  obtenu  de  bons  effets  sur  l'arbre  à  thé.  11  résulte  des 
observations  qu'il  rapporte  que  ce  traitement  a  une  action 
d'arrêt  très  nette  sur  la  vég-étation  de  l'aloue. 

(i)  George  Watt,  Ojj.  cit. 


—  119  — 

MALADIES  PRODUITES 
PAR   DES   PHANÉROGAMES  PARASITES 

LORANTHUS 

Les  LorantJius,  de  même  que  le  gui  des  régions  tempé- 
rées boréales,  appartiennent  à  la  famille  des  Loranthacées. 
Ce  sont  des  plantes  vertes  qui  s'établissent  en  parasites  sur 
les  branches  des  végétaux  arborescents  ;  elles  s'y  montrent 
en  forme  de  buissons,  à  ramifications  dicliotomes  qui,  à  un 
moment  donné,  fleurissent  et  produisent  comme  fruits  de 
petites  baies  à  pulpe  très  gluante. 

Les  Loraiithus  pénètrent  les  branches  dès  la  germination 
de  leur  graine,  ou,  du  moins,  peu  de  temps  après.  La  radi- 
celle, une  fois  sortie,  perfore  l'écorce,  la  traverse  et  s'in- 
troduit dans  le  corps  ligneux,  dont  elle  écarte  les  couches 
superficielles  à  la  façon  d'un  coin.  Cette  racine  reste  indivise 
chez  les  Loraiithus.  Dans  le  gui,  elle  se  ramifie  et  donne 
naissance  à  des  racines  sous-corticales  ;  celles-ci  rampent 
entre  le  liber  et  le  bois  de  la  tige  hospitalière  et,  de  place 
en  place,  elles  émettent  de  courts  rameaux  en  forme  de 
coin,  qui  pénètrent  dans  le  bois  à  une  assez  grande  profon- 
deur. 

La  tige  aérienne  des  Loraiithus,  dès  qu'elle  a  pris  un 
certain  développement,  produit  à  sa  base  des  rameaux 
rampants,  également  aériens,  qui  se  répandent  à  la  surface 
de  l'écorce,  y  adhèrent  fortement  et  y  enfoncent,  de  place 
en  place,  un  nouveau  suçoir  non  ramifié,  comme  celui  qui 
provient  de  la  différenciation  de  la  radicule.  A  ces  suçoirs 
correspondront  bientôt  de  nouvelles  tiges  aériennes,  qui 
ne  tarderont  pas  à  acquérir  des  feuilles  et  à  se  ramifier. 
Dans  la  partie  profonde  du  suçoir,  il  y  a  contact  entre  le 
système  vasculaire  du  parasite  et  celui  de  la  plante  qui  lui 
donne  asile  ;  de  telle  sorte  que  le  premier  détourne,  par 
osmose  et  à  son  profit,  une  partie  des  substances  tirées  du 


—  120  - 

sol  par  le  second,  peut-être  mèiiie  aussi  une  portion  des 
matières  déjà  élaborées.  INIais,  si  l'on  considère  que  les 
Loraiithus,  comme  le  gui  d'ailleurs,  sont  pourvus  de  feuilles 
vertes,  et  peuvent,  grâce  à  la  présence  de  la  chloro])hylle 
dans  leurs  tissus,  décomposer  Facide  carbonique  de  l'air  et 
en  assimiler  le  carbone,  on  comprend  que  le  tlommage 
causé  soit,  en  général,  moindre  que  celui  produit  par  les 
champignons.  Ces  derniers,  en  effet,  privés  de  chlorophylle, 
sont  dans  l'obligation,  pour  vivre,  d'emprunter  à  leur  hôte 
toutes  les  matières  nécessaires  à  leur  subsistance,  les 
hydrates  de  carbone  aussi  bien  que  le  reste. 

La  dissémination  de  beaucoup  de  Loirinthiis,  ceux  du 
moins  qui  nous  occupent  ici,  semble  se  faire,  comme  pour 
le  gui,  par  l'intermédiaire  des  oiseaux,  dont  certaines 
espèces  sont  friandes  de  leurs  baies.  Le  D""  Ernst  (  i)  pense 
qu'un  certain  nombre  de  ces  graines  traversent  le  tube 
digestif,  sans  être  altérées  sensiblement,  en  conservant  en 
partie  leur  viscosité  qui  leur  permet  d'adhérer  aux  écorces, 
et  aussi  leur  faculté  germinative.  Il  est  possible  aussi  que 
ces  graines  gluantes,  s'attachant  aux  pattes  ou  à  cjuelque 
autre  partie  du  corps  de  l'animal,  puissent  être  ainsi  trans- 
portées d'un  arbre  sur  un  autre. 

Trois  espèces  àe  Loranthus  sont  signalées  par  le  D'  Ernst, 
au  Venezuela,  sur  le  Caféier  : 

L.  orinocensis  Spr.,  à  fleurs  ternécs,  en  grappes  axillaires 
simples  ; 

L.  avicularis  Mart.,  à  fleurs  également  ternées,  en 
grappes  axillaires  composées; 

L.  pavviflorus  Sw.,  à  fleurs  isolées,  à  feuilles  beaucoup 
plus  petites  que  celles  des  deux  espèces  précédentes. 

Van  Delden  Laerne  (2)  signale,  au  Brésil,  le  Loranthus 
brasiUensis  sur  le  Caféier.  11  existe  également,  à  Java,  des 
Loranthus  sur  les  Caféiers. 

(i)  Op.  cil.,  p.  i3. 

(a)  Vam  Dki-dex  Lakrm.,  liapport  sur  la  ruUnrc  du  Ctip'-ler.  l.a  Haye  et 
Paris,  i885,  p.    262. 


—  121  — 

La  végétation  de  ces  parasites  est  lente,  et,  bien  que 
l'existence  de  la  plante  attaquée  ne  soit  que  très  rarement 
menacée,  la  branche  atteinte  ne  grossit  plus  et  cesse  bientôt 
de  produire  du  fruit.  11  est,  par  suite,  préférable  de  la 
supprimer. 

Si  c'est  le  tronc  ou  une  grosse  ])ranche  qui  soient  envahis, 
on  devra,  le  plus  souvent,  se  contenter  d'enlever  les  buis- 
sons du  parasite  et  de  gratter  les  couches  de  bois  envahies 
parles  suçoirs,  de  manière  à  extirper  ces  derniers;  on  évi- 
tera ainsi,  dans  la  limite  du  possiljle,  la  production  de  nou- 
veaux bourgeons  aériens  adventifs.  L'opération  faite,  il  sera 
utile  de  recouvrir  la  plaie  d'un  onguent  quelconque  ou  de 
coaltar;  cette  précaution  a  pour  ell'et  d'empêcher  l'accès  et 
la  pénétration  d'autres  germes,  capables  d'amener  des  alté- 
rations du  bois. 

Glusia  insignis  Martins.  —  Cette  plante  phanérogame  est 
signalée  par  Van  Delden  Laerne  (i)  comme  fort  nuisible 
au  Caféier  au  Brésil. 

Ce  n'est  pas  un  véritable  parasite  à  la  façon  des  Loran- 
tlnis,  puisqu'il  n'y  a  pas  pénétration  dans  la  tige,  les 
rameaux  ou  quelque  autre  organe  du  Caféier;  mais  cet 
arbre  s'applique  au  tronc  du  Caféier,  l'enserre  si  intimement 
qu'il  arrête  sa  végétation  et  le  tue. 

Le  Clusia  insignis  appartient  à  la  famille  des  Guttifères  ou 
Clusiacées.  C'est  un  arbre  [•>.)  qui  peut  atteindre  6  mètres  de 
haut,  de  1 5  à  '.\o  centimètres  de  diamètre  au  tronc  ;  les  feuilles 
sont  oblongues,  arrondies  en  haut,  atténuées  en  bas.  Les 
fleurs,  grandes,  unisexuées,  à  4  sépales  et  8  pétales  ;  les  mâles 
à  étamines  nombreuses  réunies  en  masse,  sont  grandes, 
d'un  noii'-rougeâtre  en  dedans,  blanches  en  dehors  ;  elles 
sont  disposées  en  cymes  terminales. 

(i)   Van  Delden  Laerne,   Op.  cit.,  p.  i6-2. 

(■i)  Martins,  Flora  hrasiliensis,  pars  I,  vol.  XII,  p.  424  —  .1.  Yesque, 
Guttifeiw.  p.  112  (Suilos  au  Prodromue  Systi^watis  iiaturalis  de  De  Can- 
dolle). 


—  122 


PARASITES  ANIMAUX  DU  CAFEIER 


Les  Caféiers  possèdent,  dans  le  règne  animal,  un  nombre 
fort  considérable  d'ennemis;  les  dégâts  qu'ils  produisent, 
parfois  graves,  ne  peuvent  être  qualifiés  à  proprement 
parler  de  maladies,  à  part  un  petit  nombre  d'exceptions.  Ce 
sentie  plus  souvent  des  lésions  mécaniques  qu'ils  produi- 
sent, beaucoup  plus  rarement  des  modifications  dans  la 
forme  des  organes  ou  la  nature  des  tissus. 

Les  animaux  s'attaquant  aux  Caféiers  appartiennent  aux 
groupes  suivants,  dont  le  premier  est,  de  beaucoup,  le  plus 
important  : 

a)  Insectes  ; 

b)  Acariens; 

c)  Gastéropodes  ; 

d)  Vers  ; 

e)  Oiseaux  ;  Mammifères. 

Nous  les  étudierons  dans  cet  ordre. 


123 


INSECTES 


Pour  la  commodité  de  l'exposition,  et  n'ayant  pas  l'in- 
tention de  donner  de  tous  ces  êtres  des  descriptions  com- 
plètes au  point  de  vue  zoologique,  je  les  étudierai  suivant 
la  nature  du  dégât  qu'ils  causent.  J'insisterai  seulement  un 
peu  sur  le  côté  pratique  de  la  question  et  les  moyens 
de  défense  qu'il  y  aurait  lieu  de  conseiller  (i). 

I.  —  INSECTES  MINANT  LES  FEUILLES 

Cemiostoma  coffeella.  —  Cet  insecte  est  un  Microlépido- 
ptère du  groupe  des  Tinéites,  groupe  auquel  on  applique 
communément  le  nom  de  Teignes. 

Les  chenilles  de  cette  Tinéite  pénètrent  dans  la  feuille 
du  Caféier  et  dévorent  le  parenchyme  vert  compris  entre 
les  deux  cuticules. 

La  larve  produit  sur  les  feuilles  de  Caféier  des  taches 
brunes  ou  fauves  ;  c'est  pour  cette  raison  que  la  maladie 
produite  a  été  appelée  rouille  dans  les  Antilles  françaises, 
rust  dans  les  Antilles  anglaises  et,  au  Venezuela,  d'après  le 
D'  Ernst  (2),  mancha  de  hierro  (tache  de  rouille).  Les  trois 
termes  sont,  on  le  voit,  synonymes. 

Observé  la  première  fois  par  Perrotet  aux  Antilles,  cet 
insecte  avait  été  placé  dans  le  genre  Elachista  [E.  cof- 
feella] (3).  Il  en  a  été  séparé  par  Stainton  et  classé  dans  le 

(i)  J'ai  emprunté,  pour  ceUe  partie  de  mon  travail,  de  nombreux  rensei- 
gnements sur  les  ennemis  du  Caféier,  au  sujet  d'un  certain  nombre  de  bro- 
chures que  je  n'ai  pu  me  procurer,  au  catalogue  raisonné  du  D""  A.  Zim- 
xMERMANN  (Purasiten  des  Kaffecs,  in  «  CentralblaU  fur  Baktcriologie... 
2«  Abtheilung,  no»  i5  et  i6.   1899  »). 

(2)  Op.  cit. 

(3)  Guérin-Mknevilm;  et  Perrotet,  Mémoire  sur  un  insecte  et  un  champi- 
gnon qui  ravagent  les  Caféiers  aux  Antilies,  Paris,  i84'2. 


124 


genre  Ceniiostoiua,  où  il  se  range  naturellement  par  les 
caractères  que  présentent  la  tète  lisse  ainsi  que  la  face,  qui 
est  dépourvue  de  palpes  labiaux  ;  les  mu-urs  de  la  chenille 
sont  aussi  un  caractère  du  genre  (t). 

Le  Cemiostoma  coffeella  et  la  maladie  qu'il  détermine  ont 
été  très  complètement  étudiés  par  Pickmann  Mann  et  les 
publications  ultérieures  y  ont  puisé  la  plus  grande  partie  de 
leurs  documents  (•>.). 

L'insecte  parfait,  le  papillon  (fig.  ')3), 
est  très  agile  ;  il  n'a  pas  plus  de  5  à  6 
millimètres  de  large,    les  ailes  éten- 
dues ;  le  corps,  long  de  ■:>.  millimètres, 
est  couvert  d'une   fine   poussière   ar- 
gentée.    Les    ailes     antérieures    sont 
larges,   les  postérieures   fort  étroites 
et  terminées   en   pointe  ;    elles    soni, 
comme  le  corps,    couvertes   de  cette 
sorte  de   poussière  formée  par  de  pe- 
tites squames  imbriquées,  et  les  ailes  antérieures  montrent 
quelques  taches  de  couleur  variée,  jaune  d'or,  blanc,  noir 
bleuâtre. 

Ce    petit     papillon    peut    fournir,  dans  les  régions  très 
chaudes,  plusieurs  générations  qui 
se  succèdent  pendant  toute  la  durée 
de  l'année. 

Les  œufs  déposés  sur  les  feuilles 
de  Caféier  éclosent  rapidement  et 
produisent  de  petites  larves  jaunâ- 
tres, ovoïdes,  aplaties,  de  4  à  5  mil- 
limètres de  long,  élargies  vers  la 
tête  et  formées  de  onze  segments 
(fig.  ,54). 


ig-.  Ji.  —  Cemiostoma 
coffeella.  Le  Papillon 
lortement  gfiossi.  (D'a- 
près Guérin-Méneville 
et  Perrotet.  Grossi  à  la 
loupe.) 


Fig.  34.  —  Cemiostoma  cof- 
feella. A  droite,  une  larve  ; 
à  gauche,  une  chrysalide, 
(ortement  grossies  à  la 
la  loupe.  (D'après  Guérîn- 
Méuevillc.) 


(i)  Voir  à  ce  sujet  Kdnckel  d'IIerculais  et  Ragonut,  in  Annales  de  la 
Soc.  entomol.  de  Fratice,  t.  LXIII,   1894,  p.  (xcvii  el  suivantes. 

(■2)  Pickmann  MA^■^■,  The  White  Coffee-leof  minev.  in  American  Natura- 
list,   1872,  p.  332  et  596. 


-  La  chenille,  qui  semble  pénétrer  par  la  face  supérieure, 
vit  entre  les  deux  faces  de  la  feuille  et  dévore  tout  le  paren- 
chyme intermédiaire,  en  formant  ces  taches  fauves,  de  lar- 
geur variable,  que  nous  avons  signalées  plus  haut.  L'épi- 
derme  et  la  cuticule,  bientôt  séparés,  brunissent  plus  ou 
moins,  se  soulèvent  en  formant  des  espèces  d'ampoules  un 
peu  proéminentes  (fig.î,")),  à  l'intérieur  desquelles  se  trou- 
vent les  déjections  de  la  chenille  assez  régulièrement  dis- 
posées en  cercles  concentriques.  Le  plus  souvent  les  mines 
sont  disposées  dans  le  milieu  du  parenchyme.  Leurs  con- 
tours sont  bien  limités  par  la  couleur  verte  non  altérée  des 
régions  voisines.  Ces  larves  ne  paraissent  pas  muer,  car  on 
ne  rencontre  pas  leurs  dé- 
pouilles dans  les  mines;  elles 
vivent  isolées,  mais  une  feuille 
porte  communément  plusieurs 
mines,  qui  parfois  deviennent 
confluentes.  Les  feuilles  peu- 
vent être  attaquées  dès  leur 
épanouissement. 

Au  bout  de  7  à  8  jours,  selon 
Guérin-Méneville  et  Perrotet, 
i8  à  i>o  jours,  selon  Pickmann 
Mann,  la  larve  adulte  sort  de 
la  feuille  par  une  ouverture 
de  un  millimètre  environ,   le 

plus  souvent  sur  la  face  inférieure.  Elle  construit  alors 
rapidement  en  une  journée  environ  une  petite  toile  tendue 
sur  deux  épais  et  courts  cordons  de  soie  croisés  oblique- 
ment. C'est  entre  cette  toile  et  la  feuille  qu'elle  file  un 
cocon  fusiforme,  d'im  blanc  pur,  où  elle  se  transforme  en 
chrysalide.  Elle  en  sort  à  l'état  de  papillon  au  bout  de  6 
jours. 

Le  Cemiostoma  coffeella  est  relativement  très  répandu.  Il 
a  été  fréquemment  observé  en  Amérique,  surtout  vers  le 
côté  du  littoral  atlantique,  dans  les  Antilles,  au  Venezuela 


Fig.  Jj.  —  Feuille  de  Caféier  portant 
une  mine,  M,  et  des  chrysalides, 
Ch,  de  Cemiostoma  coffeella  (Grand, 
natur.). 


—  126  — 
(D"  ErnsX,  Botnnische  Zeitung,  i8y6,  p.  3i),  au  Brésil,  etc. 
M.  Raoul  (i)  l'a  constaté  à  Madagascar,  Maurice,  la  Réunion. 
Dans  cette  localité  il  existerait  depuis  longtemps  déjà  (a), 
M.  Bordage  suppose  que  cette  espèce  est  originaire  des 
régions  où  le  Caféier  vit  à  l'état  sauvage  (Abyssinie,  etc.) 
et  qu'elle  a  été  importée  avec  lui  {Revue  des  Cultures  colo- 
niales, 5  mai  1H99). 

Il  semble  que  le  Caféier  d'Arabie  soit  seul  susceptible 
d'être  attaqué  par  cet  insecte  ;  on  n'a  pas,  du  moins,  signalé 
d'invasion  sur  le  Caféier  de  Libéria. 

L'importance  des  dégâts  commis  semble  fort  variable.  Il 
arrive  fréquemment  que  les  feuilles  qui  portent  de  nom- 
breuses taches  se  dessèchent  et  tombent.  Si  sur  une  plante 
donnée  le  nombre  de  feuilles  ainsi  annulées  dans  leur 
fonction  est  considérable,  l'élaboration  des  principes  hydro- 
carbonés dévolue  aux  organes  chlorophylliens  est  notable- 
ment amoindrie  pour  un  certain  temps,  et  la  plante  n'est 
pas  sans  en  éprouver  un  dommage,  qui  se  traduit  par  une 
diminution  de  la  production  des  fruits.  C'est  ainsi  qu'au 
Brésil  la  récolte  aurait  été,  dans  certains  cas,  diminuée  de 
ce  fait  d'un  cinquième.  A  la  Dominique,  l'existence  des 
plantations  de  Caféiers  fut  gravement  menacée  de  1881  à 
i883  par  l'envahissement  intense  de  l'insecte  dont  nous 
parlons  (3). 

Dans  d'autres  cas,  le  dégât  semble  presque  insignifiant, 
le  mal  apparaît,  mais  son  extension  s'arrête  et  peu  de 
feuilles  sont  attaquées.  M.  Delalande  (4)  a  constaté,  en  effet, 
à  la  Réunion,  la  très  grande  fréquence  des  chenilles 
mortes    dans    les   feuilles,    trois    ou   quatre   pour   une    vi- 


(i)  Manuel  des  Cultures  tropicales  de  E.  Raoul  et  P.  Sagot,  tome  II, 
a*  partie.  Culture  du  Caféier,  pai'  E.  Raoul,  Paris  1894. 

[1)  J.  Delalande,  Observations  sur  les  maladies  des  Caféiers  à  la  Réu- 
nion, Rennes,  i883.  —  L.  Bordage,  Revue  agricole  de  la  Réunion, 
sept.  1897,  et  Revue  des  Cultures  coloniales  du  5  mai  1899.  —  A.  Giard, 
Bulletin  de  la  Société  entomol.  de  France,   1898,  no  9,  p.    201. 

(3)  Botanical  station,  Dominica  ;  Annual  report  for  1893. 

(3)  Op.  cit. 


—  127  — 
vante  ;  et  la  proportion  serait  encore  plus  grande  pour  les 
chrysalides.  M.  Nicole  [Bulletin  agricole  de  la  Martinique 
de  mai  et  juillet  1899,  p.  34)  signale  des  faits  analogues  à 
la  Martinique.  D'un  autre  coté,  M.  Pickmann  Mann  avait 
observé  sur  les  larves  du  Cemiostoma  du  Caféier  la  présence 
de  deux  espèces  différentes  d'autres  larves  parasites.  Elles 
appartiennent  à  deux  Hyménoptères  :  EulopJius  Ceiniosto- 
niatis  et  Exothecus  letifer.  11  semble  par  conséquent  logique 
d'attribuer  l'innocuité  relative  de  l'insecte  dans  certains  cas 
à  la  présence  de  ces  parasites  qu'il  y  aurait  grand  intérêt  à 
introduire  dans  les  régions  où  ils  n'existent  pas.  Il  est  à 
remarquer  que  la  maladie  sévit  avec  d'autant  plus  d'inten- 
sité qu'elle  est  de  plus  récente  importation  :  ce  qui  se  doit 
surtout  à  l'absence  des  ennemis  naturels  de  l'insecte. 

Ce  fait  fut  particulièrement  observé  au  Brésil  au  sujet  du 
Ceniiostoiua  du  (Caféier.  Il  y  a  tout  lieu  de  penser  qu'avant 
1854  il  n'existait  pas  au  Brésil  et  qu'il  y  fut  introduit  par  des 
pieds  de  Caféier  provenant  de  Bourbon;  mais  ce  n'est  que 
depuis  1860  que  les  dégâts  deviennent  considéralîles.  En  plu- 
sieurs régions  (i),  on  peut  voir  ces  papillons  tomber  en  nuées 
lorsqu'on  secoue  les  Caféiers,  et  «  ils  s'y  présentent 
u  quelquefois  en  si  grand  nombre  que  des  plantations  en- 
«  tières  en  sont  dévastées  et  ne  donnent  aucun  produit.  Les 
«  feuilles  des  arbustes  ont  alors  un  aspect  desséché  et 
«   grillé.  » 

M.  A.  Giartl  [loc.  vit.)  a  signalé  deux  autres  Hyménoptères 
parasites  du  Cemiostoma  à  la  Réunion,  dillerents  des  deux 
précédents,  un  EulopJius  et  un  Apanteles.  Mais,  d'après 
M.  Bordage,  ce  ne  seraient  pas  des  espèces  spéciales  au 
Cemiostoma  coffeella.  On  les  trouve,  les  deux  premières  en 
Amérique,  les  secondes  à  la  Réunion,  sur  d'autres  larves  du 
même  groupe,  et  ces  Hyménoptères  se  sont  attaqués  au 
Cemiostoma  du  Caféier  quand  il  a  été  introduit  en  même 
temps  que  la  culture  de  cette  plante. 

(i)  C.  F.  Vak  Delden  Laerm:.  Rapport  sur  la  ciilluic  du  Café...  La 
Haye  et  Paris,  188). 


—  128  — 
Dans  une  étude  récente,  au  sujet  de  la  «  maladie  vermi- 
culaire  »  du  Caféier  à  la  Martinique,  dont  nous  parlerons 
bientôt,  M.  A.  Thierry  (i)  déclare  que  \e  Ccmiostonm  n'at- 
teint sérieusement  que  des  Caféiers  souffrantdéjà  pour  une 
cause  quelconque,  mauvaises  conditions  culturales,  par 
exemple,  mais  surtout  par  suite  de  la  maladie  dont  il  s'oc- 
cupe. Cette  assertion,  vraie  en  elle-même,  et  qu'on  peut 
vérifier  bien  souvent  pour  beaucoup  d'autres  cas  patholo- 
giques, semble  bien  absolue. 

Les  traitements  préconisés  sont  utiles,  mais  souvent 
insuffisants.  Ils  consistent  dans  la  capture  des  papillons  et 
la  destruction  des  larves. 

Pour  la  capture  des  papillons,  M.  Raoul  a  conseillé  l'usage 
de  la  lampe  Gayot.  Elle  sera,  dans  tous  les  cas,  fort  utile; 
mais,  à  défaut,  on  peut,  sans  désavantage,  la  remplacer  par 
le  dispositif  suivant  imaginé  par  jNI.  Noël,  directeur  du  labo- 
ratoire entomologique  de  Rouen.  Formé  d'un  simple  ré- 
flecteur fort  simplifié,  il  peut  être  réalisé  facilement  par 
tout  le  monde  (2). 

«  Ce  réflecteur  se  compose  tout  simplement  d'une  bar- 
ce  rique  défoncée  par  un  bout  et  ])osée  horizontalement  sur 
«  quatre  pieux  enfoncés  en  terre  et  dépassant  le  sol  de 
«  i"'25  environ;  on  place  sur  une  brique,  au  milieu  de 
«  la  barrique,  une  petite  lampe  à  pétrole,  et  on  enduit  tout 
«  l'intérieur  avec  de  la  mélasse  destinée  à  retenir  englués 
«  les  papillons  qui  y  pénètrent.  Cinq  à  six  litres  de  mélasse 
«  suffisent  pour  cette  opération.  On  devra  chaque  soir,  avant 
«  d'allumer  la  lampe,  faire  tourner  une  fois  sur  elle-même 
«  la  barrique,  de  façon  que  la  mélasse  tombée  à  la  partie 
«  inférieure  se  trouve  également  répartie  et  enduise  entiè- 
«  rement  l'intérieur  du  tonneau;  le  matin,  à  l'aide  d'une 
«  raclette,  on  enlève  les  papillons.  » 

(1)  Bulletin  agricole  de  la  Marliiiique.  mai  et  juillet  1899,  p.  Ji  et  sui- 
vantes. 

(2)  Bulletin  de  la  Société  des  Amis  des  sciences  naturelles  de  Rouen, 
189.3,  p.  65  et  66. 


—  129  — 

Le  Cemiostoma  étant  un  papillon  nocturne,  ce  procédé 
sera  appliqué  avec  grand  avantage,  d'autant  que  les  Hymé- 
noptères qui  les  parasitent  ont  peu  de  chance  d'être  détruits, 
puisque  ce  sont  des  insectes  diurnes. 

Au  Brésil,  on  allume  souvent  des  feux  dans  les  planta- 
tions au  moment  de  la  métamorphose  des  chrysalides  en 
papillons;  on  arrive  ainsi  à  détruire  un  grand  nombre  de 
ces  derniers. 

Pour  détruire  les  larves,  on  n'a  d'autres  ressources  que  la 
récolte  et  l'incinération  des  feuilles  envahies;  mais, naturel- 
lement, le  procédé  n'a  d'effet  utile  que  si  on  le  généralise 
dans  une  région  donnée. 

Enfin,  la  protection  attentive  des  oiseaux  insectivores 
constitue  peut-être  le  moyen  prophylactique  le'plus  efficace. 

Gracilaria  coffeifoliella  Motsch.  — Nietner  (i)  a  signalé  à 
Ceylan  cette  teigne  particulière  au  Caféier.  La  larve,  petite, 
mine  les  feuilles;  mais  ses  galeries  sont  bien  différentes  de 
celles  du  Cemiostoma  coffeella.  Elles  sont  localisées  dans  le 
voisinage  de  la  face  supérieure  de  la  feuille,  où  on  les  voit 
bien  plus  nettement  qu'à  la  face  inférieure.  Elles  sont 
blanches,  comme  argentées,  étroites  et  en  zigzag,  au  lieu 
d'être  brunes,  larges  comme  les  précédentes. 

L'insecte  est  très  commun  à  Ceylan,  mais  les  dégâts  qu'il 
commet  sont  sans  importance.  D'ailleurs  tout  ce  que  j'ai 
dit  au  sujet  de  la  destruction  du  Cemiostoma  est  également 
applicable  au  Gracilaria. 

M.  Bordage  [loc.  cit.)  a  vu  à  la  Réunion  une  larve  minant 
les  feuilles  du  Caféier,  qu'il  croit  être  le  Gracilaria  cof" 
feifoliella  de  Ceylan.  Il  a  rencontré  sur  elle  les  deux 
Hyménoptères  parasites  de  la  Réunion  indiqués  plus  haut, 
Eulophus  ei  Apanteles. 


(i)  Nietner  John,  Observations  on  the  Enemies  oj  the  Coffec  tree  tri 
Ceylon  («  Ceylon  Times  »,  i86i,p.  Sa).—  Id.,  The  Coffee  Trec  and  ils  ICne- 
mies,  1^  édition,  p.   i6.  Colombo,   1880. 


—  130  — 
M.  Koiiiiigsberger  signale  aussi  le  même  Gracilaria  sur 
le  Caféier  de  Libéria  clans  la  partie  ouest  de  Java  (i). 

iXietner  (2)  signale  encore  àCeylan  les  larves  d'une  petite 
mouche  grise,  Anthomyza  (?)  Coffeœ  Nietner,  qui  mine  les 
feuilles  de  Caféier  exactement  comme  le  Gracilaria.  Elle  ne 
se  voit  que  pendant  la  période  sèche,  mais  elle  est  peu 
répandue  et  sans  importance. 

M.  Koningsberger  (3)  a  trouvé  aussi  sur  l'Arabica,  à  Java, 
les  larves  d'(95'cm/6:  Coffese  Koningsb.  (Diptère)  minant  les 
feuilles. 


Il    —  INSECTES  DETRUISANT  LES  FEUILLES 

Le  nombre  des  insectes  qui  dévorent  plus  ou  moins  com- 
plètement les  feuilles  de  Caféier  est  considérable.  11  en  est 
d'ailleurs  qui  ne  s'y  trouvent  qu'accidentellement  et  je  ne 
parlerai  ici  que  des  plus  importants. 

L'emploi  des  insecticides  ne  semble  guère  pratique,  en 
général,  pour  opérer  leur  destruction,  et  la  récolte  des 
insectes,  quand  elle  est  possible,  est,  le  plus  souvent,  le 
seul  moyen  d'arrêter  et  de  prévenir  leurs  ravages. 

Coléoptères.  —  Parmi  ce  groupe  d'insectes,  nous  citerons 
les  suivants  : 

Serica  pruinosa  Burm.,  Mélolonthide,  qui,  d'après 
M.  Cotes  (4),  dénude  parfois  complètement  les  Caféiers  dans 
l'Inde. 

Et  plusieurs  Curculionides  (charançons)  : 

(i)  J.-C.  Koxi>gsbergi:r,  i>t'  dierlijke  s'ijandeii  der  Kuffiecultaur  up  Java, 
in  «  Mededeelingen  uit  s'  Lands  Plaoleuluiu  ».    1897,  n"  20. 

(2)  Nietner,  The  Coffee  Tree....  p.    17. 

(3)  J.-C.  Koningsberger,   Op.  cit.,  p.  i6. 

(4)  Cotes,  Miscellaneous  notes  from  the  entomologie  al  section  of  the 
Indian  Maseuni,  vol.  III,   1896  (cité  par  M.  Zimmerm-^^nn), 


—  131  — 

Geonomiis  quadrinodosus  Chev.,  mange,  à  l'état  de  larve, 
le  parenchyme  des  feuilles  qu'il  perfore  comme  un  crible.  11 
est  commun  au  Venezuela  pendant  la  période  liivernale, 
d'après  le  D'^Ernst  (i).  L'insecte  parfait,  qui  n'est  pas  phyto- 
phage, est  néanmoins  commun  dans  les  plantations  de 
Caféiers  et  se  reconnaît  aux  quatre  nœuds  proéminents  qui 
existent  sur  la  partie  postérieure  des  élytres. 

Arhines  destructor  Nietner,  d'un  beau  vert,  est,  d'après 
Nietner  (2),  très  commun  dans  l'Inde,  pendant  la  saison 
sèche,  et  cause  des  dégâts  considérables  sur  les  feuilles. 

Cratopus  puiictum  Fab.,  s'attaque,  à  l'île  Maurice,  au 
Caféier  de  Libéria  et  aussi  à  quelques  autres  plantes,  oran- 
gers, citronniers,  etc.,  d'après  M.  Bonâme(3).  Il  dévore  les 
feuilles  des  jeunes  arbres  au  fur  et  à  mesure  de  leur  crois- 
sance. Les  arbres  peuvent  être  entièrement  dépouillés  et 
périr  si  le  dégât  se  répète  plusieurs  fois.  Le  Caféier  d'Ara- 
bie semble  toujours  respecté  par  cet  insecte. 

Pour  le  détruire,  M.  Bonàme  conseille  l'emploi  de  lampes 
à  réflecteur,  qu'on  pourrait  remplacer  par  le  procédé  dont 
nous  avons  parlé  plus  haut;  mais  il  croit  plus  avantageux 
de  faire  recueillir  les  insectes  le  matin,  alors  qu'ils  sont 
encore  engourdis  par  la  fraîcheur  de  la  nuit,  tandis  que  dans 
le  jour  ils  s'envolent  quand  on  les  approche.  11  sera  encore 
nécessaire  de  secouer  les  arbres  où  ils  sont  abondants,  ce 
qu'on  reconnaît  aux  ravages  causés  au  feuillage,  et  le  ma- 
nœuvre chargé  de  le  faire  devra  être  accompagné  d'une 
bande  de  dindons  qui  se  chargeront  de  détruire  les  insectes 
tombés.  M.  Bonàme  reconnaît  cependant  qu'en  général  les 
petits  oiseaux  insectivores  les  dédaignent. 


|i)  D"'  Ernst,    Estitdios  sobre p.  ai. 

(2)  Nietner,    The  Coffee  tree  and  ils  enemies.  1'  vd..  p.  19. 

(3)  BoNAME.   ColoiiY  of  Mauritius,    Rapport    airiiK'l   ilo   la  Slalioii  ai;roiio- 
iniquo,  aiincos  i8<)(j  et   181)7. 


—  132  — 
A  la  Réunion,  M.  Bordage  a  observé  également  les  dégâts 
de  cet  insecte,  mais  il  n'y  est  pas  commun  tous  les  ans  (i). 

Hypomyces  curtus  Schœnherr,  s'attaque  assez  souvent,  à 
Java,  aux  jeunes  feuilles  de  Caféier,  d'après  M.  Konings- 
berger  (a). 

Des  Charançons  indéterminés  nuisent  également  aux 
feuilles  jeunes  des  Caféiers  en  Nouvelle-Calédonie  (3), 

Plusieurs  espèces  du  genre  Aulacophora ,  Chrysomélides, 
sont  nuisibles  aux  feuilles,  à  Java  (4). 

Lépidoptères.  —  Terias  Hecabe  L.,  Papilionide,  attaque  et 
dénude  entièrement  les  Dadap  [Albizzia)  qui  servent  d'abris 
aux  Caféiers  à  Java  (5)  ;  il  est  par  suite  nuisible  à  ces  derniers, 
où  il  fait  même  parfois  ses  chrysalides  sur  la  face  inférieure 
de  la  feuille. 

Cephonodes  hylas  L.,  Sphingide,  dévore  entièrement  les 
feuilles  du  Caféier  dans  la  Péninsule  malaise  (6).  M.  Konings- 
berger  (7)  Ta  rencontrée  également  à  Java. 

L'éclat  vitreux  de  ses  ailerons  et  les  dessins  que  présente 
son  corps  lui  donnent  l'apparence  d'une  guêpe. 

Deux  espèces  indéterminées  du  genre  Psyché,  Psychides, 
sont  signalées  aussi  comme  nuisibles  aux  feuilles  à  Java  par 
le  même  auteur  (8). 

Orela  exlensa  Wlk.,  Drépanulide,  existe  à  Sumatra  et  est 


(i)  BoRDAGi:,'^Op.   cil. 

(2)  KoNiNGSBERGER,  Eeistc  oscrziclit  der  schadeli/fie  en  nuttige  insecten 
van  Java,  in  «  Mededoclingeii  uit's  Lands  Planlenluiii  »,  i8i)8,  n"  22,  p.  Sg 
(cite  par  M.  Zimmerma.ms). 

(3)  Notice  pratique  sur  la  culture  du  Caféier  en  Nouvelle-Calédonie, 
par  Perret.  Nouméa,   1895. 

(4)  KOMXGSBERGER,    Op.    cit.  ,  p.  36. 

(5)  De  dierlijke  vijanden  der  Koffiecultuur.  p.   ôi  (Zimmeriviann). 

(6)  RiDLET,  Coffee  diseases,  in  «  Agricultural  Bulletin  of  the  Malayan 
Peninsula  »,  1897,  n°  7,  p.   146  (Zimmermann). 

(7)  Koningsberger,  Compte-rendu  du  jardin  de  Buitenzorg  (on  hollandais) 
pour  1897,  Batavia,  1898,    p.   108  (D'après  une  analyse). 

(S)  Id'. 


—  133  — 
très  répandue  à  Java  depuis  1891  (i),  et  sa  chenille  y  a  causé 
des  dégâts  très  graves,  arrêtant  complètement  le  développe- 
ment des  arbres  par  la  destruction  continuelle  des  feuilles. 
Malgré  la  capture  de  nombreuses  larves  et  de  papillons 
qu'on  attirait  avec  des  lumières  allumées,  le  fléau  ne  s'atté- 
nuait guère.  Mais,  à  un  certain  moment,  le  nombre  de  ces 
insectes  a  considérablement  diminué  et  M.  Koningsberger 
a  pu  se  rendre  compte  que  ce  résultat  heureux  était  dû  à  l'in- 
tervention de  larves  d'Hyménoptères  parasites  ;  sur  yoo  che- 
nilles environ  qu'il  a  examinées,  60  %  étaient  envahies  par 
une  grosse  Ichneumonide,  4  %  par  une  espèce  du  genre 
Chalcis.  En  même  temps,  les  œufs  étaient  parasités  par  deux 
espèces  du  genre  Eiicyrtus,  et  le  même  observateur  pense 
qu'une  punaise  (Hémiptère)  du  groupe  des  Lygfeides  suce 
le  corps  des  larves  et  contribue  aussi  aies  détruire. 

La  chenille  de  YOreta  e.rtensa  est  reconnaissable  par  la 
forme  de  sa  tête  qui  présente  un  peu  l'apparence  d'un  groin. 
Le  papillon,  nocturne,  de  petite  taille,  noir  ou  brun  velouté 
avec  deux  raies  latérales  plus  claires,  porte  sur  la  tête  une 
petite  corne  tournée  en  arrière. 

Le  Caféier  de  Libéria  est  entièrement  indemne  des  at- 
taques de  cette  chenille. 

Plusia  vevticillata  est  très  nuisible  aux  jeunes  plants  de 
Caféier  aux  îles  Hawaï  (a). 

Tortrix  coffearia  Feld.  Tortricido,  enroule  ensemble  les 
feuilles  de  Caféier  et  vit  à  l'état  de  larve  dans  cette  sorte 
d'étui.  Il  ne  commet  pas  d'ailleurs  de  graves  dégâts.  Il 
existe  à  Ceylan,  d'après  Nietner  (3) ,  et  à  Java,  d'après 
Koningsberger  (4). 


(i)  KoNiMGSBERGER,  De  rupenpladg  inKedii-i,  ^eroovzaakt  door  den  Oelar 
djarnn  (Dicrlijke  vijanden  der  Koffioculluur,  n"  7),  in  «  Teijsmannia  ». 
IX,  p.  219.  —  Raedt  van  Oldexbarnf.velt,  Op.  cit. 

(2)  Kœbele,  Report  ofthe  entoinologist  of  the  HcnvuUau  gos'ernment.  in 
«  Tropical  AgriciiiUirist    »,    1H97,  p.  35. 

(3)  Op.  cit. 

(4)  Cité  par  M.  Zimmermann. 


—  134  — 

Orthoptères.  —  Un  certain  nombre  d'Acridiens  (Criquets) 
dépouillent  de  leurs  feuilles  les  Caféiers  comme  beaucoup 
d'autres  plantes.  Quelques-uns  même  s'attaquent  parfois 
aux  jeunes  rameaux  et  aux  fruits,  et  on  doit  citer  surtout  à 
ce  point  de  vue  O.rya  flavo-anuulata  Stal.,  petite  espèce  ren- 
contrée par  M.  Konigsberger  à  Java  et  signalée  à  Su- 
matra (i). 

Hémiptères.  —  Des  cigales  ont  été  incriminées  comme 
produisant  des  dégâts  sur  les  feuilles  à  Java  (2),  en  Nouvelle- 
Calédonie  (3).  Leur  détermination  exacte  n'est  pas  faite  et  il 
n'est  pas  possible  de  dire  à  quelle  espèce  on  a  affaire.  Les 
dommages  semblent  d'ailleurs  assez  faibles. 

Fourmis.  —  Plusieurs  espèces  de  fourmis  ont  produit  et 
produisent  au  Brésil,  dans  les  plantations  de  Caféiers,  des 
dégâts  importants.  La  plus  répandue  et  aussi  la  plus  dan- 
gereuse, qui  exerce  surtout  ses  ravages  dans  la  province  de 
Santos,  est  connue  dans  le  pays  sous  le  nom  de  Sauva  ou 
Tana-jura.  On  a  vraisemblablement  réuni  sous  ce  nom, 
comme  le  fait  observer  Brehm  (4),  plusieurs  espèces  voi- 
sines appartenant  au  genre  Œcodoma .  Ce  sont  des  fourmis 
brunes,  longues  de  deux  centimètres.  Elles  construisent 
dans  les  clairières  des  bois,  dans  les  plantations,  des  tertres 
assez  peu  élevés,  mais  très  étendus,  qui  constituent  la  cou- 
verture d'un  nid  à  couloirs,  creusés  en  tous  sens  dans  le 
sol,  pourvus  de  nombreuses  ouvertures  le  plus  souvent  fer- 
mées. Dans  ce  terrain  ainsi  miné,  les  racines  des  arbres 
sont  mises  à  nu,  quand  elles  ne  sont  pas  rongées,  et  le  dom- 
mage est  fort  considérable. 

(i)  CiU'  })ar  M.  Zimmf.rman>!. 

(■2)  Raedt  va:<  Oldenbarxevelt,  Op.  cit.  ^ 

(3)  Notice  pratif/ue  sur  la  culture  du  Caféier  en  Nou\'eUe-Calédonie,  par 
Pf.rret;  Nouméa,  189").  —  Mairot,  Bulletin  de  l'Union  agricole  calédo- 
nienne, 11°  3o,   iH()(). 

(4)  Brehm.  Les  Insectes,  ('dilion  française  par  Kunckfi.  d'Herculais, 
I,p.  14 '. 


—  i:{o  —. 

Mais  les  ravages  ne  se  l)ornent  pas  là.  Ces  mêmes  roiii- 
mis,  d'après  Brehm,  coupent  les  feuilles  d'un  certain 
nombre  d'arbres.  Elles  s'accommodent  volontiers  du 
Caféier,  mais  elles  lui  préfèrent  l'oranger  et  le  citronnier. 
Les  menus  fragments  tombés  sur  le  sol  sont  découpés, 
transportés  et  accumulés  dans  les  galeries.  Plusieurs  obser- 
vateurs dignes  de  foi  ont  aiïirmé  que  ces  débris,  après 
avoir  été  manipulés  et  réduits  en  petites  boulettes,  sont  en 
quelque  sorte  ensemencés  par  les  fourmis  et  qu'il  s'y  déve- 
loppe un  champignon  dont  ces  industrieux  insectes  entre- 
tiennent la  culture  et  qui  servirait  de  nourriture  à  toute  la 
colonie  (i)  . 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  merveilleux  instinct, la  Sauva  n'en 
est  pas  moins  un  animal  fort  nuisible,  et,  d'après  Van 
Delden  Laerne  h.),  cliaque  exploitation  de  Caféiers  dans  la 
province  oii  cette  fourmi  est  commune  ne  dépensait  pas 
moins  de  a  à  v3oo  francs  par  mois,  pour  la  combattre,  il  y 
a  une  quinzaine  d'années. 

On  emploie,  à  cet  effet,  un  liquide  à  la  fois  insectide  et 
explosif,  le  fonnicida,  dont  la  formule  exacte  n'est  pas 
connue,  mais  qui,  d'après  M.  Raoul,  renfermerait  du  sulfure 
de  carbone  avec  une  petite  quantité  de  matière  explosible. 
Pour  l'utiliser,  on  recherche  avec  soin  les  allées  de  four- 
mis, et  on  découvre  et  débarrasse  des  herbes  l'entrée  des 
galeries.  Puis,  avec  un  vase  muni  d'un  long  bec,  on  verse 
dans  tous  les  trous  une  certaine  quantité  d'eau  pour  humec- 
ter le  sol  de  la  fourmilière;  ensuite,  la  quantité  voulue  du 
fonnicida  ayant  de  même  été  injectée,  on  y  met  le  feu.  Des 
explosions  successives  se  produisent  très  rapidement,  le  nid 
est  détruit  et  les  fourmis  se  trouvent  brûlées  ou  asphyxiées. 

Van  Delden  Laerne  cite  encore  au  Brésil  une  autre 
fourmi  indéterminée  zoologiquement  cpii  relève   le  sol  au 

(i)  Voir  à  ce  sujet  :  Mœller,  Die  PilzgaerlPii  eiiiiger  sudaini'rirdiiisrlu'r 
Aincisen^  lona,  1893.  (IjCs  Charapignonnières  de  quelques  fourmis  sud-amé- 
ricaines.) 

(2)  Op.  cit. 


—  136  — 

pied  des  Caféiers  et  y  forme  de  petites  éminences.    On  la 
nomme  dans  le  pays  ciipim. 

A  Geylan,  d'après  M.  Cotes  (i),  un  Formicide,  le  Cremato- 
gaster  Dohrni  Mayr,  construit  dans  les  plantations  des  nids 
souterrains,  qui  peuvent  atteindre  deux  pieds  de  diamètre. 
Les  Caféiers,  dont  les  racines  correspondent  à  ces  nids 
sont  gravement  endommagés  et  souvent  même  périssent. 

De  même,  au  Guatemala  et  dans  le  Soconusco  (Mexique), 
une  autre  fourmi  appelée  dans  ces  régions  zompopo  émiette 
fortement  le  sol  et  est  considérée  comme  très  nuisible  aux 
Caféiers  quand  elle  s'établit  dans  une  plantation.  On  la 
combat  à  Faide  de  labours  profonds  qui  atteignent  leurs 
galeries  où  on  verse  de  Feau  bouillante.  Les  racines  du 
Caféier  ne  doivent  guère  s'accommoder  d'une  telle  façon  de 
procéder;  il  serait  préférable  d'utiliser  le  sulfure  de  car- 
bone. 


INSECTES  PERFORANTS  (BORERS) 

Ces  insectes  présentent  ce  caractère  commun  que  leurs 
œufs  déposés  dans  une  fissure  de  la  tige,  accidentelle  ou 
produite  par  la  femelle  pondeuse,  donnent  naissance  à  des 
larves  s'ouvrant  un  passage  au  travers  du  bois,  jusqu'à  la 
partie  centrale  de  la  tige.  Dans  cette  région,  elles  se  creu- 
sent une  galerie  de  dimension  variable,  où  elles  se  trans- 
forment en  chrysalide  et  d'où  elles  sortent  à  l'état  d'insecte 
parfait. 

C'est  à  cette  catégorie  d'insectes  qu'on  applique  en  an- 
glais le  nom  de  «  borers  »,  qui  se  traduit  en  français  par 
«  tarière  »,  étant  données  les  mœurs  de  la  larve. 

11  en  existe  plusieurs  espèces  appartenant  à  des  familles 

(i)  Cotes,  Miscellaneous  notes  fvom  the  entoiiiological  section  of  the 
Indian  Muséum,  p.  117. 


—  137  — 

d'insectes  différentes  ;  ces  insectes  ne  sont  pas  encore  tous 
connus  et  différenciés.  On  a  observé  leurs  ravages  sur 
toute  la  côte  occidentale  d'Afrique,  Sierra-Leone,  Libéria, 
Côte  d'Or  et  en  Asie,  dans  le  sud  de  l'Inde,  Ceylan,  la  Co- 
chinchine,  le  Tonkin,  etc. 

Coléoptères  Longicornes.  —  Xylotrechus  quadripes  Ghe- 
vrolat.  —  Ce  Coléoptère  Longicorne  est  commun  dans  le 
sud  de  rinde,  où  on  l'appelle  Coffee  Borer  ;  à  Ceylan,  où  il 
est  également  répandu,  on  le  connaît  sous  le  nom  de  White 
Borer  ou  de  Indian  Borer  (i). 

Il  n'est  pas  rare  dans  la  Basse-Cochinchine,  et  je  l'ai  reçu 
du  Tonkin,  à  l'état  d'insecte  parfait,  accompagné  de  l'échan- 
tillon de  bois  qu'il  avait  creusé  sous  sa  forme  larvaire,  ce 
qui  m'a  permis  de  donner  les  figures  ci-jointes  (fig.  36, 
37,  38).  D'après  M.  Raoul,  le  Caféier  de  Libéria  en  serait 
attaqué  aussi  bien  que  le  Caféier  d'Arabie,  quoique  moins 
gravement.  La  même  espèce  attaquerait  aussi  les  rameaux 
d'une  plante  à  kino,  le  Pterocarpus  Mar- 
supium  (2). 

L'insecte,  qui  a  de  i,5  à  2  centimètres 
de  long,  est  grêle,  de  couleur  jaune  ou 
rougeàtre,  rayé  de  bandes  noires  (fig.  36). 
La  femelle  perfore  l'arbre  jusqu'àla  moelle 
et  dépose  son  œuf  dans  la  galerie  ainsi 
faite  (fig.  37).  La  larve  qui  en  provient  est, 
comme  celle  des  Longicornes  en    gêné-      Yig.m.  —  Xyiotrechus 

quadripes    Ghevrol. 

rai,    blanche,  charnue,    apode,    avec    un        (Grand,  nat.) 
tégument   induré,  approprié  à  son  mode 
de  vie  dans  le  bois  de  la  tige   du  Caféier.  Cette  larve,  une 
fois  éclose,  continue  de  ronger  ;  elle  progresse  peu  à  peu 
dans  le  bois  en  formant  des  galeries,   parfois  obliques  ou 

(i)  DuNNiNG,  Joseph  William,  On  the  Coffee  Borer  of  Southern  India 
(Xylotrechus  quadrupes  Chevrotât),  «  Entomological  Transactions  »,  1868. 
p.  io5-i32.  —  Rév.  G.  RicHTER,  in  «  The  Coorg-  Season-rcport  ».  i*""  juil- 
let 1867,  i5  octobre  1867.  —  D'  Bidie  Georges,  Report  to  the  Madras 
Government,   16  octobre  1867,  et   Ravages  of  the  Borer    (Xylotrechus  qua- 


—  138  — 
un  peu  sinueuses,  de  6  à  7  millimètres  de  diamètre, obstruées 
par  une  sciure  blanche,  très  compacte,  que  la  larve  laisse 
derrière  elle  (fi g.  '-^S).  Toute  la  partie  de  la  branche  ou 
de  la  tige  située  au-dessus  de  la  région 
creusée  ne  tarde  pas  à  mourir,  les 
feuilles  se  dessèchent  et  on  peut  dès 
lors  soupçonner  la  présence  de  la 
larve.  Souvent  la  branche  évidée  se 
brise  au  moindre  coup  de  vent. 

Quand  le  collet 
n'est  pas  encore 
atteint,  le  Caféier 
peut  repousser  du 
pied  après  recépa- 
ge, mais  le  dom- 
mage [apporté  par 
la  perte  du  fruit 
n'en  persiste  pas 
moins. 

Le  D'  Bidie  [Op. 
cit.]  croit  cpie  rem- 
ploi des  plantes  à  ombrage  et  une  culture 
entendue  sont  les  meilleurs  préservatifs. 
De  même,  M.  Raoul  recommande  soi- 
gneusement les  abris  pour  éviter  les 
atteintes  de  cette  larve,  car  il  considère 
que  les  cultures  en  plein  soleil,  dans 
les  contrées  équatoriales  du  moins,  y 
sont  fortement  prédisposées.  On  doi* 
sans  doute  en  chercher  la  raison  dans  ce  fait  que  Finsecte 
parfait  va  toujours  déposer  ses  œufs,  autant  qu'il  le  peut 


Fig.  37. —  XylotrecJuisqua- 
flripes  dans  un  tronc  de 
Caféier.  P,  orifice  de 
sortie  de  l'insecte  par- 
fait. (Grand,  nat.) 


Fig.  38.  —  Section  lon- 
gitudinale d'un  tronc 
de  Caféier,  montrant 
les  galeries,  G,  de  la 
larve  de  Xylotrechus 
qiiadripes.  (Grandeur 
nat.) 


drupes  ChesTolat)  in  The  Coffee  plantations  of  Mysore  and  Coorg. 
in  Entomol.  Soc.  Proc.  1868,  p.  a8-32  ;  Zoologisl.  îll,  1868.  p.  i335- 
1339. 

(2)  G.  RicHTER,  The  Coffee  Borer,  in  «  Procoerl.  of  Agric.  Hort.  Society  of 
Madras   »,   1894,  p.  79-82. 


—  139  — 
et  pour  en  faciliter  Féclosion,  dans  les  parties  de  la  tige  les 
plus  échauffées  par  le  soleil. 

11  est  indispensable  de  retrancher  toute  la  partie  atteinte 
et  de  la  brûler  avec  les  insectes  qu'elle  contient.  On  devra 
expérimenter  également  le  procédé  de  destruction  que  je 
signale  plus  loin  (p.  142)  pour  un  insecte  produisant  sur  les 
Caféiers  des  dégâts  identiques. 

M.  Raoul,  dans  l'ouvrage  précité  (p.  35),  étudie  les  dégâts 
produits  par  un  autre  coléoptère  dont  la  larve  serait  égale- 
ment térébrante,  d'après  M.  Pringle  (i).  Il  me  semble,  à  dé- 
faut de  renseignements  certains,  qu'il  s'agit  du  même 
insecte  que  le  précédent.  Il  a  une  synonymie  identique. 

C'est  d'ailleurs  également  l'opinion  de  M.  Zimmer- 
mann  (2). 

Récemment,  M.  Ch.  Lemarié  a  signalé  au  Tonkin,  à 
Hanoï  (3),  un  insecte  qui  présente  tous  les  caractères  du 
Xylotrechus  quadripes.  L'intéressante  étude  qu'il  en  a 
donnée  ne  permet  guère  de  douter  de  leur  identité,  qu'il  a 
d'ailleurs  supposée. 

D'après  M.  Sanchez  y  Sanchez  (rapport  en  espagnol  cité 
par  M.  Lemarié),  cet  insecte  du  Tonkin  causerait  aussi  des 
dommages  notables  aux  Philippines. 

Herpetophy gas  fasciatus  Fahr.  —  Le  D'' Warburg  (4  >  a  ren- 
contré ce  Longicorne  dans  les  possessions  allemandes  de 
l'Afrique  Orientale.  L'insecte  dépose  ses  œufs  sur  les  écorces 
de  Caféiers  jeunes,  et  la  larve  une  fois  éclose  perfore  la 
tige  et  se  tient  d'abord  entre  l'écorce  et  l'aubier,  puis   arri- 

(1)  The  Tropical  Agriculturist,   i^'  août  1^91,  p.    i  i8. 

(2)  Op.  cit. 

(3)  Une  maladie  du  Caféier,  in  «  Journal  officiel  de  l'Indo-Chine  fran- 
çaise  »,  10  juillet  1899. 

(4)  Warburg, i?m  neuer  Kaeffeeschœdling  ans  Afrika,  in  «  Mittheilungen 
a.  d.  deutsch.  Schutzgebiet  »,  iSgS.  2«  cahier  (cité  par  M.  Zimmermann).  — 
D'  KoLBE,  Thienvelt  Os/- J/>-iArts,  livraison  VI,  p.  32-34  (cité  par  M.  P.  Lesne), 
in  «  Bulletin  du  Muséum  d'histoire  naturelle,  n"  3,  1899  ». 


—  140  — 
vant  au  bois,  elle  creuse  alors  sa  galerie  longitudinalement. 
On  reconnaît  la  présence  de  Finsecte  à  une  série  de  petits 
trous,  distants  de  3  ou  4  millimètres  :  ce  sont  des  trous 
d'aération.  La  vermoulure  produite  reste  dans  la  galerie,  la 
larve  dans  ses  mouvements  de  progression  la  rejetant  en 
arrière  et  sur  les  côtés. 

Lorsque  la  larve  a  atteint  la  région  du  collet,  elle  quitte 
alors  le  bois,  pratique  dans  la  couche  cambiale  une  galerie 
circulaire,  irrégulière,  et  se  transforme  en  nymphe  dans 
cette  même  région.  Ce  dernier  dégât  de  la  larve  tue  le 
Caféier  en  général,  car  la  destruction  du  liber  et  de  la 
couche  génératrice  arrête  l'accroissement  de  l'arbre  à  la 
base  et  empêche  la  circulation  de  retour  des  liquides  séveux. 

Le  D'  Warburg  conseille  l'arrachement  et  l'incinération 
des  arbres  très  atteints  avec  les  larves  qui  y  sont  incluses. 
Si  le  dégât  est  peu  étendu,  il  recommande  l'emploi  d'un 
mélange  de  pétrole  et  de  sulfure  de  carbone  à  appliquer 
.comme  nous  le  dirons  dans  un  instant. 

M.Wisser  (i)a  récolté  auCongo d'autres  Longicornesdont 
les  larves  perforent  également  les  tiges  de  divers  Caféiers. 
Ces  Longicornes  déterminés  par  M.  Fairmaire  sont  les  sui- 
vants : 

Monohamnus  [Bixadus)  sierricola  White(2)sur  le  Libéria 
et  l'Arabica; 

Une  autre  espèce  indéterminée  du  genre  Monohamnus 
sur  le  Libéria; 

Coptops  fiisca  01.  sur  les  Coffea  canephora  (Caféier  du 
Kouilou)  et  Arabica  ; 

Barseus  sordidns  01.  ; 

(i)  Extraits  d'an  rapport  adressé  par  M.  Wisf^EK, inspecteur  des  planta- 
tions de  la  «  Nieuwe  Afrikaandsche  Handels  Vennootschap  »,à  M.  Chalot 
sur  divers  insectes  nuisibles  aux  Caféiers  dans  la  région  du  Loango  et  du 
Kouilou,  avec  notes  de  M.  P.  Lesne,  m  «  Bullolin  du  Muséum  d'histoire 
naturelle   »,  n°  3,  1899. 

(2)  Observé  aussi  par  M.  Blandford,  Insects  destructive  to  cultivated 
plants  in  West-Africa,  in  «  Kew  Bulletin  of  niiscollaneous  informations  », 
1897,  no  123,  p.    1-5. 


—  141  — 

Coroplesis,  espèce  indéterminée,  sur  Coffea  canephora  ; 
Eumimetes  niaculifoi'inis  sur  Arabica. 

Des  larves  de  Longicornes  ont  été  rencontrées  à  Java  par 
M.  Koningsberger  dans  les  tiges  de  Caféiers  (i).  Mais 
comme  il  n'a  pas  trouvé  les  insectes  parfaits,  il  n'a  pu  dé- 
terminer les  espèces  de  façon  certaine. 

Le  même  auteur  signale  dans  le  Minahasa  (ile  Gélèbes) 
un  autre  Longicorne,  Thranodes  pictwentris  Pascoe,  très 
fréquent  sur  les  vieux  troncs  de  Caféiers,  mais  dont  le 
mode  dévie  n'est  que  très  peu  connu, 

M.  Veen  (3)  cite  enfin  un  Longicorne  Praoïietlia  melanura 
Pascoe,  également  commun  sur  les  troncs  de  Caféier  à 
Java. 

Toutes  ces  espèces  sont  d'ailleurs  justiciables  des  traite- 
ments ci-dessus  indiqués. 

Xylopliages.  —  Ce  groupe  de  Coléoptères  renferme  deux 
espèces  du  genre  Apate  signalées  comme  perforant  les  tiges 
de  Caféiers  : 

Apate  fraiiciscea  F.  (4),  rencontré  sur  lesLibéria  de4  àSans 
dans  le  Togoland  (Guinée  allemande).  Des  larves  et  insectes 
parfaits  furent  trouvés  dans  une  galerie  de  l'écorce,  dont 
l'ouverture  se  trouvait  dans  la  moitié  inférieure  du  tronc, 
mais  le  canal  se  prolongeait  plus  haut.  Les  feuilles  et 
rameaux  noircissent  et  meurent  dans  le  voisinage  du  canal 
et  les  arbres  périssent.  M.  Sadebeck  conseille  le  recépage 
jusqu'au  collet  et  l'incinération  des  pieds  atteints. 

Apate  nionachus  Fabr.  [5),  a  été  observé  déjà  par  ]\I.  Le- 

(i)  Koningsberger,  Eersle  us'erziclit...  p.  371). 

(2)  Id.,  id.  et  Compte-rendu  du  Jardin  de  Buitenzorg  pour  1897,  p.   îo8, 

(3)  Veen,  H.  J. ,  Lijst  s'un  insecten  scliadelijt  voor  de  Koffiecultuur.  in 
«  Bulletin  van  het  Koloniaalmuseum  le  Haarleni  »,  juin  1897,  p.  5o. 

(4)  Sadebeck,  Beobaclituiigeii  und  Bemerkuugen  ûher  die  durch  Hemi- 
Icia  vastatrix  \'erursactite  Blattfleckenkranktieit  der  Kaffeebseume ,\n  «  Forst- 
lieh-naturwissenschafllichc  Zeitschrift,  IV,   iSgS,  p.  34o  (en  noie)  ». 

(5j  WissER,  Op.  cit. 


142  — 


comte  sur  les  Caféiers  à  Ntouba  (Congo français).  M.  Wisser 
l'a  rencontré  au  Loango  et  au  Kouilou  (fig.  ,'^7). 

La  présence  de  l'insecte  est  reconnue  au  Jjout  tl'un  cer- 
tain temps,  car  lorsque  la  quantité  de 
sciure  produite  est  trop  considérable,  la 
larve  la  rejette  hors  de  ses  galeries. 

M.  Wisser  a  cherché  à  détruire  la  larve 
sur  place.  A  cet  effet,  il  imprègne  des 
boulettes  de  coton  avec  un  mélange  de 
créoline  et  de  chloroforme  et  obture  avec 
ces  boulettes  les  trous  de  pénétration 
qu'il  recouvre  ensuite  de  mastic.  Ce  trai- 
tement tuerait  les  larves  et  on  verrait 
ensuite  le  Caféier  cicatriser  ses  plaies. 
Dans  le  cas  où  les  galeries  sont  peu 
l'ig.  j().— Galerie,  G.  étendues  et  ne  menacent  pas  encore 
l'existence  de  la  plante,  il  sera  utile  d'ex- 
périmenter pour  le  moins  ce  moyen  de 
lutte  contre  les  différents  insectes  perfo- 
reurs  qui  se  comportent  à  peu  près  comme 
celui-ci.  D'autres  substances,  à  défaut  de 
celles  employées  par  M.  Wisser,  pour- 
raient être  utilisées  avec  succès  sans  doute,  telles  la  ben- 
zine et  le  sulfure  de  carbone. 


Galerie,  G. 
produite  dans  un 
tronc  de  Caféier  au 
Congo  par  VApalc 
monachus.  (D'aj^rès 
un  dessin  de  M. 
Poujade,  emprunte 
au  Bulletin  du  Mu- 
séum d'histoire  na- 
turelle.) 


Coléoptères  Bostrychides.  —  Bostriqtie  du  Caféier  :  Le 
D"  Zimmermann  (i)  a  rencontré  récemment  sur  des  Caféiers 
hybrides  à  Buitenzorg  et  sur  l'Arabica  dans  la  partie  orien- 
lale  de  Java  un  Coléoptère  Bostrychide,  vraisemblablement 
(Ui  genre  Bostrycliiis,  qui  s'attaque  aux  branches  et  les  fait 
périr. 

(i)  Zimmermann,  Over  eenige  Koffieziekten,  in  «  Compte-rendu  du  Con- 
grès pour  le  Caféier,  tenu  en  1898  à  ÎVIalaug-  (Indes  Néerlandaises)  ».  — 
Id.,  Os'er  een  niemven  Koffiehoorder.  in  a  Toijsmannia  »,  1898,  p.  4  j.  — 
Id.,  Ein  Borkeiikxfer  als  Kaffeescha-dliiig,  \n  u  Dei-  Tropenpflanzer  ».  jan- 
vier 1899. 


—  143  — 

L'insecte  parfait,  coloré  en  jaune-brun,  velu,  a  environ 
2  millimètres  de  long  sur  o'""7  de  large.  Les  larves  apodes 
sont  d'un  blanc  de  neige.  Dans  les  galeries  creusées  sur 
les  rameaux  et  qui  ont  en  général  une  dimension  de  i  cen- 
timètres de  long  sur  i  millimètre  de  large,  on  trouve  à  la 
fois  des  larves,  des  chrysalides,  des  insectes  parfaits. 

Les  galeries  s'ouvrent  à  l'extérieur  du  rameau  et  sont  le 
seul  indice  de  la  présence  de  l'insecte. 

Les  branches  envahies  deviennent  flasques  et  se  fanent 
rapidement,  puis  elles  jaunissent  et  meurent  en  devenant 
tout  à  fait  noires.  La  seule  chose  qu'on  puisse  conseiller, 
c'est  de  couper  les  portions  malades  au-dessous  du  point 
de  pénétration  de  l'insecte  et  de  les  brûler  ensuite. 

M.  Bonàme  signale  à  l'île  Maurice  (i)  des  insectes  indé- 
terminés du  même  groupe  qui  se  comportent  exactement 
de  même  et  doivent  être  combattus  par  un  procédé  iden- 
tique. Ces  Bostrychides  percent  les  jeunes  rameaux  jusqu'à 
la  moelle.  Ils  creusent  dans  cette  portion  de  la  tige  un 
canal  long  de  a  centimètres,  où  on  trouve  des  larves  et 
des  insectes  parfaits.  Ces  derniers  sont  d'une  couleur 
variant  du  brun  au  noir;  leur  longueur  est  de  i  millimètre 
et  demi. 

Enfin,  parmi  les  insectes  Coléoptères  perforant  les  tiges 
de  Caféiers  on  doit  nommer  encore  : 

Un  Carabide  indéterminé,  du  genre  Cicindela^  qui  à 
Java  (a)  tue  les  jeunes  branches  de  Caféier  en  les  perçant 
jusqu'à  la  moelle  pour  s'y  creuser  un  abri,  d'où  il  guette 
les  insectes  qui  constituent  sa  proie.  On  sait,  en  effet,  que 
les  Carabides  sont  de  grands  destructeurs  d'autres 
insectes. 

Un  Borc-r  indéterminé  qui  se  trouve  de  temps  en  temps 

(i)  BoNAMK,  Coloiiy  of  Mciulitius,  Rapport  de  [a  Station  agronomique 
pour  1897. 

(•2)  KoMNGSBERGKR,  Dt'  (lierlijko  vijanden...,  p.  38. 


—  144  — 

sur  les  tiges  de  Caféier  en  Nouvelle-Calédonie  (i),  surtout 
dans  les  plantations  situées  en  plein  soleil  et  non  ombra- 
gées. 

Lépidoptères.  —  Ce  groupe  renferme  un  insecte  dont  la 
larve  s'attaque  aux  tiges  de  Caféier  et  y  cause  des  dégâts 
importants  : 

C'est  le  Zeuzera  Coffeœ.  Cette  espèce  créée  par  Nietner  (r>.) 
est  le  Red  Borer  du  Caféier,  dans  le  sud  de  l'Inde.  Le  papil- 
lon est  blanc,  moucheté  de  taches  verdàtre  foncé.  Les  che- 
nilles, de  2  centimètres  de  long  environ,  sont  assez  grêles, 
d'un  rouge  pourpre  avec  une  grosse  tache  blanche.  Les 
galeries  faites  par  les  larves  causent  un  dommage  notable 
aux  Caféiers  jeunes  aussi  bien  que  vieux  dans  le  sud  de 
l'Inde  et  à  Ceylan.  Cet  insecte  existe  aussi  au  Tonkin. 
L'arbre  à  thé  et  les  jeunes  troncs  de  Farbre  à  Santal  [San- 
taliim  album)  sont  également  sujets  aux  attaques  de  cette 
larve.  On  la  combattra  par  les  procédés  indiqués  plus  haut. 


INSECTES  TERRICOLES 

La  plupart  de  ces  insectes  sont  nuisibles  à  l'état  de  larve; 
quelques-uns  aussi  à  l'état  d'insectes  parfaits. 

Vers  blancs.  —  Ces  larves  de  Coléoptères  terricoles 
(  White  griib,  en  anglais)  sont  considérées  comme  se  rappor- 
tant à  plusieurs  espèces  du  groupe  des  Mélolonthides 
(hannetons).  La  plus  répandue  est  le  Lachnostenia  piiiguis 
Walker  (3).  Les  larves  blanches,  charnues,  incurvées,  sont 
très  avides  de  racines  du  Caféier  qu'elles  dévorent.  Nietner 
accuse  encore  du  même  méfait  la  larve  d'un  autre  Mélolon- 


(i)MAmoT,  Les  Ennemis  du  Caféier  en  Nouvelle-Calédonie,    i 
des  Cultures  coloniales  »,  20  novembre  i8t)ç),  p.  3i5. 

(2)  AiETNER,  The  Coffee  Tiee  and  ils  Enemies,  2"  éd.,  1880,  p. 

(3)  Cotes,  Indian  Muséum  notes,  vol.  II,  n"  6,  Calcutta,  1893. 


—  145  — 
thide  du  genre  Ancycloiiycha.  C'est  à  Ceylan  (i)  qu'elles 
ont  surtout  commis  de  grands  ravages;  mais  on  en  ren- 
contre aussi  en  quantité  à  Java,  et  elles  appartiennent  à  des 
espèces  différentes  de  celles  de  l'Inde.  Parmi  ces  larves, 
qu'on  appelle  à  Java  oerets,  M.  Koningsberger  [:>.)  a  distingué 
celles  de  Exopholis  hypoleuca  Wied,,  de  plusieurs  Lachno- 
steriia  indéterminés,  ainsi  que  d'autres  Lamellicornes,  parmi 
lesquelles  celles  de  Chalcosoma  Atlas  L.  et  de  Xylotrupcs 
Gideoii  Fabr.  Les  insectes  parfaits  de  ces  deux  dernières 
espèces  sont  aussi  directement  nuisibles  aux  Caféiers,  dont 
ils  coupent  les  branches. 

Les  ravages  produits  par  ces  vers  blancs  sont  sensible- 
ment les  mêmes  que  ceux  produits  en  Europe  par  la  larve 
du  hanneton  vulgaire  [Meloloiitha  vulgaris),  mais  ils  sonl 
plus  rapides  à  cause  de  l'absence  d'un  long  repos  hivernal, 
et  lorsque  les  larves  sont  nombreuses,  le  pied  de  Caféier 
ne  tarde  pas  à  périr. 

Les  insecticides  (sulfure  de  (^ar])one  et  benzine)  injectés 
dans  le  sol  ont  été  essayés  à  Java,  connue  nous  l'avons  dit 
plus  haut,  sur  les  conseils  de  ]M.  J.  Ritzema  Bos  3).  Ils 
n'ont  pas  donné  de  résultats  bien  satisfaisants,  à  cause  de 
l'échauflement  considérable  du  sol;  le  sulfocarbonate  de 
potassium  en  dissolution  dans  Teau,  serait,  en  pareil  cas, 
mieux  indiqué  et  il  y  aurait  lieu  de  l'expérimenter.  Sans 
doute  encore  obtiendrait- on  meilleur  résultat  si,  avant  de 
pratiquer  l'injection  du  sol  au  sulfure  de  carboné,  on  pre- 
nait la  précaution  d'arroser  d'une  façon  suffisante. 

Il  n'y  a  pas,  je  crois,  grand  espoir  à  fonder  sur  riilih'lc 
des  plantes  pièges,  destinées  à  attirer  soit  les  insec^tes  j)ar- 
faits,  soit  les  larves. 

Le  procédé  de  choix,  c'est  la  récolte  de  l'insecte  paifail, 
le    hannetonage,     pratiqué     sur     les    arln-es    voisins    des 

(i)  Haldane,  J//  about  Grub,  Colombo,  i««i.  —  J    Fi:R(asoN,  The  Coffee 
Plaiiter's  Maniial,  Colombo,  1898. 
(■2)   Op.  cit.,  p.  (3o. 
(3)  Op.  cit. 


—  146  — 
Caféiers.   Les  insectes   seront  attirés    le    soir   à   l'aide    de 
lampes  munies  de  réflecteurs  et  on  pourra  ainsi  en  atteindre 
un  grand  nombre  que  l'on  détruira  ensuite. 

On  peut  opérer  la  destruction  des  larves,  par  le  labou- 
rage, lorsqu'elles  sont  jeunes  et  encore  peu  profondément 
enterrées  dans  le  sol;  mais  comme  le  fait  observer  M.  Ko- 
ningsberger,  ce  procédé  n'est  pas  sans  présenter  quelque 
danger,  car  il  expose  les  racines  à  des  blessures  aussi  pré- 
judiciables à  l'arbre  que  la  larve  elle-même. 

D'a})rès  M.  Green  (i),  les  vers  blancs  dans  Tlnde  seraient 
parfois  envahis  par  une  moisissure  blanche,  que  cet  auteur 
croit  être  le  parasite  de  la  muscardine  des  vers  à  soie, 
le  Bqtrytis  Bassiana^  et  qui  amènerait  la  mort  d'un  nombre 
considérable  de  ces  larves  quand  l'épidémie  s'y  déclare.  Ce 
champignon  est  fort  voisin  du  Botrytis  tenella  qui  se  ren- 
contre spontanément  en  France  sur  la  larve  du  hanneton 
vulgaire  (il/e/oZo////?rt  vulgaris).  Pendant  longtemjjs,  ces  deux 
Botrytis^  Bassiaiia  et  tenella,  ont  été  confondus  en  une  seule 
et  même  espèce,  le  Sporolricliiim  densuni  de  Link.  A  un 
certain  moment  (1890),  le  Botrytis  tenella  se  montra  abon- 
dant sur  les  vers  blancs  du  hanneton,  surtout  dans  quelques 
localités  de  l'ouest  de  la  France;  on  chercha  alors  les  moyens 
pratiques  de  le  répandre  dans  les  régions  où  il  n'existait 
pas,  et,  à  cette  époque,  je  me  suis  moi-même  activement 
occupé  de  cette  question.  Il  faut  avouer  que,  malgré  la 
réussite  d'expériences  d'infection  des  vers  blancs  réalisées 
dans  les  laboratoires,  les  résultats  obtenus  en  grande  cul- 
ture ont  été,  dans  la  très  grande  majorité  des  cas,  absolu- 
ment insuffisants,  sinon  nuls.  De  plus,  dans  les  régions 
séricicoles,  la  dissémination  du  Botrytis  tenella  ne  serait 
peut-être  pas  toujours  sans  danger,  car  M.  Prillieux  et  moi- 
même  nous  avons  démontré  que  le  ver  à  soie  est  facilement 
atteint  par  ce  parasite  [0).  Cependant,  avant  qu'une  expé- 
rience  de  plusieurs  années    eut   sanctionné    l'inutilité    de 

(1)  NiETNER,    Op.    cit.,  p.    18. 

(2)  Société  nationale  d'agriculture,  séance  du  27  juin  1891. 


—  147  — 

toutes  ces  tentatives,  on  i)roposa,  poui-  la  destruction  des 
vers  blancs  du  Caféier,  l'emploi  du  Botrytis  lenella  et  d'autres 
champignons  voisins,  également  parasites  des  insectes  :  tel 
le  Sporotrichum  giobuliferum,  d'origine  américaine,  qui,  à 
mon  avis,  est  aussi  un  Botrytis  à  peine  différent  du  Botrytis 
Bassiana,  s'il  ne  lui  est  pas  identique. 

Les  expériences  faites  à  Java  ont  été,  elles  aussi,  à  peu  près 
négatives  ;  elles  ont  démontré  une  fois  de  plus  que  lors- 
qu'on sort  du  domaine  du  laboratoire,  la  pratique  agricole 
n'avait  rien  à  gagner  à  l'emploi  du  Botrytis  teiiella  et  des 
espèces  voisines  pour  la  destruction  des  larves  qui  rongent 
les  racines. 

J'incline  fort  à  penser,  d'ailleurs  qu'il  en  est  de  môme 
pour  les  autres  insectes  ayant  un  mode  différent  d'exis- 
tence. 

M.  Raedt  van  Oldenl^arnevelt  (i)  explique  d'une  façon  au 
moins  originale  l'échec  constaté  quand  on  contamine  des 
larves  et  qu'on  les  replace  aussitôt  dans  le  sol  avec  l'espoir 
de  voir  les  autres  s'infecter  par  contact.  11  déclare  qu'en 
procédant  de  cette  manière,  «  on  a  oublié  que  les  larves  une 
«  fois  nées  se  comportent  comme  les  fauves,  se  réservant  un 
«  domaine  pour  elles  seules  et  s'évitant  l'une  l'autre  ». 

M.  Koningsberger  a  vu  sur  les  larves  infectées  le  mycé- 
lium du  champignon  disparaître  très  rapidement  sous  l'ac- 
tion destructive  des  Acariens.  J'ai  observé  aussi  ce  fait  fré- 
quemment sur  les  vers  blancs  de  hanneton  ;  mais  il  y  a 
d'autres  causes,  tenant  à  la  nature  du  sol,  à  son  état  d'humi- 
dité, à  sa  température,  qui  ont  une  action  infiniment  plus 
marquée  pour  empêcher  l'extension  de  ces  moisissures 
parasites,  au  sujet  desquels  je  ne  m'étendrai  pas  plus  long- 
temps. 

Ver  gris.  —  D'après  Nietner  (a),  une  larve  appelée  Black 
Grub  en   anglais  n'est  autre  que  la  chenille  d'un  papillon 

(i)  Op.  cit. 

(2)  Op.  cit..  p.  i5. 


—  118  — 
nocturne,  d'ailleurs  commun  dans  les  régions  tempérées  de 
riiémisphère  boréal,  la  Noctuelle  des  moissons  [Agrotis 
segetam).  Cette  chenille  attaque  de  très  nondjreuses  plantes, 
et  lorsqu'elle  pullule,  elle  peut  devenir  très  préjudiciable 
aux  Caféiers  en  rongeant  les  jeunes  plants  qu'elle  fait  périr. 
C'est  à  Ceylan,  dans  l'Inde  et  à  Java  qu'elle  exerce  surtout 
ses  ravages.  Dans  l'Inde,  on  l'a  surtout  rencontrée  dans  les 
plantations  relativement  élevées,  sur  les  premiers  plateaux 
de  THimalaya  et  les  monts  Nilgherries. 

Nous  ne  nous  attarderons  pas  à  sa  description,  qu'on 
trouve  dans  tous  les  traités  d'entomologie.  Disons  quel- 
ques mots  seulement  sur  son  mode  de  destruction. 

On  pourra  essayer  d'abord  contre  le  papillon  l'emploi  du 
réflecteur  de  M.  Noël,  dont  nous  avons  parlé  à  propos  du 
Ccmiostonia. 

La  récolte  de  la  Chenille  est  un  procédé  qui  fournit  en 
général  de  bons  résultats.  On  peut  l'opérer  de  plusieurs 
manières  :  soit  en  creusant  de  place  en  place  des  trous  de 
pal  où  pendant  le  jour  se  réfugie  cette  chenille  paresseuse  ; 
soit  en  disposant  sur  le  sol  de  petits  tas  de  plantes  tendres 
sous  lesquels  les  vers  gris  vont  se  réfugier  et  où  on  les 
atteint  facilement.  A  Java,  c'est  à  un  procédé  de  ce  genre 
qu'on  a  recours  et  qui,  d'après  M.  Zimmermann,  donne  de 
bons  résultats  (i).  On  entoure  les  jeunes  Caféiers  de  petits 
bambous  de  2  décimètres  environ  qu'on  enterre  dans  le  sol 
et  qui  protègent  les  Caféiers. 

On  a  préconisé  récemment  (2)  l'emploi  d'une  pâte  i'aite  avec 
10  litres  d'eau  chaude,  2  k.  ."ioo  de  mélasse  et  un  demi 
kilo  de  vert  de  Paris  (arsenite  de  cuivre)  que  l'on  dissout 
entièrement  et  que  l'on  additionne  en  l'y  mélangeant  inti- 
mement de  12  kil.  de  son.  On  place  au  pied  de  la  plante  atta- 
quée par  les  vers  gris  une  petite  quantité  de  cette  pâte,  en 
évitant  le  contact  avec  la  plante,  car  le  mélange  est  corrosif 

(i)  Zimmermann,  Op.  cit. 

{p)  Progrès  agricole  et  s'iticole  du  3o  avril  1899. 


—  149  — 
pour  les  tissus  végétaux.  La  mélasse  attire  les  chenilles  et 
Tingestion  de  cette  pâte  les  intoxique.  Ce  remède  pourrait 
être  essayé,  mais  on  doit  se  souvenir  que  Farsenite  de  cuivre 
est  un  toxique  des  plus  violents. 

D'autres  procédés,  qui  peuvent  avoir  leur  indication,  ne 
sont  pas  applicables  aux  Caféiers  :  tel  le  roulage  des  terres, 
préconisé  par  Emile  Blanchard. 

Comme  pour  les  vers  blancs, c'est  dans  les  terres  meubles 
que  la  chenille  commet  le  plus  de  dégâts,  puisque  c'est 
dans  de  pareilles  conditions  que  la  pénétration  et  la  pro- 
gression des  larves  se  font  le  plus  facilement  dans  le  sol. 
Il  faut  ajouter  encore  que  Fhumidité  excessive  de  ce  dernier 
constitue  une  condition  très  désavantageuse  pour  la 
larve. 

On  connait  au  ver  gris  un  parasite  dans  les  régions  tempé- 
rées. Je  ne  pense  pas  qu'il  ait  été  signalé  pour  les  régions 
chaudes.  Ce  parasite  est  la  larve  d'une  grosse  mouche 
(Diptère)  du  groupe  desTa.chm?nives, VEc/u'no/ni/a pronipta. 
La  mouche  dépose  sur  le  dos  de  la  chenille  un  œuf  qui  y 
adhère  très  intimement,  y  éclot  et  produit  une  larve  perfo- 
rant aussitôt  le  tégument  de  la  chenille  pour  pénétrer 
dans  le  corps  et  y  vivre  en  parasite.  Au  début,  la  larve  res- 
pecte les  viscères  de  son  hôte,  se  contentant  pour  se  nourrir 
de  la  réserve  adipeuse  considérable  qu'elle  rencontre,  de 
sorte  que  le  ver  gris  n'en  parait  guère  souffrir.  Puis,  la  trans- 
formation de  la  chenille  s'étant  opérée,  la  larve  de  mouche 
se  met  à  dévorer  les  viscères  de  la  chrysalide,  qui  périt  aus- 
sitôt. Dès  lors,  le  parasite  se  transforme  en  une  pupe  d'où 
sortira  la  mouche. 

Nietner  (i)  a  signalé  dans  l'Inde  un  parasite  végétal,  un 
champignon  pyrénomycète,  qui  d'après  la  description  qu'il 
donne  est  sans  doute  un  Cordyceps,  dont  la  fructification  en 
forme  d'épi  est  portée  par  un  long  pédicelle  sortant  de  la 
tète  de  l'insecte.    Le  champignon  tue  les  chenilles,  et  ce 

(i)  Nietner,  Op.  cit.,  p.  i5. 


—  150  — 

n'est  que  lorsqu'elles  sont  mortes  et  momifiées,  durcies  par 
le  mycélium,  que  la  fructification  apparaît. 

D'autres  larves  d'Agrotis   se  comportant   de  même  que 
VAgrotis  segetum  ont  été  signalées  à  Java  et  à  Geylan. 


Des  larves   de  Taupins  indéterminés,    Coléoptères  Ela- 
rides  sont  s 
de  Caféiers  (i' 


térides  sont  signalées  à  Java  comme  rongeant  les  racines 


Enfin  des  Orthoptères  : 

Une  courtilière  [Gryllotalpa  africana  Pal.  de  Beauv.);  un 
grillon  [Liogryllus  bimaculatus  de  Geer)  nuisent  grave- 
ment, à  Java  aussi,  aux  jeunes  Caféiers  (2). 

Des  Termites,  insectes  également  orthoptères,  peuvent, 
dans  quelques  cas,  nuire  aux  Caféiers,  surtout  aux  parties 
souterraines.  Nietner  (3)  cite  le  Termes  fatalis;  Gœldi  (4)  a 
rencontré  le  plus  souvent  au  Brésil  dans  les  plantations  le 
Tenues  opacus,  et  il  croit  qu'en  général  les  pieds  de  Caféiers 
n'ont  à  en  souffrir  que  s'ils  se  trouvent  sur  le  trajet  des 
galeries  de  l'insecte  qui  perfore  leurs  racines  et  peut,  dans 
ce  cas,  les  gêner  gravement. 

Différentes  espèces  de  Termites  appelées  carias  atta- 
quent à  la  Réunion  les  racines  et  même  le  collet  des 
Caféiers,  d'après  M.  Bordage  (5);  M.  Lemarié  (6)  a  vu  les 
Termites  s'installer  dans  les  galeries  abandonnées  par  le 
Xylotrechus  quadripes ;  de  même,  M.  Koningsberger  croit 
que  les  Termites  ne  se  voient  que  dans  les  parties  mortes 
des  Caféiers  (7).  Il  est  bien  probable  que  toutes  les  espèces 
incriminées  ne  se  comportent  pas  de  même. 

(i)  Koningsberger,  Op.  cit. 

(2)  Koningsberger,  Eerste  overzicht...,  p.  32. 

(3)  Op.  cit.,  p.  i6. 

(4)  Op.  cit. 

{S)  Revue  des  Cuit.  Colon.,  5  mai  1899. 

(6)  Op.  cit. 

(7)  Op.  cit. 


151  — 


INSECTES  ATTAQUANT  LES  FRUITS 

Pyrale  ou  Botyde  du  Caféier.  —  Ce  petit  papillon,  un 
Microlépidoptère  Pyralide  [Thliptoceras  octoguttalis  Fekler), 
produit  à  Tétat  de  chenille  des  dégâts  importants  sur  les 
baies  du  Caféier,  à  l'ile  Maurice  d'après  M.  Bonàme  (i), 
et  surtout  à  la  Réunion,  d'après  M.  Bordage,  qui  le  premier 
a  signalé    ses   ravages  (2),  et  M.  Boutilly  (3), 

L'insecte  parfait  est  un  papillon  nocturne  de  6  milli- 
mètres 1/2  sur  II  millimètres,  les 
ailes  étant  étendues,  dont  la  couleur 
générale  est  brune,  avec  bordure 
plus  claire.  La  larve  adulte,  de  forme 
cylindrique,  de  1 1  millimètres  de 
long  sur  2  millimètres  de  large,  est  pig  40.  —  Pyraie  du  Caféier 
d'une  couleur  claire,  avec  deux  ran-        (ThUptoceras    octoguttalis 

'  Feldei-).  — .4,lalarve;  5,1a 

gées     de    taches     brunes    sur   le    dos  ohrysalide;  C,  le  papillon. 

m  /    \      T-vi  <      T»T     T-.        i-11  ix  (Grandis, d'après  M. V.Bou- 

(fig.   4o).  D  après  M.  Boutilly,  cette        ^m^.  ^  ^ 

chenille  pénètre   toujours  la  baie  à 

sa  base,  près  du  pédoncule.  Elle  se  nourrit  bien  plus  volon- 
tiers de  l'albumen  de  la  graine  et  elle  perfore  pour  y  arriver 
les  tissus  plus  extérieurs  du  fruit.  Ce  n'est  que  lorsque  la 
maturité  est  presque  complète  que  cet  albumen  devenu 
dur  et  corné  lui  offre  une  résistance  suffisante  et  qu'elle 
doit  se  contenter  de  la  pulpe  où  elle  trace  des  galeries  sous 
Tépiderme.  Les  deux  graines  d'une  baie  peuvent  être  toutes 
deux  attaquées  ;  puis,  la  chenille  quitte  le  fruit  qu'elle  a  ainsi 
évidé  pour  passer  à  celui  immédiatement   voisin,  de  telle 

(i)  Colony  ofMauritius,  Rapport  de  la  Station  Agronomique  pour  1896 
Id.,  1897.  ' 

(•2)  Resnie  agricole  de  la  Réunion,  n^^  de  novembre  1896  et  novembre  98. 
—  Notice  sur  les  parasites  du  Caféier  à  Vile  de  la  Réunion,  in  «  Revue  des 
Cultures  Coloniales,  5  mai  1899  ». 

(3)  Notice  sur  la  maladie  appelée  «  coulure  du  café  »  h  la  Réunion,  in 
M  Revue  des  Cultures  Coloniales  »,  5  août  1808. 


—  152  — 

sorte  que  tous  les  fruits  d'un  glomérule  peuvent  être  ainsi 
visités  Fun  après  l'autre. 

Le  résultat  immédiat  est  la  perte  définitive  de  tout  fruit 
envahi.  La  maladie  porte  le  nom  de  coulure  du  café  h.  la  Réu- 
nion et  à  Maurice,  terme  impropre,  comme  le  fait  observer 
justement  M.  V.  Boutilly,  et  qui  doit  s'appliquer  à  un  acci- 
dent de  végétation,  dont  la  cause  n'est  pas  de  nature  ani- 
mée (voir  plus  haut,  p.  is>).  Plusieurs  générations  de  Fin- 
secte  se  produiraient  dans  une  seule  saison,  ce  qui  fait  que 
dans  certains  cas  le  dommage  causé  serait  plus  important 
que  celui  dû  à  l'hémiléia. 

M.  Bordage  estime  que  ces  dégâts  peuvent  atteindre 
5o  pour  loo  de  la  récolte,  et,  d'après  le  même  auteur,  ils  ne 
se  borneraient  pas  là.  En  effet,  la  cueillette  terminée, 
les  lemelles  du  papillon,  ne  trouvant  plus  de  baies, 
déposent  leurs  œufs  sur  les  bourgeons  terminaux  des  jeunes 
rameaux.  Les  larves  qui  en  proviennent  pénètrent  dans  la 
profondeur  du  bourgeon  d'abord,  puis  dans  la  moelle  des 
tiges,  où  les  galeries  qu'elles  creusent  peuvent  desrendre 
jusqu'à  une  profondeur  de  20  centimètres. 

La  chrysalide  n'a  pas  été  découverte  dans  le  fruit. 
M.  Boutilly  a  pu  Fobtenir  en  mettant  des  chenilles  en 
observation  ;  elle  se  forme  dans  un  lacis  soyeux,  irrégulier, 
peu  visible,  et  elle  estfusoïde,  lisse,  de  couleur  ambrée. 
•  D'après  M.  de  Joannis  (i)  qui  a  déterminé  exactement  Fin- 
secte  qui  produit  ces  dégâts,  la  pyrale  du  Caféier  est 
signalée  par  différents  auteurs  en  d'autres  régions,  à 
Amboine,  au  Natal,  à  Ceylan,  en  Australie,  dans  l'Inde,  à 
Bornéo  ;  mais  on  ne  s'y  plaindrait  pas  de  dommages  causés 
par  elle  sur  le  Caféier.  Cette  anomalie  est  assez  difficile  à 
expliquer. 

L'emploi  de  feux  ou  de  fanaux  destinés  à  attirer  les  papil- 
lons le  soir  n'a  pas  donné  de  bons  résultats.  M.  Bou- 
tilly conseille   la  récolte  et  la  destruction  par  le  feu  ou  par 

(i)  Cité  par  M.  Bordage,  iu  «  Revue  des  Cultures  Coloniales  »,  5  mai  iSqcj. 


—  153  — 

l'enfouissement  dans  la  chaux  des  baies  malades.  On  les 
reconnaîtra,  lorsqu'elles  sont  atteintes  depuis  quelque 
temps,  à  leur  couleur  brune  ;  mais  comme  la  perforation  pro- 
duite par  l'insecte  est  peu  visible,  des  fruits  récemment 
atteints  risqueraient  de  passer  inaperçus;  aussi  sera-t-il 
bon  d'enlever  tout  le  glomérule,  si  l'on  y  voit  des  fruits 
attaqués. 

Le  résultat  sera  d'autant  plus  certain  qu'on  aura  efl'ectuë 
plus  tôt  cette  opération  de  nettoyage.  On  a  préconisé  aussi 
l'emploi  de  l'arsénite  de  cuivre  ;  il  serait  prudent,  je  crois, 
de  proscrire  rigoureusement  cette  pratique  dangereuse 
pour  une  matière  de  consommation  courante  comme  le 
café,  car  il  peut  en  persister  assez  sur  les  grains  pour 
produire  quelques  accidents. 

D'autres  insectes  sont  signalés  comme  produisant  des 
dégâts  plus  ou  moins  analogues  à  ceux  de  la  pyrale  du 
Caféier,  mais  ils  paraissent  beaucoup  moins  nuisibles.  Ce 
sont  : 

Deux  Coléoptères  Lamellicornes  :  l'un  que  M.  Cotes  croit 
être  une  variété  de  Xylotrupes  Gideoii  et  qui,  dans  la  région 
de  Calcutta,  mange  la  pulpe  des  fruits  (i)  ; 

L'autre,  .Egus  acuminatus  F.,  signalée  dans  l'est  de 
Java  par  M.  Koningsberger,  comme  perforant  les  pédon- 
cules des  baies  et  se  nourrissant  aussi  de  leur  pulpe  (2). 

Un  Lépidoptère  Pyralide  du  genre  Crambus  indéterminé 
spécifiquement,  que  M.  Koningsberger  a  vu  perforer  les 
baies  du  Libéria  à  Java  (^). 

Un  Diptère,  Bactrocera  conformis  Dol.,  dont  les  larves  se 
voient  fréquemment  dans  l'ouest  de  Java,  d'après  ce  même 
auteur  (4).  Elles  vivent  dans  la  pulpe  des  baies  et  peuvent 

(i)  Cotes,  Id.  II,  p.  38. 

(2)  Koningsberger,  Eerste  os'erzicht...,  p.  44- 

(3)  Koningsberger,  id.,  p.  i5. 

(4)  Id.,  De  dierlijke  yijaiideii...,  p.  -i^. 


—  154  — 

amener  la  pourriture  partielle  et  la  chute  prématurée  des 
fruits. 

Un  Hémiptère,  S  trachia  géométrie  a  Motch.,  suce  les  jeunes 
baies  de  Caféier  à  Ceylan(i)  ;  un  dégât  analogue  est  produit 
à  Java  par  un  autre  Hémiptère  du  genre  Eurydema  (a). 

Une  larve  indéterminée  qui,  à  la  Nouvelle-Calédonie, 
perce  les  fruits,  les  fait  sécher  et  tomber  (3). 

Ces  espèces  sont  justiciables  du  même  traitement  que  la 
Pyrale  du  Caféier. 

Un  Charançon  (Coléoptère  Curculionide),  V Avieocevus  fas- 
ciculatus  de  Géer,  attaque  et  détruit,  à  l'état  de  larve,  les 
grains  de  café  dans  les  magasins  où  on  les  conserve.  Les 
graines  de  cacao  subissent  aussi  ses  dommages,  ainsi  que 
les  branches  d'un  Gingembre  de  Chine  (4). 

Cette  larve,  longue  de  5  à  6  millimètres  et  large  de  i  à  a, 
est  blanche,  à  tête  de  consistance  cornée,  d'un  jaune  ocre 
brillant.  Ses  mouvements  sont  assez  lents. 

La  transformation  en  nymphe  s'opère  sur  place,  et  l'in- 
secte parfait,  le  charançon  très  agile  qui  en  provient,  doit 
être  récolté  avec  soin  pour  empêcher  la  pullulation  de  cette 
espèce  nuisible,  dans  les  endroits  où  le  café  est  conservé  en 
balles.  Cette  espèce  cosmopolite  a  été  observée  un  peu  par- 
tout. 

On  rencontre  aussi,  dans  les  graines,  un  Coléoptère  La- 
mellicorne,  Thanoclerus  Buqueti  Spinola,  qui  fait  probable- 
ment la  chasse  au  précédent  (5). 

(i)  NiETNER,  The  Coffee-Tree...,  p.  i3. 

(2)  KONINGSBERGER,    ïd.,    p.    23. 

(3)  E.  Jardin,  Ze  Caféier  et  le  Café,  Paris,  iStjS.  (Cité  par  M.  Bordage, 
Rev.  des  Cuit,  colon.,  5  mai  1899,  p.  258.) 

(4)  H.  Lucas.  Quelques  remarques  sur  les  métamorphoses  de  rArœoccrus 
fasciculatus,  in  Annales  de  la  Société  entomologique  de  France,  1861, 
p.  899. 

(5)  Everts,  Coleoptera  in  Koffiemhoomen  voorkomende,  in  a  Tijdschr. 
V.  Entomol.  Deel  XXVIII,  i885,  p.  CVII  ».  (Cité  par  M.  Zimmermann.) 


155  — 


LE  PUCERON,  LES  COCHENILLES,    LA  FUMAGINE. 

Les  Pucerons  et  les  Cochenilles,  parasites  des  végétaux, 
au  même  titre  que  les  Punaises  et  les  Poux,  parasites  des 
animaux,  sont  des  insectes  appartenant  à  l'ordre  des  Hémi- 
ptères ou  Rhynchotes.  Le  caractère  le  plus  saillant  de  ce 
groupe  réside  dans  la  forme  de  la  bouche  disposée  en  un 
suçoir  formé  par  la  lèvre  inférieure.  Ce  suçoir  renferme, 
dans  sa  cavité,  des  soies  rigides  et  aiguës,  à  l'aide  desquelles 
l'insecte  pique  les  tissus  végétaux  ou  animaux  pour  en 
absorber  par  succion,  avec  sa  trompe,  les  substances  nutri- 
tives. 

Le  Puceron  et  les  Cochenilles  du  Caféier  sont  domma- 
geables quand  ils  sont  très  abondants,  non  pas  seulement 
par  l'affaiblissement  qu'ils  peuvent  amener  par  leurs 
piqûres  réitérées  sur  la  plante,  mais  aussi  et  surtout  par 
l'abondance  de  leurs  excrétions  visqueuses  et  sucrées  cou- 
vrant les  feuilles  et  les  rameaux.  Cette  production  est  un 
milieu  de  culture  très  favorable  au  développement  de  moi- 
sissures noires,  dont  la  présence  constitue,  sur  la  plante, 
un  état  pathologique  que  l'on  a  appelé  fumagine.  Cette  pro- 
duction ressemble  beaucoup  à  une  couche  de  suie  d'un  noir 
mat  et  intense  qui,  souvent,  couvre  une  grande  partie  du 
système  foliaire  et  entrave  notablement  les  fonctions  des 
feuilles. 

Puceron  du  Caféier.  —  Ce  petit  insecte  [Aphis  Coffex 
Nietner)  est  d'une  couleur  noir  de  poix,  avec  un  rostre  blan- 
châtre et  l'abdomen  verdàtre.  Les  jeunes  individus  sont  peu 
colorés,  d'un  vert  indécis.  Le  Puceron  du  Caféier  se  ren- 
contre surtout  dans  les  jeunes  plantations,  de  Libéria  aussi 
bien  que  d'Arabica,  et  quand  il  est  abondant,  le  dommage 
n'est  pas  sans  importance. 


—  156  — 

Le  Puceron  est  souvent  l'origine  de  la  fumagine.  Il  est 
signalé  à  Geylan  par  Nietner  (i),  à  Java  par  M.  Konings- 
berger(2). 

On  a  employé,  pour  le  détruire,  l'eau  de  chaux  en  badi- 
geonnages;  mais  les  pulvérisations  dont  nous  parlons  plus 
loin  sont,  à  coup  sûr,  plus  efficaces. 

Le  Puceron  du  Caféier  a  des  parasites  naturels  parmi  les 
insectes.  Nietner  signale  d'abord  deux  Diptères  :  Syrplius 
NletiieriSchiwev  et  Syrphus  splendens.  Ils  ont  l'apparence 
de  guêpes;  le  premier  est  brun,  le  second  vert  avec  une 
marque  dorsale  blanchâtre.  Leurs  larves  dévorent  les  puce- 
rons du  Caféier  et  en  font  un  tel  carnage  qu'en  24  heures 
ces  larves  doublent  de  volume. 

Le  même  auteur  nomme  également  un  Névroptère  voisin 
des  fourmis-lions,  le  Micromus  aiistralis^  dont  les  larves, 
petites,  brunes,  à  ocelles  verts,  sont  aussi  avides  du  Puceron 
que  les  deux  précédentes.  Les  œufs  de  ce  Névroptère,  que 
la  femelle  dépose  sur  les  feuilles,  sont  pédicellés  comme 
ceux  de  certains  Hémérobides  et  ressemblent  à  la  fructifica- 
tion d'un  Champignon,  d'un  Mucor. 

Nietner  a  vu  encore,  sur  le  Puceron  du  Caféier,  des  Hymé- 
noptères parasites  dont  il  ignore  le  nom. 


Cochenilles 

Les  Cochenilles  du  Caféier  appartiennent  à  plusieurs 
genres;  les  plus  importants  sont  les  genres  Lecaiiium  et 
Dactylopiiis.  Comme  c'est  la  règle  dans  ce  groupe  des 
Coccides,  les  femelles  sont  dépourvues  d'ailes. 

Lecanium.  —  Chez  les  Lecanium,  les  femelles  ne  se  meu- 
vent que  dans  le  très  jeune  âge  et  sont  à  ce  moment  fort 
agiles.  Elles  ne  tardent  pas  à  se  fixer,  avant  même  la  fécon- 

(i)  Nietner,  Op.  cit.,  2*  éd.,  p.  12. 

(2)  KoNiNGSBERGER,/>/e/7//A'e  s'ij aiideri dcr  Ko/jîecultuurjTeysmanniAjiSiyi. 


—  157  — 
dation,  dans  nombre  dVspèoes,  sans  plus  faire  désormais 
aucun  mouvement;  leur  tégument  s'indure  sur  le  dos  et 
n'offre  bientôt  plus  de  segmentation  distincte  ;  elles  per- 
dent ainsi  à  peu  près  complètement  l'apparence  d'insectes, 
ressemblant  à  des  sortes  d'écaillés  ou  d'écussons  hémisphé- 
riques ou  déprimés  :  d'où  le  nom  de  gallinsectes  que  leur 
donna  Réaumur.  Dès  lors,  à  cette  place  où  elles  se  sont 
arrêtées,  elles  enfoncent  leur  rostre  et  tirent  ainsi  leur 
nourriture  du  support,  feuille  ou  jeune  rameau.  Elles 
muent  à  plusieurs  reprises,  augmentent  de  taille,  sont  fécon- 
dées par  le  mâle  et  pondent,  toujours  dans  la  même  immo- 
bilité et  sans  donner  signe  de  vie.  Puis,  la  pente  effectuée, 
la  femelle  meurt,  et  les  œufs  restent  placés  sous  son  abdo- 
men d'abord  rebondi,  puis  de  plus  en  plus  aplati,  à  mesure 
que  les  œufs  éclosent.  Le  corps  desséché  de  la  femelle 
sert  ainsi  à  protéger  les  œufs  contre  les  agents  extérieurs. 
Ces  œufs  sont  entourés  d'une  matière  cotonneuse  blanche, 
sécrétée  par  la  mère. 

Les  mâles,  semblables  aux  femelles  sitôt  l'éclosion,  ne 
tardent  pas  à  se  fixer,  mais  sans  grandir,  pour  se  trans- 
former en  nymphes,  d'où  sortent  des  insectes  parfaits, 
ailés,  beaucoup  ])lus  petits  que  les  femelles,  aptes  à  la 
fécondation. 

Quatre  espèces  du  genre  Lccaifiii/ii  s'attaquent  au  Caféier. 

Cochenille  noire.  —  Cette  Cochenille,  en  anglais  «  black 
bug  »  (punaise  noire),  est  le  Lecaniuui  nigi'iiin  Nietneru). 
Elle  est  considérée,  en  général,  comme  moins  nocive  que 
les  deux  suivantes,  et  elle  n'attaquerait  que  des  plantes 
déjà  souffrantes  et  dépérissantes.  Le  mâle  est  inconnu,  et  la 
femelle  ne  serait  colorée  en  noir  que  lorsqu'elle  estdéjààgée. 
IMus  jeune,  elle  est  d'un  brun  grisâtre.  On  rencontre  égale- 
ment cette  cochenille  sur  le  Croton  Tigliuni  et  le  Caout- 
chouc de  Céara  [Manihot  Glaziowii),  Le  Caféier  n'a  été 
signalé  comme  en  ayant  reçu  quelques  atteintes  que  dans 

(i)  XiETNF.K,  Op.  cil.,  p.  8. 


—  158  — 

l'Inde  et  à  Ceylan,  à  Maurice  (Bonâme),  à  la  Réunion 
(Bordage). 

Cochenille  brune.  —  C'est  le  «  brown  bug  »  [Lecanlani 
Coffea'  Walk. —  L.  /le/nisphœricuniTaLVg.)^  la.  plus  redoutée 
des  cochenilles  du  Caféier,  à  cause  de  la  persistance  déso- 
lante avec  laquelle  elle  se  maintient  sur  cette  plante  quand 
elle  S'y  est  une  première  fois  installée. 

La  femelle  est  brun-rouge,  presque  hémisphérique,  à 
bords  un  peu   aplatis.   Sa  longueur  est  de   2  mill.  i/y.,  sur 

I  mill.  i/:>.  de  large.  Depuis  près  de  5o  ans,  on  l'accuse 
de  nuire  beaucoup  aux  Caféiers  à  Ceylan,  et,  d'après  Nietner, 
elle  y  attaquerait  aussi  le  théier.  On  la  trouve  également 
à  Java  [i\  où  elle  est  assez  rare,  et  au  Brésil  (2),  où  elle 
est  aussi  peu  répandue,  aux  lles-sous-le-Yent  i31,  à  la 
Réunion  (Bordage!,  au  Congo  français  (Bouyssou.  J'en  pos- 
sède  sur  Caféier  de  la  jNIartinique. 

La  cochenille  brune  trouve  parmi  les  insectes  de  nom- 
breux ennemis.  Emerson  Tennent  (4)  raconte  qu'à  Ceylan 
on  avait  tenté  de  se  délivrer  de  cette  cochenille  en  intro- 
duisant une  fourmi  rougeàtre  qui  lui  fait  une  guerre 
acharnée,  mais  qu'on  dut  renoncer  à  cette  tentative,  parce 
que  la  fourmi  attaquait  aussi,  avec  une  véritable  furie, 
les  coolies  malabares,  par  suite  de  la  coutume  qu'ils  ont 
de  s'enduire  la  peau  d'huile. 

Nietner  ,"))  cite  comme  parasites  les  insectes  suivants  : 
d'abord  une  larve  de  Coccinelle  (Coléoptère),  le  Chilocoriis 
clrcunidatus  Schonh.,  qui  dévore  les  cochenilles  fixées  et 
leurs  œufs  ;  puis  les  larves  d'un  certain  nombre  de  Chal- 
cidides  (Hyménoptères).  Ces  insectes  déposent  leurs  œufs 

(l)  KOMNGSBKRGKR,    Op.    Cit. 

[■ïj  Gœldi,  Op.  cit.  —  SiGNORET,  Essa'i  sur  les  Cochenilles,  in  a  Ann.  de 
la  Soc.  entom.   de  France  »,  1873,  p.  (35. 

(3)  Barber,  G.  A.,  in  «    Supplemeiit    to    ttie    Lewards  Islands  Gazette  », 

II  juin  1898. 

( î)  James  Emerson  Texnen't,  Ceylan...  vith  notices  of  its  natural  liistory, 
3  vol.,   1859. 

("))  Nietner,   Op.  cit.,  p.  7. 


—  159  — 
dans  le  corps  même  des  Cochenilles  :  les  œufs  éclosent,  la 
larve  y  continue  son  développement  et  n'amène  la  mort  de 
son  hôte  qu'au  moment  où  elle  va  se  transformer  en 
chrysalide.  Elle  sort  enfin  du  corps  vide  de  la  Cochenille  à 
l'état  d'insecte  parfait.  Ces  Chalcidides  tous  observés  à 
Ceylan  sont  :  Mariettn  leopardina  Nietner  ;  Cirrospilus  coc- 
ch'orus  Motsch.  ;  Encrjrtus  Nietneri  jMotsch.  ;  Encijrtus  para- 
disiacus  Motsch.  ;  Scutellista  cyanea  Motsch.  ;  Cephaleta 
purpiirelventris  Motsch.  M.  Bordage  [Op.  cit.,  «  Revue  des 
Cuit,  colon.,  .5  mai  1899  »)  indique  enfin  pour  les  Lecanium 
nignim  et  L.  Coffeœ  des  chenilles  cVErastria,  surtout  E. 
blandula,  comme  parasites  à  la  Réunion. 

Le  nombre  de  cochenilles  détruites  par  ces  diverses  lar- 
ves peut  devenir  à  un  moment  donné  considérable,  lorsque 
les  conditions  qui  favorisent  le  développement  de  leurs  para- 
sites se  trouvent  réalisées;  mais  dans  la  période  suivante, les 
cochenilles  devenant  de  plus  en  plus  rares,  il  s'ensuit  que 
leurs  ennemis  hyménoptères  meurent  sans  avoir  pu  trouver 
un  asile  convenable  pour  leurs  œufs,  et  dès  lors  l'équi- 
libre ne  tarde  pas  à  se  rétablir  en  faveur  de  la  cochenille, 
douée  d'une  puissante  faculté  de  reproduction.  C'est  la 
manifestation  d'une  loi  biologique  générale  qui  régit  tous 
les  phénomènes  de  parasitisme. 

Auxlles-sous-le-Yent,  où,  d'après  M.  C.  A.  Barber  11),  les 
plantations  de  Caféier  sont  gravement  endommagées  par  la 
cochenille  brune,  les  insectes  (les  mâles?),  après  une  longue 
période  de  pluie,  descendent  dans  le  sol  ;  on  les  y  rencontre 
couverts  d'une  moisissure  blanche  et  les  Caféiers  se  trou- 
vent débarrassés  du  parasite  pendant  un  certain  temps. 
L'auteur  pense  que  c'est  le  même  champignon  que  Cocke- 
rell  a  vu  à  la  Jamaïque  dans  des  conditions  identiques.  Il 
suppose  que  c'est  un  Cordyceps,  mais  il  déclare  ignorer  s'il 
envahit  l'insecte  vivant. 

Cochenille  verte.  —  Cet  insecte,  «  green  bug  »  en  anglais, 

(i)  Barber  (C.-A.),  Op.  cit. 


—  160  — 
est  le  Lecanium  viride  Green  ;  il  s'est  multiplié  oonsidéra- 
blement  dans  le  sud  de  l'Inde  et  à  Ceylan,  et  la  cause  en  est 
qu'il  peut  attaquer  un  certain  nombre  d'autres  })lantes,  telles 
que  le  citronnier,  l'oranger  et  occasionnellement  le  théier  (  i  ). 
Il  est  également  cité  par  M.  Koningsl)erger  (a)  comme  exis- 
tant à  Java  où  il  est  assez  répandu,  à  Maurice  (Bonàme),  aux 
îles  Hawaï  (Kœbele).  La  cochenille  envahit  d'abord  les  ex- 
trémités des  rameaux  et  les  feuilles  tendres,  puis  elle  se 
répand  bientôt  sur  les  rameaux  plus  âgés,  fait  couler  et 
tomber  les  fleurs,  arrête  le  développement  des  fruits  qu'elle 
couvre  et  dont  elle  détermine  la  chute.  Tous  les  organes 
envahis  ne  tardent  pas  à  se  couvrir  d'une  épaisse  couche  de 
fumagine. 

Le  Libéria  paraît  lui  donner  plus  souvent  asile,  et,  d'après 
M.  Green,  son  importation  récente  à  Ceylan  n'aurait  j)eut- 
ètre  pas  d'autre  origine. 

De  même  que  les  pucerons,  la  cochenille  verte  attire  les 
fourmis;  celles-ci,  avides  de  la  substance  sucrée  que  sécrète 
la  cochenille,  transportent  ses  œufs  et  la  colonisent  souvent 
sur  d'autres  pieds  de  Caféier. 

Des  larves  de  coccinelles  sont  susceptibles  de  détruire  la 
4-ochenille  verte;  on  a  observé  le  fait  à  Java,  mais  ces  larves 
sont  encore  incomplètement  déterminées  (3). 

M.  Zinunermann  (4)  a  découvert  à  Buitenzorg  et  à  Malang 
(Java)  un  champignon  parasite  du  Lecanium  viride;  les  in- 
sectes en  sont  atteints,  même  à  l'état  de  larve.  Après  leur  mort, 
on  les  voit  environnés  de  filaments  d'un  mycélium  qui  s'élend 
un  peu  sur  la  feuille.  Ce  champignon  a  été  appelé  CepJuilo- 
sporium  Lecanii.  On  le  cultive  facilement  sur  les  milieux 
artificiels  et  M.  Zimmermann  a  pu  s'assurer  par  des  expé- 
riences directes  qu'en  projetant  les  conidies  de  la  moisis- 


(i)  Indian  Muséum  Notes,    vol.  II,  ii°  6. 

(2)  Op.  cit. 

(3)  De  ludische  Mercuur,   1899,  ii"  3. 

(()  A.  Zimmermann,  0\ei'  eene  schinimelepidemie  dev  groene  luizeu,  Bui- 
tenzorg, 1898. 


—  161  _ 

sure  parasite  sur  les  cochenilles  on  les  infectait  sans  diffi- 
culté; mais  la  sécheresse  et  la  lumière  solaire  sont  des 
obstacles  sérieux  à  l'extension  de  Fépidémie,  car  elles 
gênent  ou  empêchent  la  germination  des  spores.  Les  essais 
faits  jusqu'ici  ne  semblent  pas  concluants  au  point  de  vue 
pratique  et  il  est  à  craindre  qu'à  ce  sujet  il  en  soit  de  la 
cochenille  verte  comme  des  vers  blancs. 

Un  autre  Lecanium,  L.  caudalum,  est  encore  sio-„alé  à 
Ceylan  par  M.  Green  (r).  ° 

Dactylopius.  -  Le  genre  Dactylopius  diffère  du  genre 
U'canium  par  plusieurs  caractères  bien  nets.  Les  indiVidus 
ne  se  fixent  jamais:  les  femelles,  mobiles  pendant  toute  la 
durée  de  leur  existence,  conservent  jusqu'à  la  fin  pieds  et 
antennes,  sans  se  déformer  et  acquérir  cette  carapace 
indurée  qui  existe  chez  les  /..w,,./.,,,,.  Elles  pondent  leurs 
œuls  en  une  ou  plusieurs  masses  isolées,  d'un  blanc 
cotonneux,  et  la  substance  qui  recouvre  et  agglutine  les 
œufsestde  nature  cireuse.  Elle  est  demôme  nature  que  chez 
les  Lecaninm  et  produite  ici  par  de  nombreuses  glandes 
placées  sur  le  bord  des  segments  du  corps  de  la  femelle  • 
cette  sorte  de  cire  est  soluble  dans  l'éther  et  le  chloroforma 
presque  entièrement,  moins  complètement  dans  l'alcool 

Pour  ce  qui  est  du  mâle,  il  possède  deux  ailes  membra- 
neuses transparentes,  est  dépourvu  de  tube  digestif  et  périt 
sitôt  1  accouplement.  Il  en  est  de  même  chez  les  Lecanium. 

Cochenille  blanche.  -  Il  existe  sur  les  Caféiers  plusieurs 
espèces  appartenant  au  genre  Dactylopius;  le  D.  Adonidmn 
qui,  a  la   Reunion,  porte  le  nom  de  pou  blanc,  est  la   plus 
répandue. 

Dans  les  colonies  anglaises,  on  l'appelle»  white  buo-  „ 
(punaise  blanche)  ou  «  mealy  bug  «  (punaise  cotonneuse); 
au  Mexique,  il  a  reçu  le  nom  de  «  pulgon  »  fpou).  Linné,  le 

(i)  Green,  Indian  Muséum  Notes,  IV,  1896,  p.  2. 


—  162  — 
créateur'  de  l'espèce,  l'appela  primitivement  Pediculas  Ado- 
nidum  (pou  des  Adonis)  et  plus  tard  Coccus  Adonidnm.  Plu- 
sieurs auteurs  ont  pris  un  nom  de  genre  différent,  ce  qui 
complique  considérablement  la  synonymie  de  l'espèce.  Il 
faut  citer  les  deux  plus  connus  :  Pseudococcus  Westwood, 
Dactylopius  Costa.  Comstock  changea  le  nom  spécifique  et 
l'appela  Dactylopius  destructor  (i),  nom  sous  lequel  on  le 
trouve  souvent  désigné  dans  les  publications  américaines. 

L'espèce  linnéenne  a  été  démembrée  par  Signoret  en  un 
certain  nombre  d'espèces  (9.)  qui  diffèrent  peu  entre  elles 
et  toutes  n'ont  pas  été  unanimement  acceptées.  Parmi 
ces  espèces,  \e Dactylopius  r?V/7*(Risso,  Boisduval,  Signoret) 
est  la  cochenille  des  orangers  dans  l'hémisphère  tempéré 
boréal.  Une  autre,  Dactylopius  longispiiius  Targioni- 
Tozzetti,  est,  d'après  M.  Antonio  Berlese  (3),  la  cochenille 
des  orangers  dans  les  régions  chaudes  ;  en  Italie  elle  se 
multiplie  difficilement  à  l'air  libre  et  est  peu  répandue  à 
cause  de  la  période  hivernale  qui  arrête  son  développe- 
ment. Cette  seconde  espèce  semble  mieux  répondre  au 
Dactylopius  du  Caféier.  Néanmoins,  plusieurs  de  ces  coche- 
nilles, réunies  par  Linné  en  une  seule  et  même  espèce,  sont 
signalées  sur  les  Caféiers  par  différents  auteurs  ;  dans  ces 
conditions,  on  conçoit  qu'il  persiste  un  certain  doute  à  ce 
sujet  ;  d'autant  que  jusqu'ici  la  ou  peut-être  plutôt  les 
«  cochenilles  blanches  »  n'ont  pas  été,  que  je  sache^  étu- 
diées par  un  entomologiste  s'occupant  spécialement  de 
ce  groupe  d'insectes,  diiriciles  à  déterminer  avec  certitude 
quand  on  ne  possède  pas  toutes  leurs  formes. 

Boisduval  émit  d'ailleurs  un  doute  sur  cette  identité.  Il 
dit  expressément  (4)  : 

(i)  Comstock,  Annual  report  of  tJie  commissioner  of  agriculture  for  the 
year  1881,  Washington,  1881,  p.   34i. 

(2)  Signoret,  Essai'  sur  les  Coctienilles,  in  a  Annales  de  la  Société  onto- 
mologique  »,   1875,  p.    3o6. 

(3)  Antonio  Berlese,  Le  Cocciiiiglie  italiaue  viventi  sugli  agruiiii,  in 
liivista  di  patologia  végétale,  vol.  II,   i8y3. 

(4)  D'  Boisduval,  Essai  sur  l'entomologie  agricole,  1867,  p.  3 48. 


-  163  — 
«  Le  pou  blanc  qui,  à  Tile  Bourbon,  fait,  depuis  quelques 
«  années,  de  si  grands  dégâts  dans  les  plantations  de  café 
«  et  de  canne  à  sucre,  appartient  sans  doute  à  une  espèce 
«  très  voisine  du  Dact  y  lopins  Adonidam  (appelé  Coccus 
«  Adonidam  par  Boisduval).  » 

Le  véritable  Dactylopius  Adoniduni  est  la  Cochenille  des 
serres  ou  Pou  blanc  des  serres  qui,  dans  les  serres  chaudes 
en  Europe,  attaque  une  foule  de  plantes  et  cause  des  dom- 
mages notables. 

La  cochenille  blanche  du  Caféier  a  été  observée  dans  la 
plupart  des  régions  où  se  cultive  le  Caféier  :  dans  l'Inde, 
surtout  dans  le  Mysore  (i);  à  Ceylan,  d'après  Nietner;  à  la 
Réunion  ;  à  Madagascar  ;  au  Brésil,  d'après  Gœldi  (2)  ;  au 
Mexique  (3);  à  Costa-Bica,  d'après  M.  Adolfo  Tonduz;  dans 
les  Antilles  ;  aux  îles  Hawai,  d'après  M.  W.-G.  Wait  (4).  Dans 
cette  dernière  localité  (5)  ont  été  signalées  d'autres  coche- 
nilles sur  les  Caféiers,  parmi  lesquelles  un  Rhizococcus  sp., 
genre  créé  par  Signoret  (6),  à  peine  différent  du  Dactylopius 
et  qui  attaquerait  les  Citronniers  et  les  Caféiers.  Cette  espèce 
serait  de  provenance  japonaise. Peut-être  ne  diffère-t-elle  pas 
de  res|)èce  que  nous  étudions,  qui,  autant  qu'il  semble,  est 
très  répandue. 

La  femelle  de  la  cochenille  blanche  a  le  corps  un  peu  con- 


(i)  Indian  Muséum  Notes,  vol.  I,  u»  i,  Calcutta  i88ij,  et  vol.  II,  a'^  G.  • 

Journal  of  the  Asiatic  Society,  Part.  II,  1886,  p.  288. 
(i)  Op.  cit. 

(3)  RiLEY,  Insect  life,  U.  S.  Department  of  agriculture,  division  of  ento- 
mology,  V,  p.  60.  —  ScHŒNiKLD,  vice-consul  de  France  à  Tampico,  Bap- 
port  sur  l'agriculture  et  la  culture  du  café  au  Mexique,  in  Jiulletin  du 
Ministère  de  V Agriculture,  1896,  p.  3ii.  —  Josi';  C.  Skglr.v,  La  fuinagina 
y  el  pulgon  de  los  Cafetos  de  la  liepublica  mejicana,  traduit  dans  la  Revue 
agricole  de  la  Réunion,  1896,  p.  'i\.  — Adolfo  Tonduz,  La  fumagina  del 
Cafeto,  San  José,  Costa  Rica,  1897.  —  D''  Ramirez,  in  «  Anales  del  Insti- 
tuto  medico  nacional  mejicano  »,  t.  Il,  juillet  1896. 

(4)  Insect  life,  VI,  p.  334.  —  Planter's  Monthly,  1893,  p.  559-56i. 

(5)  A.  Kœbele,  Report  of  Department  agricult.  and  furestry,  Ilawaïan 
Republ.,  1894. 

[6]  Signoret,  Op.  cit. 


—  1G4  — 

vexe,  oblong,  de  un  millimètre  à  un  millimètre  et  demi  de 
long;  le  dos  est  cotonneux,  d'un  blanc  un  peu  grisâtre;  le 
ventre  est  jaunâtre.  La  femelle  est  mobile  jusqu'à  la  ponte. 
Aussitôt  après,  elle  meurt  sur  ses  paquets  d'œufs,  entou- 
rée d'une  substance  cireuse  blanche.  Le  mâle  est  plus  petit, 
brun,  un  peu  olivâtre.  Les  œufs,  presque  transparents,  sont 
d'un  jaune  clair;  leur  éclosion  coïncide  en  général  avec  les 
périodes  de  grandes  chaleurs. 

La  cochenille  blanche  attaque  d'autres  plantes  que  le 
Caféier.  On  signale,  dans  Tlnde,  un  Cedrela  et  plusieurs 
F'icus  (i),  au  Mexique  un  nombre  plus  considérable  (2),  les 
Dracœnas,  les  Manguiers,  les  Orangers,  les  Ananas  sur- 
tout; de  telle  sorte  qu'à  la  Jamaïque  on  aurait  essayé  de  se 
servir  de  ces  derniers  comme  plantes-pièges,  en  les  plan- 
tant entre  les  rangs  de  Caféiers. 

Ces  cochenilles  sécrètent  comme  les  précédentes  un 
liquide  sucré  qui,  comme  nous  avons  vu,  se  recouvre  de 
lumagine.  L'insecte  et  le  champignon  peuvent  envahir  tous 
les  organes  du  Caféier,  les  jeunes  bourgeons,  les  feuilles, 
les  rameaux,  les  glomérules  floraux,  les  fruits.  Si  les  bour- 
geons floraux  sont  attaqués  avant  épanouissement,  la  cou- 
lure en  est  le  plus  souvent  la  conséquence  fatale  :  le 
fruit  attaqué  mûrit  mal  ou  tombe  prématurément.  La  feuille 
résiste  mieux,  car,  s'il  survient  une  élévation  de  tempéra- 
ture accompagnée  de  sécheresse,  la  couche  de  fumagine  se 
détache  souvent  par  écailles,  laissant  la  feuille  propre,  mais 
en  assez  mauvais  état,  en  partie  décolorée  et  peu  suscep- 
tible d'accomplir  ses  ibnctions.  Néanmoins,  il  y  a  lieu  de 
faire  à  ce  sujet  une  réserve,  car  c'est  précisément  pendant  la 
période  chaude  que  la  cochenille  trouve  les  conditions  les 
plus  favorables  à  sa  pullulation,  tandis  que,  j)endant  la 
saison  des  pluies,  où  elle  ne  se  multiplie  guère,  l'humidité 
atmosphérique  favorise    au     contraire,    sur  les   sécrétions 

(i)  Indian  Muséum  Notes,  vol.  I,  \i°  i. 
(2)  Segura,  Op.  cit. 


—  165  — 
sucrées  de  Finsecte,  Textension  de  la  moisissure  noire  de 
la  fumagine. 

En  tout  cas,  on  peut  sans  diflîculté  reconnaître  à  une  cer- 
taine distance  une  plante  fortement  attaquée,  même  au  début. 
Les  feuilles  sont  recouvertes  d'une  poudre  blanche  ressem- 
blant à  de  la  farine,  qui,  si  on  la  regarde  à  la  loupe,  se  voit 
entremêlée  de  femelles  et  d'insectes  minuscules,  les  jeunes 
larves.  Ce  n'est  qu'un  peu  plus  tard  qu'apparaît  la  fumagine 
qui  peut  couvrir  entièrement  les  feuilles. 

La  Cochenille  blanche  envahit  aussi,  mais  plus  rarement 
semble-t-il,  les  parties  souterraines  des  Caféiers,  jusqu'à 
o,25  cent,  au-dessous  du  collet;  et  là,  plus  que  sur  la  tige, 
sa  sécrétion  sucrée  attire  de  nombreuses  fourmis.  Parmi 
celles-ci,  une  espèce,  appelée  «  ruiva  «  au  Brésil,  serait  le 
Bracliymyrmex  decedens  Mayr.  Gœldi(i)  et  avant  lui  le 
baron  de  Capanema,  qui  avait  le  premier  observé  cette  as- 
sociation de  la  cochenille  et  de  la  fourmi  sur  les  racines  du 
Caféier  au  Brésil,  l'ont  considérée  comme  inoffensive  pour 
la  plante,  aussi  bien  lorsque  les  parties  aériennes  du 
Caféier  sont  attaquées.  Il  faut  dire  que  Gœldi  ne  parle 
qu'accessoirement  de  la  Cochenille  blanche  du  Caféier;  il 
s'est  occupé  surtout  de  la  maladie  vermiculaire,  et  s'il  in- 
nocente le  Dactylopius  de  tout  méfait,  c'est  sans  doute  que 
cet  insecte  ayant  été  soupçonné  de  produire  les  nodosités 
des  racines,  il  avait  pu  se  rendre  compte  que  la  production 
de  ces  nodosités  n'était  aucunement  liée,  chez  le  Caféier, 
à  la  présence  de  la  Cochenille  blanche.  M.  Bordage(2),  au 
contraire,  croit  que  cet  insecte  peut  tuer  les  jeunes  Caféiers  ; 
mais,  ici  encore,  il  est  permis  de  supposer  qu'il  y  a  con- 
fusion entre  des  espèces  voisines. 

La  Cochenille  blanche  a  aussi  ses  insectes  parasites,  ren- 
contrés, comme  ceux  de  la  Cochenille  brune,  à  Ceyian  par 
Nietner.  Ce  sont  une  larve  de  Coccinelle  et  deux  larves  de 

(i)  Gœldi,  Op.  cit. 

(2)  BoRDAGE,  Revue  des  Cultures  coloniales,  5  mai,  1899,  p.  260. 


—  166  — 
Chalridides  (i)  :  Sct/jiuius  i-otiuulmiisMostch.,  la  Coccinelle  ; 
Chartocenis  musciformis  Motsch.  et  Encyrtus  Nietneri 
Motsch.,  les  deux  Chalcidides.  Enfin,  à  la  Réunion,  les  che- 
nilles d'£'/r/.ç//7*(7  blaudula,  d'après  M.  Bordage(2),  détruisent 
aussi  la  Cochenille  blanche. 

D'autres  espèces  du  même  genre  Dactylopius  sont  égale- 
ment nuisibles  au  Caféier. 

Le  véritable  Dactylopius  Citri  Risso,  des  Hespéridées, 
signalé  par  Riley  au  Mexique  (3),  serait,  d'après  M.  Green  (4), 
celui  qu'on  trouve  à  Ceylan,  à  l'exclusion  du  précédent. 
Nous  venons  de  relever  l'obscurité  qui  règne  encore  à  ce 
point  de  vue. 

M.  Bouyssou  (5),  à  côté  d'une  cochenille  qu'il  pense 
être  Dactylopius  Adonidum^  a  trouvé  au  Congo  français  une 
autre  cochenille  qui  s'en  différencie  surtout  par  deux  pro- 
longements soyeux  de  la  longueur  du  corps,  insérés  à  la 
partie  postérieure,  La  seconde  serait,  dans  cette  région,  plus 
nocive  que  la  première. 

Le  Dactylopius  lougifilis  Comst.  se  trouve  sur  le  Caféier 
à  Java,  d'après  M.  Koningsberger. 

On  a  observé  sur  le  Caféier  plusieurs  Coccides  n'appar- 
tenant pas  aux  genres  précédents.  Nous  ne  dirons  quelques 
mots  que  du  genre  suivant  : 

Puh'inaria.  —  Les  Pulvinaria  constituent  un  genre  établi 
par  Targioni-Tozzetti,  à  limites  indécises,  qui  est  fort  voi- 
sin du  genre  Lecanium.  Les  Pulvinaria  ne  sont  autres  que 
des  Lecanium  chez  lesquels  le  corps  de  la  femelle  repose 
sur  un  coussin  de  matière  cireuse  blanchâtre  et  n'est  fixé 
au  végétal  que  par  sa  partie  antérieure.  Dès  lors,  à  un  mo- 
ment donné,  lorsque  les  œufs  produits  par  la  femelle  sont 

(i)  Indian  Muséum  Notes,  vol.  II,  n°  6. 

{■l]   BORDAGE,    Id. 

(3)  Riley,  Op.  cit. 

(4)  Green,  Op.  cit. 

C'y)  Revue  des  Cultures  coloniales,  20  septembre  1899. 


—  16-?  — 
devenus  abondants, récusson  qu'elle  forme  se  trouve  soulevé 
par  sa  partie  postérieure.  Il  faut  avouer  que  ce  caractère  ne 
se  trouve  nettement  marqué  que  dans  un  certain  nombre 
d'espèces  de  ce  genre.  D'autres  le  relient  insensiblement 
au  genre  Lecanium. 

Deux  espèces  de  Piilvinaria  attaquent  les  Caféiers  :  Pul- 
vinaria  Psidii  Maskell,  qui  cause  de  grands  dommages  aux 
îles  Hawaï,  d'après  M.  Kœbele  (i^.  Cet  auteur  a  pu  s'assurer 
que  les  larves  d'une  coccinelle  introduite  d'Australie,  le 
Cryptolœmus  Montrouzieri,  opèrent  la  destruction  parfaite 
de  cette  cochenille.  M.  Zimmermann  a  vu  à  Java  le  [Piil- 
viiiaria  Psidii  sur  le  Libéria  (s),  tandis  qu'à  Ceylan, 
M.  Green  le  rencontrait  sur  différentes  plantes,  mais  pas 
sur  le  Caféier.  Y  a-t-il  identité  entre  les  deux  espèces 
trouvées  ? 

Piih'iiiaria  camellicola  Signoret  (?)  qui, d'après  M.  Wait,  y 
serait  dévoré  aussi  par  des  larves  de  coccinelles  (3). 

Cochenilles  souterraines.  —  Récemment  M.  Giard  (4)  a 
décrit  deux  cochenilles  nouvelles  observées  sur  les  racines 
du  Caféier,  et  il  les  considère  comme  différentes  des  espèces 
dont  il  est  question  plus  haut. 

L'une  est  VOrtheziola  fodiens  Gd  ;  la  femelle,  d'un  fauve 
rougeâtre,  mesure,  à  l'état  adulte,  a  millimètres  de  long 
sur  un  millimètre  et  demi  de  large. 

La  seconde  est  le  Rhizœcus  Eloti  Gd  ;  la  femelle  adulte, 
aveugle,  de  couleur  grisâtre,  a  un  peu  plus  de  a  millimètres 
de  long. 

Ces  deux  espèces,  récoltées  par  M.  Aug.  Elot,  directeur 
du  laboratoire  agricole  de  la  Basse-Terre  (Guadeloupe), 
coexistaient   sur    les     radicelles    d'une    plante    mourante. 

(i)  The  Tropical  Agriciilturist,  1897,  p.  3i. 

(2)  Centralblatt  fur  Rakteriologie,  1'  Ahtheilung,  1899,  p.  585. 

(3)  Wait,  Op.  cit. 

(4)  Comptes  rendus  hebdomadaires  des  séances  de  la  Société  de  bio- 
logie, n"  du  25  juin  1897,   p.  583 


—  168  — 
M.  Giard  n'a  observé  que  des  individus  femelles,  jeunes  ou 
adultes. 

Dans  les  cas  d'invasion  de  cochenilles  souterraines,  il 
est  présumable  qu'un  arrosage,  au  besoin  répété,  avec  la 
solution  de  sulfocarbonate  de  potassium  dont  nous  avons 
parlé,  ou  l'emploi  du  sulfure  de  carbone,  rendrait  des  ser- 
vices. 

Fumagine.  —  Ce  terme  désigne,  nous  le  savons  déjà,  l'en- 
duit noir  de  nature  végétale  qui  se  développe  sur  les  feuilles 
attaquées  par  les  pucerons  et  les  cochenilles.  Nous  savons 
aussi  que  les  sécrétions  sucrées  de  ces  insectes  servent  de 
support  aux  champignons  de  la  fumagine  ;  néanmoins,  ces 
matières  sucrées  peuvent  aussi  reconnaître  une  origine 
autre  que  les  insectes. 

Un  bon  nombre  d'arbres  produisent  parfois,  pendant  la 
saison  chaude  et  par  l'intermédiaire  de  leurs  feuilles,  un 
liquide  visqueux,  sucré,  qu'on  peut  même,  au  microscope, 
voir  sourdre  directement  des  stomates  (G.  Bonnier),  et, 
lorsqu'il  est  abondant,  il  tombe  en  fines  gouttelettes,  recou- 
vrant les  feuilles  et  le  sol  placés  au-dessous  (i).  On  a  appelé 
cette  exsudation  saccharine  la  miellée  ou  le  miélat,  ce 
terme  étant  souvent  aussi  appliqué  à  la  production  de  la 
matière  identique  élaborée  par  les  pucerons  et  quelques 
autres  insectes.  La  miellée  due  aux  pucerons  est  plus 
abondante  le  jour  que  la  nuit;  au  contraire,  celle  produite 
directement  par  les  plantes  est  plus  copieuse  pendant  la 
nuit,  et  elle  est  surtout  abondante  dans  les  périodes  où  des 
nuits  fraîches  alternent  avec  des  journées  chaudes  et  sèches. 

Dans  un  mémoire  récent,  M.  Gaston  Bonnier  (2),  après 
avoir  résumé  les  travaux  antérieurs  publiés  sur  ce  sujet,  a 

(i)  E.  BouDiER,  Siii'  la  nature  et  la  production  de  la  miellée,  Association 
fr.  pour  l'av.  des  Se.  Congrès  de  Blois,  1884.  —  Busgen,  Der  Honigtau, 
léna,  1891,  etc. 

(2)  Gaston  Bonnier,  Recherches  expérimentales  sur  la  miellée  (Revue 
générale  de  Botanique,  VIII,  1896,  p.  i). 


—  169  — 
étudié  à  nouveau  ces  phénomènes  et  précisé  nettement  les 
conditions  qui  les  régissent. 

Pour  le  Caféier,  il  est  probable  que  les  feuilles  produisent 
directement  de  la  miellée.  Nietner  (i)  considère  la  miellée 
du  Caféier  comme  «  tantôt  une  sécrétion  de  Tinsecte, 
tantôt  luie  sève  extravasée  qui  coule  des  troncs  blessés,  ou 
plus  vraisemblablement  une  combinaison  des  deux  ».  Le 
fait  a  été  pourtant  contesté  (2). 

M.  Anderson  (3),  qui  a  suivi  une  apparition  de  miellée  en 
connexion  avec  le  Dacty lopins  Adoniduiu,  a  vu  l'arbre 
envahi  suinter  un  liquide  gommeux  en  si  grande  quantité 
que  le  sol  était  mouillé  sur  toute  la  surface  occupée  par  la 
plante. 

Un  nombre  considérable  de  végétaux  montrent  de  la 
fumagine  et  même,  sur  une  plante  donnée,  ces  enduits  fuli- 
gineux peuvent  appartenir  à  des  espèces  différentes  de 
champignons.  Pour  ce  qui  est  du  Caféier,  les  champignons  de 
la  fumagine  sont  encore  incomplètement  connus  ;  cependant 
les  quelques  observations  que  j'ai  pu  faire  ou  contrôler  à  ce 
sujet  me  permettent  d'assurer  qu'il  y  a  au  moins  deux  es- 
pèces botaniques  différentes  qui  concourent  à  la  produc- 
tion de  cette  fumagine. 

L'une  d'elles  est  le  Ti'iposporiiun  Gcirdiieri  (4)  de  Ber- 
keley; l'autre  le  Capnodium  Coffeœ  de  M.  Patouillard. 

Triposporium  Gardneri.  —  Ce  champignon  a  été  observé 
par  Berkeley  (5)  sur  des  feuilles  de  Caféier  envahies  par  le 
Lecaniiun  nigriim.  La  même  espèce,  immature,  a  été  appe- 
lée   par    Piabenhorst    Syncladium    Nietneri   (in  Hedwigia, 

(i)  Op.  cit. 

(2)  BouYssou,  lie^ite  des  Cultures  coloniales,  20  septembre  1899. 

(3)  Indian  Muséum  Notes,  vol.  I,  n"  i  ;  A'^otes  on  Indian  insects  pests, 
Bhynchotes,  par  E.  I.  Atkinson,  Calcutta,  1889. 

(4)  Dédié  à  Gardner,  directeur  du  Jardin  des  plantes  de  Ceylan,  qui 
avait  transmis  ce  champignon  à  Berkeley. 

(5)  Berkeley,  Fungi  Ceylan.,  n''894,  et  Notice  of  a  mould  attacking  the 
Coffee  plantations  in  Ceylan,  by  the  Révérend  M.  J.  Berkeley. 


—  170  — 

i858).  La  fumagine  à  laquelle  ce  champignon  donne  nais- 
sance forme  crabord  une  plaque  mince,  d'un  gris  noir, 
transparente,  qui,  en  deux  ou  trois  mois,  s'épaissit  assez 
pour  couvrir  feuilles  et  menues  branches  d'un  enduit 
opaque,  simplement  granuleux  à  la  loupe.  A  Ceylan,  il 
pourrait  persister  une  année  entière  à  l'état  vivant  sur  les 
feuilles  du  Caféier;  à  la  saison  sèche,  il  s'élimine  en  larges 
écailles  qui  laissent  la  feuille  absolument  propre,  mais  le 
plus  souvent  presque  décolorée,  desséchée,  morte  et  sans 
utilité  pour  la  plante  (i). 

L'examen  microscopique  ne  m'a  pas  permis  d'y  découvrir 
d'autre  fructification  que  la  forme  conidienne,  constituée  par 
des  spores  (conidies)  naissant  librement  à  l'extrémité  des 
filaments  (fig.  40- 

La  portion  végétative  du  champignon,  le  nncélium,  est 

formée  de  filaments  ram- 
pants, ramifiés,  tortueux, 
copieusement  cloisonnés, 
d'un  brun  olivâtre  ou  fu- 
ligineux, qui,  de  place  en 
place,  produisent  un  ra- 
meau dressé,  également 
cloisonné,  étranglé  aux 
cloisons,  portant  à  son 
sommet  des  conidies,  en 
général  au  nombre  de 
trois,  rayonnant  en  étoile 
et  divergeant  dans  un 
plan  perpendiculaire  au 
filament-support.  Ces  conidies  sont  brunes,  6  à  8  fois 
cloisonnées,  un  peu  atténuées  en  pointe  mousse  à  leur 
extrémité  libre,  où  elles  deviennent  presque  hyalines.  La 
dimension  des  conidies  est  variable;  la  moyenne  est  de 
1/20  de  millimètre  ou  5o  [x. 


Fig.  41. —  Triposporium  Gardneriiierli.  — 
.1/,  filament  du  mycélium  produisant  des 
conidies,  Co. 


(i)  Indian  Muséum  Notes,  vol. 


[889. 


—  171  — 

Il  est  à  remarquer  que  les  formes  Triposporiinu  ont  déjà 
été  observées  dans  les  premiers  développements  de  fuma- 
gines  dues  à  tles  Capnodium.  La  fumagine  de  l'Oranger,  en 
particulier,  produite  par  le  Capnodium  Citri  Penzig,  montre 
une  fructification  conidienne  en  Trisposporium  (i)  tout  à 
fait  identique  à  celui  de  Berkeley  sur  le  Caféier.  Je  serais 
tenté  de  les  identifier  tous  deux  et  de  rapporter  le  Tripospo- 
riiim  Gardiieri  au  Capnodium  Citri.,  et  cela  d'autant  que 
l'espèce  de  Berkeley  est  signalée  par  son  créateur  sur  des 
plantes  variées.  Et,  d'un  autre  côté,  j'ai  pu  observer  sur  des 
feuilles  de  Caféier  et  d'Oranger  poussant  côte  à  côte,  et  tous 
deux  provenant  de  la  Martinique,  cette  forme  Triposporium . 

Je  dois  reconnaître  cependant  que,  sur  l'Oranger,  on  ren- 
contrait toutes  les  formes  du  Capnodium  Citri,  formes  coni- 
diennes,  spermogonies  pycnides,  périthèces  ascospores  (2), 
tandis  que  sur  les  feuilles  de  Caféiers  voisins,  et  sur  d'autres 
feuilles  de  Caféiers  de  provenance  différente,  je  n'ai  pu 
rencontrer  que  la  forme  conidienne  en  Triposporium. 

Capnodium  Coffex.  —  La  fumagine  produite  par  cette  es- 
pèce semble  plus  répandue  que  la  précédente.  J'en  ai  eu 
des  échantillons  du  Tonkin,  de  la  Martinique,  du  Venezuela, 
de  l'Ecuador,  qui,  pour  la  plupart,  m'ont  été  fournis  par  le 
créateur  de  l'espèce,  M.  Patouillard,  le  très  éminent  myco- 
logue. 

L'apparence  et  le  développement  de  cette  fumagine  ne 
semblent  pas  différer  beaucoup  de  ce  qu'on  observe  pour  le 
Triposporium  du  Caféier.  A  l'état  jeune,  il  n'y  a  pas  extérieu- 
rement de  différence  bien  sensible;  l'enduit  noir  est  seule- 
ment un  peu  moins  dense.  Sur  des  échantillons  très  avan- 
cés, l'examen  à  la  loupe  montre  une  quantité  considérable 
de  courts  filaments,  un  peu  entrecroisés,  qui  donnent  assez 

(i)  Ed.  Prillieux,  Maladies  des  plantes  agricoles,  Paris,  1897,  t.  II, 
p.  55  et  suivantes. 

(2)  Pour  le  sens  de  ces  termes,  voir  Ph.  Van  Tieghem,  Traité  de  Bota- 
nique, 1"  éd.,  pp.  ii33  et  n34;  et  Ed.  Prillieux,  Op.  cit.,  II,  p.  i  et  sui- 
vantes. 


—  172  — 
bien  à  la  feuille  l'apparence  d'un  velours  mat  :  ce  sont  là  les 
cols  des  périthèces,  comme  nous  verrons  tout  à  l'heure. 

Au  début  de  son  développement,  le  champignon  produit 
un  mycélium  qui  possède  le  caractère  des  mycéliums  de 
Capnodium  en  général  (fig.  4'^-,  fi)-  H  est  formé  de  filaments 
bruns  qui,  rapidement,  produisent  des  chapelets  ramifiés 
de  cellules  d'un  brun  olivâtre  clair,  ovoïdes,  à  parois  min- 
ces, plus  ou  moins  atténuées  aux  deux  extrémités. 

Un  peu  plus  tard,  le  même  mycélium  donne  naissance  à 
des  chaînes  de  spores  cubiques,  à  faces  latérales  légère- 
ment bombées,  un  peu  plus  grosses,  de  4  à  6  [j,  de  large 
(fig.  42,  h^  c).  Cette  forme  semble  bien  répondre  à  l'espèce 
décrite  par  Cooke  (i)  sous  le  nom  de  Tonila  Sphœrella.  Le 
mycélium  qui  produit  les  chaînes  de  conidies  est  d'abord 
cylindrique,  d'un  calibre  partout  égal,  puis  progressive- 
ment les  articles  s'étranglent  un  peu  aux  cloisons,  en 
même  temps  que  les  parois  s'épaississent  et  accentuent 
leur  teinte,  et  les  chaînes  de  conidies  se  trouvent  cons- 
tituées. Ces  conidies  ne  se  séparent  les  unes  des  autres 
que  très  difficilement;  le  plus  souvent,  elles  ne  se  déta- 
chent des  filaments  que  par  groupes  un  peu  sinueux  de 
quatre  à  huit.  Je  n'ai  pu  observer  la  germination  des 
conidies,  n'ayant  à  ma  disposition  que  des  échantillons  des- 
séchés. 

Le  même  mycélium  produit  également,  mais,  il  m'a 
semblé,  en  petit  nombre,  des  conidies  isolées,  fusiformes, 
allongées,  très  brunes,  à  parois  assez  épaissies,  dressées,  à 
5  ou  6  cloisons  transversales,  d'environ  5o  [x  de  long  sur 
5  [1  de  large,  portées  sur  un  pédicelle  court.  C'est  une  forme 
Brachysporium . 

Enfin,  avant  de  fournir  ses  périthèces,  de  place  en  place, 
le  mycélium  s'agglomère  en  petites  masses,  irrégulière- 
ment arrondies,  qui  résultent  du  cloisonnement  d'un  fila- 


(i)  Grevillea,  1880,  p.  11. 

(2)  Bulletin  de  la  Société  mycologique  de  France,  t.  IX,  1893,  p.  i5o. 


—  173  — 
ment  suivant  les  trois  dimensions  (fig.  4^,  d,e).  Ces  organes 
se  retrouvent  dans  les  formes  primaires  qu'on  observe  dans 
les  fumagines, formes  pour  lesquelles  le  mycologue  Persoon 
avait  créé  le  genre  Fuma  go.  Les  organes  dont  nous  parlons 
sont  fréquemment  appelés 
bourgeons  ;  quant  à  leur  rôle, 
on  peut  assez  bien  les  com- 
parer aux  bulbilles  des  plantes 
supérieures.  Ce  sont,  en 
somme,  des  organes  de  ré- 
sistance, qui  peuvent  persis- 
ter à  l'état  latent  et  repro- 
duire par  leur  développement 
un  corps  végétatif  nouveau. 
A  la  fin  de  l'évolution  ap- 
paraissent, sur  le  mycélium, 
des  périthèces,  sans  qu'il  soit 
possible  de  noter  de  spermo- 
gonies  ou  de  pycnides.  Les 
périthèces  se  présentent  au  mi- 
lieu d'un  réseau  de  filaments 
mycéliens  grêles,  avec  l'appa- 
rence de  longs  poils  noirs  ai- 
gus (fig.  4>^);  il«  se  renflent 
un  peu  vers  la  base  et  produisent  un  ou  deux  rameaux 
latéraux  plus  ou  moins,  ventrus.  Le  périthèce  lui-même 
reste  néanmoins  étroit;  sa  largeur  ne  va  pas  au  delà  de 
fto  ou  ?)o  [X,  tandis  que  sa  longueur  peut  atteindre  un  milli- 
mètre et  demi  (i.5oo  |x).  Ces  périthèces  enfin  se  sont  jus- 
qu'ici montrés  stériles  :  on  n'y  rencontre  de  spores 
d'aucune  sorte. 


Fig.  4.!.  —  l'ajj/iinliiuii  Cuff'cn'  Pat.  — 
Sa  tonne  conidiciine  [Tvitila  Sp/ta-- 
rella  Cooke  ?)  :  a,  mycélium,  produi- 
sant en  b  une  chaîne  de  conidies  ; 
f,  portion    d'une    chaîne    détachée  ; 

d,  un  bourgeon  issu  du  mycélium  ; 

e,  un  bourgeon  naissant. 


Un   autre    Capiiodiuiu   a   été   récemment   décrit  sur    les 
feuilles  du  Caféier  par  ^I.  Spegazzini    \i),  sous  le  nom  de 


(i)  Rcvista  agiicola  y  \-eterinaria,  La  Plata,  1896,  p.  324. 


—  174  — 

Capnodium  trichostommn.  Peut-être  est-ce  la  même  espèce  ; 
je  n'ai  pu,  en  tous  cas,  me  le  procurer. 

De  même,  ^I.Wait  a  signalé 
un  Capnodium  lanosiini  qui 
serait  le  champignon  de  la  iu- 
magine  aux  îles  Hawai  (i).  Ce 
qualificatif  lanosum  permet  de 
penser  que,  probablement,  il 
ne  s'agit  pas  d'une  espèce  dif- 
férente du  Capnodium  Coffen\ 
La  i'umagine  est  toujours 
plus  abondante  et  plus  fré- 
quente sur  la  face  supérieure 
des  feuilles,  car  c'est  là  que 
les  excrétions  sucrées  des  co- 
chenilles lavées  par  les  pluies 
ou  la  rosée  s'accumulent  et 
se  dessèchent.  On  comprend 
que  le  manque  de  lumière  dû 
à  la  présence  de  cet  enduit  noir 
n'est  pas  sans  gêner  les  fonctions  générales  de  la  feuille, 
la  transpiration  et  la  fonction  chlorophyllienne.  La  pré- 
sence de  la  fumagine  apporte  par  suite  un  trouble  notable 
dans  la  nutrition  générale  de  la  plante.  Il  n'est  pas  rare, 
d'ailleurs,  d'observer  la  chute  de  tout  ou  partie  du  sys- 
tème foliaire  ;  et,  pendant  la  période  correspondante,  le 
développement,  l'accroissement,  la  floraison,  la  fructifica- 
tion subissent  un  temps  d'arrêt  très  net, 

Quelle  que  soit  leur  nature  botanique,  les  champignons 
des  fumagines  se  comportent  de  même  vis-à-vis  de  leur  hôte. 
On  ne  peut  rigoureusement  les  qualifier  de  parasites,  puis- 
qu'ils ne  pénètrent  pas  dans  l'intérieur  des  tissus  du  végétal 
et  que  leur  végétation  complète  s'accomplit  exclusivement 
à  la  surface  de  la  plante  hospitalière;  mais  l'action  nocive 


Fig.  4j.  —  Capnodium  Cvjjeœ  Pat 
—  Péi'ithèce  jeune  en  a,  naissan 
sur  le  mycélium,  M;  en  b,  un  pc 
rithèce  plus  développe. 


(i)  Wait,  Op.  cit. 


—  175  — 

dont  nous  venons  d'énuniérer  les  effets  n'en  est  pas  moins 
réelle,  et  elle  est  la  résultante  des  actions  combinées  de 
l'insecte  et  du  champignon. 

Le  Caféier  de  Lil^hna  parait  aussi  sujet  que  le  Caféier 
d'Arabie  à  l'invasion  de  la  fumagine  (i).  Il  souffre  moins 
cependant,  à  cause  de  sa  végétation  plus  puissante. 

La  fumagine,  naturellement,  prend  une  intensité  plus 
grande  toutes  les  fois  que  sont  réalisées  les  conditions  qui 
favorisent  le  développement  des  moisissures,  c'est-à-dire 
la  chaleur,  l'humidité,  l'air  confiné.  En  dehors  des  stations 
basses  et  à  sol  humide,  qu'on  évite  en  général  pour  le 
Caféier,  ces  conditions  sont  réalisées  lorsque  l'arbre  est 
trop  touffu,  que  son  feuillage  et  ses  jjranches  intérieures 
n'offrent  pas  à  l'air  et  à  la  lumière  une  pénétration  suffisante, 
en  même  temps  qu'ils  constituent  une  surface  considé- 
rable où  séjournent  facilement  les  germes. 

Traitement.  —  Il  comporte  deux  indications  évidentes  : 
combattre  les  insectes,  empêcher  le  développement  de  la 
fumagine. 

La  première  opération  à  effectuer,  depuis  longtemps  con- 
seillée (y),  est  un  émondage  rationnel,  qui  aère  et  éclaire 
l'arbre  et  gène  la  végétation  des  champignons  de  la  fuma- 
gine. 

On  enlève  par  ce  procédé  une  quantité  notable  de  coche- 
nilles ;  on  prendra  soin  de  supprimer  surtout  les  feuilles 
ou  jeunes  rameaux  qui  en  sont  le  plus  chargés,  et  le  tout 
sera  détruit  par  l'incinération  .s^/'/'/ri'ce  des  parties  taillées. 

L'élagage  effectué,   c'est  alors    seulement  qu'on   pourra 


(i)  L'Agriculture  et  les  forêts  dans  le  sud  de  Madagascar,  noies  de 
voyajîçe  de  M.  Chapotte,  garde  général  des  forêts  (Bulhrtin  du  Ministère  de 
l'Agriculture,  1898,  p.  171). 

(2)  De  la  maladie  noire  des  plantes,  par  AU'red  Lejourdan,  Mar- 
seille, 1864,  p.  80  et  90.  —  PuiLLiEux,  Rapport  sur  la  maladie  noire 
des  oli\'iers  dans  l'Hérault  (Bulletin  du   Ministère    de    l'Agriculture,  i885, 

P-    2'3<)). 


—  176  — 
avantageusement  traiter  les  plantes  par  des  solutions  insec- 
ticides et  anticryptogamiques. 

Malheureusement,  la  destruction  complète  des  coche- 
nilles, insectes  et  œufs,  est  loin  d'être  assurée.  M.  AntonfO 
Berlèse  insiste  particulièremenl  sur  ce  point  (i).  Ses  expé- 
riences lui  ont  montré  que,  si  les  insectes  sont  tués  par  des 
substances  insecticides  diverses,  aucun  des  insecticides 
connus  n'atteint  les  œufs  ou  les  larves  récemment  écloses 
sous  la  carapace  maternelle  ou  dans  l'épaisse  enveloppe 
céracée.  Alors  que,  chez  les  cochenilles  très  jeunes, 
la  minceur  et  le  peu  de  résistance  du  tégument  permettent 
de  détruire  facilement  les  larves  mobiles,  il  est  loin  d'en 
être  de  môme  plus  tard.  Chez  les  Lecaniuni,  Técusson 
induré  qui  couvre  la  femelle  protège  celle-ci  et  ses  (Luifs  d'une 
fayon  parfaite.  Chez  les  Dcidylopius,  le  développement  de 
l'enduit  céracé  est  assez  considérable  pour  produire  un  ré- 
sultat identique. 

Il  devient  dès  lors  nécessaire  d'introduire  dans  les 
mixtures  insecticides  une  substance  capable  de  dissoudre 
les  matières  cireuses,  et,  en  même  temps,  il  faut  augmenter 
la  force  de  projection  du  liquide  pour  en  faciliter  la  péné- 
tration. On  trouve  maintenant  d'ailleurs,  chez  les  fabricants 
de  pulvérisateurs,  des  appareils  à  dispositif  très  varié  et 
répondant  à  cette  dernière  indication.  On  n'aura  que 
rembarras  du  choix. 

Comme  substance  dissolvante,  le  D'"  Boisduval  a  préco- 
nisé Talcool  (•>);  il  conseille  l'application  d'alcool  fort  (à  90°) 
avec  un  pinceau.  Le  liquide  s'évaporant  rapidement  ne  nuit 
pas  aux  plantes  ;  mais  ce  procédé,  praticable  dans  les  serres, 
ne  peut  être  réalisé  en  grande  culture. 

On  a  proposé  de  nombreuses  substances  :  le  lait  de  chaux, 
la  solution  d'hyposulfite  de  soude  (Cosson),  le  lait  de  chaux 
additionné  d'un  centième   d'alcool  (Novaret)  (.i).  Ce  dernier 

(i)  Antomo  Berlèse,  Op.  cit. 

(2)  D'  Boisduval,  Op.  cit. 

(J)  Cllés  par  M.  Alfred  Lejoukdax,  Op.  cit. 


—  177  — 
procédé,  qui  a  l'avantage  de  la  simplicité,  mériterait  d'être 
expérimenté   à  nouveau    pour    le    Caféier,    en    y    ajoutant 
une  quantité  d'alcool,  S  ou  4  %  au  moins. 

Plus  récemment,  M.  Raoul  a  préconisé  le  jus  de  tabac  et 
les  émulsions  pétrolées  proposées  par  M.  E.  C.  Cotes,  de 
VIndiaii  Muséum  de  Calcutta,  et  vulgarisées  par  Riley,  le 
savant  et  regretté  entomologiste  du  département  do  l'agri- 
culture des  États-Unis. 

Riley  conseille  d'employer  le  kérosène,  produit  qui,  raf- 
finé, donne  le  pétrole  lampant  ordinaire;  ce  dernier  est  pra- 
tiquement suffisant  et  plus  facile  à  se  procurer. 

Voici  comment  Riley  conseille  de  procéder  (i)  : 

«  1°  Pour  obtenir  l'émulsion  de  kérosène  (ou  de  pétrole) 
«  au  savon,  on  dissout  une  demi-livre  de  savon  (a5o  grammes) 
«  dans  un  gallon  (3  lit.  780)  d'eau  chauffée  jusqu'au  degré 
«  d'ébullition,  et  on  ajoute  le  mélange  ainsi  obtenu, 
«  tout  bouillant,  à  2  gallons  de  kérosène.  Une  agitation  vio- 
«  lente  donnera  comme  résultat  un  composé  de  la  consis- 
((  tance  du  beurre.  Ces  émulsions  sont  absolument  fixes  et 
«  peuvent  être  gardées  indéfiniment.  On  peut,  suivant 
«  l'usage  qu'on  veut  en  faire,  les  diluer  dans  10  fois  leur 
«  volume  d'eau  ou  davantage  et  s'en  servir  dans  les  pulvé- 
((  risateurs.  » 

2"  Riley  a  également  employé  une  émulsion  composée  à 
parties  égales  de  kérosène  et  du  composé  résineux  suivant  : 

«  On  dissout  une  livre  de  soude  caustique  en  la  faisant 
«  bouillir  dans  un  gallon  d'eau.  On  ajoute  à  la  moitié  de 
<(  cette  solution  8  livres  de  résine  et  on  fait  bouillir  le  tout 
«  jusqu'à  dissolution  de  la  résine;  après  cela,  on  ajoute  le 
«  reste  de  la  solution,  et  le  mélange  obtenu  est  mis  à  bouillir 
«  sur  un  feu  très  vif.  Le  composé  qui  en  résulte  s'assimile 
«  très  bien  à  l'eau  froide.  » 

On  aura  le  choix  entre  ces  deux  procédés.  Il  faut  néan- 

(i)  Rapport  de  M.  Brocchi.  Cl.  76.  Insectes  utiles  et  insectes  nuisibles; 
extrait  des  Rapports  du  Jury  international  de  l Exposition  universelle 
de  1889,  Paris,  Inip.  nat.,  MDCCCXCII. 

12 


-  178  — 

moins  se  souvenir  que  les  émulsions  de  pétrole  diluées  ne 
se  maintiennent  pas  très  longtemps  homogènes  et  qu'on 
doit  employer  l'émulsion  diluée  peu  dlieures  après  sa  con- 
fection ,  sinon  le  pétrole  se  dispose  en  gouttelettes  et  les 
feuilles  peuvent  être  corrodées,  ce  qui  aggrave  le  mal  au 
lieu  de  le  conjurer.  D'un  autre  côté,  il  n'a  pas  été  fait,  à  ma 
connaissance  du  moins,  d'expériences  bien  précises  au 
sujet  de  la  résistance  des  feuilles  de  Caféier  à  la  corrosion 
par  ces  liquides  à  base  de  pétrole,  corrosion  qui  d'ailleurs 
varie  notablement  suivant  les  plantes. 

Il  sera,  par  suite,  utile  d'essayer  le  produit  sur  un  seul 
ar])re  avant  de  l'employer  en  grand. 

La  solution  la  plus  forte,  mais  qui  ne  corrode  pas  les 
feuilles,  sera  la  meilleure  ;  on  en  établira  facilement  la  for- 
mule après  quelques  tâtonnements.  En  tout  état  de  cause, 
pour  la  formule  n"  i,  je  crois  qu'il  est  nécessaire  de  diluer 
à  une  partie  pour  i5  parties  d'eau  environ;  pour  la  formule 
n°  2,  une  partie  pour  35  environ.  M,  Raoul  a,  il  est  vrai,  con- 
seillé pour  une  formule  analogue  à  celle  du  n°  i  une  émul- 
sion  à  i/io  au  plus;  mais,  par  comparaison  avec  ce  que  j'ai 
pu  observer  pour  d'autres  plantes,  je  crains  que  le  liquide 
ainsi  obtenu  ne  brûle  fortement  les  feuilles  du  Caféier. 

Ces  insecticides  seraient,  à  mon  avis,  d'une  efficacité 
encore  plus  certaine  s'ils  renfermaient  de  l'alcool  et  de  la 
nicotine.  On  pourrait  introduire  la  nicotine  en  faisant  infuser 
des  feuilles  de  tabac  grossièrement  contusées,  et  en  quan- 
tité assez  forte,  dans  le  liquide  qui  doit  servir  à  diluer  le 
mélange  pétrole.  On  ajouterait  ensuite  3  ou  4  %  d'alcool 
fort  non  rectifié,  à  90°  ou  c).")". 

Ces  solutions  seront  appliquées  au  pulvérisateur  et  répé- 
tées, si  besoin  est,  une  ou  deux  fois  pendant  la  saison 
(diaude. 

On  doit  observer  encore  que  la  destruction  des  coche- 
nilles sera  d'autant  moins  difficile  à  obtenir  que  l'apparition 
de  ces  insectes  sera  de  date  plus  récente.  A  l'état  jeune,  les 


—  179  — 
cochenilles  ont  un  tégument  mou  et^  sont  plus  vulnérables 
aux  agents  destructeurs  dont  nous  avons  parlé. 

11  est  encore  un  autre  procédé  de  destruction  dont  je 
dois  parler,  mais  qui  pour  devenir  réellement  pratique  né- 
cessite des  essais  et  méthodiquement  entrepris  pour  le 
Caféier. 

Nous  avons  vu  plus  haut  que  M.  Kœbele  avait  pu  assurer 
aux  ilesHawaï  la  destruction  d'un  Pulvinaria  avec  les  larves 
d'une  coccinelle  introduite  d'Australie.  La  même  méthode 
utilisée  déjà  depuis  quelques  années  en  Californie  a  amené 
la  disparition  pour  ainsi  dire  complète  de  certaines  coche- 
nilles, surtout  sur  l'oranger  et  le  citronnier  (i). 

Il  est  certain  que  les  ennemis  des  cochenilles  sont  partout 
en  général  assez  nombreux,  mais  ils  peuvent  manquer  si 
la  cochenille  est  d'importation  récente  dans  un  pays.  Il 
semble  précisément  que  c'est  le  cas  pour  la  cochenille  verte, 
\e  Lecanium  viride  ^  à  Ceylanen  particulier;  et  c'est  alors  qu'il 
peut  être  avantageux  d'essayer  l'action  destructive  d'un  in- 
secte parasite  approprié,  que  Ton  cherchera  ensuite  à  im- 
porter systématiquement.  Un  essai  de  ce  genre  a  été  tenté 
à  Ceylan  même  par  M.  Green(2)  :  il  a  pu  voir  que  les  larves 
d'une  coccinelle  du  Cap,  Exocomus  iiigriina  cala  lus,  s'y  nour- 
rissaient volontiers  avec  les  Pulvijiaria  Psidiiyla  Cochenille 
blanche  et  la  Cochenille  verte  du  Caféier.  Cependant  le 
transport  des  coccinelles  exige  des  précautions  pour  que  les 
insectes  parviennent  vivants  à  destination.  Avant  de  les 
disséminer  dans  les  cultures  à  protéger,  on  devra  toujours 
s'assurer  de  leurs  qualités  réelles. 

Ce  procédé  de  destruction  des  insectes  nuisibles  est  sus- 
ceptible sans  doute  de  s'étendre  à  d'autres  insectes  que  les 
cochenilles  et  il  y  a  là   d'intéressantes  recherches  à  faire. 

(i)  Voir  1j  résumt5  et  l'étal  actuel  de  la  question  clans  l'article  de  M.  Zim- 
MERMANN  :  7)i>;  Beksenipfung  der  thierischen  Schsedlinge  der  Kulturpflanzen 
durch  ihre  naturlichen  Fei/idc, ni  aCcnivAlhlAtl  furBakteriologie,  2*parlie  m, 
V,  p.  8)1  et  858  (i"  et  5  décembre  1899). 

(2)  The  Tropical  Agriculturist,  1899,  n»  2,  p.  161. 


—  180  — 

Les  cochenilles  ou  les  pucerons  délruits  ou  fortement 
diminués  en  nombre,  la  fumagine  se  développera  moins 
activement  pendant  la  saison  des  pluies.  S'il  devient  néces- 
saire, à  cette  époque,  d'en  arrêter  l'extension,  on  emploiera 
une  des  bouillies  cupriques  dont  nous  parlons  plus  haut; 
l'effet  sera  suffisant,  à  moins  que  les  pluies  ne  lavent  par 
trop  les  feuilles. 

En  tout  cas,  tous  ces  traitements  devront  être  complétés 
par  des  soins  culturaux  éclairés  et  par  l'application  d'engrais  ; 
après  l'élagage  qui,  par  nécessité,  pourrait  être  un  peu 
excessif,  l'application  d'engrais  azotés  à  utilisation  rapide, 
nitrates,  sulfate  d'ammoniaque,  est  à  conseiller  pour  aider 
la  plante  à  refaire  rapidement  son  système  l'oliaire. 


ACARIENS 

Plusieurs  espèces  de  ce  groupe  d'Arthropodes  ont  été 
observées  sur  le  Caféier. 

Acarus  Coffeœ  Nietner.  —  C'est,  d'après  Nietner  (i),  une 
très  petite  espèce  de  couleur  rouge  pâle,  à  peine  visible 
à  l'œil  nu,  et  qui  à  Ceylan  se  voit  presque  toute  l'année 
sur  la  face  supérieure  des  feuilles  de  Caféier,  quoiqu'elle 
soit  plus  commune  de  novembre  à  avril.  Elle  serait  peu 
éloignée  de  l'araignée  rouge  des  serres  d'Europe. 

Les  feuilles  atteintes  se  colorent  en  brun,  comme  si  elles 
étaient  brûlées  par  le  soleil  ;  mais  le  dommage  est  en 
général  assez  faible,  étant  donné  que  l'acarien  n'envahit  que 
des  arbres  isolés. 

En  cas  d'attaque  plus  intense,  les  soufrages  seraient 
indiqués. 

Gœldi  (2)  a  rencontré  fréquemment  au  Brésil  sur  la  face 

(i)  J.  Nietner,   Op.  cit.,  p.    19. 
(2)  E.  Gœldi,  Op.  cit.,  p.  77. 


—  181  — 
inférieure  des  feuilles  de  Caféiers  de  petites  galles,  parfois 
très  abondantes,  qu'il  attribue  à  un  acarien.  Situées  au  point 
de  jonction  delà  nervure  médiane  et  des  nervures  latérales, 
ces  galles  s'ouvrent  à  leur  sommet  par  un  petit  orifice  et  on 
y  rencontre  des  œufs.  L'animal  qui  les  produit  est  de  cou- 
leur cramoisie  et  serait,  d'après  Gœldi,  très  voisin  des  Té- 
tranyques,  mais  sa  détermination  ne  semble  pas  avoir  été 
nettement  établie. 

En  tout  cas,  le  dégât  causé  serait  à  peu  près  nul. 

Des  acariens  indéterminés  ont  été  rencontrés  par  le 
D""  Noack  (i)  au  Brésil,  le  D""  Zimmermann  (a)  à  Java,  sur  des 
racines  de  Caféier,  tuées  par  des  Anguillules. 

Il  ne  semble  pas  probable  que,  dans  ces  deux  cas,  les  aca- 
riens puissent  jouer  un  rôle  parasitaire  quelconque;  ils  ont 
dû,  de  concert  avec  d'autres  organismes,  concourir  simple- 
ment à  la  destruction  définitive  de  racines  déjà  mortes. 


GASTEROPODES 

Limaces.  —  Des  Gastéropodes  appartenant  à  ce  groupe 
commettent  en  Nouvelle-Calédonie  des  dégâts  assez  impor- 
tants ;  ils  rongent  les  Caféiers  jeunes  jusqu'à  l'âge  de  4  o^^ 
5  ans  au  niveau  du  sol,  en  produisant  des  sortes  de  plaies 
taillées  à  pic  qui,  au  premier  aspect,  ressemblent  à  un 
chancre  et  qu'on  pourrait  être  tenté  d'attribuer  à  un  cham- 
pignon (3).  C'est  pendant  la  saison  chaude  et  sur  les  sols 
ombragés  que  les  limaces  sont  nuisibles.  On  ne  les  aperçoit 
pas  pendant  la  saison  des  pluies.  La  limace  entame  l'écorce 
et,  la  dévorant  de  plus  en  plus,  agrandit  peu  à  peu  la 
blessure  qui  met  le  bois  à  nu.  Sur  les  jeunes  Caféiers  ainsi 

(i)  Noack  F.,  Bic  Pfahlwurzelfseule ,  eine  Nematodetikrankheit,  in 
«  Zeitschrif't  fur  Pflanzenkrankheiten  »,  1898,  p.  iSy. 

(2)  ZIMMERMA^f^•,  De  Nematoden  dev  Koffie'.vorteh. 

(3)  Notice  pratique  sur  la  culture  du  Caféier  en  Nou\-elle-Calédonie,  par 
Perret,  Nouméa,  1895. 


—  182  — 
atteints  le  collet  brunit  progressivement,  et,  par  suite  de  la 
nécrose  qui  envahit  le  bois,  la  plante  périclite  peu  à  peu  et 
meurt. 

Les  arbres  plus  âgés  restent  indemnes,  l'écorce  résistant 
alors  aux  atteintes  de  la  limace. 

Il  est  assez  facile  d'éloigner  ces  limaces  :  on  peut  arroser 
le  sol  avec  de  l'eau  ayant  séjourné  dans  des  fûts  à  pétrole  ; 
ou  bien  on  placera  au  pied  des  Caféiers  une  poignée  de 
chaux  vive  pulvérisée,  ou  même  simplement  de  la  sciure  de 
bois  :  c'est  un  obstacle  que  les  limaçons  se  résolvent  diflici- 
lement  à  traverser. 

On  pourra  même,  pour  plus  de  sûreté,  imprégner  cette 
sciure  d'un  mélange  d'eau  de  savon  forte  avec  i/io  à  1/20 
de  pétrole. 

M.  Mairot,  qui  a  bien  étudié  cette  ([uestion  (i),  préfère 
récolter  directement  les  limaces.  11  les  attire  en  plaçant  le 
soir  dans  les  plantations  de  vieux  sacs  humides  ou  des 
feuilles  de  bananier. 

Il  y  trouve  le  matin  des  quantités  de  limaces  qu'il  tue 
avec  de  la  chaux  vive  et  emploie  comme  engrais  pour  ses 
Caféiers. 


(i)  Al.  Mairot,  Les  Ennemis  du  Caféieren  ]\ouvelle-Calédonie,  in  «  Revue 
des  Cultures  coloniales  »,  20  novembre  1899,  p.  3i4. 


183  — 


MALADIES  PRODUITES  PAR  LES  VERS 


ANGUILLULES 

Un  certain  nombre  de  vers  nématodes  appartenant  au 
groupe  des  Anguillules  nuisent  gravement  aux  Caféiers  en 
attaquant  leurs  racines.  Les  désordres  qu'ils  amènent  ont 
été  désignés  sous  le  nom  de  maladies  veriniculaires . 

Heterodera  radicicola 

Cette  anguillule  a  causé  des  dégâts  importants  dans  la 
province  de  Rio  de  Janeiro  (Brésil),  dégâts  qui  ont  pu,  d'a- 
près des  relevés  officiels,  être  estimés  dans  plusieurs  plan- 
tations étendues  à  près  de  95  %  de  la  récolte  moyenne.  La 


Fig.  44.  —  Heterodera  radicicola.  —  Racines  de  Caféier 
présentant  des  nodosités,  iV,  de  différentes  tailles  et 
formes.  Grandeur  naturelle.  (D'après  Gœldi.) 


maladie  a  débuté  dans  la  région  en  1870,  et  y  avait  pris  une 
telle  extension  que,  quinze  ans  plus  tard,  des  plantations 
de  Caféiers  avaient  dû  être  abandonnées  ou  remplacées  par 
des  cultures  de  Canne  à  sucre.  C'est  un  zoologiste  français, 
M.  C.  Jobert,  qui  le  premier  a  étudié  cette  maladie  et  en  a 


—  184  - 
bien  précisé  les  symptômes  (i).  Je  reproduis  en 
tie  la  description  qu'il  a  donnée  : 


grande  par 


{(  Un  Caféier  qui  offre  toute  l'apparence  d  un  arbre  sain  et  vigoureux  pré- 
sente, du  jour  au  lendemain,  l'aspect  d'un  arbre  étiolé;  les  feuilles  pâlies 
deviennent  tombantes;  celles  du  haut  jaunissent  promptement  et  tombent 
les  premières.  En  huit  jours,  et  souvent  moins,  l'arbre  est  entièrement 
dépouillé  de  ses  feuilles,  et  les  extrémités  de  ses  rameaux  sont  déjà  dessé- 
chées :  le  Caféier  est  irrévocablement  perdu. 

«  Si  on  le  fait  arracher,  on  voit  que  le  chevelu  a  disparu  complètement  ; 
plus  de  racines  de  petite  taille,  et  les  racines  même  de  la  grosseur  d'un 
tuyau  de  plume  apparaissent  comme  rongées;  l'écorce  a  disparu,  même 
sur  la  plus  grande  partie  du  pivot. 


«  Si  l'on  examine  à  un  grossissement  de  5o  à  60  fois  quelques  fragments 
du  chevelu  qui  est  resté  brisé  dans  la  terre,  on  voit  que  la  surface  de 
l'écorce  est  inégale,  semée  d'élévations  irré- 
gulières, au  centre  desquelles  s'ouvre  une 
cavité  cratériforme  qui  pénètre  jusqu'à  la 
partie  centrale  de  la  radicelle.  En  examinant 
de  plus  près,  on  reconnaît  qu'en  ces  points 
le  faisceau  fibro-vasculaire  a  été  détruit  com- 
plètement et  à  tous  ces  débris  se  trouvent 
mêlés  des  mycéliums,  uu  surtout  de  couleur 
^  noire  très    remarquable. 

i^''^  "iV  "  Guidé  par  ces  indications,  je  fis  arracher 

^'■■\  %'h^''  *^^^   Caféiers,  très  vigoureux   en    apparence, 

^  '  '  ^     '  situés  au  voisinage  des  arbres  malades,  et  je 

ne  fus  nullement  surpris  en  trouvant  le  che- 
velu complètement  couvert  de  nodosités, 
situées  soit  sur  les  extrémités  mêmes,  soit 
sur  le  trajet  et  dans  l'axe  de  l'organe,  ou 
plus  rarement  sur  ses  parties  latérales 
(lîg.  44  et  45).  Les  nodosités  terminales 
sont  piriformes,  acuminées,  souvent  recour- 
bées. Les  plus  grosses  ne  dépassent  pas  la 
dimension  d'un  grain  de  chènevis  ou  d'un 
tout  petit  pois;  l'aspect  général  est  celui  des  racines  de  la  vigne  attaquées 
par  le  phylloxéra. 

«  En  faisant  des  coupes  très  minces  au  travers  de  ces  renflements  dans  le 
sens  longitudinal  ou  dans  le  sens  transversal,  j'ai  constaté  :  i"  que  ces  ren- 
flements contiennent  des  kystes  à  parois  hyalines,  qui  ont  pour  siège,  soit  le 
parenchyme  cortical,  soit  le  cylindre  central  (fig.  46)  ;  2°  que   ceux  qui  siègent 


Fig.  45.  —  Heterodeia  radici- 
cola.  —  Portions  de  racines 
de  Caféier  avec  des  nodo- 
sités à  un  grossissement 
d'environ  12  diamètres.  A 
droite,  une  nodosité  encore 
intacte.  A  gauche,  une  no- 
dosité ouverte,  en  voie  de 
décomposition  .  (  D'après 
Gœldi.) 


(i)C,  JoBERT,  ('o)nptesTendiis  de  V Académie  des  Sciences,  1878,  p.  941 


—  185  — 

dans  le  parenchyme  cortical,  en  se  développant,  ont  pour  action  de  déjeler 
cl  de  détruire  par  approclie  le  faisceau  fibro-vasculaire.  Ceux  qui  siègent  au 
centre  commencent  par  disséquer  et  isoler  les  divers  cléments  qui  les  avoi- 
sinent  ;  on  chercherait  en  vain  trace  du  faisceau  central  quand  les  kystes  sont 
développés.  Enfin,  il  est  facile  de  voir  que  plu- 
sieurs de  ces  kystes  sont  venus  s'ouvrir  au  de- 
hors, et  la  radicelle  est  couverte  de  ces  blessu- 
res profondes,  largement  ouvertes  (fig.  4^)-  ^^cs 
cellules  extérieures  des  renflements  sont  très 
grandes  ;  quelques-unes  présentent  des  signes 
de  segmentation  ;  elles  ne  contiennent  ni  raphi 
des,  ni  amidon. 

«  Si  l'on  examine  les  jeunes  renflements,  ceux 
des  extrémités  particulièrement,  on  trouve  dans 
ces  kystes,  situés  tout  près  du  point  végétatif, 
une  quantité  d'éléments  ressemblant  à  de  jeunes 
ovules;  sur  les  plus  gros  renflements,  les  kystes 
contiennent  ces  éléments  à  tous  les  degrés  de 
développement. 

«  Ce  sont  bien  des  ovules  à  tous  les  degrés 
de  l'évolution;  les  plus  avancés  présentent  l'as- 
pect suivant  (fig.  4?)  ■ 

«  La  forme  est  elliptique,  quelquefois  réni- 
forme  ;  la  membrane  d'enveloppe  est  hyaline,  et 
dans  l'intérieur  se  trouve  enroulé  sur  lui-même 
un  petit  ver  nématoïde,  long,  quand  il  est  dé- 
veloppé,   d'environ  un  quart    de    millimètre,  qui 

n'est  autre  qu'une  anguillule.  Cet  animalcule  n'offre  pas  trace  d'organes 
sexuels;  il  n'est  encore  qu'à  une  première  phase  de  son  développement. 
Chaque  kyste  contient  de  4o  à  5o  œufs,  et  si  l'on 
fait  un  calcul  approximatif,  on  arrive  au  chiffre,  trop 
faible  certainement  et  pourtant  effrayant,  de  plus  de 
3o  millions  d'anguillules  par  Caféier. 

((  Arrivés  au  terme  du  développement  intraovu- 
laire  et  de  la  vie  intraradicellaire,  les  animalcules 
s'échappent  au  dehors,  laissant  béante  la  cavité 
dans  laquelle  ils  se  sont  développés,  et  la  radicelle 
ne  tarde  pas  à  pourrir  et  à  être  envahie  par  les 
cryptogames.  La  terre  qui  entoure  les  Caféiers 
morts  est  remplie  d'anguillules  n'offrant  pas  encore 
d'organes  générateurs. 

«  Les  Caféiers  les  plus  vigoureux,  ceux  de  sept  à 
dix  ans,  sont  attaqués  de  préférence.  Les  Caféiers 
étant  plantés  en  lignes  parallèles,  tantôt  la  maladie  se  propage  suivant 
les  lignes,  tantôt  elle  se  développe  en  îlots,  d'une  manière  analogue  à  1  in- 
fection phylloxérique  de  nos  vignes,    .-) 


F)g  4(j  —  Hetei ode)  a  ra- 
dicicola.  —  Portion  de 
coupe  faite  dans  une 
nodosité. Grossissemen  t 
■20  diamètres  environ  : 
A',  kystes  renfermant 
des  œufs  isolés  en  Œ. 
(D'après  Gœldi.) 


Fig.  47-  —  Œuf  déjà 
avancé  d'IIeferodera 
radicicola  pris  dans 
une  nodosité.  (D'a- 
près Gœldi.) 


—  186  — 

En  résumé,  la  «  maladie  vermiciilaire  »  se  caractérise  par 
le  jaunissement  des  feuilles,  la  mort  rapide  de  Tarbre,  la 
destruction  du  chevelu,  précédée  sur  celui-ci  de  l'apparition 
de  tubérosités  arrondies  ou  oblongues  et  de  volume  assez 
variable.  La  plante  meurt  par  destruction  et  pourriture 
très  rapides  du  système  radicellaire. 

M.  Jobert  n'a  pas  déterminé  spécifiquement  les  anguil- 
lules  observées  par  lui  sur  les  Caféiers  du  Brésil,  car  il  ne 
rencontra  que  des  larves  et  pas  d'animaux  adultes  sexués. 
Le  D'  E.-A.  Gœldi,  qui  a  fait  sur  la  maladie  vermiculaire  en 
question  un  volumineux  mémoire,  a  créé  pour  ranguillule 
qui  la  cause  un  genre  et  une  espèce  nouveaux.  Il  l'a  appelée 
Meloidogyne  exigua  (i).  Il  me  parait  cependant  bien  établi 
que  cette  espèce  n'est  autre  que  V Heterodera  ra dicicola , 
espèce  cosmopolite,  qu'on  a  rencontrée  en  maintes  régions 
du  globe,  chaudes  aussi  bien  que  tempérées,  et  sur  des 
plantes  très  diverses.  Il  est  vrai  de  dire  que  les  galles  dues 
à  \ Heterodera  radicicola  diffèrent  notablement  de  forme  et 
de  dimensions  suivant  les  plantes  atteintes  ;  mais  on  ne  doit 
pas  oublier  que  si  la  présence  de  cette  anguillule  est  la  con- 
dition nécessaire  de  l'apparition  des  nodosités,  la  formation 
des  galles  est  une  fonction  de  la  plante  elle-même  et  peut 
par  suite  varier  sensiblement  d'une  plante  à  une  autre. 

L'opinion  que  j'émets  au  sujet  de  ce  ver  nématode  est  aussi 
celle  de  M.  J.  Ritzema  Bos,  l'éminent  directeur  du  «  Phyto- 
pathologisch  Laboratorium  »  d'Amsterdam.  Ce  savant,  qui 
s'est  depuis  longtemps  déjà  spécialisé  dans  l'étude  de  ce 
groupe  d'animaux,  a  vu  des  préparations  microscopiques 
qui  ne  lui  laissent  aucun  doute  (2).  D'ailleurs,  les  descrip- 
tions de  M.  Jobert  et  du  D""  Gœldi,  les  figures  données  par 
ce  dernier,  répondent  parfaitement  à  ce  qu'on  trouve  dans 
les    auteurs   qui  se  sont  occupés  de    la   question    et   dont 

(i)  D""  E.-A.  Gœldi,  Belatorio  sobre  a  molestiado  Caffeeiro  na  provincia 
do  Rio  de  Janeiro,  1887,  et  «  Rev.  agric.  do  Imp.  Inst.  Fluminense  do 
agricult.  »,  1888,  p.  i. 

(2)  Lettres  des  3i  janvier  1898  et  4  février  1899. 


—  187  — 
M.  Prillieux   a  résumé  jadis  les  travaux  de  façon  très  com- 
plète (i). 

D'un  autre  côté,  M.  Frank  (2)  a  pu  infecter  déjeunes  Ca- 
féiers d'un  an  venus  de  graines  et  portant  des  racines  parfai- 
tement saines  avec  des  racines  de  trèfle  et  de  dracaena 
couvertes  des  galles  de  VHeterodera  radicicola;  et  cinq 
mois  plus  tard,  il  trouva  sur  les  racines  des  galles  iden- 
tiques à  celles  décrites  par  M.  Jobert  sur  les  Caféiers  du 
Brésil. 

M.  Frank  déclare  encore  ailleurs  l'identité  des  deux  es- 
pèces (3).  Enfin,  il  me  semble  que  lorsqu'il  a  établi  son 
genre  nouveau  Meloidogyne,  le  D'  Gœldi  ignorait  l'existence 
du  genre  Heterodera.  En  effet,  il  ne  cite  et  discute  que  la 
classification  de  Bastian  ip.  67),  qui  date  de  1864,  alors  que 
le  genre  Heterodera  de  Schmidt  a  été  créé  en  1871  et  l'es- 
pèce Heterodera  radicicola  Millier  en  i883  (4). 

La  détermination  précise  du  genre  exige  pour  les  Hetero- 
dera l'observation  de  femelles  adultes.  En  effet,  les  fe- 
melles adultes  fécondées  se  gonflent  considérablement  et 
perdent  en  s'hypertrophiant  leur  apparence  première; 
elles  forment  un  sac  à  peu  près  sphérique  ou  un  peu  oblong 
qui  renferme  les  œufs  (fig.  49),  de  telle  sorte  qu'avant  la 
formation  des  œufs  il  n'est  guère  possible  d'en  reconnaître 
la  nature,  surtout  pour  un  observateur  non  prévenu.  C'est  à 
l'état  de  larve  que  ces  anguillules  pénètrent  dans  les  racines, 
et  leur  présence  détermine  par  irritation  une  prolifération 
des  tissus  dont  le  résultat  est  la  production  des  galles.  Néan- 
moins, parmi  les  espèces  du  genre  Heterodera^  il  en  est 
qui    n'engendrent   pas  de  galles    :  les  tubérosités  radicel- 

(1)  Ed.  Prillieux,  Les  Maladies  vennicidaires  des  plantes  cultivées,  in 
«  Annales  agronomiques  »,  tome  II,  fasc.  2. 

(2)  D""  A.-B.  Frank,  Ueber  das  Wiirzelselc1ien,'\n  «  Berichle  der  deutsche 
botanische  Gesellschaft  »,  tome  II,  mars  1884. 

(3)  D""  A.  B.  Frank,  Die  tierparasitseren  Krankheiten  der  Pflanzen, 
1896,  p.  23. 

(4)  Karl  Mûller,  Neue  HelmintJiocecidien  uiid  deren  Erzeiiger,  Berlin, 
i883. 


-   188  - 
laires  sont  absentes  sur  les  racines  de  betteraves  attaquées 
par  Heterodera  Schachtii. 

Pour  le  Caféier,  les  galles  se  produisent,  au  début  au 
moins,  dans  le  parenchyme  cortical;  les 
kystes  à  parois  hyalines  vus  par  M.  Jobert 
ne  sont  autre  chose  que  des  femelles  hy- 
pertrophiées, fait  que  le  D'^  Gœldi  a  bien 
mis  en  lumière. 

On  sait  qu'un  certain  nombre  d'espèces 
d'anguillules  sont  reviviscentes  et  qu'a- 
près une  sécheresse  prolongée  qui  peut 
durer  plusieurs  années,  les  larves  par- 
venues à  Fétat  adulte  sont  susceptibles  de 
revivre  si  on  vient  à  les  humecter.  C'est 
le  cas  de  l'anguillule  du  blé  niellé  [Tylen- 
chus  Tritici),  qui  monte  progressivement 
jusque  dans  la  fleur,  en  même  temps  que 
le  blé  se  développe.  La  fleur  s'hypertro- 
phie,  se  transforme  en  une  galle  pleine 
d'  anguillules , 
et  elle  présente 
assez  bien  le 
volume  et  l'ap- 
parence de  la 
graine  de  Nielle. 

D'après  M.  Jobert,  l'anguillule 
du  Caféier  ne  serait  pas  revivis- 
cente  et  la  sécheresse  la  tuerait. 
Par  suite,  M.  Jobert  admet  l'im- 
munité du  Caféier  en  terrains 
secs.  La  maladie  sévit  de  préfé- 
rence dans  les  terres  sablon- 
neuses ;  l'argile  pure  gênant  le 
développement  du   nématode,   il  n'y  persiste  pas. 

Le  D'  Gœldi  n'a   pas   accepté   toutes  ces  conclusions.  Il 
reconnaît,  il  est  vrai,  que  la  maladie  est  surtout  grave  dans 


Fig.  48.  —  Femelle 
d'Heterodera  radici- 
cola  adulte,  isolée 
d'une  nodosité  :  B, 
bulbe  œsophagien  ; 
St,  stylet.  (D'après 
Gœldi.) 


pig_  ^g,  _  Kyste  d' Heterodera 
radicicola  :  corps  de  femelle 
quelque  temps  après  la  fécon- 
dation montrant  encore  les 
traces  de  l'œsophage.  (D'après 
Gœldi.) 


—  189  — 

les  terrains  sableux;  mais  il  déclare  qu'elle  n'est  pas  spé- 
ciale aux  sols  humides,  car  on  peut  la  rencontrer  aussi  sur 
les  coteaux.  Il  a  pu  observer  la  reviviscence  de  Tanguil- 
lule  sur  des  racines  de  Caféier  entièrement  desséchées 
depuis  deux  mois.  Il  est  possible  que  cette  divergence  de 
vues  entre  les  deux  observateurs  tienne  à  des  conditions 
différentes  d'expérimentation.  M.  J.  Chatin  admet,  en  effet, 
que  les  matières  organiques  en  décomposition  arrêtent  la 
revivifîcation  (i). 

Le  D'"  Gœldi  a  trouvé  sur  les  parties  mortes  des  bactéries 
et  le  même  mycélium  noir  signalé  plus  haut  par  M.  Jobert. 
Ce  ne  sont  que  des  saprophytes.  Ce  mycélium,  hyalin  à 
l'état  jeune,  a  des  filaments  cloisonnés  s'agrégeant  en  cor- 
dons qui  entourent  une  notable  partie  de  la  racine  et  les 
résidus  qui  s'en  détachent.  11  aurait,  d'après  Gœldi,  une 
fonction  bien  définie,  celle  de  détruire  les  portions  de  ra- 
cines envahies  par  les  nodosités. Le  même  auteur  a  vu  ce  my- 
célium gagner  de  proche  en  proche  les  cellules  saines,  dont 
le  contenu  devient  granuleux  et  opaque.  Gœldi  a  trouvé 
des  filaments  jusque  dans  les  éléments  de  la  base  du  tronc. 
11  n'a  jamais  réussi  à  produire  avec  cet  organisme  riuiéc- 
tion  de  racines  saines.  Il  est  présumable  que  la  pénétration 
se  fait  dans  les  racines  infestées  d'anguilkdes  par  les  solu- 
tions de  continuité  qui  s'y  produisent  accidentellement. 

Les  nodosités  peuvent  s'observer  sur  les  Caféiers  dès  la 
période  cotylédonaire,  et  Gœldi  a  constaté  [Op.  cit.)  que  le 
Libéria  n'est  pas  plus  à  l'abri  que  PArabica. 

Il  est  possible  que  cette  maladie  vermiculaire  existe  ail- 
leurs qu'au  Brésil.  M.  Soltwedel(a)  a  trouvé  des  racines  de 
Caféiers  à  Java  qui  présentaient  les  mêmes  renflements  que 
ceux  dus  à  V Helerodera  radicicola  et  il  y  aurait  constaté  la 
présence  de  ces  nématodes.  Mais  la  maladie  ne  parait  pas 
avoir  pris  d'extension  et  l'on  n'en  put  retrouver  plus  tard. 

(I)  Joaimes  Chatix,  Recherches  sur  iAiiguillule  de  l'Oignon,  Paris,   1884. 
(■2)  Cité  par  M.  Zimmermann,  Op.  cit.,  p.   )88. 


—  490  — 

Voyons  maintenant  en  quoi  consiste  le  traitement. 

Tout  trabord  on  ne  peut  songer  à  l'alternance  des  cul- 
tures pour  faire  périr  d^inanition  le  parasite,  car  il  est  prouvé 
qu'il  s'attaque  à  un  nombre  d'espèces  considérable,  très 
différentes  les  unes  des  autres;  il  est  par  suite  doué  d'une 
faculté  d'adaptation  très  remarquable.  D'ailleurs  le  procédé 
n'est  pas  applicable  à  une  plante  vivace  comme  le  Caféier. 

Dès  le  début,  en  cas  d  anguillules  dûment  constatées  par 
l'apparence  extérieure  de  racines  chargées  de  nodosités,  et 
même  au  besoin  par  un  examen  microscopique,  d'ailleurs 
des  plus  faciles,  on  devra  arracher  et  brûler  sur  place  les 
racines  des  Caféiers  morts  en  n'en  laissant  subsister  autant 
que  possible  aucuns  débris.  Il  ne  sera  pas  inutile  d'écobuer 
en  même  temps  dans  le  trou  ou  les  trous  d'arrachage  le  sol 
qui  entourait  les  racines.  Ensuite,  on  devra  traiter  cette 
place  ainsi  écobuée  et  le  sol  environnant  planté  en  arbres 
d'après  les  mêmes  principes  que  les  vignes  phylloxérées  en 
Europe.  La  surface  à  traiter  devra  dépasser  de  plusieurs 
rangées  d'arbres  le  centre  de  la  tache  ou  la  ligne  où  sont 
morts  les  Caféiers,  de  façon  à  ne  pas  laisser  s'établir  de 
nouveaux  foyers  de  contagion  entre  ceux  qu'on  aura  détruits. 
On  pourra,  d'après  le  conseil  donné  par  M.  Prillieux  (i),  et 
pour  plus  de  sécurité, circonscrire  la  surface  ainsi  défrichée 
par  des  fossés  profonds,  en  prenant  soin  de  rejeter  dans  l'in- 
térieur du  cercle  la  terre  qu'on  enlèvera  et  qui  pourrait 
être  contaminée  par  les  anguillules.  On  sera  sûr  de  cette 
manière  d'arrêter  l'extension  du  fléau. 

11  n'y  aurait  d'ailleurs  rien  d'impossible  à  ce  que  cette 
maladie  prenne  naissance  spontanément  sur  le  Caféier,  le 
Nématode  qui  la  produit  s'attaquant  à  des  plantes  très 
variées  ([ui  peuvent  être  pour  le  Caféier  le  point  de  départ 
de  la  contagion  ;  les  exjîériences  de  M.  Frank  ont  bien  mis 
ce  fait  en  lumière. 

Si  l'on   replantait  immédiatement   des  Caféiers    sur    ces 

(i)  Kâ.  Prillieux,  Op.  cit.,  j)    -'.6"). 


—  191  — 

places  où  d'autres  sont  morts  auparavant,  il  est  certain  qu'ils 
périraient  de  même,  car  le  traitement  en  question  n'a  pu  dé- 
truire toutes  les  anguillules  du  sol.  Dun  autre  côté,  on 
aurait  des  chances  de  laisser  persister  l'infection  dans  le  sol, 
en  y  introduisant  une  autre  culture  qui  pourrait  être  attaquée 
à  son  tour,  VHeterodera  étant  susceptible  de  se  développer 
sur  beaucoup  de  plantes.  L'abandon  du  terrain  à  l'état  de 
friche  pendant  un  certain  temps  est  passible  delà  même  ob- 
jection à  cause  de  l'envahissement  possible  d'une  plante 
spontanée  par  l'anguillule.  La  destruction  aussi  complète 
que  possible  est  donc  une  mesure  qui  s'impose.  On  utili- 
sera à  cet  effet  le  sulfure  de  carbone  qui  a  donné  à  Aimé 
Girard  des  résultats  assez  bons,  quoique  incomplets  pour 
la  destruction  du  nématode  de  la  betterave  (i),  ou  encore 
le  sulfocarbonate  de  potasse.  Ce  dernier  sel  se  décom- 
pose dans  le  sol,  en  présence  de  l'humidité,  en  carbo- 
nate de  potasse,  sulfure  de  carbone,  hydrogène  sulfuré  ; 
ce  sont  ces  deux  derniers  corps  qui  agissent  sur  l'an- 
guillule et  la  tuent.  Des  expériences  récentes  que  nous 
avons  fait  opérer  chez  un  horticulteur  des  environs  de 
Paris,  dont  les  cultures  florales  très  variées  étaient  envahies 
parVHete/ode/a  radicicola,  nous  ont  apporté  la  preuve  de 
l'efficacité  réelle  du  sulfure  de  carbone  et  du  sulfocarbonate 
de  potassium  pour  la  destruction  de  ce  ver  parasite. 

On  a  encore  préconisé  l'usage  de  chiffons  de  laine  pé- 
troles et  des  eaux  ammoniacales  résiduaires  des  usines  à 
gaz.  Dans  les  essais  de  destruction  que  nous  avons  fait  faire, 
les  chiffons  pétroles  se  sont  montrés  notoirement  insuffi- 
sants. 

En  tout  cas,  un  traitement  d'extinction  ainsi  com- 
pris est  coûteux.  Pour  la  vigne,  comme  pour  la  betterave, 
on  a  employé  des  doses  de  3.ooo  kil.  de  sulfure  de  car- 
bone à  l'hectare.  Avant  d'injecter  le  sulfure  de  carbone, 
on  laissera    le   sol    se   tasser    un    peu   après    l'arrachage, 

(i)  Aimé  Girard,  Les  Nématodcs  de  la  Betterave,  Paris,  1887. 


—  192  — 

de  manière  à  éviter  une  évaporation  très  rapide  quand  on 
appliquera  le  sulfure. 

On  devra  se  rappeler  que  les  expériences  faites  sur  la 
vigne  ont  montré  que  les  traitements  au  sulfure  de  carbone 
n'ont  de  chances  réelles  de  réussite  que  dans  les  sols 
frais,  meubles,  assez  profonds,  tandis  que,  dans  les  terres 
compactes,  sèches  et  peu  profondes,  les  résultats  sont  fort 
incertains.  On  se  servira  d'un  pal  injecteur  et  le  nombre  de 
trous  sera  au  moins  de  trois  par  mètre  carré,  dans  des  sols 
à  couche  profonde  de  terre  végétale.  Si  celle-ci  est  plus 
mince,  on  devra  augmenter  le  nombre  de  trous,  à  cause  de 
la  rapidité  plus  grande  d'évaporation  du  sulfure  de  carbone 
dans  l'air.  Dès  que  le  sulfure  de  carl^one  aura  été  déposé 
dans  le  trou,  celui-ci  devra  être  immédiatement  bouché  et 
tassé  fortement  avec  le  talon  pour  diminuer  l'évaporation 
dans  les  limites  du  possible.  J'ai  conseillé  plus  haut  et  je 
réitère  ici  la  recommandation  d'arroser  suffisamment  le 
sol  avant  d'appliquer  le  sulfure,  si  la  terre  est  fortement 
échauffée  parle  soleil. 

On  pourra  employer  également  le  sulfocarbonate  de  po- 
tassium, en  même  temps  qu'une  quantité  suffisante  d'eau. 
La  quantité  de  liquide  exigée  par  les  4  ou  5.ooo  kil.  néces- 
saires à  l'hectare  pour  un  traitement  d'extinction  ne  permet 
malheureusement  pas  toujours  l'emploi  de  cette  substance. 
Dans  certains  cas,  elle  présenterait  sans  doute  un  avantage 
marqué  sur  le  sulfure  de  carbone,  qui,  dans  les  régions 
chaudes,  peut  être  évaporé  complètement  avant  d'avoir 
donné  tout  son  effet  utile  ;  le  sulfocarbonate,  qui  ne  fournit 
que  peu  à  peu  le  sulfure  de  carbone,  a  une  action  continue 
et  sensiblement  plus  durable.  D'un  autre  coté,  il  laisse 
subsister  dans  le  sol,  quoique  en  faible  quantité,  un  élément 
utile  aux  Caféiers,  la  potasse.  En  cas  d'irrigation  impos- 
sible ou  trop  onéreuse  à  appliquer,  on  profiterait  alors 
de  la   saison  des  pluies  pour  l'emploi  du   sulfocarbonate. 

On  peut  avoir  avantage  à  conserver  les  arbres  atteints, 
<|uand  les  traitements  d'extinction  ne  sont  pas  réalisables 


—  193  — 
ou  que  l'attaque  est  peu  intense  et  par  points  localisés.  Dans 
ce  cas,  après  avoir  circonscrit  les   taches  par  des  fossés 
assez  profonds,  on  essaiera  des   traitements  d'entretien  au 
sulfure  de  carbone  ou  au  sulfocarbonate. 

Pour  le  sulfure,  les  trous  de  pal  seront  toujours  établis  à 
une  certaine  distance  du  pied  de  Tarbuste  (o":'.o  à  o™3o)  et  la 
quantité  de  sulfure  de  carbone  à  injecter  ne  devra  pas  être 
inférieure  à  3oo  kil.  à  l'hectare.  Pour  le  sulfocarbonate,  il 
faudrait  le  dissoudre  au  préalable  ou  arroser  après  épan- 
dage.  On  le  déposera  dans  une  cuvette  pratiquée  au  pied  de 
chaque  arbre,  à  la  dose  de 600  kil.  environ  par  hectare,  et  on 
recouvrira  la  cuvette  de  terre. 

Ces  traitements  devront  être  renouvelés  toutes  les  fois 
qu'on  verra  la  végétation  fléchir  sensiblement;  mais  ce  ne 
seront  en  tous  cas  que  des  palliatifs. 

L'emploi  de  ces  substances  sur  les  arbres  encore  vivants 
sera  suivi  après  quelques  semaines  de  Temploi  d'un  engrais 
azoté,  qui  sera  fort  utile  pour  l'édification  de  nouveaux  tissus 
radicellaires.  Et  comme  il  est  à  présumer,  ainsi  que  sem- 
blent le  prouver  des  expériences  récentes  (i),  que  le  travail  (h3 
nitrification  est  sensiblement  entravé  par  la  présence  du  sul- 
fure de  carbone  dans  le  sol,  on  utilisera  l'engrais  azoté  immé- 
diatement assimilable,  les  nitrates  de  soude  ou  de  potasse. 

Pour  éviter  la  contamination  des  plantations  saines,  on 
devra,  suivant  le  judicieux  conseil  donné  par  Aimé  Girard, 
soumettre  les  outils  à  un  lavage  soigné,  quand  on  passe 
d'une  pièce  envahie  à  une  pièce  saine. 

Enfin,  il  sera  indispensable,  si  l'on  cherche  à  introduiic 
des  plants  étrangers,  de  vérifier  l'état  des  racines,  d'éli- 
miner et  de  brûler  ceux  qui  présenteront  des  tubérosités. 

Maladie  vermiculaire  de  Saô-Paulo,  —  En  kSjj;'),  à  rinstitui 
agronomique  de  Gampinas, province  de  Saô-Paulo  (Brésil  {-v, 

il)  J.  Perraud,  Annales  de  la  Science  agrunoiniqiie,  i8(jG,  p.  Kjy. 
(2)  Relatorio  annital   do  Instituto  agronomico  do  Estado  de  Saà  l'aulo 
(Brazil)  em  Cawpinas,  1894-1895,  vol.  VII  et  VIII,  p.  3i2,  Saù  Paulo.  1S96. 


—  194  — 
on  reconnut  une  maladie  du  Caféier  qui  l'ut  attribuée  à  la 
présence  d'un  nématode  que  le  D'  H.  von  Ihering  considéra 
comme  différent  de  celui  qui  attaque  les  Caféiers  de  la  pro- 
vince de  Rio  de  Janeiro.  Il  l'appela  provisoirement  Diplo- 
gaster  suspectas  et  fit  en  même  temps  quelques  restrictions 
sur  sa  nocivité  réelle. 

Des  expériences  de  traitement,  suivies  de  succès,  ont  été 
opérées  par  les  soins  de  M.  Potel,  chimiste  du  même  Ins- 
titut de  Campinas.  11  a  utilisé  des  procédés  analogues  à 
ceux  employés  en  Europe  pour  l'extinction  des  nématodes  : 
destruction  par  le  feu  des  arbres  morts  ou  mourants,  désin- 
fection du  sol  à  l'aide  du  sulfure  de  carbone.  M.  Potel  re- 
connut que  la  maladie  s'étend,  quoique  assez  lentement, 
de  proche  en  proche,  comme  la  précédente.  Il  tenta  le  trai- 
tement sur  des  Caféiers  encore  vivants  et  peu  atteints  el 
déclara  que  l'examen  des  radicelles  lui  a  permis  de  cons- 
tater la  mort  des  anguillules  au  bout  d'un  court  espace  de 
temps.  11  a  semblé  que,  dans  le  cas  actuel,  le  sulfure  de  car- 
bone dût  être  considéré  comme  réellement  curatif  vis-à-vis 
des  plantes  encore  suffisamment  pourvues  de  racines  pour 
végéter  un  certain  temps;  dans  ces  conditions,  Tapport  d'en- 
grais appropriés  à  la  nature  du  sol  pourrait  permettre  à 
l'arbuste  de  reprendre  quelque  vigueur  et  de  reformer  à 
temps  de  nouvelles  radicelles. 

L'étude  de  cette  maladie  a  été  reprise  quelque  temps  après 
par  M.  F.  Noack  (i).  Il  constata  la  gravité  du  dommage  et  fît 
des  expériences  concluantes  d'infection.  Il  vit  sur  les  ra- 
cines atteintes  un  mycélium  noir  qui,  comme  celui  dont 
nous  avons  parlé  plus  haut,  concourt  à  la  destruction  défini- 
tive des  racines.  L'emploi  du  sulfure  de  carbone  lui  donna, 
comme  à  M.  Potel,  de  bons  résultats  pour  le  traitement  des 
ni'bres  malades  et  la  désinfection  du  sol. 

M.  Noack  attribue  la  maladie  à  un  nématode  qu'il  nomme 
Apheleiichus  Coffeœ ;  mais  la  partie  de  son  travail  qui  a  trait 

(i)  F.  Noack,  Die  Pfahhvûrzelfseule  des  Kaffees,  eine  Neinatodenkrank- 
/irit,  in  ((  Zeilsctirift  fiir  Pflanzenkrankticiten  »,  1898,  p.  i'}-]  el  201. 


—  195  — 
à  ce  l'ôté  de  la  question  est  fort  écourtée  et   il  ne  paraît  pas 
certain  que  cette  détermination  soit  exactement  établie. 

M.  Uitzema  Bos,  qui  a  vu  des  échantillons  de  racines  at- 
teintes de  cette  maladie,  la  déclare  en  tout  cas  différente  de 
celle  due  à  V Heterodera  (i).  Les  racines  pourrissent,  mais 
sans  présenter  de  nodosités.  Il  la  croit  aussi  plus  dange- 
reuse pour  le  Caféier. 

Maladie  vermiculaire  de  Java.  —  En  1893,  on  signalait  sur 
l'Arabica  à  Java  la  présence  d'anguillules  bien  distinctes 
des  Jfeterodera  et  qui  n'amenaient  aucuns  renflements  sur 
les  racines.  Cette  maladie  se  rapproche  assez,  du  moins 
comme  symptômes  de  la  maladie  vermiculaire  de  Sao-Paulo, 
dont  je  viens  de  parler,  mais  on  ne  peut  en  aucune  façon 
affirmer  qu'elles  soient  identiques. 

Dans  ces  dernières  années,  M.  Zimmermann,  le  distingué 
botaniste  de  la  station  de  recherches  culturales  sur  le  Ca- 
féier à  Buitenzorg  (Java),  a  repris  l'étude  de  cette  maladie 
vermiculaire  de  Java,  et  il  a  fait  une  étude  très  conscien- 
cieuse lies  anguillules  qu'on  y  rencontre. 

Les  travaux  de  M.  Zimmermann  ont  montré  [■a]  que  la  ma- 
ladie débute  sur  les  racines,  où  l'insulfisance,  sinon  l'ab- 
sence, de  subérisalion  des  tissus  externes  n'oppose  pas  un 
obstacle  suffisant  à  la  pénétration  des  anguillules  ;  les  ra- 
cines attaquées  se  colorent  en  brun  et  ne  tardent  pas  à 
pourrir.  Bientôt,  tout  le  système  des  racines  est  envahi  à 
son  tour  jusqu'au  collet,  brunit  et  meurt,  entraînant  la  ra- 
|)ide  disparition  de  Tarbre.  Ce  sont  les  plantations  de  la  par- 
tie est  de  Java  qui  ont  eu  à  souffrir  de  ce  mal,  qui  en  peu  de 
temps  y  a  pris  une  inquiétante  extension  et  a  fail  déjà 
abandonner  un  certain  nombre  d'exploitations. 


(i)  Lillre  du  4  février  iS^c). 

(■2)  A.-I.  Zimmermann,  in  0  Teijsmannia  »  iHy;,  p.  joi.  —  De  ycmalo- 
clen  der  Koffiewortels,  in  «  Mcdedeelingcn  uit  s  Lands  PlaïUeiituiu  »,  1898, 
XXVII.  —  Compte-rendu  du  Congrès  pour  le  Caféier  tenu  à  Malang 
(analyse  du  De  Indische  Meicuur,  n"  48,  26  novembre  1898). 


—  196  — 
Les  racines  malades  ont  montré  à  M.  Zimmermann  plu- 
sieurs espèces  d'anguilkiles,  des  acariens  et  d'autres  vers. 
De  tous  ces  organismes,  un  seul,  que  le  même  auteur  ap- 
pelle Tylenchus  Coffeœ  (fig.  5o), 
attaque  sûrement  les  racines 
vivantes.  Les  expériences  d'in- 
fection tentées  sur  Caféiers 
sains  ont  été  décisives;  elles 
ont  montré  que  la  cause  de  la 
maladie  ne  pouvait  être  attri- 
buée qu'aux  anguillules ,  à 
l'aide  desquelles  M.  Zimmer- 
mann a  pu  reproduire  les  ap- 
parences et  tous  symptômes 
qu'on  observe  sur  les  places 
infectées.  Les  infections  réus- 
sissent aussi  bien  en  plaçant 
côte  à  côte  dans  un  même  pot 
des  pieds  sains  à  côté  de  pieds 
malades,  ou  bien  en  ajoutant  à 
la  terre  des  Caféiers  des  ra- 
cines malades  ou  de  la  terre 
infectée.  Les  expériences  ont 
porté  sur  l'Arabica  en  même 
temps  que  sur  le  Libéria.  Après 
cinq  mois  et  demi,  la  maladie 
se  montrait  sur  gS  %  des  pieds 
de  la  variété  Java  [Coffea  ara- 
bica) et  sur  J9  %  seulement 
des  Caféiers  de  Libéria.  Ces 
derniers  sont  donc  ainsi  moins 
sensibles  aux  attaques  de  la 
maladie  ;  l'observation  a  prouvé 
que  si  le  Libéria  atteint  languit,  il  résiste  le  plus  souvent, 
tandis  que  l'Arabica  périt.  Ces  constatations  ont  suggéré  dès 
lors  l'idée  de  grelfer  le  Caféier  de  Java  sur  pivot  de  Libéria, 


ig.  M).  ■ — ■  Tylenchus  Coffeœ.  —  A, 
l'animal  iemelle  :  -SY,  stylet  ;  /?.o?, 
bulbe  œsophagien  ;  F.u,  terminai- 
son de  l'utérus.  Grossissement, 
ijS  diamètres  ;  B,  un  œuf  déve- 
loppé ;  r,  une  larve.  (D'après  M. 
Zimmermann.) 


—  197  — 
de  manière  àobtenir  des  plantes  dont  les  racines  aient  contre 
cette  maladie  vermiculaire  toutes  les  qualités  de  résistance 
du  Caféier  de  Libéria.  Les  premiers  résultats  obtenus  sem- 
blent bien  favorables  à  cette  méthode. 

M.  Zimmermann  a  conseillé  aussi  d'isoler  les  places  enva- 
hies et  de  les  laisser  incultes.  Comme  moyen  curatif,  il 
avait  d'abord  conseillé  l'usage  du  sulfate  de  fer;  malheu- 
reusement, le  résultat  obtenu  qui  semblait  au  début  très 
encourageant  ne  s'est  pas  maintenu  aussi  net  jusqu'au  bout, 
et  l'efficacité  certaine  du  sulfate  de  fer  reste  encore  dou- 
teuse. Il  y  aurait  lieu,  je  crois,  malgré  quelques  essais 
négatifs,  d'entreprendre  à  nouveau  des  expériences  au 
sujet  du  sulfure  de  carbone  ou  du  sulfocarbonate  de  po- 
tasse, voire  de  la  benzine.  Il  serait  utile  de  préciser  d'une 
façon  exacte  les  conditions  du  mode  d'emploi  de  ces  sub- 
stances dans  les  contrées  chaudes  et  de  fixer  surtout,  s'il  y 
a  lieu,  le  moment  le  plus  favorable  à  leur  usage. 

M.  Zimmermann  déclare  d'ailleurs  que  ses  recherches 
sur  le  sujet  ne  sont  pas  terminées  et  qu'il  les  continue. 

Maladie  vermiculaire  de  la  Martinique.  —  M.  Thierry, 
botaniste  à  la  Martinique,  a  signalé  dans  cette  lie  une  mala- 
die (i)  qui  envahit  les  racines  des  variétés  du  Caféier 
d'Arabie  et  y  produit  des  nodosités  où  il  a  constaté  la 
présence  d'angiiillules.  Les  racines  atteintes  présentent 
l'apparence  décrite  dans  le  cas  de  maladie  due  à  V Heterodera 
radicicola .  Mais  comme  aucune  détermination  précise  du 
nématode  n'a  été  faite  à  la  Martinique,  comme  les  caractères 
fournis  par  l'évolution  de  ces  deux  maladies  diffèrent  beau- 
coup, il  est  permis  de  douter  fortement  de  l'identité  des- 
parasites  qui  les  causent. 

Cette  maladie  vermiculaire  de  la  Martinique  est  très  ré- 
pandue, d'après  M.  Thierry;  on  la  rencontrerait  à  peu  près 

(i)  A.-J.  Thierry,  Notes  sur  le  greffage...  et  la  maladie  vermiculaire  du 
Caféier,  Saint-Pierre  de  la  Martinique,  1899,  in  «  Bulletin  agricole  de  la 
Martinique  ». 


—  198  — 
partout.  Elle  détruit,  quoique  assez  lentement,  tout  le  sys- 
tème des  racines  ;  mais  si  l'on  prend  soin  de  «  fatrasser  » 
les  Caféiers,  c'est-à-dire  d'accumuler  en  abondance  des 
débris  végétaux  au  pied  de  ces  arbres,  dans  le  milieu  hu- 
mide ainsi  constitué  des  racines  adventives  prennent  nais- 
sance et  peuvent  entretenir  la  vie  des  plantes.  Quand  cette 
fumure  vient  à  manquer,  les  plantes  ne  tardent  pas  à  péri- 
cliter, elles  deviennent  la  proie  de  nombreux  parasites  ani- 
maux et  végétaux  et  meurent  au  bout  d'un  certain  temps,  les 
racines  étant  complètement  détruites  et  couvertes  de  mycé- 
liums variés  qui  ont  parachevé  la  décomposition, 

La  maladie  existerait  dans  tous  les  sols,  à  toutes  les  alti- 
tudes, plus  ou  moins  fréquente  et  grave.  Et,  circonstance 
qui  n'est  d'ailleurs  pas  spéciale  à  ce  cas  pathologique,  la  ré- 
sistance est  d'autant  plus  difficile  pour  le  Caféier  qu'on  s'é- 
loigne davantage  des  conditions  normales  de  sa  culture. 
C'est  ainsi  que,  pour  ce  qui  est  de  l'altitude,  l'évolution 
devient  plus  rapide  à  mesure  qu'on  descend  vers  le  niveau 
de  la  mer,  à  partir  de  aSo  mètres  environ. 

Le  Caféier  de  Libéria  n'est  pas  attaqué.  Dans  les  terres 
infestées  d'anguillules  où  dépérit  vite  le  Caféier  créole  (va- 
riété de  l'Arabica),  le  Libéria  conserve  ses  racines  indemnes 
et  sa  végétation  reste  aussi  puissante.  Aussi,  pour  se  mettre 
à  l'abri  de  la  maladie,  M.  Thierry  insiste-t-il  particulière- 
ment sur  la  nécessité  de  greffer  l'Arabica  sur  Libéria,  ])ra- 
tique  sur  laquelle  il  fournit  des  détails  circonstanciés. 

Pour  les  Caféiers  créoles  ou  autres  variétés  de  l'Arabica 
francs  de  pied,  atteints  par  la  maladie,  mais  encore  en  état 
suffisant  de  production,  il  conseille  les  traitements  d'entre- 
tien à  l'aide  du  sulfure  de  carbone  ou  du  sulfocarbonate  de 
potasse,  comme  je  l'ai  expliqué  plus  haut. 

M.  Thierry  pense  qu'un  certain  nombre  de  maladies,  dont 
j'ai  eu  l'occasion  de  parler  dans  le  cours  de  cet  ouvrage,  et 
dont  la  cause  réelle  est  encore  incertaine,  sont  sans  doute 
aussi  le  résultat  de  l'attaque   des   anguillules.   Ce  sont  la 


—  199  — 
«  maladie  du  collet  »  de  la  Réunion,  la  maladie,  dont  M.  Elot 
m'a  communiqué  des  échantillons,  de  la  Guadeloupe  et  que 
provisoirement  j'ai  appelée  «  le  pourridié  du  Caféier  »,  et 
enfin  la  maladie  signalée  par  Guérin-Méne ville  et  Perrotet 
aux  Antilles  et,  avec  doute  à  la  Réunion.  M.  Thierry  déclare 
à  ce  sujet  que  «  les  causes  ont  pu  paraître  «  difterenfes,  selon 
«  le  moment  et  le  pays  où  les  observations  ont  été  faites, 
«  selon  Page  des  plantes  et  le  degré  de  minutie  apporté  aux 
«  recherches  ». 

En  la  circonstance,  je  m'abstiendrai  de  toute  discussion 
qui  ne  pourrait  être  qu'inutile  en  l'absence  de  documents  et 
d'échantillons  précis. 

Enchytréides 

Des  vers  annélides  de  petite  taille  appartenant  à  cette 
famille,  qui  est  peu  éloignée  de  celle  des  lombrics  ou  vers 
de  terre,  ont  été  rencontrés  par  M.  Zimmermann  sur  des 
racines  pourrissantes  de  Caféiers  (i).  Mais  comme  les  essais 
d'infection  ont  été  négatifs,  M.  Zimmermann  estime  qu'il  est 
encore  impossible  de  décider  s'il  y  a  dans  ce  fait  un  rappor 
de  cause  à  effet  avec  la  décomposition  observée  sur  les  ra- 
cines. 11  pense  que  de  nouvelles  recherches  sont  néces- 
saires. 


DEGATS  DUS  AUX  OISEAUX  ET  AUX  MAMMIFERES 

Des  quantités  d'oiseaux  appartenant  à  des  espèces  nom- 
breuses et  variées  consomment  les  baies  du  Caféier,  mais, 
comme  le  conseille  le  D'  Ernst,  il  est  préférable  de  s'abs- 
tenir de  les  détruire,  car  beaucoup  d'entre  eux  sont  d'actifs 
destructeurs  d'insectes. 

Quelques  mammifères  sont  plus  directement  nuisibles  :les 

(i)  A.  Zimmermann,  Ot'e/'  de  Enchytvseiden  eu  haar  \'oorkoinen  in  de 
Koffien'Oitels,  in  «  Teijsmaiinia  »,  1898,  p.  182, 


—  200  — 
uns  s'attaquent  aux  racines  ou  au  tronc  dans  le  voisinage  du 
collet;  d  autres  qui  peuvent  parvenir  aux  branches  dévorent 
la  pulpe  des  fruits. 

Je  trouve  signalés  les  suivants  parmi  les  principaux  : 

Le  rat  du  Caféier  [Golunda  Ellioti),  qui,  d'après  Nietner  (i), 
envahit  parfois  àCeylan  les  plantations  de  Caféiers  quand  il 
ne  trouve  pas  sa  nourriture  dans  les  jungles.  Il  s'attaque 
surtout  aux  jeunes  pieds,  qu'il  semble  mâchonner  pour  en 
extraire  le  suc.  On  le  détruit  avec  le  poison  ou  des  pièges. 

Un  petit  écureuil  [Sciw'iis trivittatus)  est  encore,  àCeylan, 
d'après  Nietner,  grand  destructeur  de  baies. 

Au  Venezuela,  le  D'"  Ernst  (2)  indique  plusieurs  mammi- 
fères nuisibles  :  des  rats,  des  chauves-souris,  un  renard  (?) 
s'attaqueraient  aux  fruits.  Les  rats  en  particulier  grimpent 
sur  les  arbres  et  mangent  la  pulpe  des  baies  ;  dès  lors  la 
graine  tombe  et  est  perdue. 

Le  raton,  mammifère  carnassier,  est  incriminé  aussi  par 
le  même  auteur.  11  semble  plus  probable  que  cet  animal 
cju'on  voit  parfois  sur  les  Caféiers  y  va  plutôt  chercher  des 
œufs  d'oiseaux  dans  les  nids  que  des  baies. 

M.  Schœnfeld  (3)  accuse  une  petite  taupe  (?)  de  dévorer  au 
Mexique  les  racines  des  Caféiers.  D'après  M.  Ch.  Diguet,  un 
naturaliste  voyageur  qui  connaît  bien  la  région  du  Mexique, 
cet  animal  est  vraisemblablement  un  rongeur  du  genre 
Geoinys,  un  rat  à  abajoues. 

Coubard  d'Aulnay  (4)  a  signalé  jadis  à  la  Martinique  une 
abondance  particulière  des  rats  qui  vont  chercher  les  baies 
sur  les  arbres  pour  s'en  nourrir.  On  faisait,  à  cette  époque,  la 
chasse  à  ces  rongeurs  à  l'aide  de  chiens  à  museau  long  qui 
pénétraient  dans  les  trous  où  se  réfugiaient  les  rats.  Le 
même  auteur  rapporte  qu'autrefois,  avant  l'abolition  de  l'es- 


(i)  Nietner,  Op.  cit.,  p.  20. 
(i)  D''  Ernst,  Op.  cit.,  p.  22. 

(3)  Schœnfeld,  Rapport  sur  l'Agriculture    et    la    culture  du   Caféier  au 
Mexique,  in  «  Bulletin  du  ministère  de  l'Agriculture  »,  1896,  p.  3ii. 

(4)  Coubard  d'AuLNAY,  Monographie  du  Caféier,  Paris,  i832,  p.  75  à  77. 


-  201  — 
davage,  les  planteurs  tiraient  d'ailleurs  un  certain  parti  de 
ces  rats  en  les  utilisant  pour  la  nourriture  de  leurs  esclaves. 
A  la  Guadeloupe,  des  rats  qu'on  croit  importés  d'Europe 
et  jadis  assez  rares,  à  cause  de  l'abondance  relative  des  ser- 
pents qui  les  détruisaient,  sont  devenus  plus  nombreux 
depuis  rimportation  de  la  mangouste,  qui  a  fait  disparaître 
les  serpents.  Ces  rats  s'attaquent  aux  fruits  et  ne  con- 
somment que  la  pulpe.  La  personne  qui  m'a  fourni  ces  ren- 
seignements assure  que  les  graines  de  café  rejetées  par  ces 
rongeurs  et  tombées  sur  le  sol  fournissent  des  infusions 
de  qualité  excellente,  par  cette  raison  que  le  rat  ne  s'at- 
quant  qu'à  des  fruits  bien  mûrs,  les  graines  qu'il  rejette 
sont  toutes  également  d'une  maturité  parfaite.  Aussi  beau- 
coup de  planteurs  font-ils  récolter  soigneusement  pour  leur 
usage  ces  graines  dépulpées  par  les  rats. 


ADDENDUM 


Page  69,  à  la  fin  du  premier  alinéa  : 

«  Je  crois  que  la  maladie  appelée  aux  Antilles  françaises  \' Enfer  du 
Caféier  n'est  pas  différente  du  Koleroga.  L'état  trop  peu  avancé  des  échan- 
tillons que  j'ai  reçus  il  y  a  quelques  années  ne  me  permet  cependant  pas 
d'être  tout  à  fait  affirmatif  :  le  mycélium  que  j'ai  vu  sur  les  feuilles  était 
encore  stérile  et  la  gclification  n'était  pas  visible.  Le  mal.  en  tous  cas, 
semble  peu  répandu.  » 


202  — 


CORRIGENDA 


âge  lo, 

en  note, 

lire  Y.  Boutilly 

au 

lieu 

de  DE   BoLTILI.Y. 

»         25, 

ligne 

34, 

» 

voisinage 

» 

voisinages . 

«      29, 

» 

I, 

» 

pores 

» 

spores. 

»      45, 

« 

27, 

» 

dénuée 

0 

dénudée. 

>.      63, 

» 

26, 

» 

si  l'on  ne  prenait 

,) 

si  l'on  prenait. 

»      86, 

» 

12, 

» 

Fusarium  coffeicolum 

» 

Fusarium  coffeicola 

«      87, 

» 

I 

)) 

B 

» 

A. 

»      97, 

» 

6 

» 

jeunes 

» 

jaunes. 

»      I27j 

» 

13 

» 

ce  qui  doit  être  attrih 
surtout 

ué 

,, 

.    ce  qui  doit  surtout, 

TABLE  ALPHABÉTIQUE 

DES 

NOMS  D'AUTEURS 


A 

Abbay  (R.)...i4.  -25,  27,  ji,  46,  47  64 

Alexander 45 

Anderson 1 69 

B 

Balansa 42 

Barber  (C.  A.) i58  139 

Bérard  (de) 1 5 

Berkeley,  14,  aS,  3i,  45,  46,  47,  81, 

82  169 

Berlese 88,  162  176 

Bidie  (D-^  G.  W.)...i4-  18,  21,  i37  i38 

Blanchard  (Em.) 149 

Boisduval  (D"') 162  1 76 

Boname i5,  i3i,   143,  i5i,  i57  160 

BONNIER  (G.) 168 

BOUDIEB  (E.) 168 

BoRDAGE  (Edm.),  16,  18,  126,  127,  129 

i32,  i5o,  i52,  i57,  i58,  iSg,  i65,  166 

Boutilly  (V.) 10,  i5i  i52 

BouYssou i58,  166  169 

Brehm 1 34  1 35 

Broome 14 

Bruintsma 14 

Brun  (Cl.) 90 

Burck  (W.),  i5,  21,  25,  3o,  32,  33  48 

C 

Capanema  (B""  de) i65 

Chapotte 175 

Ghatin  ( J.) 1 89 

CUUARD 90 

COCKERELL  (J.  D.  A.) 68  I  Sg 

CoMPAiNG  (the)  OF  1879  againstCof- 

FEE-LEAF    DISEASE 1  4 


COMSTOCK 162 

CooKE,  14,  19,  25,  37,  46,  68,  69,  71, 

72,  75,  77,  81  82 

Cornu  (M.) i6  66 

CossoN 1 76 

Cotes i3o,  i36,  144,  i53  176 

COUBARD  d'AuLNAY 200 

Cruwell 45 

Cunninguam,  109,  no,  m,  112,  ii3, 

114  118 

D 

Delacroix  (D-  G.) 84,  88  102 

Delalande  (J.) i5,  18,  93  126 

DiGUET  (Ch.) 200 

DuFOUR  (D' J.) 90  91 

Dunning  (J.  W.) i37 

Durieu  de  Maisonneuve 44 

Dybowski 66 

E 

Elus 85 

Elot 90  167 

Emerson  Tennent  (J.) 1 58 

Ernst    (Dr),   4,   68,  69,  70,  71,  72, 

n5,   120,   123,  126,   i3i,    199  200 

Erreba  (Miguel) 68 

Everhart 85 

E  verts i54 

F 

Farlow 14 

Ferguson  (J.) 145 

Fischer  (D-) 43 

FoEx  (G.) 90 

Frank 187  190 


—  204  — 


Gaillard 

Gaudener's  Chronicle 1 5 

Gastine 

Gayon 

GlARD 127 

Girard  (A.) 5o.   191 

GcELDi  (D--),  42,  83,  89,  i5o,  i58,  i6ï, 
i65,  180,  186,  187,  188 

gouirand 

Green 146,  160,  161,  166,  167 

Guérin-Meneville 93,  94.  123 

GUILLON 


H 


Haldane 

Hallier ; 

HaRIOT    (P.) 112. 

Hennings i5,  16,  42,  43. 

Hooker 


Ihering  (D''  h.  von) 194 

Indian  Muséum  Notes,  i63,  164,  166     170 


Jardin  (E.)  . . . 
JoANNis  (de)  . . 
Jobert  (D'-  C). 


[83.  186.  li 


Kalchbrenner 

Karsten  (G.) 112 

Keller  (D"") 

Klotzsch 

KoEBELE  i33,  160,  i63,  167 

K0NINGSBERGER,    93,   i3o,    r32,  i33, 

i34,  141,  143,  145,  146,  147,  i5o, 

i53,  i54,  i56,  i58,  160 

KUNCKEL  d'HeRCULAIS 

Kunze 


Lamson  Scribner 

Lavergne  (G.) 5o 

Lecomte 22 

Lejourdan  (A.) 

Lemarié  (Ch.) 139 

Lucas  (H.) 


Mairot 1 34,  ,44 

Massée  (Georges),    16.  27,  45,  46, 
80,97 

MOELLER 

Montagne • 4-1 


MORREN   (P.  W.) 

Morris  (D.) 14,  aS,  3i.  36,  48 

N 
Nicole 

Nietner  (J.),    129,    i3o,    i3i,    i33, 

144,  147,  ï49,  i5o,  i54,  i56,  157, 

i58.  i63,  i65,  169,  180 

Noack i5,  181 

Noël 

Novaret 

Nylander  (D') 


Oberlin 

oudemans  (c.  a.  j.  a.). 


•99 


Patouillard 

Perraud  (J.) 5i,  62,  (yi,  92 

Perret  (M.),   5o,  58,  60,    i32,   i34 
Perrot : 

PeRROTTET 93.   94,    123 

PiCKMANnMaNN 124,    125 

POTEL 

Prillieux 88,  146,   171,  175,  187 

Pringle 


Rabenhorst 

Raedt  van  Oldenbarnevelt,  i5,  69, 
70,  95,  i34 

Ragonot , 

RaMIREZ 

R.\ouL.  8,  i5,  4ï,  42,  126,  128,  i35, 

137,  i38,  139,  177 

Relatorio  annual  do  Inst.   Agron. 

DO  Est.  de  Saô  Pajjlo 

Richteh  (Rev.  G.) — 

RiDLEY  (H.  N.) 97,98 

RiLEY i63,  166 

RiTZEMA    BOS    (J.).    93,    99.    145,    186 
RUSSEL , .  . 


ii3 
i35 
ii5 
43 


128 
176 
ii5 


92 

100 


r9$ 
181 
46. 

125 

127 
194 
190 
.39 


.69 

147 
124 
i63 

178 

193 

137 

l32 

177 
19^ 


-205  — 


S 

Saccardo  (D' P.) 8". 

Sadebeck,  i5,  i6,  23,  aS,  32,  42.  43, 

49,  (33  141 

Saenz 75  76 

S  AGOT 1  5 

Sanchez  y  Sanciiez 1 39 

scheffer. 16 

SCHOENFELD l63  200 

Segura  (J.  C.) i63  164 

Semler  (H.) I ■^,  49  64 

SiGNORET 162  l63 

SoLTWEDEf. 189 

Stork:(J.  P.) i5  48 

Stuhlmann 43 

Spegazzini  (D--) 73,  79,  80,  86  173 

T 

Talmy  (DO 14  94 

Thierry  (A.) 94,  128,  197  198 

Thwaites  (D"')...  i3,  18,  19,  25,  3i  41 

Thyselton  Dyer  (W.  T.) 14,  i5  25 

ToNDUz  (A.) 73,  7."),  79  i63 

Treub 49 

Tropical  Agriculturist 1 5 


Vax  Delden  Laerne,  120, 

Veen  (H.  J.) 

Vivier  (A.) 

VOLKENS    (D') 

VossiscHE  Zeitung 


W 

Wait  (W.  g.) i63,  167 

Wall 

Warburc(D'-  0.) 4'^,  43,  i39 

Wahd  (D"'  Marshall),  i5,  16,  18,  19, 

25,  29,  3i,  32,  33,  34,  36,  39,  40, 

41,  44,   104,  109,  112,  114,  ii5 

Watt  (G.) 104 

Went  (D-) 116,  117 

Wisser 1 40 


ZiMMERMANN  (D''  A.),   96 
148,  160,  167,  179,  181 


i32,  142, 

195,  196, 
197 


118 
118 
118 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  MATIÈRES 


Acarus  Co/fese 

jEgus  acuminafus 

Agrotis  sp 

Agrotis  segetiim 

Albizzia O9, 

Ancyclonyclia,  sp 

Anlliomyza  Co/feee 

Apanleles,  sp i'^.7, 

Apate  franciscea 

—      monachiis 

Aphelenchits  Coffese 

Aphis  Coffese 

Arœocerus  fascicidalus 

A  reçu  catechu 

Arhines  des  truc  t  or 

Aidacophora,  sp 

B 

Bactrocera  conf'ormis 

Barœus  sorcUdus 

Bai'k  disease, 

Black  bug 

Black  grub  

Black  rot 

Borers 1  ]G, 

Bostrique  du  Caféier 

Bolrylis  Bassiana 1.^6, 

—        lenella 146. 

Bolyile  du  Caféier 

Bouillie  à  la  chaux  additionnée  de 

1  0/0  de  mélasse 

Bouillie  à  la  colophane.  5i,  Sa,  62, 

Bouillie  au  savon 5u,  Sa,  60, 

Bouillie  bordelaise  neutre..  5o,  Sa, 
Bouillie  bordelaise  simple 49, 


Bouillie  bourguignonne 5; 

Bouillie  potassique 5; 

Bouillie    sucrée  de  Michel   Perret. 

So,  58 

Brachymyrme.r  decedens i65 

Brown  bug i58 

C 

Candelillo 68 

Canker 94,  gS,  9G 

Canfhîum  campanidotum 46 

Capnodiwii  Citri 171 

—  Coffeie 1 69,  171,  1 7  J 

—  lanosKin 174 

—  trtclïoslomiira 174 

Carbure  de  calcium 90 

Carias 1  :h> 

Caryospora    Coffeœ lui 

Cecidomya  uredinicola 18 

Cemiostoma  coffeella 08,  la),  129 

Cephaleta  purpureiventris iSG 

Cephaleuros  Coffese 1  i(i,  117 

—            virescens 104,  118 

Cephalosporiiun   Lecanii ifin 

Cephonodes  hylas i  ia 

Cercospora  coeffeicola So.  8a 

Ceulhospora  coffeicola uia 

Chalcis  sp 1  i» 

Chalcosoma  Atlas 14S 

Chaleur  trop  intense 8 

Chartocerus  musciformis i(>r> 

Chilocorus  circumdatus i  J8 

Cicindela  sp 1 4  > 

Cirrospilus  coccivorus i  S9 

Clus'ta  insig7iis 1  a i 

Clypeolum  megalosporiDii 8(> 

Coccus  Adoniduin lOa 


20' 


Coclienille  blanche iGi,  it)6  179 

—  brune i58  139 

—  noire 137 

—  verte iGo,  161  179 

Coffee  Borer i  ^7 

Coffee-leaf  disease 1  î 

Coplops  fusca 1 40 

Cordyceps  sp 1 49  1 39 

Coroplests  sp 141 

(  "oulurc  du  café laa 

Coulure  vraie 9  10 

Crambus  sp i53 

Cratopus  punctum 1 3i 

Crematogastev  Dorhni 1 36 

Cryptolœmus  Montrouzieri 167 

Cupini i36 

D 

Dii.clylophts  Adonidum 161  169 

—  Citri i(3>.  16G 

—  destructor iGa 

—  longifilis 1G6 

—  lonrjispinus i6a 

1  )adap G9 

DemaLophora  necatriv 88  90 

Diplogaster  suspeclus 194 

Diplospura  sphserocarpus 49. 

Djaniour  oupas 93 

E 

Echynomya  prompla 1 49 

Elacliisla  coffeella 123 

Enchytréïdes 199 

Encyi-Lus,  sp 1 33 

—  Nietneri 1  .■)9  1G6 

—  paradisiacus ijg 

Erustna  blandula \'i\)  iGG 

Erysiphe  scandens 71 

Euloplais  CemiosLomalis i>.-  lag 

Eumimetes  macuUfovmis 141 

Euryachova  libérien 99 

Eurydema,  sp 134 

Excès  d'humidité 8  9 

Ejocomits  niyrimaculatus 179 

Exopholis  hypoleuca 14,3 

Ejolhecus  lelifer i ^7 

F 

Formicida 1 35 

Fumagine 1.33,   1G8  180 

Fusarium  co/feicolutn 8G 


G 

Geomys  sp .^0 

Geonomus  quadrinodosus i3i 

Glœosporium  cofjeamim 84  8G 

—            colfeicolum 8G 

Golunda  ElUoti -mo 

Gracilaria  coffeifoliella i  .29  1 3i. 

Green  bug iC„, 

Gryllotalpa  af'ricana lui 

H 

Haplosporella 100 

llemileia  Canfhii 4G  47 

—  vaslatrix 1 3  67 

—  Woodi 46  47 

Herpelophygas  fasciatus iSg 

Ileleroderaradicicola i83,   193  197 

—  SchaclUii 188 

Hypomyces  curlus i3a 

I 

Indian  Borer 137 

Iron  stain 68 

Irpex  flavus 98 

K 

Kadas 99 

Kérosène 177 

Koleroga 68  72 

L 

Lachnoslerna  sp 145 

Lachnoslerna  pinguis  ...    14*; 

Lsestadia  coffeicola 79 

Lampe  Gayot i-;',S 

Leaf  rot 68 

Lecaniuin  caudatum iGi 

—  Coff'eœ 13S 

—  hemisp  lise  rie  iwi 1 3S 

—  nigrum 1.37  i(i9 

—  viride 1 60  1 79 

Liogryllus  bimacidatus iiïo 

Loranlluis  gen 1 19  i-n 

Loranthus  avicularis im> 

—  brasiliensis i-m> 

—  orinocensis i-m 

—  parviflorus 120 


M 

Maladie    des    branchettes    du   Ca- 
féier   97      98 

Maladie  de  Cochinchine 100     loi 

Maladie  du  collet 93,  94 

Maladie  du  collet  de  Libéria...  99 

Maladie  de  Java 9^ 

Maladie  du  pied 98 

Maladie  vermiculaire  de  Java..   195 

—  de   Saô-Paulo 

193 

—  de  la  Martini- 
que     197 

Mancha  de  hierro 68 

MarieAta  leopardina 

Maya. 

Mealy  bug 

Meloidogijîie  exigua 

Mercure  (Sels  de) 

Micromus  australis 

Micropeltis  Tonduzii 

Monohamnus  sierricola 

Monstruosités 7 

Mycoidea  parasitica 

N 

Necator  décrétas 

0 

Œcodoma  sp 

Oerets 

Oieta  exlensa 

Orlheziola  fodiens 

Oscinis  Coff'ese 

0.rga  flavo-annulata 

P 

Pediculus  Adonidum 162 

Pellicularia  Koleroga 71 

Pénicillium  glauci/m 3i 

Photna  Cofjeae lou 

Phyllosticta  (?)  coffeicola 79 

PisliUaria  flavidn 80 

Plusia  verlic'illalti i3'$ 

Pou  blanc l'ji 

Pourridié  du  Caféier 87,  93  199 

Praonelhn  melnnura 141 

Psyché  sp 1 3a 

Pticcinia  Mnlvncearum il 


208  — 

Puceron  du  Caféier  .    . . 

Pulgon 

Pulvinaria  camellicola . 

—  Psidii 

Pyrale  du  Caféier , 


167 
i5i 


Ramularia  (?)  Gœldiana 83 

Red  borer 

Red  spot 

Rhizococcus  sp 

Hhizœcus  Eloli 

Rosellinia  aquila 

Rouille 10,   68 

Rouille  vraie 10 

Ruiva 

Rust 


lOi 

107 

•79 
i53 


84 
144 


167 

88 

07 
16;) 
12  3 


Sauva 1 34 

Sciuriis  trivittatus ao<> 

Scutellisla  cyanea i.'k) 

Scymmis  rotundaLus lOti 

Septoria  coffeicola 8(1 

Serica  pruinosa 1  jo 

Sphserella  coffeicola 75  80 

—  isaripho)'a 79 

—  Fragariae 79 

Sporolrichum  densuin 146 

—              globidiferuin i47 

Stilbum  flavidum 43,  75  80 

Strachia  geomefrica  1  H 

Strigula 1 1 4  "  > 

Sulfocarbonate   de   potasse  91,  i45, 

167,   19'  M)7 
Sulfure  de  carbone  90,  91,145,  167, 

19'  '97 

Syncladium  Nielnei  l i<i9 

Syrphus  Nietneri 1 56 

—        splendens i56 


Tana-jUra 

Taupin 

Tevias  Hecabe  

Termes  falalis 

—      opacus  

Thanoclerus  Bur/ueli 

Thliploceras  octogulialis. 


—  209  — 


Thranodes  pictiventris 141 

Tortrix  coffearia i33 

Torula  Sphœrella i-a 

Triposporium  Gardneii ifùj  171 

Tylenchus  Coffese 19(5 

Tylenchus  Trilici 188 


Vangueria  eduUs 46 

—  infausla 46 

Viruela 


W 


White  Borer 

1 3- 

White  I)ug 

White  ixnih 

X 

Xylotrechus  quadripes . .  . 
Xylolriipes  Gideon 

..   .45 

137 
i53 

Z 

Zeuzera  Coffeœ 

^  '.r. 

Zompopo 

i3rt 

TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈHES 


AVERTISSEMENT i 

Introduction 3 

I.  MALADIES  NON  PARASITAIRES 7 

Monstruosités 7 

Chaleur  trop  intense 8 

Excès  d'humidité 8 

Coulure  vraie  du  Caféier 9 

II .  MALADIES  PARASITAIRES 11 

PARASITES  VÉGÉTAUX  DES  CAFÉIERS  ...    12 

M.\L.\DIES    PRODUITES    PAR    LES    CHAMPIGNO.NS l3 

A.   Maladies  des  feuilles x3 

Hémiléia 1 3 

Apparence  de  la  maladie 1 6 

Conditions  de  développement 18 

Dégâts 24 

Histoire  du  champignon 2  5 

Répartition  de  la  maladie /\i 

Origine  de  l'hémiléia 43 

Traitement 47 

Mesures  préventives 65 

Koleroga 68 

Champignons  maculicoles 73 

Sphœrella  cofleicola  Cooke  et  Stilbum  flavidum  Cooko 78 

Cercospora  coffeicola  Berkeley  cl  Cooke. 80 

Ramularia  (?)  Gœldiana 83 

Glœosporium  colfeanum  G.  Delx 84 


—  211  — 

B.   Maladies  des  racines  du  tronc  et  des  branches 87 

Pourridié  des  racines 87 

Maladie  du  collet 93 

Canker y4 

Maladie  de  Java gS 

Maladie  des  branchetles  de  Caféier 97 

Maladie  du  pied 98 

Maladie  du  collet  du  Libéria .  .  99 

Maladie  de  Cochinchine loo 

Maladie  produite  par  une  algue io4 

Cephaleuros  virescens 104 

Maladies  produites  par  des  phanéroga.mes  parasites 119 

Loranthus 119 

Clusia  iusignis  Martins 121 

PARASITES  ANIMAUX  DU  CAFÉIER 122 

Insectes i23 

I .  Insectes  minant  les  feuilles 123 

Cemiostoma  coffeella 1 23 

Gracilaria  coffeit'oliella 129 

II .  Insectes  détruisant  les  feuilles i3o 

Coléoptères 1 3o 

Lépidoptères. i32 

Orthoptères 1 34 

Hémiptères iSj' 

Fourmis i34 

Insectes  perforants  (borers) i36 

Coléoptères  Longicornes 107 

Coléoptères  Bostrychides 142 

Lépidoptères i44 

Insectes  terriooles i44 

Vers  blancs i44 

Ver  gris 147 

Insectes  attaquant  les  fruits. i5i 

Pyralc  ou  Botyde  du  Caféier i5i 

Le  puceron,  les  cochenilles,  la  fumagine i55 

Puceron  du  Caféier .  ,  , ,  .    .- .  , ,  i55 


212  

Cochenilles .    .    i56 

Lccanium 1 56 

Cochenille  noire .  i5^ 

Cochenille  brune i58 

Cochenille  verte  .......    169 

Dactylopius .  .    161 

Fumagine 168 

Traitement 1^5 

Acariens 1 80 

G-astéropodes 181 

Mai,.\dies  produites  par  des  vers l83 

Anguillules 1 83 

Hclerodera  radicicola. . i83 

Maladie  vermiculaire  de  Saô  Paulo 193 

Maladie  vermiculaire  de  Java 193 

Maladie  vermiculaire  de  la  Martinique 197 

Enchytréïdes. 1 99 

Dégâts  dus  aux  oiseau.v  et  au.\  .mammifères .    ...    .    199 


Addeisdum iOI 

Corrigenda 101 

TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  NOMS  D'AUTEURS 2o3 

TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  MATIÈRES 206 

TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES 210 


Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  V. 


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